{"id":2937,"date":"2010-09-24T18:00:32","date_gmt":"2010-09-24T17:00:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/?p=2937"},"modified":"2010-09-24T18:00:32","modified_gmt":"2010-09-24T17:00:32","slug":"lalternative-ambiante-par-gilles-cement","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2010\/09\/lalternative-ambiante-par-gilles-cement\/","title":{"rendered":"L&rsquo;alternative ambiante par Gilles Cl\u00e9ment"},"content":{"rendered":"<p><strong>Comment se faire du bien plut\u00f4t que faire du mal \u00e0 la plan\u00e8te<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>\u2013 L\u2019av\u00e8nement de l\u2019\u00e9cologie<\/strong><\/p>\n<p>Haeckel en 1866 eut \u00ab l\u2019id\u00e9e et le privil\u00e8ge de donner son nom \u00e0 l\u2019ensemble organis\u00e9 des connaissances relatives aux liens qui unissent les organismes vivants et leur milieu de vie, en d\u2019autres termes l\u2019\u00e9cologie. \u00bb (1)<\/p>\n<p>Un tel champ d\u2019\u00e9tude \u2013s\u2019occuper de ce qui se situe \u00ab entre \u00bb et non seulement de ce qui est- survient dans la suite logique des constats \u00e9clairants de Lamarck et de Darwin (2) faisant lien entre les \u00eatres dans un processus de filiation et de transformation au cours du temps : l\u2019Evolution. Haeckel parle du lien en l\u2019instant, il aborde la question des \u00e9changes entre les \u00eatres et les milieux en situation d\u2019actualit\u00e9 et, sans en faire \u00e9tat nomm\u00e9ment, d\u00e9voile l\u2019\u00e9conomie de la Nature.<\/p>\n<p>La combinaison Lamarck-Darwin-Haeckel cr\u00e9e un choc que la civilisation plan\u00e9taire dominante, frapp\u00e9e de monoth\u00e9isme et de certitudes, ne parvient pas \u00e0 int\u00e9grer. De toutes ses forces elle tente de rejeter dans l\u2019ombre le spectre de l\u2019Evolution si contraire aux cosmogonies admises selon lesquelles un dieu omnipotent con\u00e7oit et r\u00e8gle l\u2019univers. De toutes ses forces elle tente d\u2019\u00e9carter l\u2019humanit\u00e9 souffrante d\u2019une impulsion diabolique : se rapprocher de la Nature. Le principe de sur-nature, inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019homme selon elle depuis son apparition sur Terre, traverse les textes sacr\u00e9s et, par une s\u00e9rie de performances technologiques et de convictions toujours plus tenaces, tient l\u2019Homme \u00e0 distance de son environnement. Isabelle Stengers situe la cr\u00e9ation du mot nature dans la Gr\u00e8ce antique, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les observateurs de l\u2019environnement d\u00e9sireux de soustraire ce territoire au domaine des dieux et de la superstition\u00a0 tentent d\u2019y instruire et d\u2019y d\u00e9velopper une science objective. Augustin Berque assure que cette \u00ab mise \u00e0 distance \u00bb se creuse et s\u2019accro\u00eet avec le d\u00e9ploiement technologique \u2013microscopes, longues vues, outils et machines- plac\u00e9 entre l\u2019Homme et son milieu comme un moyen d\u2019intercession mais aussi comme un \u00e9cran.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 la notion d\u2019\u00e9cologie se r\u00e9pand et fait l\u2019objet d\u2019enseignement scientifique \u2013vers le milieu du XX\u00e8me si\u00e8cle- le sentiment de dominer la Nature, assurer la production vivri\u00e8re, nourrir la population et en finir avec la mis\u00e8re est \u00e0 son apog\u00e9e. Au sortir de la seconde guerre mondiale un d\u00e9ploiement publicitaire de produits issus de l\u2019industrie chimique et du machinisme agricole assure la population m\u00e9dus\u00e9e d\u2019un avenir riant car tout, enfin, est ma\u00eetris\u00e9. (3)<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9cologie naissante se trouve en opposition directe avec la pens\u00e9e dominante qui, elle, continue de voir la plan\u00e8te comme un terrain d\u2019exploitation performant, illimit\u00e9, in\u00e9puisable. Le monde scientifique, attel\u00e9 aux observations m\u00e9thodiques des \u00e9cosyst\u00e8mes, d\u00e9couvre leur fragilit\u00e9 et, propose dans l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale, la notion de finitude \u00e9cologique. Cette pens\u00e9e, r\u00e9volutionnaire et traumatisante, place l\u2019humanit\u00e9 au devant d\u2019une responsabilit\u00e9 nouvelle : se porter garante de la vie sur la plan\u00e8te (4). L\u2019exploitation du territoire modifie la qualit\u00e9 des milieux. On sait que tout fonctionne au sein d\u2019un syst\u00e8me clos : recyclage permanent de la biomasse, de l\u2019eau et de tous les \u00e9l\u00e9ments agr\u00e9g\u00e9s sous des formes classiques ou nouvelles. En d\u00e9pit de ce savoir affirmant \u00e0 la fois la performance et la fragilit\u00e9 des \u00e9cosyst\u00e8mes, la gestion du\u00a0 territoire transforme qualitativement les milieux au point de les rendre st\u00e9riles, improductifs ou toxiques. L\u2019effondrement du nombre d\u2019esp\u00e8ces repr\u00e9sentatives de la diversit\u00e9 biologique ajoute \u00e0 l\u2019inqui\u00e9tude g\u00e9n\u00e9rale. Le jardin plan\u00e9taire, espace clos, demande en urgence \u00e0 changer de jardinier (5). Quelques voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour argumenter sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un tel changement. Les slogans de 68, les discours de Ren\u00e9 Dumont en 1974 ne parviendront pas \u00e0 infl\u00e9chir le cours d\u2019une m\u00e9canique trop bien engag\u00e9e.<\/p>\n<p>Le productivisme, le consum\u00e9risme, tous deux assis sur la Bible, d\u00e9ploient un arsenal de s\u00e9duction et de propagande : il faut chasser l\u2019\u00e9cologie des esprits infiltr\u00e9s par la science inconsciente et sectaire, la Bourse en d\u00e9pend. Et pour certains, on le sait, la Bourse signifie la vie. L\u00e0 aussi il y a urgence. Qu\u2019un concept parvienne \u00e0 \u00e9branler \u00e0 la fois les croyances et l\u2019\u00e9conomie ambiante cela ne saurait se tol\u00e9rer. A consid\u00e9rer le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00ab \u00e9cologie \u00bb avec distance on mesure combien il ne peut s\u2019agir d\u2019une simple production \u2013quasi logique- de la pens\u00e9e scientifique mais bien plut\u00f4t d\u2019une pens\u00e9e bouleversante dans l\u2019histoire du rapport de l\u2019Homme \u00e0 la Nature, dans l\u2019histoire humaine tout simplement. Il constitue en soi un av\u00e8nement dont les soci\u00e9t\u00e9s commencent \u00e0 peine \u00e0 mesurer l\u2019importance et la profondeur.<\/p>\n<p><strong>II \u2013 Comment se d\u00e9barrasser de l\u2019\u00e9cologie<\/strong><\/p>\n<p>Cette importance et cette profondeur \u2013utiles \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un v\u00e9ritable projet politique- n\u2019ont pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 certains observateurs, \u00e0 certains d\u00e9tracteurs. Pour sauver le march\u00e9 consum\u00e9riste il faut an\u00e9antir la pens\u00e9e \u00e9cologiste. Deux campagnes d\u2019influence oeuvrent dans cette direction sans parvenir compl\u00e8tement \u00e0 annihiler le sentiment d\u2019une urgence \u00e9cologique. Sentiment partag\u00e9 dans l\u2019impuissance par une humanit\u00e9 contemplative de son propre d\u00e9sastre. La premi\u00e8re consiste \u00e0 \u00e9riger l\u2019\u00e9cologiste en ayatollah en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la deep ecology (\u00e9cologie radicale) qui pr\u00f4ne la rigueur. Luc Ferry y verra une d\u00e9rive puriste fascisante, insistant sur le fait que le mouvement \u00e9cologiste n\u00e9 en Allemagne, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 combattu par Hitler, au contraire. La seconde, plus habituelle, consiste \u00e0 tourner l\u2019\u00e9cologiste en \u00eatre incons\u00e9quent, ridicule, incapable d\u2019aborder les r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales.<\/p>\n<p>Seule la troisi\u00e8me campagne \u2013en pleine action \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 j\u2019\u00e9cris- se rend ma\u00eetre du projet d\u2019\u00e9radication de l\u2019\u00e9cologie en tant que processus gestionnaire de la plan\u00e8te. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9e en ridicule, assimil\u00e9e \u00e0 un d\u00e9lire de po\u00e8tes infantiles ou \u00e0 celui de dangereux sectaires, l\u2019\u00e9cologie \u2013que l\u2019on pourrait croire enfin sortie d\u2019un long isolement- subit l\u2019ultime assaut de ses d\u00e9tracteurs : la r\u00e9cup\u00e9ration.