{"id":322,"date":"2009-11-19T12:13:00","date_gmt":"2009-11-19T11:13:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/?p=322"},"modified":"2009-11-19T12:13:00","modified_gmt":"2009-11-19T11:13:00","slug":"voyage-au-coeur-de-lhumanite","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2009\/11\/voyage-au-coeur-de-lhumanite\/","title":{"rendered":"Voyage au coeur de l&rsquo;humanit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-338\" title=\"Helene Tremblay\" src=\"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/helene_tremblay-300x200.jpg\" alt=\"Helene Tremblay\" width=\"300\" height=\"200\" \/>Bonnes feuilles en avant premi\u00e8re du livre H\u00e9l\u00e8ne Tremblay<\/strong><br \/>\n<strong><\/strong><strong>\u00c0 la d\u00e9couverte du r\u00e9sident de la plan\u00e8te  terre<\/strong><\/p>\n<p>1er \u00e9pisode<\/p>\n<p>LE D\u00c9BUT DU CHEMIN<br \/>\nC\u2019est en parcourant  les routes de l\u2019Europe qu\u2019est arriv\u00e9 le moment o\u00f9 j&rsquo;ai cess\u00e9 de croire \u00e0 la  survie de l&rsquo;humanit\u00e9. Devant moi se dressaient la longue route d\u00e9j\u00e0 parcourue,  mes connaissances accrues du monde, mes s\u00e9jours dans les bidonvilles, ma  pr\u00e9sence \u00e0 Chernobyle et\u2026 la guerre qui allait \u00e9clater en Bosnie quelques  semaines apr\u00e8s mon passage. Tout cela venait s\u2019ajouter aux lectures des  scientifiques qui ne nous donnaient pas beaucoup d&rsquo;espoir.<\/p>\n<p>Mais comment  fait-on pour se lever le matin quand on ne croit plus \u00e0 la survie de l\u2019humanit\u00e9?  J\u2019ai pass\u00e9 une semaine dans mon lit, dans la chambre de bonne que je \u00ab squattais  \u00bb \u00e0 Paris. C\u2019\u00e9tait en 1992.<br \/>\nJ\u2019ai ouvert le livre de Peter Russel \u00ab La terre  s\u2019\u00e9veille \u00bb, car je devais rencontrer l\u2019auteur \u00e0 Amsterdam une semaine plus  tard. Dans cet ouvrage, il raconte les d\u00e9buts de l\u2019univers et il explique  comment tous les \u00e9l\u00e9ments se sont mis en place pour produire le Big-Bang. Et l\u00e0,  sous les draps, je me suis dit que nous en avions besoin d\u2019un deuxi\u00e8me et  celui-l\u00e0 devait \u00eatre le Big-Bang de la conscience humaine. Sinon, il se pourrait  tr\u00e8s bien que l\u2019Humain soit invit\u00e9 \u00e0 passer dans le \u00ab Club des dinosaures \u00bb\u2026.<br \/>\nS\u2019il a fallu que tous les \u00e9l\u00e9ments soient pr\u00e9sents au bon moment et \u00e0 la  bonne place pour que se produise le premier Big-Bang, j\u2019ai pens\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait  donc n\u00e9cessaire que la m\u00eame situation ait lieu pour le second. Comment  allions-nous accomplir une telle explosion ? Quelle \u00e9tait l\u2019action \u00e0 poser ?  Telles furent mes questions. Comme je n\u2019\u00e9tais pas trop forte en science, mon  id\u00e9e d\u2019une explosion \u00e9tait bien simple : r\u00e9unir suffisamment de grains de poudre  pour occasionner une explosion. J\u2019ai imagin\u00e9 un sac o\u00f9 dans lequel chacun de  nous pourrait d\u00e9poser ses grains de poudre.<br \/>\nAlors, toujours sous les draps,  j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que tous les jours quand je me levais pour travailler sur le projet  \u00ab Familles du Monde \u00bb, je mettais mon grain de poudre dans le sac du possible  Big-Bang de la conscience humaine. \u00c0 ce moment-l\u00e0, s\u00fbre de mon fait je me suis  dress\u00e9e afin de poursuivre ma mission de \u00ab pr\u00e9senter l\u2019Humanit\u00e9 \u00e0 l\u2019Humanit\u00e9 \u00bb.  Celle-ci n\u2019a jamais su o\u00f9 elle allait, et elle l\u2019ignore toujours . Le fait de  croire avec certitude que je participe \u00e0 cette possible explosion de la  conscience me permet chaque matin de bondir du lit et de poursuivre mon chemin  en souriant.<br \/>\n<a name=\"more\"><\/a><br \/>\nLes chemins de vie qui se pr\u00e9sentent \u00e0  certains d\u2019entre nous sont parfois surprenants et le monde entier regorge  d\u2019histoires humaines et de routes parcourues. La mienne d\u00e9bute dans le rang 7 \u00e0  Duparquet en Abitibi, au nord-ouest de la province de Qu\u00e9bec, tout pr\u00e8s de la  fronti\u00e8re de l\u2019Ontario, tr\u00e8s pr\u00e8s des territoires autochtones. Ma s\u0153ur dit se  souvenir des familles nomades qui venaient, l\u2019\u00e9t\u00e9, camper au bord de la rivi\u00e8re.  Il devait se passer plusieurs ann\u00e9es avant que je comprenne ce qu\u2019\u00e9tait une  fronti\u00e8re et r\u00e9alise que ce mot est celui qui d\u00e9limite nos relations avec les  autres ; c\u2019est aussi le mot qui a le plus contribu\u00e9 \u00e0 fabriquer le monde dans  lequel nous vivons. Il continue \u00e0 sculpter nos haines et nos prisons.