{"id":275,"date":"2009-11-19T10:57:22","date_gmt":"2009-11-19T09:57:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/?p=275"},"modified":"2009-11-19T10:57:22","modified_gmt":"2009-11-19T09:57:22","slug":"le-corps-pense","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2009\/11\/le-corps-pense\/","title":{"rendered":"Le corps pense"},"content":{"rendered":"<p>Je suis venu au slam au cours d\u2019un projet d\u2019\u00e9criture th\u00e9\u00e2trale. Avec Fran\u00e7ois  Grosjean, directeur du th\u00e9\u00e2tre Le Grand Parquet, nous avions convenu que  j\u2019\u00e9crirai une pi\u00e8ce sur la fermeture de ce th\u00e9\u00e2tre : \u00e0 ce moment elle semblait  imminente \u2013c\u2019\u00e9tait il y a un an et demi. J\u2019ai commenc\u00e9 donc \u00e0 \u00e9crire, le titre  provisoire \u00e9tait M\u00e9moire d\u2019un th\u00e9\u00e2tre sur le point de dispara\u00eetre. On pensait  que ma pi\u00e8ce serait lue \u00e0 la vieille de la fermeture.<br \/>\n<a name=\"more\"><\/a><\/p>\n<div>Pendant que j\u2019\u00e9crivais j\u2019ai eu l\u2019id\u00e9e \u2013sans doute parce l\u2019action de la  pi\u00e8ce se passait dans le dix-huiti\u00e8me arrondissement-, de faire entrer sur sc\u00e8ne  un slameur. Comme je ne connaissais le slam que par oui dire je suis all\u00e9 un  soir \u00e0 Canopy, un lieu d\u2019action culturelle qui se trouve \u00e0 deux pas du Grand  Parquet, o\u00f9 il y a des sc\u00e8nes slams. J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 ; je suis all\u00e9 ensuite  dans le dix-neuvi\u00e8me au bar Culture Rapide et dans d\u2019autres bars. Petit \u00e0 petit  je suis devenu slameur. Et pendant ce temps la fermeture annonc\u00e9e du Grand  Parquet a \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e. Dommage ! j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 termin\u00e9 ma pi\u00e8ce !<\/div>\n<div>\n<div>La pi\u00e8ce est rest\u00e9 sans objet et n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e ni lue en public.  Elle est dans un tiroir de chez moi\u2026 Je pr\u00e9f\u00e8re qu\u2019elle y dorme, bien s\u00fbr \u2013m\u00eame  si son sommeil me fait tr\u00e8s mal- et pas qu\u2019on ferme un th\u00e9\u00e2tre !<\/div>\n<div>Le slam qui suit fait partie de la pi\u00e8ce, de ce projet th\u00e9\u00e2tral qui m\u2019a  conduit au slam ; le personnage qui devait le dire s\u2019appelle, dans la pi\u00e8ce, \u00ab  L\u2019immigr\u00e9 d\u2019apr\u00e8s minuit \u00bb.<\/div>\n<div>Tout s\u2019efface<br \/>\nTout s\u2019efface de ma t\u00eate<br \/>\nC\u2019est l\u2019\u00e2ge qui veut ma  peau<br \/>\nApr\u00e8s \u00e7a sera ma gueule<br \/>\nEt le printemps de tes yeux<br \/>\nMes yeux,  d\u00e9j\u00e0, la d\u00e9veine<br \/>\nQue j\u2019ai ! \u00e0 peine te voient<br \/>\nMes yeux aussi et ma  gueule<br \/>\nSont en train de s\u2019effacer<br \/>\nHier soir, tu vois, \u00e0 La  Chapelle<br \/>\nJ\u2019ai cru te voir au m\u00e9tro<br \/>\nC\u2019\u00e9tait toi ou ta jumelle<br \/>\nTon  double\u2026 C\u2019\u00e9tait pas toi ?<br \/>\nTout s\u2019efface de ma t\u00eate<br \/>\nEt le printemps de tes  yeux<br \/>\nSi je les vois je te jure<br \/>\nJe crois que je bois du miel<br \/>\nHier soir  je disais ton double<br \/>\nOu bien toi je ne sais pas<br \/>\nJe l\u2019ai suivie par la  rue<br \/>\nQu\u2019on dit du D\u00e9partement<br \/>\nC\u2019\u00e9tait toi ou bien ton double ?