<\/p>\n<p>Comment se d\u00e9barrasser d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 g\u00eanante, intrusive et r\u00e9currente, contraire \u00e0 toutes les options de la croissance ? Peut-on, par ailleurs, contredire les constats de la science, maintes fois v\u00e9rifi\u00e9s \u2013sur le r\u00e9chauffement plan\u00e9taire, la perte de diversit\u00e9 ou tout autre bilan relevant de la seule observation- sans se discr\u00e9diter et perdre la face ? Comment faire taire le discours de l\u2019opposant au syst\u00e8me productiviste suppos\u00e9 r\u00e9gler tous les probl\u00e8mes de l\u2019humanit\u00e9 sinon en l\u2019absorbant dans le syst\u00e8me lui-m\u00eame pour le faire dispara\u00eetre \u00e0 tout jamais ?<\/p>\n<p>Puisque le discours de l\u2019\u00e9cologie devient incontournable, la strat\u00e9gie consiste \u00e0 mettre au point des alternatives aux propositions altermondialistes : \u00e9viter par tous les moyens la moindre perspective de d\u00e9croissance. On dresse alors le vocabulaire de la r\u00e9cup\u00e9ration : tout se fera d\u00e9sormais au nom du d\u00e9veloppement durable c\u2019est-\u00e0-dire du d\u00e9veloppement. Les \u00e9conomistes y travaillent s\u00e9rieusement (6). La principale issue du sommet de Kyoto, la plus admise dans tous les camps, la plus folle et la plus perverse pour quiconque se tient au courant des m\u00e9caniques boursi\u00e8res, prend le nom de droit \u00e0 polluer. Polluer n\u2019est pas un probl\u00e8me puisque le fait m\u00eame de polluer rapporte de l\u2019argent. Les entreprises dont la production de gaz \u00e0 effet de serre (pour ne prendre qu\u2019un seul composant de la pollution) atteint un seuil \u2013fix\u00e9 par qui ? -ach\u00e8te \u00e0 une entreprise cr\u00e9ditrice en droits \u00e0 polluer un quota compensatoire lui permettant de continuer \u00e0 polluer. Le mouvement des droits, transform\u00e9 en valeur boursi\u00e8re, impose un volume des transactions important pour \u00eatre lucratif. Lors d\u2019une ann\u00e9e o\u00f9 la consommation de produits entra\u00eenant des gaz \u00e0 effet de serre diminue, les actions du droit \u00e0 polluer chutent. Le processus montre comment une taxe destin\u00e9e \u00e0 limiter une pollution ne peut, en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019entretenir sa dynamique. (7).<\/p>\n<p><strong>III &#8211; Le Green-business<\/strong><\/p>\n<p>A aucun moment il n\u2019est question d\u2019aborder s\u00e9rieusement les probl\u00e8mes pos\u00e9s par la d\u00e9tresse humaine au sein du \u00ab jardin plan\u00e9taire \u00bb mais on fera tout pour le laisser croire. D\u2019abord communiquer. La premi\u00e8re action des partisans du d\u00e9veloppement durable consiste en un dispositif de communication. Des mots et des images. Des images surtout. Faire le constat esth\u00e9tisant d\u2019une plan\u00e8te d\u00e9faite \u2013photos merveilleuses et tragiques, vues du ciel ou d\u2019ailleurs- faire des livres, des discours, afficher les bonnes intentions, changer le climat, on trouvera les moyens . La technologie du XXI\u00e8me si\u00e8cle se place sous le signe du d\u00e9veloppement durable. Le Grenelle de l\u2019Environnement \u2013 dont le versant positif consiste \u00e0 faire prendre conscience officiellement des probl\u00e8mes \u00e9cologiques &#8211; participe du dispositif de brouillage en pla\u00e7ant en exergue de minuscules actions environnementales : isoler les maisons, trier les d\u00e9chets, \u00e9conomiser l\u2019eau. Gestes citoyens utiles et charg\u00e9s d\u2019\u00e9vidence que tout passager de la Terre se doit d\u2019accomplir faute de quoi il se rend responsable du pire. Il est alors possible de d\u00e9velopper en toute tranquillit\u00e9 les immenses entreprises de pollution, de destruction des paysages et des soci\u00e9t\u00e9s humaines sur la plan\u00e8te. Toute l\u2019\u00e9nergie se concentre sur l\u2019industrie automobile, le d\u00e9veloppement autoroutier, la culture massive d\u2019agrocarburants, l\u2019\u00e9pandage toujours plus important de pesticides et d \u2018engrais, l\u2019usage d\u2019OGM, la relance du nucl\u00e9aire, etc.<\/p>\n<p>Une seule r\u00e8gle pr\u00e9side \u00e0 ce dispositif : \u00ab\u00e7a rapport ou \u00e7a ne rapporte pas\u00bb ? Si \u00ab\u00e7a rapporte\u00bb il n\u2019y a pas d\u2019inconv\u00e9nient \u00e0 ce que la solution choisie m\u00e8ne des millions d\u2019humains \u00e0 la mis\u00e8re ou \u00e0 la mort puisque \u00ab\u00e7a rapporte\u00bb. Dans l\u2019hypoth\u00e8se inverse la solution ne m\u00e9rite pas que l\u2019on s\u2019y attarde m\u00eame si elle peut am\u00e9liorer ou sauver des vies humaines.<\/p>\n<p>Voici enfin l\u2019\u00e9cologie musel\u00e9e, satisfaite, asservie au march\u00e9. La voici rentr\u00e9e dans la m\u00e9canique lib\u00e9rale par sa propre marchandisation. Elle en sortira lav\u00e9e, filtr\u00e9e, vid\u00e9e de ses intentions pr\u00e9cautionneuses et d\u00e9testables, on en fera une machine propre et rod\u00e9e \u00e0 la marche des affaires. Tel est le projet d\u2019un cartel capitaliste organisant le saccage de la plan\u00e8te avec une violence in\u00e9gal\u00e9e dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. Dans le \u00absixi\u00e8me cercle\u00bb de l\u2019 \u00abInsurrection qui vient\u00bb, le Comit\u00e9 Invisible dresse un profil cinglant de ce nouvel objet \u00e9conomique : \u00abL\u2019\u00e9cologie n\u2019est pas seulement la logique de l\u2019\u00e9conomie totale, c\u2019est aussi la nouvelle morale du Capital. L\u2019\u00e9tat de crise interne du syst\u00e8me et la rigueur de la s\u00e9lection en cours sont tels qu\u2019il faut \u00e0 nouveau un crit\u00e8re au nom duquel op\u00e9rer de pareils tris. L\u2019id\u00e9e de vertu n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9, d\u2019\u00e9poque en \u00e9poque, qu\u2019une invention du vice (\u2026) . Tra\u00e7abilit\u00e9, transparence, certification, \u00e9co-taxes, excellence environnementale, police de l\u2019eau laissent augurer de l\u2019\u00e9tat d\u2019exception \u00e9cologique qui s\u2019annonce. Tout est permis \u00e0 un pouvoir qui s\u2019autorise de la Nature, de la sant\u00e9 et du bien-\u00eatre. (\u2026) Ceux qui pr\u00e9tendent que l\u2019autocontr\u00f4le g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 nous \u00e9pargnera d\u2019avoir \u00e0 subir une dictature environnementale mentent : l\u2019un fera le lit de l\u2019autre, et nous aurons les deux\u00bb (8)<\/p>\n<p>La dictature environnementale dont parle le Collectif Invisible \u00e9tablit sa base sur le seul versant moralisateur de l\u2019\u00e9cologie. De ce versant le syst\u00e8me fait une assise unique \u00e0 partir de laquelle tout, en effet, lui est autoris\u00e9. Mais cette dictature promise poss\u00e8de par avance la fragilit\u00e9 des \u00e9difices indiff\u00e9rents \u00e0 la complexit\u00e9 des mat\u00e9riaux, des \u00eatres et des comportements : elle repose sur l\u2019unique credo en une rentabilit\u00e9 des op\u00e9rations dont d\u00e9pend le diktat. Elle se trouve par cons\u00e9quent soumise aux m\u00eames risques d\u2019effondrement. On ne doit pas s\u2019y tromper, il ne s\u2019agit pas d\u2019un diktat id\u00e9ologique mais d\u2019un diktat de l\u2019argent maquill\u00e9 en processus salvateur de l\u2019humanit\u00e9. Et, quoi qu\u2019il en soit \u2013l\u2019\u00e9cologie le prouve \u00e0 tout instant au travers de sa complexit\u00e9- aucun diktat, venu de la seule id\u00e9ologie ou du seul mat\u00e9rialisme, ne convient au fonctionnement impr\u00e9dictible des \u00eatres vivants. Il faut se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence : s\u2019il existe une possibilit\u00e9 pour l\u2019Homme de s\u2019accommoder des complexit\u00e9s \u00e9cologiques en vue d\u2019assurer sa propre p\u00e9rennit\u00e9 sur la plan\u00e8te, cela se fera dans les plus empiriques des exp\u00e9riences de terrain, au coup par coup, et non \u00e0 partir d\u2019un arsenal de textes policiers contradictoires et parfois dangereux issus de la pens\u00e9e technocratique dirigeante (9).