<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re, ne pouvant supporter la vie sans ma m\u00e8re, l\u2019avait amen\u00e9e avec  lui dans les bois o\u00f9 il travaillait \u00e0 construire des scieries. L\u00e0 deux cents  hommes partageaient notre table. Ma m\u00e8re cuisinait pour nous tous. Nous \u00e9tions  la seule famille, ma m\u00e8re la seule femme et nous cinq, les seuls enfants sur ce  chantier; moi j\u2019\u00e9tais la plus jeune. La for\u00eat, cet endroit qui semble sans issue  et dont la fronti\u00e8re est la piste de chacun sur le sol qu\u2019il ne faut pas perdre  de vue, fut mon premier terrain de jeu. Le matin, il fallait inventer la vie  avec elle et le soir se mettre \u00e0 l\u2019abri des ours et autres compagnons de  territoire.<br \/>\nD\u00e8s six ans, j\u2019entrai au pensionnat et aux mains de religieuses  qui allaient essayer de m\u2019envahir , ma\u00eetriser l\u2019\u00eatre libre que j\u2019\u00e9tais et de  m\u2019\u00e9tablir de force des fronti\u00e8res. Six mois plus tard, ce n\u2019\u00e9tait plus des ours  dont j\u2019\u00e9tais m\u00e9fiante mais plut\u00f4t de la parole humaine. Je ne voyais mes parents  que trois fois par an . De cette mise en cage si jeune, allait sortir la rebelle  que je suis. 30 ans devaient s\u2019\u00e9couler avant que je puise reparler de foi et  d\u2019admette que j\u2019en d\u00e9bordais.<br \/>\nAujourd\u2019hui, j\u2019\u00e9prouve une tr\u00e8s grande  compassion pour les \u00eatres prisonniers de leurs traditions, de leurs tabous, de  leurs croyances et m\u00eame de leur famille. Tant d\u2019humains sont prisonniers !  Peut-\u00eatre \u00eates-vous, vous aussi, sous l\u2019emprise de gens ou d\u2019id\u00e9es qui vous font  tourner en rond ? Se peut-il que vous teniez dans vos filets des personnes ou  des pens\u00e9es et cela tout \u00e0 fait inconsciemment ? Quelqu\u2019un est-il devenu votre  prisonnier?<br \/>\nDe cette \u00e9poque, je remercie les bois et les pensionnats de  m\u2019avoir appris une chose : mon amour du silence. Bavarde comme je suis, le  silence a pris, d\u00e8s les premiers instants de ma vie, les moyens forts pour  m\u2019apprivoiser \u00e0 sa beaut\u00e9.<br \/>\nIl n\u2019y eut pour moi aucune vie de village, de  ville, de sorties entre amies de tout ce qui nous forme dans notre environnement  et notre soci\u00e9t\u00e9. Il me semble qu\u2019encore aujourd\u2019hui, je ne sais toujours pas  vivre en soci\u00e9t\u00e9. La for\u00eat est encore aujourd\u2019hui ma salle de r\u00e9union, ma  chapelle, mon refuge. Un jour d\u2019hiver, j\u2019ai invit\u00e9 une jeune S\u00e9n\u00e9galaise et son  fr\u00e8re \u00e0 venir dans les Laurentides parcourir ma piste en raquettes. Quand nous  avons commenc\u00e9 notre marche, ils ont manifest\u00e9 leur joie de d\u00e9couvrir la for\u00eat :  \u201cJe m\u2019\u00e9tais toujours demand\u00e9 ce qu\u2019il y avait dedans\u201d d\u00e9clara le jeune  homme.<br \/>\nCe qu\u2019il y a dedans ? La for\u00eat contient mon \u00e2me, elle est ma salle de  r\u00e9union, mon lieu de m\u00e9ditation et c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 je suis moi \u00e0 part enti\u00e8re.  Dedans il y a ma piste. La terre sans vie est une terre sans pistes. La mienne  contribue \u00e0 me garder connect\u00e9e \u00e0 tous les \u00eatres vivants et \u00e0 me souvenir des  chemins parcourus sur tous les continents. J\u2019y pratique la vie au moment pr\u00e9sent  ainsi que ma reconnaissance envers elle et \u00e0 sa beaut\u00e9. J\u2019y pleure et j\u2019y chante  et j\u2019apaise cette angoisse existentielle qui allait m\u2019habiter toute mon  existence. Qui suis-je? O\u00f9 vais-je?<\/p>\n<p>A part la nature, je ne savais rien  de ce que la vie offrait. L\u2019information venait petit \u00e0 petit. Non, l\u2019humanit\u00e9  n\u2019habitait pas toute uniquement en for\u00eat. Je l\u2019ai appris et je suis devenue  avide de comprendre. Vers neuf ans, on m\u2019apprit que la reine d\u2019Angleterre, \u00e9tait  notre reine, et qu\u2019elle venait nous visiter en bateau sur les Grands Lacs du  Canada. Notre reine? Nous avions une reine? Je n\u2019en n\u2019avais jamais entendu  parler. Cependant, les Grands Lacs canadiens, je les connaissais : ils \u00e9taient  toujours l\u00e0 quand nous sortions du bois. Ils m\u2019ont l\u00e9gu\u00e9 l\u2019attrait de  l\u2019immensit\u00e9 et cette certitude qu\u2019il y avait au-del\u00e0 de ma vie quelque chose de  grand. En \u00e9crivant ces mots, j\u2019ai soudainement envie d\u2019aller voir l\u2019horizon.  Parfois, je pleure quand je le contemple comme quand on est devant un \u00eatre aim\u00e9  que nous n\u2019avons pas vu depuis longtemps.<\/p>\n<p>Chaque sortie des bois \u00e9tait un  nouvel apprentissage. Lors de l\u2019une d\u2019entre elles, je me suis retrouv\u00e9e avec de  jeunes gar\u00e7ons de mon \u00e2ge qui d\u00e9claraient d\u2019un ton s\u00fbr et certain que \u00ab toutes  les femmes \u00e9taient des emmerdeuses \u00bb. Voil\u00e0 donc une nouvelle int\u00e9ressante \u00e0  recevoir quand on ne conna\u00eet pas encore le monde et que tout ce que l\u2019on en a  vu, ce sont des hommes qui sortaient des bois en courant, heureux d\u2019aller voir  enfin les femmes. Une bonne chance que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 me m\u00e9fier du  discours humain.