<br \/>\nTu sais,  on faisait l\u2019amour<br \/>\nComme des ombres au chantier<br \/>\nO\u00f9 il y avait Le Grand  Parquet<br \/>\nC\u2019\u00e9tait ton double tu crois ?<br \/>\nTu n\u2019aurais pas une jumelle ?<br \/>\nEn  tout cas c\u2019\u00e9tait hier soir<br \/>\nDu c\u00f4t\u00e9 de La Chapelle.<\/div>\n<div>Je raconte \u00e7a \u2013cette histoire de la pi\u00e8ce qui n\u2019a pas eu lieu-, comme on  dit \u00ab pour l\u2019anecdote \u00bb, en sachant qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019anecdote en soi.<\/p>\n<p>Toujours est-il que je voulais, dans et \u00e0 travers une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre,  \u00e9tudier la m\u00e9moire \u2013imaginer ce que peut laisser dans la m\u00e9moire des gens un  lieu culturel disparu, ou, comme disait le titre, \u00ab sur le point de dispara\u00eetre  \u00bb. Et toujours est-il que ce d\u00e9placement, \u00e0 partir de la mort suppos\u00e9e d\u2019un lieu  de culture m\u2019a fait conna\u00eetre un autre univers et m\u2019a permis d\u2019y  entrer.<\/p>\n<p>Comme si pour vivre il fallait toujours passer par la mort ? Pas  forc\u00e9ment, je dirais plut\u00f4t comme si la culture \u00e9tait faite de m\u00e9moire et de  d\u00e9placements.<\/p>\n<p>Ce mot, d\u00e9placement, si je l\u2019\u00e9cris, tout en connaissant par  ailleurs la valeur qu\u2019il a en psychanalyse, produit dans mon corps un mouvement  de l\u2019\u00e9paule gauche. Mon \u00e9paule se soul\u00e8ve pendant que j\u2019\u00e9cris ce mot ; c\u2019est je  pense parce que, quand j\u2019\u00e9tais jeune \u2013pendant des ann\u00e9es-, j\u2019\u00e9tais basketteur.<\/p>\n<p>Je veux dire que d\u00e9placement signifie pour moi, dans mon corps, parce  que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 basketteur, de mani\u00e8re imm\u00e9diate, irr\u00e9fl\u00e9chi peut-\u00eatre, que je suis  en train de changer de direction, d\u2019attaque par exemple, ou de d\u00e9fense. Mon  corps en tout cas commence \u00e0 bouger, se porte ailleurs presque avant d\u00e9j\u00e0 que je  le sache.<\/p>\n<p>Mon id\u00e9e \u2013 je dis mon id\u00e9e, mais elle doit \u00eatre vieille comme  le monde- c\u2019est qu\u2019on pense avec le corps ; ou, si on veut, aussi avec le corps  et aussi que le corps pense.<\/p>\n<p>Un jour on r\u00e9p\u00e9tait avec Nathalie Sevilla et  Willam Mesguich ma pi\u00e8ce Alice Droz. C\u2019\u00e9tait \u00e0 Montreuil. La Parole Errante  d\u2019Armand Gatti nous pr\u00eatait les murs d\u2019une veille usine qu\u2019ils devaient r\u00e9nover  pour leur association. Nous mettions nos affaires derri\u00e8re une grande et lourde  porte d\u2019usine d\u2019environ trois m\u00e8tres de hauteur. La r\u00e9p\u00e9tition \u00e9tait termin\u00e9e,  les acteurs discutaient et je suis all\u00e9 chercher ma veste derri\u00e8re la grande et  lourde porte. Je revenais de ces vestiaires improvis\u00e9s et allais retraverser le  seuil de cette porte et j\u2019ai fait un bond de deux m\u00e8tres. Derri\u00e8re moi la porte  a fait un bruit d\u2019enfer, elle venait de s\u2019\u00e9craser sur le sol.