<\/p>\n<p>Le Green-business n\u2019est qu\u2019un avatar logique du diktat de l\u2019argent. Il oublie que l\u2019argent n\u2019est pas une valeur mais une contre-valeur. Rien de plus. L\u2019accumulation des billets, des actions, obligations et autres virtualit\u00e9s promises au chancellement puis \u00e0 l\u2019effondrement r\u00e8glera, par le seul fait de devenir un d\u00e9chet sans usage, le sort de tout ce qui pr\u00e9tend s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la vie en lui donnant un prix. Ce qu\u2019abusivement le \u00ab Green-world\u00bb nomme \u00ab valeur \u00bb ne correspond \u00e0 rien d\u2019un point de vue \u00e9cologique. La compatibilit\u00e9 entre \u00e9cologie et finance n\u2019est pas seulement illusoire, elle proc\u00e8de d\u2019une manoeuvre pathologique par laquelle l\u2019humanit\u00e9 maintenue dans un sch\u00e9ma infantile r\u00e9siste de toutes ses forces \u00e0 rompre les liens avec le syst\u00e8me qui, selon ses propres fantasmes, lui sert de protection et mod\u00e8le sa pens\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>La conscience plan\u00e9taire<\/strong><\/p>\n<p>Les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats n\u2019ont cess\u00e9 de marquer l\u2019histoire des peuples et se sont toujours r\u00e9solus par la victoire du plus habile, du plus fort, le plus souvent du plus barbare. L\u2019ennemi, parfaitement identifi\u00e9, se tient aux fronti\u00e8res du pays ou du quartier, il est l\u2019autre, celui qui pense autrement, croit autre chose et , par cette seule distance culturelle, repr\u00e9sente tous les dangers. L\u2019obscurantisme entretenu par les strat\u00e8ges du pouvoir maintient sur la plan\u00e8te un \u00e9tat de cloisonnement conventionnel et mouvant mais toujours \u00e0 l\u2019oeuvre. La peur et la division facilitent la r\u00e9gie des peuples. Nos dirigeants usent et abusent de ces techniques au point de rendre suspecte la plus justifi\u00e9e des mesures de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Cependant, \u00e0 l\u2019insu des grands strat\u00e8ges, une m\u00e9canique f\u00e9d\u00e9rative unit, chaque jour plus fortement, l\u2019arabe et le juif, le po\u00e8te et le banquier, le pauvre et le riche, subitement embarqu\u00e9s dans un seul et unique navire : la plan\u00e8te. Une conscience plan\u00e9taire, n\u00e9e de la pens\u00e9e \u00e9cologiste, bouleverse le rapport des soci\u00e9t\u00e9s entre elles, des individus entre eux ; une forme de solidarit\u00e9 oblig\u00e9e et comme inh\u00e9rente aux conditions de la vie sur Terre s\u2019ancre dans les esprits, en parall\u00e8le et au-del\u00e0 des conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats traditionnels. Chaque \u00eatre d\u00e9roule son devenir au sein d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me, chaque \u00e9cosyst\u00e8me se trouve li\u00e9 \u00e0 un \u00e9cosyst\u00e8me proche et celui-ci \u00e0 la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>D\u2019une fa\u00e7on brutale l\u2019humanit\u00e9 d\u00e9couvre son ennemi commun, celui qui menace de fa\u00e7on unitaire et globale toutes les populations terriennes. Celui-ci ne porte pas le nom d\u2019un peuple situ\u00e9 aux fronti\u00e8res d\u2019un pays, dissimul\u00e9 au sein des quartiers sous forme d\u2019un terrorisme diffus ou bien plac\u00e9 aux limites de la stratosph\u00e8re sur un quelconque vaisseau venu d\u2019une autre galaxie, non. L\u2019humanit\u00e9 d\u00e9couvre qu\u2019en elle g\u00eet son ennemi : elle se suicide.<\/p>\n<p>Ainsi, se regardant vivre, devient-elle morose. Le pass\u00e9 n\u2019est pas glorieux, le futur n\u2019existe pas. R\u00e9fugi\u00e9e dans l\u2019instant elle agit dans l\u2019espace cybern\u00e9tique en se d\u00e9clarant solidairement \u00e9mue par l\u2019information instantan\u00e9e et crue offerte en compassion par l\u2019ensemble des m\u00e9dias. Mais ce faisant elle n\u2019agit pas. Elle se rend passivement complice d\u2019une dynamique \u00e0 laquelle, lui semble-t-il , aucun projet cens\u00e9 ne para\u00eet opposable. Elle a peur.<\/p>\n<p>La conscience plan\u00e9taire stup\u00e9fie l\u2019humanit\u00e9. Pendant que se d\u00e9gradent les conditions de vie, la d\u00e9mographie augmente et l\u00e0, perdue dans le brouillard de ses croyances, le marasme de son \u00e9conomie, face aux limites n\u00e9anmoins constantes et bien arr\u00eat\u00e9es de son territoire, elle erre dans son jardin ne sachant par o\u00f9 commencer.<\/p>\n<p><strong> Strat\u00e9gies de la peur<\/strong><\/p>\n<p>La stupeur profite \u00e0 quelques uns, elle conditionne les autres dans l\u2019attentisme. Elle fige les actions, d\u00e9courage les esprits aventureux et cantonne l\u2019entreprise aux seules mesures de la rentabilit\u00e9. La pr\u00e9carisation syst\u00e9matique des populations actives place chaque individu face aux risques de perdre le peu qu\u2019il d\u00e9tient et le d\u00e9tourne d\u2019une action concert\u00e9e dans la lutte ou la r\u00e9sistance. Ce processus, vaste laminoir, \u00e9cr\u00eate les asp\u00e9rit\u00e9s d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 moutonnante o\u00f9 chacun doit \u00eatre tondu selon les r\u00e8gles de l\u2019exploitation maximum sans possible r\u00e9bellion. Au sein des institutions de l\u2019Etat \u2013le service public, l\u2019universit\u00e9- on cherche les \u00e9conomies quelles que soient les n\u00e9cessit\u00e9s du service public , de l\u2019enseignement ou de la recherche, au risque de nuire \u00e0 la fois au service public, \u00e0 l\u2019enseignement et \u00e0 la recherche. On pr\u00e9f\u00e8re le calme suivisme aux possibles d\u00e9bats, on invite les esprits t\u00e9m\u00e9raires \u00e0 ne pas faire \u00e9tat de leurs id\u00e9es, on craint la surveillance et l\u2019\u00e9valuation de chacun par la machine officielle. Les \u00e9coles, les lyc\u00e9es sp\u00e9cialis\u00e9s n\u2019\u00e9chappent pas \u00e0 cette morbide timidit\u00e9, eux qui devrait, au contraire, dresser, quels que soient les risques encourus, les pistes d\u2019un projet (certaines sont des \u00e9coles dites de projet). Pire encore, ils s\u2019alignent par avance sur les propositions iniques de la modification du Statut des Enseignants par le minist\u00e8re de l\u2019Enseignement Sup\u00e9rieur dont, pourtant, ils ne d\u00e9pendent pas tous. Cette proposition, on le sait, vise \u00e0 s\u00e9parer l\u2019enseignement de la recherche et induit le principe scandaleux qu\u2019enseigner devient la punition du mauvais chercheur. G\u00e9rard Dessons, professeur de litt\u00e9rature fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paris 8 analyse la situation en des termes que l\u2019on peut appliquer mot par mot \u00e0 une \u00e9cole de projet : \u00ab Ce qu\u2019une telle conception m\u00e9conna\u00eet, c\u2019est qu\u2019un enseignant-chercheur, s\u2019il est un chercheur qui enseigne, n\u2019enseigne pas n\u2019importe quoi. Il enseigne ce qu\u2019il cherche. Dissocier les deux activit\u00e9s revient \u00e0 instrumentaliser l\u2019enseignant, lui assigner une fonction strictement communicationnelle L\u2019universitaire convaincu de peu chercher, et condamn\u00e9 \u00e0 enseigner, enseignerait quoi ? Quel objet de savoir ? Celui qu\u2019un \u00ab vrai \u00bb chercheur aura \u00e9labor\u00e9 \u00e0 sa place ?<\/p>\n<p>C\u2019est oublier qu\u2019au-del\u00e0 de l\u2019objet de sa recherche, et fondamentalement, l\u2019enseignant-chercheur enseigne une pratique. Il enseigne \u00e0 \u00ab chercher \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la mani\u00e8re, chaque fois sp\u00e9cifique, de questionner l\u2019inconnu, voire de l\u2019inventer.<\/p>\n<p>En cela le travail de l\u2019enseignant-chercheur est un risque. Plus ou moins \u00e9lev\u00e9, plus ou moins co\u00fbteux, mais un risque puisqu\u2019en montrant que ce qu\u2019il fait est li\u00e9 \u00e0 comment il le fait, il travaille en quelque sorte sans filet \u00bb (10).<\/p>\n<p>Une \u00e9cole, une universit\u00e9, un laboratoire \u2013 tout autre lieu o\u00f9 s\u2019active la pens\u00e9e- qui renonce au risque de la pens\u00e9e entame son d\u00e9clin. Le cloisonnement, le principe g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 d\u2019\u00e9valuation, la stigmatisation du bon et du mauvais, la surveillance, participent d\u2019une strat\u00e9gie de la peur qui infiltre tous les champs et toutes les structures de la soci\u00e9t\u00e9, de l\u2019entreprise \u00e0 l\u2019\u00e9cole, de l\u2019exploitation agricole au monde de l\u2019art.<\/p>\n<p>La strat\u00e9gie de la peur exprime assez bien le peu de confiance que la soci\u00e9t\u00e9 s\u2019accorde \u00e0 elle-m\u00eame. Elle signe l\u00e0 sa faiblesse et, pour donner le change, renforce ses lignes de front. Le terrain de l\u2019\u00e9cologie lui ouvre un boulevard. Pr\u00eate \u00e0 exploiter toutes les rumeurs catastrophistes, elle arrime son discours au d\u00e9sastre et fait du d\u00e9veloppement durable son id\u00e9al, sans envisager de modifier les bases institutionnelles de la catastrophe puisqu\u2019elle lui doit sa propre existence. Ainsi le syst\u00e8me s\u2019alimente-t-il d\u2019une perversion propre \u00e0 son fonctionnement o\u00f9 la d\u00e9route appelle la r\u00e9pression, o\u00f9 l\u2019espace de surveillance s\u2019\u00e9tend \u00e0 l\u2019ensemble du territoire.