<br \/>\nJe suis devenue curieuse. Quel \u00e9tait donc ce monde  d\u2019emmerdeuses dans lequel je vivais et auquel, semblait-il, j\u2019appartenais ?  Qu\u2019avais-je d\u2019autre \u00e0 apprendre? \u00c0 dix-sept ans, je traversais seule le Canada  en auto-stop pour un premier apprentissage du temps, de la distance et de la  confiance en moi-m\u00eame. Puis \u00e0 19 ans, je vivais une ann\u00e9e en Allemagne, une  autre en Italie et une autre \u00e0 Paris. Ces s\u00e9jours, agr\u00e9ment\u00e9s d\u2019un six mois en  Turquie comme h\u00f4tesse au club M\u00e9diterran\u00e9e de Kusadasi, m\u2019ont appris que je  venais de loin et \u00e0 quel point ma na\u00efvet\u00e9 \u00e9tait am\u00e9ricaine. Mon \u00e9ducation en  tant que citoyenne du monde commen\u00e7ait d\u00e9j\u00e0.<br \/>\nJe devais apprendre \u00e0 vivre dans  le monde, dans notre monde, dans mon monde, sur cette plan\u00e8te et dans mon  jardin. Une recherche qui n\u2019aura de fin que la mienne.<br \/>\nXXXXXXX fin \u00e9pisode 1  bonnes feuilles<br \/>\nAu d\u00e9but des ann\u00e9es 80, j\u2019\u00e9tais \u00ab TV producer \u00bb dans une  agence de publicit\u00e9 \u00e0 Paris, entour\u00e9e de gens qui disaient faire partie des plus  grands communicateurs au monde. Les termes \u00ab village global \u00bb et \u00ab communication  internationale \u00bb \u00e9taient sur toutes les l\u00e8vres et les avanc\u00e9es technologiques  ainsi que la capacit\u00e9 de voyager \u00e9taient de plus en plus \u00e0 la port\u00e9e de tous.  Mes vacances consistaient \u00e0 visiter le monde afin de voir, conna\u00eetre et  d\u00e9couvrir. Pendant l\u2019une de ces vacances j\u2019\u00e9tais all\u00e9e au Sri Lanka o\u00f9 mon ami  Jean avait un contrat de six mois. Je pris le temps et allai en solitaire  visiter les \u00celes Maldives o\u00f9 il est possible de jouer \u00e0 \u00ab enfin seule sur une  \u00eele d\u00e9serte! \u00bb et s\u2019imaginer pour un moment que l\u2019on a fuit le monde. Un jeu que  j\u2019aime tant! J\u2019avais lou\u00e9, avec un jeune homme belge, rencontr\u00e9 sur place, un  bateau de p\u00eacheur accompagn\u00e9 de son marin. C\u2019\u00e9tait simple : le midi nous  trouvions une \u00eele habit\u00e9e pour nous nourrir et le soir une \u00eele d\u00e9serte pour  dormir. Nous n\u2019avions pas peur du soleil, des tsunamis, des terroristes ni des  violeurs; le monde \u00e9tait \u00e0 nous et il serait, nous en \u00e9tions convaincus, de plus  en plus beau et gentil.<br \/>\nUn jour, alors que je faisais le tour d\u2019une des  petites \u00eeles de sable \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 tous cherchent l\u2019ombre pour se reposer et que  tout est calme, je pris conscience qu\u2019une jeune fille me suivait et m\u2019\u00e9piait  tout en se cachant derri\u00e8re les palmiers et les cocotiers. Je faisais semblant  ne pas m\u2019en rendre compte, la laissant \u00e0 sa curiosit\u00e9. Il est bien difficile de  ne pas \u00eatre vu dans ces petites \u00eeles. J\u2019avais m\u00eame surpris sous la lune des  femmes se cacher pour prendre un bain tout habill\u00e9es. Le monde\u2026 je le d\u00e9couvrais  n\u2019appartenait pas aux femmes. J\u2019apprenais \u00e0 reconna\u00eetre ma libert\u00e9.<br \/>\nDe  retour sur la plage o\u00f9 nous attendait le voilier, l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y avait plus de  cocotiers pour jouer \u00e0 la cachette, nos regards se crois\u00e8rent et \u00e9chang\u00e8rent, en  quelques secondes, entre cette jeune fille et moi il y eu une longue  conversation muette et remplie de questions. Comment se fait-il que nous sommes  toutes deux sur la plan\u00e8te terre et si ignorantes de nos vies respectives?  Comment pouvais-je \u00eatre source de curiosit\u00e9?<br \/>\n&#8211; Que deviendras-tu dans cette  petite \u00eele? lui demandait mon regard.<br \/>\n&#8211; D\u2019o\u00f9 viens-tu? O\u00f9 vas-tu? me disait  le sien.<br \/>\nJ\u2019ai emport\u00e9 avec moi sa question et depuis je n\u2019ai cess\u00e9 d\u2019y  r\u00e9pondre. Cette jeune fille ne saura jamais l\u2019importance que son regard  inquisiteur et curieux a eu sur ma vie. Il fut l\u2019un des d\u00e9clencheurs qui ont  guid\u00e9 ma pens\u00e9e vers cette question: \u00ab Comment se fait-il, que nous allions  commencer le 21\u00e8me si\u00e8cle et que peut-\u00eatre 80 % des gens viennent au monde sur  terre, meurent sans avoir la moindre id\u00e9e de l\u2019endroit o\u00f9 ils sont pass\u00e9s dans  l\u2019univers et ne sachant m\u00eame pas avec qui ils ont partag\u00e9e la plan\u00e8te?\u201d<br \/>\nLa  question revenait sans cesse. Je me r\u00e9veillais la nuit et j\u2019essayais de  m\u2019imaginer la vie quotidienne dans les autres pays et je n\u2019y arrivais pas. Je me  retrouvais devant ma propre ignorance. Je pensai alors que le plus grand et le  plus beau d\u00e9fi des communications internationales \u00e9tait que d\u00e8s notre arriv\u00e9e  sur terre, nous tous citoyens du monde, ayons acc\u00e8s, \u00e0 l\u2019information qui nous  dit avec qui nous partageons la plan\u00e8te. C\u2019est ainsi que je d\u00e9cidai de chercher  le moyen et l\u2019outil pour pr\u00e9senter l\u2019Humanit\u00e9 \u00e0 l\u2019Humanit\u00e9. J\u2019ai choisi la vie  quotidienne des familles et de tracer ma piste sur les routes du monde.