<\/p>\n<p>Sans mon \u00ab  intuition \u00bb -ce bond subit-, je ne serais pas en train d\u2019\u00e9crire ce blog. Et je  pense aujourd\u2019hui \u2013pas avec le corps cette fois-ci, avec la t\u00eate- que cette \u00ab  intuition \u00bb qui m\u2019a sauv\u00e9 la vie me vient du basket, d\u2019avoir d\u00e9velopp\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0  la pratique du basket une certaine capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9agir vite, \u00e0 d\u00e9placer mon corps,  \u00e0 quitter brusquement le train-train ou n\u2019importe quoi d\u2019autre, \u00e0 d\u00e9placer mon  corps et \u00e0 engendrer par ce d\u00e9placement physique un autre mouvement vital, qui \u00e0  travers mon corps, ou via mon corps m\u00eame, se fraye un chemin.<\/p>\n<p>Le basket  m\u2019a toujours aid\u00e9 et il m\u2019aide toujours pour monter et descendre du m\u00e9tro bond\u00e9  ! J\u2019ai fait quatre mises en sc\u00e8ne et le basket \u2013le peu que je sais du basket-  m\u2019a aid\u00e9 pour diriger les acteurs. Sans doute parce que ce sport, comme le  th\u00e9\u00e2tre, se joue en \u00e9quipe et avec des individualit\u00e9s, et parce que dans les  deux terrains il faut tant\u00f4t foncer et tant\u00f4t ralentir, parfois d\u00e9placer les  forces, parfois changer l\u2019angle d\u2019attaque \u2013\u00ab le diable c\u2019est l\u2019ennui \u00bb disait  Peter Brook ; il voulait dire que la monotonie tue les spectacles. \u00ab Il faut  cr\u00e9er la surprise \u00bb dans le th\u00e9\u00e2tre et sur un terrain de sport il faut savoir  surprendre. Il faut aussi savoir regarder l\u2019ensemble du terrain, et il faut que  le corps aille plus vite que la pens\u00e9e. Dans les deux terrains il faut toujours  \u00eatre en mesure d\u2019attaquer, tout en \u00e9tant constamment d\u00e9tendu, car la d\u00e9tente est  indispensable \u00e0 la contre-attaque. Et il faut marquer des buts, autrement ce  n\u2019est pas du jeu. Et il faut savoir aussi, sur les deux terrains, qu\u2019on peut  gagner \u00e0 la derni\u00e8re minute, que tout d\u00e9pend d\u2019une personne ou de l\u2019autre et non  seulement de l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9quipe ; que ce n\u2019est gagn\u00e9 ni perdu d\u2019avance, qu\u2019\u00e0  la derni\u00e8re seconde on peut faire la diff\u00e9rence, et que celui qui cr\u00e2ne avant le  match a toutes les chances d\u2019\u00eatre battu.<\/p>\n<p>Il faut savoir tout cela dans  le corps, gr\u00e2ce et \u00e0 travers la pratique. Celle-ci est indispensable afin que le  corps emmagasine ce type de connaissance, qu\u2019on appelle exp\u00e9rience et qui est je  crois quelque chose de plus : la connaissance muette du corps \u00e0 corps avec les  choses et de son corps propre via les choses et le monde.<\/p>\n<p>Cette  connaissance ne s\u2019oppose pas \u00e0 la connaissance intellectuelle ; elle la compl\u00e8te  et l\u2019enrichit, l\u2019\u00e9largit et la rend modeste ou prudente, lui permettant de  sous-peser les choses et de refr\u00e9ner ainsi, par exemple, les \u00e9lans d\u00e9ductifs. Il  faut avoir le pied marin aussi dans la pens\u00e9e. Cela me rappelle que pour Hegel  le marin \u00e9tait quelqu\u2019un d\u2019important, puisqu\u2019il n\u2019avance qu\u2019en tenant compte de  la mer et du vent.