<\/p>\n<p>On pourrait croire le cercle ferm\u00e9, ind\u00e9finiment condamn\u00e9 \u00e0 rejouer le m\u00eame sc\u00e9nario, o\u00f9 les tentatives avort\u00e9es d\u2019\u00e9chappements se concluent par les r\u00e9parations d\u00e9risoires des fissures mena\u00e7ant de partout le syst\u00e8me. Il n\u2019en est rien. Non seulement les observateurs de la soci\u00e9t\u00e9 \u2013\u00e9conomistes, scientifiques, philosophes- annoncent le proche effondrement de la structure dominante mais la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame, de son c\u00f4t\u00e9, consciente d\u2019un changement imminent, modifie sa vision du monde, dresse un vocabulaire d\u2019attente, pose ses marques comme autant de questionnements, de fa\u00e7on diffuse et cependant r\u00e9fl\u00e9chie, sur les perspectives de vie \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire.<\/p>\n<p><strong> L\u2019alternative ambiante<\/strong><\/p>\n<p>Pendant que l\u2019\u00e9cologie radicale, arc-bout\u00e9e \u00e0 ses pr\u00e9ceptes de rigueur, tente de r\u00e9sister , pendant que le Green-business s\u2019organise pour r\u00e9cup\u00e9rer le march\u00e9 bio, une troisi\u00e8me voie, sans nom , et qu\u2019ici j\u2019appelle l\u2019alternative ambiante, na\u00eet des rumeurs entrem\u00eal\u00e9es &#8211; analyses contradictoires, bilans de catastrophe, pr\u00e9dictions hasardeuses \u2013 mais aussi de v\u00e9ritables constats, d\u2019exp\u00e9riences et de recherches s\u00e9rieuses.<\/p>\n<p>Trop de voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent par le monde pour que les esprits, h\u00e9b\u00e9t\u00e9s d\u2019infos et d\u2019images, n\u2019en viennent \u00e0 consid\u00e9rer qu\u2019un fond de r\u00e9alit\u00e9 objective n\u2019alimente le discours des \u00e9cologistes. M\u00eame si le m\u00e9canisme complexe des \u00e9changes propres aux \u00e9cosyst\u00e8mes demeure largement ignor\u00e9, le sentiment d\u2019une intime liaison du proche avec le lointain atteint les consciences et forge \u00e0 l\u2019insu de tous les gouvernements un r\u00e9seau d\u2019appartenance plan\u00e9taire.<\/p>\n<p>L\u2019alternative ambiante regarde du c\u00f4t\u00e9 de la d\u00e9croissante sans y adh\u00e9rer tout \u00e0 fait, se d\u00e9tourne du Green-business jug\u00e9 excessif et, plut\u00f4t que d\u2019esp\u00e9rer un quelconque salut venant des \u00e9lus de la R\u00e9publique, se place dans l\u2019expectative en interrogeant les incidences possibles de l\u2019Effet Papillon. Les gestes que nous accomplissons ici ont une r\u00e9percussion \u00e0 l\u2019autre bout du monde ; tout ce que nous envoyons en l\u2019air nous retombe dessus, le vent pousse les nuages, la biosph\u00e8re fonctionne comme un tambour de lessiveuse o\u00f9 tout se m\u00eale dans l\u2019eau de la mer, l\u2019eau de l\u2019air, l\u2019eau de nos rivi\u00e8res, l\u2019eau de nos corps. Oui, le jardin est plan\u00e9taire, plus personne ne peut en douter mais tous ceux dont l\u2019esprit alert\u00e9 mesure les dimensions d\u2019une si ample question se demandent comment devient-on jardinier dans ce jardin-l\u00e0. Aucune r\u00e9ponse ne parvient formul\u00e9e d\u2019un bloc. L\u2019humanit\u00e9 incr\u00e9dule, tour \u00e0 tour endormie par les m\u00e9dias et r\u00e9veill\u00e9e par la crise, tente de nouvelles pistes de vie en terrain inconnu . Tout est \u00e0 inventer, tout semble nouveau. L\u2019\u00e9cologie \u00e9nonce ses directives gestionnaires depuis quarante ann\u00e9es mais ce n\u2019est qu\u2019en cette premi\u00e8re d\u00e9cennie du si\u00e8cle que l\u2019on songe \u00e0 les appliquer et \u00e0 en formuler de nouvelles.<\/p>\n<p>Sur le plan politique l\u2019alternative ambiante op\u00e8re un d\u00e9classement inattendu. Elle renvoie les droites et les gauches \u00e0 un jeu de ping-pong infantile pour lequel il est hors de question qu\u2019elle serve d\u2019arbitre. A quoi servirait de donner un avis sur la meilleure mani\u00e8re de se d\u00e9velopper puisque la question n\u2019est pas le d\u00e9veloppement ? L\u00e0 o\u00f9 les mod\u00e8les traditionnels \u2013tous partis confondus- continuent d\u2019affronter leurs strat\u00e9gies de la sp\u00e9culation, l\u2019alternative ambiante cherche des solutions imm\u00e9diates dont chacun peut constater la mat\u00e9rialit\u00e9 et, dans certains cas, la valeur. Les AMAP (11) peuvent \u00eatre regard\u00e9es comme des exemples de r\u00e9ponses simples, locales et \u00e9conomiquement performantes aux questions d\u2019approvisionnement en produits sains. Par son fonctionnement une AMAP illustre le principe des r\u00e9seaux courts \u2013production\/distribution- qui diminue le co\u00fbt \u00e9cologique des produits de consommation (co\u00fbt global). Elle fournit un ensemble alimentaire diversifi\u00e9, en accord avec les saisons, impr\u00e9visible \u00e0 l\u2019avance, de haute qualit\u00e9, \u00e0 un prix abordable par tous. Elle s\u2019inscrit dans un programme d\u2019\u00e9quilibre alimentaire, donc de sant\u00e9. Elle constitue en soi une valeur bien rep\u00e9r\u00e9e dans le discours \u00e9cologique mais inexistante, puisque inchiffrable dans le discours des puissances dirigeantes. Elle peut \u00eatre \u00e9galement regard\u00e9e comme l\u2019embl\u00e8me d\u2019un syst\u00e8me plus vaste o\u00f9 la grille des valeurs nouvelles \u2013qualit\u00e9 des aliments, des substrats (air, eau, sol), des services publics, des modalit\u00e9s de partage des biens de production, etc- construisent un v\u00e9ritable projet politique.<\/p>\n<p>Le constat d\u2019Alain Lipietz : \u00ab L\u2019\u00e9conomie mondiale produit trop pour trop de personnes insolvables, et produit mal en faisant trop pression sur la Terre \u00bb\u00a0(12) r\u00e9sume la situation en pointant le caract\u00e8re aberrant des syst\u00e8mes de production actuels. Mais il alerte sur l\u2019aspect \u00e9ventuellement non d\u00e9mocratique de solutions apport\u00e9es aux crises au cours de l\u2019Histoire et met en garde contre la mont\u00e9e en puissance de l\u2019Etat profitant de la crise pour installer partout son pouvoir et sa police. De m\u00eame il d\u00e9nonce les d\u00e9rives du \u00ab planisme \u00bb, cette tentation technocratique des r\u00e9gimes autoritaires soutenue par le scientisme ambiant : la croyance toujours vivace d\u2019une possible ma\u00eetrise de la Nature.<\/p>\n<p>L\u2019alternative ambiante mesure les dangers de la planification orient\u00e9e par les vieux sch\u00e9mas de relance. Elle regarde avec distance les \u00e9changes de milliards d\u2019euros, le lancement d\u2019un emprunt d\u2019Etat, la mise sous perfusion des banques et des industries cibl\u00e9es \u2013 automobile, nucl\u00e9aire, agrocarburants- le jeu de la Bourse mondialis\u00e9e ; elle \u00e9coute avec distraction les radios martelant les bienfaits de telle assurance, le taux avantageux de tel placement, le miracle du rendement assur\u00e9.<\/p>\n<p>De tout cela l\u2019alternative ambiante se d\u00e9tourne. Elle n\u2019est pas concern\u00e9e. Invit\u00e9 \u00e0 donner des conf\u00e9rences, participer aux d\u00e9bats sur l\u2019\u00e9cologie, le paysage, la crise, sollicit\u00e9 par des \u00e9tablissements d\u2019enseignement agricole, des \u00e9coles d\u2019art, d\u2019architecture, des universit\u00e9s, je parcours l\u2019Europe et les autres continents. Les inqui\u00e9tudes se rejoignent toutes sur un point d\u2019\u00e9vidence : comment faire vivre une population humaine croissante sur un territoire constant et fini, la plan\u00e8te ? Cette question, mille fois pos\u00e9e depuis un demi-si\u00e8cle sans jamais trouver de r\u00e9ponse satisfaisante, conserve son actualit\u00e9 et se charge d\u2019un pathos de r\u00e9signation : on n\u2019y arrivera pas.<\/p>\n<p><strong> L\u2019abandon du projet cart\u00e9sien<\/strong><\/p>\n<p>En ce d\u00e9but de si\u00e8cle le peuple de la  Terre joue son avenir. Ou bien il invente un mode gestionnaire propre \u00e0 m\u00e9nager l\u2019avenir, ou bien il fait semblant et se d\u00e9truit. On ne peut sous estimer l\u2018effort \u00e0 faire, non pour inventer une nouvelle \u00e9conomie \u2013 les sp\u00e9cialistes de la question s\u2019y adonneront avec d\u00e9lectation- mais pour regarder le monde autrement. Il n\u2019est pas question de technique mais de fondement culturel. Dire que l\u2019avenir se joue d\u00e9sormais sur la base d\u2019un nouveau paradigme n\u2019est pas un jeu de l\u2019esprit. Nous vivons une \u00e9poque rare : elle sollicite en nous une capacit\u00e9 \u00e0 nous red\u00e9finir dans le cosmos, une remise en situation comme l\u2019humanit\u00e9 n\u2019en a probablement jamais connue. Il est vrai que cette humanit\u00e9 vient seulement de na\u00eetre. Regard\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des temps g\u00e9ologiques elle appara\u00eet dans l\u2019Histoire comme un avatar r\u00e9cent, une nano-seconde sur le calendrier. Elle ne sait pas encore o\u00f9 elle habite.