<br \/>\nJ\u2019ai  aujourd\u2019hui v\u00e9cu dans les familles de 116 pays et je crois que, malgr\u00e9 les  technologies de communication accessibles, le d\u00e9fi de communication que je me  suis donn\u00e9 il y a 25 ans, reste encore \u00e0 rencontrer. Je vais un peu plus loin  maintenant. Mon angoisse existentielle est devenue le moteur de mon action et je  demande que l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information de qui nous sommes, o\u00f9 nous sommes dans  l\u2019univers et avec qui nous partageons la plan\u00e8te bleue soit accessible \u00e0 tous,  les milliards que nous sommes, nous les citoyens du monde.<br \/>\nAlors seulement  pourrons-nous clamer haut et fort qu\u2019il faut \u00eatre bons envers les autres et  prendre soin de notre plan\u00e8te. Aujourd&rsquo;hui, nous allons \u00e0 travers le monde en  d\u00e9clarant qu\u2019il est urgent de le faire. Nous avons m\u00eame peur qu\u2019il soit m\u00eame  trop tard. On crie : \u00ab sauvons la plan\u00e8te \u00bb, car nous n\u2019osons pas crier : \u00ab  sauvons l\u2019Humanit\u00e9 \u00bb.<br \/>\nLa majorit\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9 n&rsquo;a encore aucune id\u00e9e de  quoi l\u2019on parle et ne comprend pas notre panique. Comment peut-on se pr\u00e9occuper  de la fin quand on n\u2019a aucune id\u00e9e du d\u00e9but de notre aventure?<\/p>\n<p>Le  quotidien des familles du monde est l\u2019information id\u00e9ale pour conna\u00eetre la vie  sur terre et pour comprendre avec compassion les autres. D\u00e8s les premiers mois  sur la route de ce qui allait devenir un projet de vie, je r\u00eavais de  distribution globale: que La Collection Familles du Monde se retrouve dans  toutes les familles endroits du monde. La recette me paraissait si simple. En  plus, d\u00e8s le d\u00e9but, ceux que je visitais m\u2019avouaient vouloir aussi conna\u00eetre le  monde. Certains \u00e9taient m\u00eame pr\u00eats \u00e0 prendre la route avec moi.<br \/>\nJe me  souviens lors de mon s\u00e9jour chez les Huli en Papouasie Nouvelle Guin\u00e9e, alors  qu\u2019il y avait une guerre tribale dans notre clan, la premi\u00e8re des cinq \u00e9pouses  du chef Alembo lisait la Bible, assise pr\u00e8s du feu en attendant que l\u2019eau  bouille. \u00c0 ce moment, je me suis dit que si la Bible est arriv\u00e9e jusqu\u2019ici,  pourquoi pas la collection \u00ab Familles du Monde \u00bb? En exposant cette id\u00e9e  quelqu\u2019un plus tard m\u2019a fait cette remarque : \u00ab Oui, mais H\u00e9l\u00e8ne, \u00e7a leur a pris  2000 ans.\u00bb Et ma r\u00e9ponse fut: \u201cPuisque nous sommes si bons et si avanc\u00e9s en  communication aujourd\u2019hui, cela devrait nous prendre 20 ans \u00bb.<br \/>\nLes obstacles  ont \u00e9t\u00e9 nombreux et j\u2019ai d\u00fb souvent calmer mon impatience. Je me suis lib\u00e9r\u00e9e du  mot \u00ab temps \u00bb et j\u2019ai accept\u00e9 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il soit possible que d\u2019autres  poursuivent apr\u00e8s moi ce grand projet de communication. Je n\u2019ai jamais abandonn\u00e9  et on me dit un mod\u00e8le de pers\u00e9v\u00e9rance. Pourtant si j\u2019avais quinze ans  aujourd\u2019hui, on me cataloguerait comme \u00ab d\u00e9crocheuse \u00bb, terme utilis\u00e9 dans ma  soci\u00e9t\u00e9 pour d\u00e9finir ceux qui arr\u00eatent l\u2019\u00e9cole sans dipl\u00f4me ou formation  sp\u00e9cialis\u00e9e. Ils sont de plus en plus nombreux actuellement et notre  collectivit\u00e9 cherche les outils et les moyens pour les garder en classe. Quand  tant de gens veulent sortir des rangs, il me semble que les outils que nous  devrions trouver sont ceux qui permettraient un nouveau regard sur les  institutions d\u2019\u00e9ducation. Et ceci dans le monde entier.<br \/>\nJe ne savais pas  vraiment ce qu\u2019\u00e9tait le d\u00e9crochage puisque les \u00e9tudes universitaires \u00e9taient  alors un privil\u00e8ge financier r\u00e9serv\u00e9 seulement \u00e0 quelques individus d\u2019une  famille nombreuse. Encore aujourd\u2019hui, l\u2019int\u00e9r\u00eat des parents \u00e0 entamer de  grandes d\u00e9penses pour pousser leurs enfants vers l\u2019\u00e9ducation diminue avec le  nombre de leur prog\u00e9niture. J\u2019\u00e9tais le cinqui\u00e8me enfant, je n\u2019\u00e9tais ni entour\u00e9e  ni guid\u00e9e et je ne savais pas qu\u2019\u00e0 travers les \u00e9tudes je devais faire ma place  dans la soci\u00e9t\u00e9. En fait, je ne savais pas ce que c\u2019\u00e9tait ni l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019en  faire partie. Certains se voyaient clairement m\u00e9decins, avocats, infirmi\u00e8res,  enseignants ou politiciens, d\u2019autres se figuraient fonctionnaires! On parlait de  s\u00e9curit\u00e9 et c\u2019\u00e9tait pour moi le premier contact avec ce mot. Je n\u2019ai pas cherch\u00e9  \u00e0 le comprendre car il n\u2019\u00e9voquait rien de particulier chez moi. Puis, il y avait  les autres, ceux qui remettaient tout en question, soci\u00e9t\u00e9 et religion. Ils  parlaient du monde \u00e0 d\u00e9couvrir. J\u2019\u00e9coutais plus attentivement.