<\/p>\n<p>Le football m\u2019est aussi tr\u00e8s utile, m\u00eame si, \u00e9tant  h\u00e9las moins dou\u00e9 que pour le basket, je l\u2019ai peu pratiqu\u00e9. Mais j\u2019ai vu  beaucoup, \u00e9norm\u00e9ment de matchs. Ils me servent parfois de mod\u00e8le, je ne les  cherche pas, \u00e0 certains moments si je puis dire la m\u00e9moire \u00ab m\u2019envoie \u00bb le  souvenir de tel ou tel match, et je comprends ce que je dois faire, ou au  contraire, ce que je ne dois surtout pas faire \u00e0 ce moment. Tout d\u00e9pend du  moment aussi. Ne pas me d\u00e9couvrir par exemple, ou au contraire me d\u00e9couvrir,  foncer et risquer le tout pour le tout si le moment est opportun. On sait cela,  la maxime dit que la meilleure d\u00e9fense est l\u2019attaque. Mais, bien s\u00fbr, pour que  cela ait un sens il faut conna\u00eetre ses forces, celles de son corps et celle de  son \u00e9quipe, sans oublier celles de l\u2019\u00e9quipe adverse et les particularit\u00e9s du  terrain sur lequel on se trouve, ce jour-l\u00e0, \u00e0 telle heure, \u00e0 tel  moment.<\/p>\n<p>Le basket et le foot m\u2019aident beaucoup quand j\u2019\u00e9cris du th\u00e9\u00e2tre,  quand je mets en sc\u00e8ne, quand je vais dans la rue et quand je pense.<\/p>\n<p>Si  tout cela me vient du basket, cela me vient aussi de ma vie de travailleur. J\u2019ai  travaill\u00e9 dans des chantiers \u2013comme man\u0153uvre ma\u00e7on et comme peintre en  b\u00e2timent-, et aussi en usine, et c\u2019est vrai que les ouvriers ont ce type de  connaissance ; celle pas bavarde, silencieuse et efficace, pr\u00e9cise, de celui qui  conna\u00eet la mati\u00e8re et s\u2019y affronte, ou pour mieux dire, s\u2019y coltine, s\u2019y mesure,  \u00ab fait avec \u00bb. J\u2019ai aussi vendu des journaux, quand j\u2019\u00e9tais enfant : les jambes  y sont tr\u00e8s importantes, comme au basket, comme au tango.<\/p>\n<p>\u00ab c\u2019est comme  faire un mur<\/p>\n<p>L\u2019autre jour \u2013 on r\u00e9p\u00e9tait notre spectacle Tangos, slams et  coplas- il y a eu une petite bagarre entre les membres de l\u2019\u00e9quipe artistique.  Une demi-heure plus tard on avait trouv\u00e9 la solution et les esprits s\u2019\u00e9taient  calm\u00e9s. J\u2019ai eu l\u2019impression que la guitariste, Lucie Delahaye, qui est tr\u00e8s  jeune, \u00e9tait un peu affect\u00e9e par cette discussion passionn\u00e9e. Alors il y a eu  une phrase qui m\u2019a sorti de la bouche (je dis \u00ab qui m\u2019a sorti de la bouche\u00bb  parce que je ne l\u2019ai pas \u00ab pens\u00e9 \u00bb avant de la dire). La phrase disait : \u00ab c\u2019est  comme faire un mur \u00bb. Lucie m\u2019a demand\u00e9 \u00ab qu\u2019est-ce que tu veux dire \u00bb. Je lui  ai dit \u00e0 peu pr\u00e8s ceci : quand on fait un mur on transpire, on fait des efforts,  on se coltine les mat\u00e9riaux, la lourdeur des briques et les crampes aux pattes,  la poussi\u00e8re de la chaux et du ciment, on n\u2019est pas jolis \u00e0 voir, on est  d\u00e9coiff\u00e9es et on sent mauvais, mais \u00e0 la fin il y a un mur, et d\u00e9j\u00e0 un bout de  la maison !<\/p>\n<p>Je ne sais pas si le basket me sert pour la po\u00e9sie, pour les  slams, pour les tangos, mais c\u2019est s\u00fbr que je les \u00e9cris et avec ma t\u00eate et avec  mon corps.<\/p>\n<p>Hugo<\/p>\n<p>Si je dis Panam<br \/>\nJe sens que mon  \u00e2me<br \/>\nRespire, un slam<br \/>\nDilate mon c\u0153ur<br \/>\nMais parfois j\u2019ai peur<br \/>\nDe  perdre mon \u00e2me<br \/>\nJe veux dire Panam<br \/>\nJ\u2019ai pas de papiers<br \/>\nJe vends des  journaux<br \/>\nC\u2019est pas le probl\u00e8me<br \/>\nEt je suis Roumain<br \/>\nPlut\u00f4t  europ\u00e9en<br \/>\nPourtant j\u2019ai tr\u00e8s peur<br \/>\nJ\u2019aime trop quand la Seine<br \/>\nFonce et  s\u2019affranchit<br \/>\nEt va \u00e0 la mer<br \/>\nJe suis nostalgique<br \/>\nMon \u00e2me est  gitane<br \/>\nMais j\u2019aime, c\u2019est b\u00eate<br \/>\nPanam, pourquoi ?