<\/p>\n<p>Pourtant la courte histoire de sa pens\u00e9e a dur\u00e9 suffisamment pour produire de nombreuses cosmogonies, visions fantasques de cr\u00e9ations du monde, toutes charg\u00e9es d\u2019invraisemblances et de po\u00e9sie. Si l\u2019on cherche \u00e0 situer l\u2019\u00e9cologie dans le registre des visions du monde on ne trouve de convergence qu\u2019aupr\u00e8s des civilisations animistes o\u00f9 le respect de la nature doit tout \u00e0 la superstition et non \u00e0 la connaissance.<\/p>\n<p>Tandis que l\u2019animisme situe l\u2019humain dans un rapport d\u2019\u00e9quivalence avec les autres \u00eatres vivants, la \u00ab civilisation moderne \u00bb le tient \u00e0 distance. Cette distance dont parlent Stengers, Berque ou Descola perdure au sein m\u00eame du vocabulaire issu de la pens\u00e9e \u00e9cologiste, n\u00e9e en occident, territoire de ma\u00eetrise de la Nature. Le mot \u00ab environnement \u00bb utilis\u00e9 pour d\u00e9signer ce qui nous entoure suppose que l\u2019humain n\u2019appartient pas \u00e0 cet ensemble, il se situe en de\u00e7\u00e0, au-dessus, ailleurs et non avec. Le Minist\u00e8re de l\u2019Environnement \u2013minist\u00e8re des alentours- voit le vivant et son paysage comme un ensemble complexe soumis \u00e0 l\u2019analyse afin d\u2019\u00eatre mesurable, nullement comme l\u2019espace de vie au sein duquel l\u2019Homme, au m\u00eame titre que tous les autres \u00eatres vivants, se trouverait immerg\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi perdure le vieux projet cart\u00e9sien de ma\u00eetrise de la Nature. Ce sentiment, renforc\u00e9 par le scientisme et la confiance absolue en une technologie performante, continue de placer l\u2019Homme face \u00e0 une Nature sauvage domesticable ou ennemie. Il sonde son propre pouvoir en estimant ma\u00eetriser le climat, la production d\u2019oxyde de carbone, les gaz \u00e0 effet de serre ; il forge un vocabulaire technique destin\u00e9 \u00e0 conserver sur toute chose une domination, comme si le droit de nommer donnait acc\u00e8s \u00e0 la ma\u00eetrise. La d\u00e9cision du G8 en juillet 2009 \u00e0 l\u2019Aquila -r\u00e9duire de moiti\u00e9 le bilan carbone en 2050 &#8211; s\u2019accompagne d\u2019une injonction risible : on ne tol\u00e8rera pas un r\u00e9chauffement sup\u00e9rieur \u00e0 2\u00b0C. En d\u00e9clarant le G8 inapte \u00e0 se prononcer sur l\u2019\u00e9tat de la plan\u00e8te, Lula aurait pu ajouter que les huit pays les plus riches avaient atteint le seuil de suffisance au-del\u00e0 duquel on ne les entend plus.<\/p>\n<p>Pour parvenir \u00e0 engager s\u00e9rieusement une politique de survie de l\u2019humanit\u00e9 sur Terre il faut, en effet, descendre d\u2019un observatoire artificiellement dress\u00e9 au-dessus de \u00ab la Nature \u00bb consid\u00e9r\u00e9 comme territoire d\u2019exp\u00e9rience, de ma\u00eetrise et de march\u00e9. Il faut s\u2019immerger, s\u2019accepter comme \u00eatre de nature, r\u00e9viser sa position dans l\u2019univers, ne plus se placer au dessus ou au centre mais dedans et avec.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas de \u00ab catastrophe environnementale \u00bb, \u00e9crit le Comit\u00e9 Invisible, \u00ab il y a cette catastrophe qu\u2019est l\u2019environnement \u00bb et d\u2019ajouter : \u00ab Ce qui rend la crise d\u00e9sirable, c\u2019est qu\u2019en elle l\u2019environnement cesse d\u2019\u00eatre l\u2019environnement. Nous sommes accul\u00e9s \u00e0 renouer un contact, fut-il fatal, avec ce qui est l\u00e0, \u00e0 retrouver les rythmes de la r\u00e9alit\u00e9. Ce qui nous entoure n\u2019est plus paysage, panorama, th\u00e9\u00e2tre, mais bien ce qu\u2019il nous donn\u00e9 d\u2019habiter, avec quoi nous devons composer, et dont nous pouvons apprendre (\u2026)\u00bb (13).<\/p>\n<p>La condition de l\u2019immersion \u2013sans doute la plus difficile \u00e0 atteindre tant elle suppose en nous de r\u00e9visions culturelles et d\u2019humilit\u00e9 r\u00e9elle- doit s\u2019accompagner de conditions mat\u00e9rielles et techniques pour que naisse le projet politique de survie de l\u2019humanit\u00e9 sur la plan\u00e8te<\/p>\n<p>Les conditions mat\u00e9rielles et techniques se trouvent \u00e0 disposition. Au moins de fa\u00e7on virtuelle. D\u00e9cider d\u2019en user suppose un courage politique jusqu\u2019\u00e0 ce jour absent de toutes les directions d\u2019Etat. Concernant l\u2019Europe \u2013vitrine d\u2019un Occident capitaliste et lib\u00e9ral- les seules directives faisant mine de passer pour un projet de gestion des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9manent de la puissance des lobbies regroup\u00e9s \u00e0 Bruxelles. L\u2019agressivit\u00e9 lobbyiste se substitue au projet politique dont la soci\u00e9t\u00e9, en g\u00e9n\u00e9ral, a un si urgent besoin.<\/p>\n<p>D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 le Green-business ne se l\u00e9gitime qu\u2019en rapport aux m\u00e9caniques boursi\u00e8res, par essence d\u00e9pourvues d\u2019\u00e9thique et de morale. Quelles que soient les volont\u00e9s de r\u00e9gulation la  Bourse acc\u00e9l\u00e8re le processus de d\u00e9s\u00e9quilibre des richesses et de d\u00e9gradation de l\u2019environnement, donc des conditions de vie sur la plan\u00e8te (14). Ignorer l\u2019humain fait partie inh\u00e9rente du jeu en Bourse. Dans l\u2019\u00e9tat actuel de la plan\u00e8te la Bourse appara\u00eet comme une machine puissante et sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me, insensible aux destructions dont elle est responsable. Contrairement aux autres causes de d\u00e9sastres \u2013 pand\u00e9mies, guerre \u2013 elle fonctionne en toute tranquillit\u00e9 au vu et au su de tous les humains. Par un aveuglement bien orchestr\u00e9, les humains endormis n\u2019y trouvent rien \u00e0 redire. Ne donne-t-on pas l\u2019\u00e9tat des cotations chaque heure \u00e0 la radio, en m\u00eame temps que la m\u00e9t\u00e9o et les conseils d\u2019assurance \u00e0 la personne ? Qui imaginerait que les m\u00e9dias, r\u00e9guli\u00e8rement, avec la rigueur du pilonnage, se feraient les relais d\u2019une machine \u00e0 tuer ?<\/p>\n<p>Faire taire les lobbies et la  Bourse : voil\u00e0 le travail d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 venir pour qui la vie ne serait pas un jeu de hasard et de n\u00e9cessit\u00e9s mais un arrangement avec la complexit\u00e9 \u00e9largie du vivant .Quel projet alors opposer dans l\u2019imm\u00e9diat \u00e0 l\u2019infernale combinaison Greenbusiness\/cotations ?<\/p>\n<p><strong> R\u00e9sistance : l\u2019hypoth\u00e8se du glissement d\u2019int\u00e9r\u00eat<\/strong><\/p>\n<p>La crise appelle la tyrannie, le fascisme, un durcissement du pouvoir qui satisfait les esprits r\u00e9actionnaires : telle est la le\u00e7on de l\u2019histoire. Nous y sommes. Il faut donc attendre le sommet imb\u00e9cile de cette mont\u00e9e en puissance o\u00f9 l\u2019Etat policier s\u2019accompagne d\u2019une droitisation de la soci\u00e9t\u00e9, pour voir chanceler l\u2019ordre construit sur la peur et reprendre enfin le projet social. Le seul qui vaille : faire avancer l\u2019humanit\u00e9 dans la compr\u00e9hension d\u2019elle-m\u00eame au sein du vivant, et, ce faisant, tenter d\u2019en am\u00e9liorer les conditions.<\/p>\n<p>Le projet n\u00e9cessite une corr\u00e9lation plan\u00e9taire et demande du temps. Il ne peut entrer en fonction de fa\u00e7on brutale sans risquer une opposition violente de ceux qui, aujourd\u2019hui, ont le pouvoir et les armes entre leurs mains. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessaire r\u00e9sistance. Une r\u00e9gie nouvelle, diffuse et fragment\u00e9e partout dans le monde \u00e9tablit les bases du futur humain. La R\u00e9sistance telle que je l\u2019entends, concerne toutes les volont\u00e9s d\u2019agir selon un projet politique orient\u00e9 par l\u2019urgence \u00e9cologique. Ou, du moins, selon l\u2019id\u00e9e que l\u2019on peut se faire aujourd\u2019hui d\u2019un tel projet car, il faut s\u2019y attendre, les connaissances en mati\u00e8re de comportement et d\u2019\u00e9changes entre les \u00eatres vivants vont \u00e9voluer et modifier en cons\u00e9quence la fa\u00e7on d\u2019utiliser, d\u2019infl\u00e9chir et de pr\u00e9server les \u00e9nergies biologiques.