<br \/>\nJ\u2019aimais  apprendre et j\u2019allais le faire autrement que sur les bancs de l\u2019\u00e9cole et sur le  march\u00e9 du travail. Ce que je devais accomplir n\u2019apparaissait pas encore sur la  liste du bureau d\u2019emploi. Mes enseignants se trouvaient partout sur la plan\u00e8te.  Ils \u00e9taient si nombreux qu\u2019il fallait aller \u00e0 leur rencontre. J\u2019ai pris la route  munie des handicaps et des forces de ceux qui savent d\u00e9crocher de leur famille,  du syst\u00e8me d\u2019\u00e9ducation ou de la politique. Ce n\u2019est pas plus facile ou plus  difficile. Il est question ici de choix et de libert\u00e9 ainsi que d\u2019apprendre \u00e0  les assumer et \u00e0 les vivre fi\u00e8rement Certaines philosophies affirment que le  premier choix que nous faisons est celui de na\u00eetre. Que sortir du ventre de sa  m\u00e8re est notre premi\u00e8re volont\u00e9. Si cela est vrai, cela voudrait dire que  l\u2019Humanit\u00e9 a accept\u00e9 de vivre sur cette plan\u00e8te. On pourrait aujourd\u2019hui se  demander ce qui nous attire tant vers l\u2019autodestruction.<br \/>\nMa s\u0153ur a\u00een\u00e9e, ma  banque de souvenirs, me dit que si l\u2019enfant que j\u2019\u00e9tais,vivait aujourd\u2019hui, je  serais sur le Ritalin ou autre m\u00e9dication du genre. On m\u2019aurait drogu\u00e9e pour me  retenir, pour me plier au syst\u00e8me et rendre la vie plus facile aux autres ! Si  cela avait \u00e9t\u00e9 le cas, ce sentiment puissant qu\u2019il me fallait suivre une voie  diff\u00e9rente des autres ainsi que cette curiosit\u00e9 qui m\u2019habitaient se seraient-ils  \u00e9teints ?<br \/>\nSi Ob\u00e9lix est tomb\u00e9 dans le chaudron de la potion magique de la  force qui l\u2019a rendu invincible, moi je suis tomb\u00e9e dans la potion de la libert\u00e9.  Elle fait partie depuis toujours de ma recherche et c\u2019est avec elle que j\u2019ai  observ\u00e9 le monde. Je n\u2019avais pas de rapport universitaire structur\u00e9 \u00e0 remettre,  je ne savais pas ce qui \u00e9tait \u00e0 la mode, ce qui \u00e9tait \u00ab branch\u00e9 \u00bb ce qui \u00e9tait \u00ab  in \u00bb, et ni ce qui aurait d\u00fb me faire courir pour remettre un reportage au  Canada, en France, aux \u00c9tats-Unis ou en Russie. J\u2019observais l\u2019humanit\u00e9 tout  simplement afin de la faire conna\u00eetre aux autres. Mon rapport institutionnel et  mon reportage allaient \u00eatre mes livres, mes photos et mes conf\u00e9rences, mais  aussi ma transformation personnelle et mon assurance quand je d\u00e9clare qu\u2019il est  essentiel de regarder diff\u00e9remment le monde<\/p>\n<p>LA PISTE<br \/>\nJe suis  partie \u00e0 la recherche d\u2019une famille repr\u00e9sentant la majorit\u00e9, dans tous les pays  du monde et c\u2019est cette qu\u00eate qui a structur\u00e9 ma vie, mes voyages, mes  observations et mes connaissances de l\u2019humanit\u00e9.<br \/>\nMes familles sont choisies  en fonction de profils statistiques d\u00e9taill\u00e9s et elles refl\u00e8tent fid\u00e8lement les  caract\u00e9ristiques propres \u00e0 chaque pays. Si, par exemple, la majorit\u00e9 de la  population d\u2019un pays est rurale, la famille choisie pour le repr\u00e9senter sera  rurale. Urbaine? Elle sera urbaine et percevra le revenu familial moyen. Le  nombre d\u2019enfants correspond \u00e0 la moyenne nationale. La maison familiale doit  aussi repr\u00e9senter l\u2019architecture et le niveau de vie pr\u00e9dominants dans le pays.  Si le plus grand nombre, comme en Ethiopie, vit \u00e9loign\u00e9 des routes, je marche  pour trouver ceux avec qui je partagerai le quotidien de ce pays.<br \/>\nD\u2019autres  facteurs influencent \u00e9galement le style de vie : l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, \u00e0  l\u2019eau potable et aux routes principales. Les probl\u00e8mes majeurs d\u2019un pays doivent  aussi \u00eatre pris en consid\u00e9ration : la d\u00e9forestation, la surpopulation, la  migration vers les villes, les in\u00e9galit\u00e9s des classes sociales, la propri\u00e9t\u00e9  terrienne. Il est constructif de consulter une carte g\u00e9ographique quand on  essaie d\u2019imaginer qui y vit, quels sont les climats et la topographie. La vie  est bien diff\u00e9rente en altitude, sur un littoral, dans le d\u00e9sert, dans les pays  affect\u00e9s par la mousson, dans les villes de 10,000, 100,000, de 1 ou 10 millions  d\u2019habitants. Ma m\u00e9thode consiste donc \u00e0 compiler r\u00e9unir toutes ces informations  et trouver et trouv\u00e9 les r\u00e9ponses \u00e0 mes questions, je suis alors pr\u00eate \u00e0  commencer ma recherche de la famille.