<br \/>\nJe vends des  journaux<br \/>\nGare de l\u2019Garenne<br \/>\nJ\u2019tra\u00eene \u00e0 Panam<br \/>\nPr\u00e8s de Notre  Dame<br \/>\nJ\u2019aimais le bossu<br \/>\nDe la Cath\u00e9drale<br \/>\nEt aussi une gitane<br \/>\nJe crois  Esmeralda<br \/>\nMon p\u00e8re l\u2019adorait<br \/>\nCe foutu roman<br \/>\nD\u2019un mec, Hugo<br \/>\nIl disait  mon fils<br \/>\nVa pas \u00e0 Paris<br \/>\nPour crever la dalle<br \/>\nEmbrasse les  dalles<br \/>\nQu\u2019Hugo a foul\u00e9<br \/>\nJe disais Papa<br \/>\nPourquoi tu voudrais<br \/>\nQu\u2019un  jour je m\u2019en aille ?<br \/>\nIl disait mon fils<br \/>\nFaut que tu travailles<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 je  suis vieux<br \/>\nEt ta m\u00e8re est morte<br \/>\nReferme la porte<br \/>\nJ\u2019ai \u00e0 te parler<br \/>\nUn  jour il est mort<br \/>\nEt je l\u2019ai quitt\u00e9<br \/>\nJ\u2019ai port\u00e9 son corps<br \/>\nJusqu\u2019au  cimeti\u00e8re<br \/>\nOn s\u2019est dit au revoir<br \/>\nJ\u2019ai embrass\u00e9 la vitre<br \/>\nEnsuite  aussit\u00f4t<br \/>\nJ\u2019ai pris l\u2019autobus<br \/>\nApr\u00e8s j\u2019ai march\u00e9<br \/>\nEt la fronti\u00e8re<br \/>\nJe  l\u2019ai travers\u00e9<br \/>\nM\u00eal\u00e9 \u00e0 la nuit<br \/>\nMaintenant aussi<br \/>\nJe marche la nuit<br \/>\nFaut  jamais dormir<br \/>\nAu m\u00eame endroit<br \/>\nJ\u2019aime bien La Garenne<br \/>\nC\u2019est un lieu  discret<br \/>\nOn nous chasse pas<br \/>\nComme des lapins<br \/>\nTu vois le  langage<br \/>\nParfois est menteur<br \/>\nEt dis le contraire<br \/>\nDe cela qui est<br \/>\nOn  nous chasse pas<br \/>\nPourtant la garenne<br \/>\nEst une foutue race<br \/>\nDe foutus  lapins<br \/>\nJe pense \u00e0 mon p\u00e8re<br \/>\nPr\u00e8s du p\u00e8re Lachaise<br \/>\nO\u00f9 parfois je  cr\u00e8che<br \/>\nTout pr\u00e8s de l\u2019entr\u00e9e<br \/>\nIl y un Hongrois<br \/>\nQui m\u2019ouvre la  porte<br \/>\nJe dors dans une tombe<br \/>\nQui est d\u00e9shabit\u00e9e<br \/>\nLe Hongrois me  porte<br \/>\nParfois un caf\u00e9<br \/>\nQuand il fait sa ronde<br \/>\nAu petit matin<br \/>\nIl me  crie Roumain<br \/>\nT\u2019ouvres pas les yeux ?<br \/>\nOn te croirait mort<br \/>\nPutain, nom de  Dieu !<br \/>\nJe lui dis \u00e7a va<br \/>\nJe suis fatigu\u00e9<br \/>\nIl me dit d\u00e9p\u00eache<br \/>\nT\u2019as pas  de papiers<br \/>\nMoi je prends des risques<br \/>\nPrends vite un caf\u00e9<br \/>\nTu dois  t\u2019effacer<br \/>\nRevenir la nuit<br \/>\nComme les zombies<br \/>\nJamais en plein  jour<br \/>\nComme les bourgeois<br \/>\nApr\u00e8s, \u00e0 Saint Lazare<br \/>\nJe chope mon train<br \/>\nJe  vais \u00e0 la Garenne<br \/>\nVendre mes journaux<br \/>\nOn me paye au black<br \/>\nUn mec qui  est blond<br \/>\nParfois le langage<br \/>\nEst un peu trompeur<br \/>\nMais j\u2019apprends les  vers<br \/>\nDe Victor Hugo<br \/>\nSublimes vraiment<br \/>\nSur la libert\u00e9<\/p><\/div>\n<div>Miguel Angel Sevilla<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je suis venu au slam au cours d\u2019un projet d\u2019\u00e9criture th\u00e9\u00e2trale. 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