<\/p>\n<p>La R\u00e9sistance s\u2019appuie sur l\u2019alternative ambiante pour exp\u00e9rimenter les politiques nouvelles de gestion territoriales et soci\u00e9tales. Elle fonde sa l\u00e9gitimit\u00e9 sur une conscience plan\u00e9taire \u00e0 partir de laquelle se d\u00e9finissent le Jardin Plan\u00e9taire et le r\u00f4le du jardinier. Elle se d\u00e9tourne des strat\u00e9gies de la peur en m\u00eame temps qu\u2019elle contourne la green-business pour d\u00e9velopper un monde d\u2019\u00e9change et de partage des richesses. Enfin elle abandonne progressivement le projet cart\u00e9sien de ma\u00eetrise de la Nature pour inventorier les possibilit\u00e9s de dialoguer avec elle dans un processus o\u00f9 l\u2019immersion au sein du vivant s\u2019accompagne d\u2019une v\u00e9ritable connaissance des \u00eatres et d\u2019une tol\u00e9rance face aux inventions de la vie. Telle est l\u2019hypoth\u00e8se du glissement d\u2019int\u00e9r\u00eat de notre soci\u00e9t\u00e9 qui, selon moi, \u0153uvre en silence dans le monde agit\u00e9. On ne l\u2019entend pas. Il n\u2019a besoin que de volont\u00e9s et d\u2019intelligences heureuses.<\/p>\n<p>Le glissement d\u2019int\u00e9r\u00eat co\u00efncide avec une red\u00e9finition des valeurs o\u00f9 la requalification des biens et des usages en m\u00eame temps que leur mode d\u2019acc\u00e8s et leur r\u00e9partition se substituent \u00e0 la seule accumulation au profit d\u2019une minorit\u00e9. Ce que certains nomment Bonheur Int\u00e9rieur Brut (BIB) viendrait alors se substituer au PIB dont le calcul oriente les politiques actuelles.<\/p>\n<p>Le glissement d\u2019int\u00e9r\u00eat suppose lenteur et progressivit\u00e9. Un travail de temps et de conscientisation des masses. En soi il repr\u00e9sente l\u2019issue raisonnable du drame que vivent les populations humaines. Il s\u2019agit d\u2019un mouvement de substitution et non de violence, la meilleure sortie de crise imaginable.<\/p>\n<p>Le glissement d\u2019int\u00e9r\u00eat n\u2019est pas une hypoth\u00e8se de hasard. Il fonctionne d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 au sein des soci\u00e9t\u00e9s les plus \u00e9veill\u00e9es. Mais le seul principe d\u2019un mouvement doux comme issue du malaise profond dans lequel se trouve l\u2019humanit\u00e9 constitue une hypoth\u00e8se et seulement cela. La pression accumul\u00e9e des pouvoirs dirigeants, aveugles \u00e0 l\u2019humain et \u00e0 ses souffrances, peut mener \u00e0 une issue beaucoup plus rapide et d\u00e9vastatrice, un conflit plan\u00e9taire o\u00f9 l\u2019\u00e9cologie vraie et le green-business s\u2019affrontent dans le pire.<\/p>\n<p>Que l\u2019issue de crise s\u2019op\u00e8re dans la douceur ou dans la violence le glissement d\u2019int\u00e9r\u00eat accomplit son parcours par la force des choses : la soci\u00e9t\u00e9 humaine, de fa\u00e7on progressive et lente, change de mod\u00e8le de convoitise, telle est l\u2019\u00e9volution.<\/p>\n<p>Dans un ouvrage discutant de l\u2019\u00e9quilibre des richesses sur la plan\u00e8te, Herv\u00e9 Kempf (15) insiste sur le point de vue de l\u2019\u00e9conomiste Veblen. Au XIX\u00e8me si\u00e8cle, Veblen explique comment le mod\u00e8le de convoitise entra\u00eene l\u2019\u00e9conomie et comment, \u00e0 partir de cette dynamique, il est possible d\u2019anticiper sur la production et le stockage des \u00ab consommables \u00bb. Il soutient qu\u2019une classe sociale, quel que soit son niveau, convoite l\u2019objet de consommation utilis\u00e9 par la classe qui lui est imm\u00e9diatement sup\u00e9rieure. En d\u00e9pit de l\u2019arasement des classes la r\u00e9partition riches\/pauvres, s\u00e9par\u00e9s par un foss\u00e9 toujours plus grand, fonctionne aujourd\u2019hui selon la m\u00eame dynamique.<\/p>\n<p>Changer de mod\u00e8le de convoitise en op\u00e9rant un glissement d\u2019int\u00e9r\u00eat des produits mat\u00e9riels vers les produits immat\u00e9riels \u2013par exemple l\u2019accroissement de la connaissance, la requalification des milieux, l\u2019am\u00e9lioration de la sant\u00e9, etc. &#8211; permet d\u2019envisager s\u00e9rieusement une gestion plan\u00e9taire \u00e9cologique. Encore faut-il inventer une \u00e9conomie capable de faire fonctionner la soci\u00e9t\u00e9 et ses \u00e9changes sur la base d\u2019int\u00e9r\u00eats nouveaux, plac\u00e9s dans un champ de rentabilit\u00e9 inchiffrable, soustraits \u00e0 la r\u00e9gie bancaire mais s\u00e9journant \u00e0 tous les degr\u00e9s de subjectivit\u00e9 dans l\u2019espace mental des individus et des collectivit\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette \u00e9conomie nouvelle se place en rupture directe avec celle qui fait encore loi et qui, selon toute vraisemblance, durera jusqu\u2019\u00e0 la fin des r\u00e9gimes s\u00e9curitaires post-crise partout install\u00e9s sur la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Le glissement d\u2019int\u00e9r\u00eat s\u2019int\u00e9resse \u00e0 ce qui viendra apr\u00e8s. N\u00e9anmoins les d\u00e9placements de convoitise ont d\u00e9j\u00e0 lieu, l\u2019essor du march\u00e9 bio en est la preuve. Le green-business transforme cette preuve en certitude de march\u00e9. Cependant tout n\u2019est pas vendable ; le gain de qualit\u00e9 de vie, le rire et l\u2019amiti\u00e9, la chaleur humaine et la d\u00e9rision ne souffrent d\u2019aucune cotation et s\u2019en trouvent bien.<\/p>\n<p>Dans une soci\u00e9t\u00e9 orient\u00e9e par un projet politique \u00e0 la fois \u00e9cologiste et humaniste quels en seraient les rouages et le fonctionnement ?<\/p>\n<p><strong>La monnaie fondante<\/strong><\/p>\n<p>Si le discours de Veblen d\u00e9nonce une logique humaine bien compr\u00e9hensible il ne dit rien sur le principe d\u2019acquisition du mod\u00e8le de convoitise. Faut-il emprunter, que signifie l\u2019endettement et, en cons\u00e9quence, le pr\u00eat, le placement \u2026 donc la sp\u00e9culation ?<\/p>\n<p>Le constat de l\u2019\u00e9conomiste Bernard Lietaer (16) rejoint les propos des \u00e9cologistes : on ne peut envisager une r\u00e9gie s\u00e9rieuse des soci\u00e9t\u00e9s humaines qu\u2019en regardant le long terme. Or, on le sait, toute l\u2019\u00e9conomie d\u2019aujourd\u2019hui et, partant, toutes les d\u00e9cisions politiques, tout l\u2019appareil l\u00e9gislatif, fonctionnent sur des vis\u00e9es \u00e0 court terme : \u00ab commen\u00e7ons par constater qu\u2019aujourd\u2019hui , dit Bernard Lietaer, ce sont les entreprises qui d\u00e9terminent ce que nous mangeons, comment nous nous habillons, nous nous d\u00e9pla\u00e7ons, nous vivons ; quelles \u00e9nergies, quelles technologies nous utilisons, etc. Ce ne sont pas les gouvernements ou les citoyens qui prennent ces d\u00e9cisions. J\u2019en conclue que tant que les entreprises seront programm\u00e9es \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 court terme, nous nous dirigeons aveugl\u00e9ment vers des catastrophes en s\u00e9rie. \u00bb<\/p>\n<p>Lietaer suppose que les entreprises n\u2019iront pas elles-m\u00eames vers ce mode gestionnaire, il affirme que les r\u00e8glements resteront impuissants \u00e0 proposer l\u2019investissement \u00e0 long terme mais, selon lui, seule une motivation financi\u00e8re peut engager la soci\u00e9t\u00e9 vers la solution d\u00e9sir\u00e9e.<\/p>\n<p>La d\u00e9monstration de Lietaer m\u00e9rite d\u2019\u00eatre transmise in extenso : \u00abSupposons que nous vivons dans un monde o\u00f9 il n\u2019existe que deux types d\u2019investissement disponibles : un de court terme et un de long terme. Par exemple, le premier pourrait \u00eatre un investissement dans une plantation de pins, o\u00f9 la valeur de chaque pin serait de 100 euros apr\u00e8s dix ans ; et le second dans une plantation de ch\u00eanes qui valent 1000 euros apr\u00e8s cent ans. Nous supposerons \u00e9galement que toutes ces valeurs sont ajust\u00e9es pour l\u2019inflation, de fa\u00e7on que les chiffres restent comparables. Un investisseur rationnel devrait \u00eatre indiff\u00e9rent entre ces deux types d\u2019investissements : il pourrait en effet couper ses pins tous les dix ans et obtenir 1000 euros apr\u00e8s 100 ans, le m\u00eame r\u00e9sultat financier qu\u2019avec la plantation de ch\u00eanes.