<br \/>\nDe telles donn\u00e9es sont tr\u00e8s  r\u00e9v\u00e9latrices de la personnalit\u00e9 d\u2019un pays. Elles sont reli\u00e9es aux conditions de  vie de chacun d\u2019entre nous. Ainsi, lorsque je me retrouve dans un pays o\u00f9 il n\u2019y  a pas de renseignements indiquant le nombre de jeunes de seize ans qui  fr\u00e9quentent l\u2019\u00e9cole, qui sont au travail ou sans emploi parce que cette  recherche n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 men\u00e9e, je ne peux m\u2019emp\u00eacher de me demander ce que fait ce  pays pour ses jeunes.<br \/>\nQuand toutes les informations me guident dans une  r\u00e9gion sp\u00e9cifique du pays, le personnel des Nations unies \u00e9tablit un contact  avec des professionnels locaux qui travaillent sur le terrain. Fr\u00e9quemment, des  sessions de groupes sont n\u00e9cessaires pour \u00e9tablir les caract\u00e9ristiques  principales et trouver celui ou celle qui connaissait sa communaut\u00e9 de mani\u00e8re  suffisamment intime pour frapper aux bonnes portes et me pr\u00e9senter aux familles.  Souvent ce sont des enseignants, des infirmi\u00e8res, des m\u00e9decins. Si la personne  qui m\u2019accompagne lors de ce premier contact, afin d\u2019obtenir la r\u00e9alit\u00e9 de la vie  de tous les jours, jouit de la confiance de tout le monde, je b\u00e9n\u00e9ficie alors  presque spontan\u00e9ment du m\u00eame traitement. C\u2019est un \u00e9l\u00e9ment crucial puisque les  familles ne sont pas avis\u00e9es de mon arriv\u00e9e.<br \/>\nLorsqu\u2019il est n\u00e9cessaire de  recourir aux services d\u2018interpr\u00e8tes, je leur demande de limiter leur pr\u00e9sence \u00e0  quelques heures par jour afin d\u2019\u00eatre seule avec la famille le reste de la  journ\u00e9e. Il se trouve toujours quelques \u00e9tudiants de niveau secondaire qui se  font un plaisir de venir pratiquer l\u2019anglais, et cet effort pour essayer de se  comprendre nous procure \u00e0 tous des moments exceptionnels. Cependant, m\u00eame s\u2019ils  appartiennent au m\u00eame pays, j\u2019ai souvent eu l\u2019impression que la pr\u00e9sence des  interpr\u00e8tes rend la famille mal \u00e0 l\u2019aise. Ils proviennent g\u00e9n\u00e9ralement de la  ville et j\u2019ai souvent constat\u00e9 la difficult\u00e9 qu\u2019ils \u00e9prouvent \u00e0 vivre dans la  simplicit\u00e9 et la pauvret\u00e9 de leur propre environnement rural.<br \/>\nNous visitons  trois, quatre, cinq familles et puis j&rsquo;en choisi une. Voil\u00e0! Je pose mes sacs  toujours avec ce sentiment d\u2019arriver enfin chez moi. Une journ\u00e9e, j\u2019accompagne  la femme, une autre je vais suivre l&rsquo;homme et la suivante, j\u2019escorterai les  enfants. Ensuite je mets toutes ces journ\u00e9es-l\u00e0 en une. Si je passe de deux \u00e0  trois semaines par pays pour accomplir ma recherche, je vis quatre jours dans la  famille. J\u2019ai essay\u00e9 cinq jours, mais la cinqui\u00e8me, je sentais un malaise.  C\u2019\u00e9tait trop pour mais je ne savais pas pourquoi. 20 ans plus tard, j\u2019ai appris  que pour les B\u00e9douins, les hommes du d\u00e9sert au Moyen-Orient, l\u2019hospitalit\u00e9 est  de trois jours. Apr\u00e8s, disent-ils, \u00ab l\u2019invit\u00e9 est comme un fromage qui commence  \u00e0 sentir fort! \u00bb Il faut savoir arriver et savoir partir.<br \/>\n\u00c0 tous ceux qui ont  eu la gentillesse de m\u2019aider dans cette recherche d\u2019une famille \u00ab id\u00e9ale pour  repr\u00e9senter leur pays, \u00bb j\u2019ai parfois d\u00fb para\u00eetre exigeante. Compte tenu des  profils \u00e9tablis, j\u2019insistais pour trouver une famille qui comptait un enfant de  plus ou de moins; une maison moins grande ou moins coquette\u2026ou m\u00eame un chef de  famille exer\u00e7ant un autre m\u00e9tier. J\u2019ai tenu \u00e0 respecter ces crit\u00e8res de mani\u00e8re  que chaque lecteur puisse dire : \u00ab Si j\u2019\u00e9tais n\u00e9 dans ce pays, c\u2019est ainsi que  je vivrais! \u00bb<br \/>\nAujourd\u2019hui, quand j\u2019observe les gens souvent ma pens\u00e9e d\u00e9roule  comme dans un film, la vie de l\u2019humanit\u00e9. Je vois des choses, j\u2019entends des  conversations et soudain le film s\u2019arr\u00eate sur une sc\u00e8ne, un \u00eatre, une \u00e9motion  v\u00e9cue quelque part sur la plan\u00e8te. Je suis citoyenne du monde et habit\u00e9e de son  humanit\u00e9.<br \/>\nIl n\u2019est pas n\u00e9cessaire de conna\u00eetre toutes les langues du monde  pour se parler. Les communications avec \u00ab mes familles \u00bb pass\u00e9es par le regard  et aussi par l\u2019interpr\u00e9tation que notre corps d\u00e9duit du langage du  c\u0153ur.<br \/>\nImaginons-nous tous compl\u00e8tement couverts, v\u00eatus de la t\u00eate aux pieds,  n\u2019ayant que notre regard pour communiquer, qu\u2019y mettrions-nous? De la col\u00e8re, de  la haine, du m\u00e9pris, de la vengeance? Ou peut-\u00eatre de l\u2019amour ou de la  compassion et de la tendresse? Pour communiquer avec l\u2019Humanit\u00e9, c\u2019est notre  regard que nous devons habiller!<br \/>\nCe livre est une histoire de regards et un  grand voyage au coeur de l\u2019Humanit\u00e9.