<\/p>\n<p>Maintenant, introduisons le facteur mon\u00e9taire. Supposons que nous utilisons une monnaie conventionnelle (l\u2019euro, le dollar, etc.) avec par exemple un taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de 5%. La valeur d\u2019un pin de 10 ans dans 10 ans vaut, escompt\u00e9 \u00e0 aujourd\u2019hui, 61,39euros. En effet, si je place aujourd\u2019hui 61,39 euros pendant 10 ans avec un taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de 5%, j\u2019obtiendrai exactement 100 euros. Cependant, par le m\u00eame calcul rationnel, notre ch\u00eane d\u2019une valeur de 1000 euros dans 100 ans escompt\u00e9s aujourd\u2019hui ne vaut que 7,60 euros. Dans toute soci\u00e9t\u00e9 qui utilise une monnaie conventionnelle avec un taux d\u2019int\u00e9r\u00eat positif, on finira par couper les ch\u00eanes pour ne planter que des pins. Cette m\u00e9taphore illustre parfaitement comment le syst\u00e8me mon\u00e9taire conventionnel programme automatiquement vers le court terme toutes les d\u00e9cisions \u00e0 base financi\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Lietaer propose alors d\u2019utiliser une monnaie nouvelle, dite compl\u00e9mentaire, avec \u00ab demeurage \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire avec un taux d\u2019int\u00e9r\u00eat n\u00e9gatif assimilable \u00e0 un co\u00fbt de parking. En supposant un taux de demeurage de 5% par an le pin, escompt\u00e9 \u00e0 aujourd\u2019hui, prend une valeur de 167 euros tandis que le ch\u00eane, selon le m\u00eame escompte, vaut 168 000 euros. Quiconque fait ce calcul investit dans le long terme.<\/p>\n<p>La d\u00e9monstration situe le proc\u00e9d\u00e9 au cours de l\u2019Histoire. La puissance de l\u2019Egypte et le temps des cath\u00e9drales co\u00efncident avec des p\u00e9riodes de monnaie \u00e0 int\u00e9r\u00eat n\u00e9gatif ; le concept de \u00ab demeurage \u00bb na\u00eet en France avec les premiers chemins de fer. Les compagnies se faisant payer pour les wagons restant inutilis\u00e9s sur voie (parking). Mais la technique remonte au syst\u00e8me mon\u00e9taire de la Vall\u00e9e du Nil. Un fermier ayant produit au-del\u00e0 de son usage d\u00e9posait le surplus au temple local. Un scribe inscrivait le d\u00e9p\u00f4t (dix sacs de bl\u00e9, par exemple). Si le fermier d\u00e9sirait reprendre son bien au bout d\u2019un an on lui rendait neuf sacs, le dixi\u00e8me servant \u00e0 payer les gardiens (demeurage ou parking). Au cas contraire il pouvait utiliser comme monnaie la valeur escompt\u00e9e des dix sacs figurant sur un document nomm\u00e9 \u00ab ostrakon \u00bb. Bernard Lietaer propose \u00ab Terra \u00bb comme monnaie compl\u00e9mentaire plan\u00e9taire \u00e0 int\u00e9r\u00eat n\u00e9gatif.<\/p>\n<p>Un tel dispositif incite \u00e0 l\u2019escompte et non \u00e0 l\u2019\u00e9pargne. Il favorise le r\u00e9investissement et non le stockage, il ne pr\u00e9sente aucun avantage de placement \u2013tout l\u2019inverse des jeux boursiers- mais dynamise constamment l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Plusieurs monnaies compl\u00e9mentaires ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9es et mises en service dans de nombreux pays. Certaines fonctionnent sur le mod\u00e8le du troc (\u00e9changes d\u2019heures de services, SEL, SOL etc), aucune jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent ne se substitue au syst\u00e8me mon\u00e9taire en vigueur. Sans doute est-il temps de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce qui, m\u00e9caniquement, conviendrait le mieux \u00e0 une r\u00e9gie \u00e9cologique de la plan\u00e8te. Quelle monnaie pour demain ne signifie pas quelle monnaie dominante (le dollar, l\u2019euro, le yen, l\u2019euro-yen !) mais plut\u00f4t quelle philosophie d\u2019\u00e9change et de partage pour survivre sur la plan\u00e8te. De nombreuses tentatives d\u2019\u00e9changes bas\u00e9es sur la gratuit\u00e9, \u00e0 l\u2019image (partielle) de la s\u00e9curit\u00e9 sociale, montre bien comment ce type de transaction \u00ab place les uns et les autres sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9 \u00bb(17)<\/p>\n<p>La proposition de Bernard Lietaer int\u00e9resse strictement le processus d\u2019\u00e9change o\u00f9 les valeurs (bl\u00e9) et contre-valeur (Ostrakon, Terra) induisent une gestion \u00e0 long terme mettant, selon lui, l\u2019\u00e9conomie \u00e0 l\u2019abri des crises. Si le raisonnement joue en faveur du mode de gestion \u00e9cologique (en g\u00e9n\u00e9ral) qui, lui, ne peut s\u2019appuyer que sur le long terme, il ne permet pas pour autant de d\u00e9finir le projet politique \u00e0 partir duquel il devient utile et n\u00e9cessaire de recourir \u00e0 la monnaie fondante.<\/p>\n<p>Notons que Bernard Lietaer, \u00e0 propos d\u2019\u00e9conomie et de crise, nous parle de paysage. Une pin\u00e8de \u00e0 court terme, une ch\u00eanaie \u00e0 long terme.<\/p>\n<p><strong>L\u2019Homme symbiotique<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est donc bien une construction globale qu\u2019il faut inventer : l\u2019av\u00e8nement de l\u2019 \u00e9cologie dans l\u2019histoire du rapport de l\u2019Homme \u00e0 la Nature conduit \u00e0 une r\u00e9vision compl\u00e8te du comportement humain, des gestes individuels aux actions collectives et \u00e0 toutes les gouvernances. Si l\u2019imprimerie au XV\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019industrie au XIX\u00e8me ont entra\u00een\u00e9 des changements de soci\u00e9t\u00e9, elles le devaient \u00e0 la technologie. A leur sujet on peut parler de \u00ab r\u00e9volutions \u00bb mais ces r\u00e9volutions-l\u00e0 n\u2019ont pas modifi\u00e9 le sentiment de domination de la Nature par l\u2019Homme, au contraire elles l\u2019ont renforc\u00e9. Il faut remonter \u00e0 une \u00e9tape ant\u00e9rieure o\u00f9 l\u2019humanit\u00e9 nomade, en se s\u00e9dentarisant, cr\u00e9e une rupture avec la \u00ab tradition \u00bb, entrevoit la possibilit\u00e9 d\u2019un rapport avec la Nature bien diff\u00e9rent de la chasse et de la cueillette \u2013\u00e9preuves de hasard- pour engager avec celle-ci un dialogue raisonn\u00e9 : naissance du jardin.<\/p>\n<p>Le premier jardin, plac\u00e9 ainsi dans le cours historique du rapport Homme-Nature, fait office de paradigme : il \u00e9crit une vision du monde.<\/p>\n<p>Le premier jardin \u00e9cologique, s\u2019il demeure impossible \u00e0 situer dans le temps avec pr\u00e9cision, appartient \u00e0 ce tournant du mill\u00e9naire o\u00f9 l\u2019humanit\u00e9 \u00e9crit une nouvelle vision du monde \u2013nous y sommes- et toutes les forces d\u2019opposition ne peuvent rien \u00e0 ce qui, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, fait office de nouveau paradigme.<\/p>\n<p>Entre les balbutiements agricoles du pal\u00e9olithique sup\u00e9rieur et le XXI\u00e8me si\u00e8cle : \u00e0 peines quelques milliers d\u2019ann\u00e9es. Qu\u2019est-ce qu\u2019au regard de centaines de millions d\u2019ann\u00e9es pour mener la plan\u00e8te au stade o\u00f9 nous la connaissons ? Dans le calendrier de la vie, l\u2019Homme vient de na\u00eetre avons-nous dit. Il exp\u00e9rimente, fait des b\u00eatises, d\u00e9couvre son cerveau dont il n\u2019utilise qu\u2019un huiti\u00e8me (que fait-il des autres huiti\u00e8mes ?), il crie, pleure et se plaint d\u2019une acn\u00e9 passag\u00e8re. A chaque crise de croissance une crise de conscience. Nous y sommes en effet.<\/p>\n<p>La pens\u00e9e \u00e9cologiste ne montre pas seulement comment l\u2019\u00e9conomie de gestion se trouve intimement li\u00e9e \u00e0 la survie des esp\u00e8ces, \u00e0 la qualit\u00e9 des substrats, elle ne se contente pas de proposer une exploitation raisonn\u00e9e de la diversit\u00e9 (le jardin plan\u00e9taire) conditionnant notre avenir, elle d\u00e9voile la finitude de notre territoire et c\u2019est bien \u00e0 partir de cette r\u00e9v\u00e9lation que doit se d\u00e9finir l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 du projet politique.<\/p>\n<p>La biomasse, l\u2019eau, la surface territoriale : tout est compt\u00e9, soumis au gain ou \u00e0 la d\u00e9perdition en de si infimes mesures que l\u2019on peut raisonner en quantit\u00e9 finie. Deux questions urgentes :<\/p>\n<p>&#8211; comment recycler nos d\u00e9chets sur un territoire non extensible ?<br \/>\n&#8211; comment r\u00e9guler la d\u00e9mographie sur ce m\u00eame territoire ?<\/p>\n<p>L\u2019Homme Symbiotique est celui qui, id\u00e9alement, serait en mesure de restituer \u00e0 l\u2019environnement la totalit\u00e9 de l\u2019\u00e9nergie qu\u2019il lui prend. A l\u2019image de l\u2019arbre dont les feuilles produites \u00e0 partir de l\u2019\u00e9nergie solaire retournent au sol et lui servent de nourriture (l\u2019humus). Quel humus nos civilisations pourraient-elles obtenir depuis leur industrie pour servir la vie au lieu de la mettre en p\u00e9ril ? Entre une liti\u00e8re de sous-bois et un d\u00e9chet nucl\u00e9aire il n\u2019y a rien moins que la vie et la mort.<\/p>\n<p>L\u2019Homme symbiotique dont je parle ne ressemble pas exactement \u00e0 celui que propose Jo\u00ebl de Rosnay (17) mais il utilise la m\u00eame mise en r\u00e9seau plan\u00e9taire, la m\u00eame \u00ab toile de fond \u00bb. Cependant, au lieu d\u2019\u00e9tablir ses performances \u00e0 partir de la seule technologie de connexion \u2013aboutissant ainsi au Cybionte, mi-humain, mi-machine-, celui-ci \u00e9tablit les siennes \u00e0 partir des connaissances toujours plus fines du fonctionnement de la vie sur Terre. La connaissance de la diversit\u00e9 biologique, son usage, sa protection au sein du m\u00e9canisme g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Evolution, lui permet d\u2019envisager le projet de recyclage biologique en agissant en temps et en lieux voulus \u2013donc avec parcimonie- sur les facteurs d\u00e9clenchants de la transformation.<\/p>\n<p>La symbiose s\u2019applique \u00e0 l\u2019interd\u00e9pendance absolue de deux \u00eatres ou de deux syst\u00e8mes biologiquement li\u00e9s. L\u2019humanit\u00e9 d\u00e9pend enti\u00e8rement de la diversit\u00e9 qu\u2019elle exploite mais au cours de son \u00e9volution elle parvient \u00e0 un terme o\u00f9 l\u2019environnement lui-m\u00eame \u2013donc la diversit\u00e9- devient d\u00e9pendant de l\u2019humanit\u00e9. Pouss\u00e9 \u00e0 son paroxysme d\u2019interd\u00e9pendance il suffit qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment disparaisse du syst\u00e8me pour que l\u2019autre \u00e0 son tour disparaisse. L\u2019Homme symbiotique doit son nom \u00e0 cette d\u00e9pendance r\u00e9versible. Pour la premi\u00e8re fois de son histoire le peuple humain naissant d\u00e9couvre qu\u2019un mauvais geste pr\u00e9cipite ensemble le pauvre et le riche dans le m\u00eame pr\u00e9cipice. L\u2019Homme symbiotique, sans en mesurer les cons\u00e9quences, \u00e9tablit les bases d\u2019une solidarit\u00e9 inconsciente mais bien r\u00e9elle \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire.<\/p>\n<p>Jamais il n\u2019a \u00e9t\u00e9 aussi urgent d\u2019enseigner le savoir sur une diversit\u00e9 que nous ne cessons d\u2019exploiter et sur laquelle pourtant nous ignorons tout ou \u00e0 eu pr\u00e8s. Pour l\u2019Homme symbiotique la connaissance du vivant \u2013plantes, animaux, substrats de vie- co\u00efncide avec une meilleure connaissance de son propre fonctionnement, sa complexit\u00e9, sa diversit\u00e9 culturelle. Sans cette association des connaissances, o\u00f9 l\u2019un des savoirs agit sur l\u2019autre, il ne s\u2019agirait que d\u2019une affaire de sp\u00e9cialiste garant de la science dans une cloison \u00e9tanche.<\/p>\n<p>L\u2019Homme symbiotique \u00e9tablit ainsi une hi\u00e9rarchie des valeurs \u00e0 partir desquelles se d\u00e9cline le projet politique. Le premier Minist\u00e8re du gouvernement id\u00e9al de l\u2019Homme symbiotique est bien celui de la Connaissance.<\/p>\n<p>Le Minist\u00e8re de la Connaissance concourt \u00e0 tous les niveaux d\u2019affinement de la pens\u00e9e, il agit sur toutes les couches de la soci\u00e9t\u00e9. Il permet aux plus d\u00e9munis d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la compr\u00e9hension des m\u00e9canismes qui, pr\u00e9cis\u00e9ment, justifient la politique de l\u2019Homme Symbiotique. L\u2019autor\u00e9gulation d\u00e9mographique en fait partie. S\u2019il semble \u00ab inhumain \u00bb et violent d\u2019imposer un enfant par famille en Chine sous Mao \u2013injonction faite \u00e0 un peuple largement sous-\u00e9duqu\u00e9, voire analphab\u00e8te- il devient possible de sugg\u00e9rer aux m\u00eames populations devenues conscientes de choisir leur mode de survivance.<\/p>\n<p>L\u2019Homme Symbiotique constitue une \u00e9tape de la r\u00e9flexion sur le paradigme \u00e9cologique et ses cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>_ _<\/p>\n<p>Sollicit\u00e9 pour participer \u00e0 la  Biennale d\u2019Art Contemporain de Melle, j\u2019ai fait la proposition de six dessins exprimant par le trait certaines des id\u00e9es figurant dans ce texte. Les trois premi\u00e8res images traduisent un constat : la situation actuelle et son \u00e9volution. Les trois suivantes abordent l\u2019utopie, l\u2019image centrale est l\u2019arbre.<\/p>\n<p>Gilles Cl\u00e9ment<br \/>\nLa Vall\u00e9e le 26 ao\u00fbt 2009<\/p>\n<p>Gilles Cl\u00e9ment est ing\u00e9nieur agronome, jardinier, paysagiste, botaniste, entomologiste. Il a r\u00e9alis\u00e9 de nombreux jardins dont le parc Andr\u00e9 Citro\u00ebn (en collaboration).<\/p>\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li>P.Dussart.- Concepts et      unit\u00e9s en \u00e9cologie. In : Encyclop\u00e9die de l\u2019\u00e9cologie, Larousse, 1977.<\/li>\n<li>J.B. Lamarck.- La      philosophie zoologique. Premi\u00e8re th\u00e9orie de l\u2019Evolution. 1802. C. Darwin.-      L\u2019origine des esp\u00e8ces. Seconde th\u00e9orie de l\u2019Evolution. 1859.<\/li>\n<li>Exposition des affiches      publicitaires pour les produits et machines agricoles entre 1800 et 1950.      COMPA, Conservatoire de l\u2019agriculture. Chartres.<\/li>\n<li>Le printemps silencieux, de      Rachel Carson, paru en 1950 aux USA, fait prendre conscience pour la      premi\u00e8re fois des d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par l\u2019exploitation industrielle de la      plan\u00e8te<\/li>\n<li>Le Jardin Plan\u00e9taire, terme      propos\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1996 (Thomas et le Voyageur, esquisse du      Jardin Plan\u00e9taire, Albin Michel) fait l\u2019objet d\u2019une exposition \u00e0 la Grande Halle de la Villette      (1999-2000). La plan\u00e8te, regard\u00e9e sous l\u2019angle de l\u2019\u00e9cologie, r\u00e9pond \u00e0 la      d\u00e9finition m\u00eame du jardin (de Garten : enclos) o\u00f9 la vie se trouve limit\u00e9e      aux limites du territoire biotique : la biosph\u00e8re.<\/li>\n<li>Selon l\u2019\u00e9conomiste      am\u00e9ricain J. Stiglitz, pour imaginer un d\u00e9veloppement infini dans un monde      fini, il faut soit \u00eatre fou soit il faut \u00eatre \u00e9conomiste.<\/li>\n<li>Le 4 juillet 2008 sur      France Inter (Matinale), J.L.Borloo d\u00e9clare que le droit \u00e0 polluer va \u00eatre      officiellement cot\u00e9 en Bourse. Il ajoute \u2013c\u2019\u00e9tait avant la crise- \u00ab et      vous verrez, \u00e7a va marcher ! \u00bb.<\/li>\n<li>Comit\u00e9 Invisible.-      L\u2019insurrection qui vient.- La       Fabrique \u00e9ditions, Paris, 2007. Texte attribu\u00e9 sans      preuve \u00e0 Julien Coupat accus\u00e9, \u00e9galement sans preuves, d\u2019attentat sur une      ligne TGV. Affaire dite de Tarnac.<\/li>\n<li>La volont\u00e9 de prot\u00e9ger des      paysages jug\u00e9s remarquables pour leur esth\u00e9tique conduit, par exemple, \u00e0      classer Saint-Emilion au Patrimoine de l\u2019Humanit\u00e9. Les vignobles en      g\u00e9n\u00e9ral sont consid\u00e9r\u00e9s comme les paysages les plus d\u00e9grad\u00e9s sur le plan      environnemental. Ainsi les textes de loi en viennent-ils \u00e0 prot\u00e9ger ce      qu\u2019ils condamnent par ailleurs. ( Convention europ\u00e9enne du Paysage )<\/li>\n<li>G\u00e9rard Dessons.- Enseigner      ce qu\u2019on cherche.- Cassandre\/Hors Champ 77, avril-mai juin 2009<\/li>\n<li>AMAP : Association pour le      maintien d\u2019une agriculture paysanne<\/li>\n<li>Alain Lipietz.- L\u2019urgence      \u00e9cologiste.- Ed. Textuel, 2009.<\/li>\n<li>L\u2019insurrection qui vient,      ouvrage cit\u00e9.<\/li>\n<li>Herv\u00e9 Kempf.- Comment les      riches d\u00e9truisent la plan\u00e8te.-Le Seuil 2007<\/li>\n<li>Bernard Lietaer.- Mutation      mondiale, crise et innovation mon\u00e9taire.- L\u2019Aube , 2008.<\/li>\n<li>Vivre la gratuit\u00e9 in \u00ab Le      Sarkophage \u00bb, entretien entre Paul Ari\u00e8s et Jean-Louis Sagot Duvauroux,      n\u00b013, juillet 2009.<\/li>\n<li>Jo\u00ebl de Rosnay.- L\u2019homme      symbiotique .- Points (poche) 2000 .<\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment se faire du bien plut\u00f4t que faire du mal \u00e0 la plan\u00e8te. \u2013 L\u2019av\u00e8nement de l\u2019\u00e9cologie Haeckel en 1866 eut \u00ab l\u2019id\u00e9e et le privil\u00e8ge de donner son nom \u00e0 l\u2019ensemble organis\u00e9 des connaissances relatives aux liens qui unissent les organismes vivants et leur milieu de vie, en d\u2019autres termes l\u2019\u00e9cologie. \u00bb (1) Un [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2937"}],"collection":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2937"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2937\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2937"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2937"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2937"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}