<\/p>\n<p>REGARD<br \/>\nIl y a dans les racines de  mon projet un fondement culturel. Je l\u2019ai con\u00e7u parce que ma langue maternelle  est le fran\u00e7ais et que le mot \u00ab regard \u00bb en fait partie. En anglais il n\u2019existe  pas et plusieurs termes sont n\u00e9cessaires pour remplacer toutes les d\u00e9finitions  que nous trouvons dans ce seul mot fran\u00e7ais: look, glance, outlook.<br \/>\nIl y a  peut-\u00eatre aussi un fondement psychologique dans mon attirance au regard. Alors  que je visitais les familles d\u2019Europe, mon p\u00e8re est venu me visiter. Un soir, \u00e0  Paris, autour d\u2019une table avec des amis, il a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 tout le monde que b\u00e9b\u00e9,  j\u2019\u00e9tais laide. On ne me l\u2019avait jamais dit. Il a ajout\u00e9 que comme les gens  n\u2019osaient pas l\u2019exprimer, ils s\u2019exclamaient. \u00ab Vous avez vu ces beaux yeux! \u00bb  J\u2019ai compris alors, un peu plus, pourquoi le regard a toujours \u00e9t\u00e9 pour moi un  outil important de communication.<br \/>\nJ\u2019\u00e9tais influenc\u00e9e aussi par mon travail en  publicit\u00e9. Au tout d\u00e9but de la conception de ce projet, j\u2019ai imagin\u00e9 pr\u00e9senter  les gens de la plan\u00e8te en les photographiant en gros plan. Ceci, afin de  d\u00e9couvrir le langage des yeux et d\u2019aller puiser dans chaque regard l\u2019histoire  d\u2019une vie. J\u2019ai rapidement compris qu\u2019il \u00e9tait essentiel de pr\u00e9senter les gens  dans leur environnement J\u2019ai imagin\u00e9 observer la sc\u00e8ne en utilisant des  lentilles de cam\u00e9ra un peu plus larges et c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que m\u2019est venue  l\u2019id\u00e9e de la famille: le lieu o\u00f9 j\u2019apprendrais \u00e0 conna\u00eetre les hommes, les  femmes et les enfants.<br \/>\nL\u2019Humanit\u00e9 allait \u00eatre mon chemin initiatique vers la  compr\u00e9hension de ma vie sur terre, elle allait devenir mon ma\u00eetre et transformer  mon propre regard. Je suis une observatrice de la vie. Je la contemple comme on  admire un tableau dans une galerie d\u2019art. Je bouge quand le tableau exige trop  de moi, qu\u2019il tente de me happer et de m\u2019inclure dans sa fixit\u00e9. Je ne peux pas  faire partie du tableau et le regarder \u00e0 la fois. Je vais de maison en maison  retrouvant ma solitude, cette grande amie, qui a toujours tant de choses \u00e0 me  dire et qui m\u2019aide \u00e0 comprendre. R\u00e9guli\u00e8rement je lui demande : \u00ab Mais que  veux-tu de moi? \u00bb.<br \/>\nJe me suis donn\u00e9 un objectif mais je me suis vite aper\u00e7ue  que la vie en avait \u00e9galement un pour moi. J\u2019ai souvent pens\u00e9 en me penchant sur  ma table lumineuse que c\u2019est elle qui avait pris les photos. Comme si elle avait  saisi des choses que je ne voyais pas mais que je devais d\u00e9couvrir plus tard.  Une fois de retour, la le\u00e7on continuait.<br \/>\nLorsque j\u2019ai vu pour la premi\u00e8re  fois la photo de la famille Ramirez du Honduras (photo), j\u2019ai presque \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7ue.  Je regardais les enfants qui semblaient si bien se porter en pensant que tous  ceux qui regarderaient cette photo me sortiraient la classique : \u00abIls sont  pauvres, mais ils sont heureux. \u00bb J\u2019avais l\u2019impression qu\u2019avec cette photo, je  n\u2019arriverais pas \u00e0 communiquer \u00e0 ma soci\u00e9t\u00e9, aussi friande de pauvret\u00e9 que de  richesses, la vie des gens de ce pays, le deuxi\u00e8me plus pauvre des  Am\u00e9riques.<br \/>\nOui, ils paraissent se porter tr\u00e8s bien, mais pourtant pendant de  longues p\u00e9riodes de l\u2019ann\u00e9e, Emilia ne dispose que du ma\u00efs dont elle fait les  tortillas pour nourrir ses enfants. Cherchant \u00e0 comprendre, je regardais cette  photo et mes yeux chaque fois se fixaient sur le sourire d\u2019Emilia. Une femme  accueillante, qui d\u00e8s le r\u00e9veil, souriait et chantait. Elle avait un regard  rempli d\u2019amour et \u00e9tait toujours accessible \u00e0 ses enfants. Dans l\u2019obscurit\u00e9 de  la nuit, c\u2019est sa voix qui r\u00e9sonnait encore alors qu\u2019elle racontait sa journ\u00e9e \u00e0  son nouveau compagnon et p\u00e8re de son cadet. La rivi\u00e8re \u00e0 trente minutes de  marche, une maison ouverte aux vents et au froid, les enfants d\u2019Emilia \u00e9taient  souvent sales et morveux! Malgr\u00e9 tout, ils partageaient une belle complicit\u00e9  avec leur m\u00e8re et ils \u00e9taient \u00e9cout\u00e9s par elle. J\u2019ai compris comment ces enfants  refl\u00e9taient l\u2019amour dont ils \u00e9taient nourris. Leurs yeux nous am\u00e8nent  directement \u00e0 leur c\u0153ur.<br \/>\nC\u2019est ainsi en pensant \u00e0 toutes les familles  visit\u00e9es que j\u2019en suis venue \u00e0 la r\u00e9flexion suivante : peu importe o\u00f9 l\u2019on na\u00eet  et dans quelles conditions, le premier et plus grand privil\u00e8ge est de venir au  monde dans une famille de parents souriants, accueillants et aimants. Ne pas  repousser ses enfants quand ils viennent vers nous, leur sourire, les aimer,  voil\u00e0 un \u00e9norme cadeau qui leur permettra de r\u00e9aliser leurs projets tout en  gardant l\u2019espoir de r\u00e9ussir leur vie.<br \/>\nQue ce soit dans les bidonvilles ou  dans les endroits les plus pauvres, o\u00f9 je croyais qu\u2019il \u00e9tait impossible de  vivre, j\u2019ai pu d\u00e9couvrir des parents, qui se levaient le matin avec un sourire  pour leurs enfants peu importe les conditions de leur vie. Des parents comme  Emilia, il y en a partout dans le monde et ce sont leurs enfants qui sont les  plus privil\u00e9gi\u00e9s. Cet amour n\u2019a pas de fronti\u00e8res et aucun pays n\u2019abrite tous  les enfants privil\u00e9gi\u00e9s ; ce n\u2019est pas une condition \u00e9conomique, c&rsquo;est une  facult\u00e9 du c\u0153ur qui n\u2019est offerte qu\u2019\u00e0 peu d\u2019\u00e9lus.<br \/>\nImaginons tout simplement  un enfant qui se r\u00e9veille le matin devant des visages d\u2019adultes grognons qui ne  cessent de chialer, de se plaindre de tout, de ce qu\u2019ils entendent \u00e0 la radio,  du voisin qui passe, du temps qu\u2019il fait, de leur pauvret\u00e9. L\u2019enfant grandit  dans ce lieu de lamentations pour en sortir enfin le jour de son entr\u00e9e \u00e0  l\u2019\u00e9cole. Il choisira instinctivement comme premiers amis les plus pleurnichards  et les plus \u00ab chialeux Il choisira instinctivement comme premiers amis les plus  pleurnichards et les plus \u00ab chialeux \u00bb. Combien de temps lui faudra-t-il pour  voir les beaut\u00e9s du monde et pour que la magie prenne place dans sa vie ? Il est  reconnu que je viens d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la plainte prend une place importante.  Connaissons-nous l\u2019effet de nos plaintes sur les g\u00e9n\u00e9rations futures?<br \/>\nJ\u2019ai  souvent eu l\u2019impression que dans ma soci\u00e9t\u00e9, plusieurs ont tendance \u00e0 penser que  le jour o\u00f9 tous les enfants seront propres, leurs v\u00eatements et le d\u00e9cor de leur  habitation impeccables, tous les enfants seront heureux. Je n\u2019en crois rien !  Que tous les enfants du monde soient en haillons, (photo) les v\u00eatements en  loques, voil\u00e0 qui est un d\u00e9tail peu important. Ce que nous voulons c\u2019est que  tous les enfants du monde aient un sourire aux l\u00e8vres et de l\u2019amour qui se  refl\u00e8te dans leurs yeux. Que chaque parent et chaque soci\u00e9t\u00e9 travaillent sur le  concept que le regard de leurs enfants et de leurs citoyens refl\u00e8te les qualit\u00e9s  de l\u2019\u00e2me : l\u2019humilit\u00e9, la dignit\u00e9, l\u2019int\u00e9grit\u00e9, l\u2019honneur, la sagesse, la  justice, l\u2019harmonie et l\u2019endurance. Nous n\u2019aurions que cet objectif en t\u00eate et  le monde serait diff\u00e9rent.<br \/>\nPeu importe le probl\u00e8me autour de nous ou sur la  plan\u00e8te, si nous en cherchons la cause, nous trouverons \u00e0 la racine un manque  d\u2019amour. Et la majorit\u00e9 du temps cette racine se retrouve au tout d\u00e9but de la  vie, en famille. Nous discutons de tous les maux de la terre, mais rarement  parlons-nous de la responsabilit\u00e9 de la famille dans ce qui se passe sur la  plan\u00e8te. Si l\u2019Humanit\u00e9 veut grandir en harmonie avec le tout, il me semble bien  que c\u2019est tout d\u2019abord la famille qui est la premi\u00e8re responsable.<br \/>\nC&rsquo;est au  sein de la famille ce microcosme de la soci\u00e9t\u00e9 que naissent les sentiments qui  engendrent la haine, la violence et les guerres. C&rsquo;est aussi gr\u00e2ce \u00e0 elle que  germera la paix sur la terre. En ce sens, la famille a une obligation unique :  celle d&rsquo;enseigner la connaissance, la compr\u00e9hension et la tol\u00e9rance. Si avant de  faire des enfants, chaque parent se posait d\u2019abord la question de savoir si une  telle charge lui sourit et surtout lui convient, est-ce que nous aurions des  soucis de surpopulation? Aujourd&rsquo;hui, alors que la survie de l&rsquo;humanit\u00e9 et de la  plan\u00e8te en d\u00e9pend, la famille a le devoir de participer \u00e0 l&rsquo;\u00e9veil du citoyen du  monde. Pour cela chaque parent a besoin des outils qui l\u2019aideront \u00e0 y conna\u00eetre  sa place dans le monde.<\/p>\n<p>H\u00e9l\u00e8ne Tremblay<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bonnes feuilles en avant premi\u00e8re du livre H\u00e9l\u00e8ne Tremblay \u00c0 la d\u00e9couverte du r\u00e9sident de la plan\u00e8te terre 1er \u00e9pisode LE D\u00c9BUT DU CHEMIN C\u2019est en parcourant les routes de l\u2019Europe qu\u2019est arriv\u00e9 le moment o\u00f9 j&rsquo;ai cess\u00e9 de croire \u00e0 la survie de l&rsquo;humanit\u00e9. Devant moi se dressaient la longue route d\u00e9j\u00e0 parcourue, mes [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/322"}],"collection":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=322"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/322\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=322"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=322"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=322"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}