{"id":2458,"date":"2010-05-27T16:05:32","date_gmt":"2010-05-27T15:05:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/?p=2458"},"modified":"2014-11-07T19:56:34","modified_gmt":"2014-11-07T18:56:34","slug":"lile-de-chelo-un-film-temoignage-dodette-martinez-pour-ne-pas-oublier-la-resistance-anti-fasciste-des-femmes-espagnoles","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2010\/05\/lile-de-chelo-un-film-temoignage-dodette-martinez-pour-ne-pas-oublier-la-resistance-anti-fasciste-des-femmes-espagnoles\/","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00eele de Chelo un film t\u00e9moignage d&rsquo;Odette Martinez pour ne pas oublier la r\u00e9sistance anti-fasciste des femmes espagnoles"},"content":{"rendered":"<p>Le t\u00e9moignage de Consuelo dite \u00a0\u00bb Chelo\u00a0\u00bb est une pi\u00e8ce importante d&rsquo;une m\u00e9moire anti-fasciste vivante. Le pouvoir franquiste ne pouvait m\u00eame pas admettre l&rsquo;existence de ces femmes qui lui r\u00e9sistaient.leur invisibilit\u00e9 devenait un gage de son impunit\u00e9.historienne,cin\u00e9aste, Odette Martinez a cass\u00e9 le cours d&rsquo;une imposture. Son film en restituant les arcanes d&rsquo;un pass\u00e9 controvers\u00e9 permet \u00e0 tous ceux qui le souhaitent de nourrir un avenir\u00a0 debout.<strong>Pour visionner le film<\/strong> <strong>consultation<\/strong> : \u00e0 la BNF, BPI du centre Georges Pompidou, BDIC ,universit\u00e9 de Nanterre. <strong>Pour acheter le DVD<\/strong> : \u00e9crire \u00e0 Odette.martinez@wanadoo.fr<\/p>\n<p>G\u00e9n\u00e8se du film<\/p>\n<h1>L\u2019\u00eele de Chelo<\/h1>\n<p><em><strong>article extrait du guide des aides \u00e0 la cr\u00e9ation de Vid\u00e9adoc 2009<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Un film documentaire de Odette Martinez-Maler, Isma\u00ebl Cobo et La\u00ebtitia Puertas.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0A l\u2019heure de la c\u00e9l\u00e9bration du flux tendu, peut-on encore faire l\u2019\u00e9loge de l\u2019obstination, de l\u2019errance et de la lenteur ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le film \u00ab\u00a0L\u2019\u00eele de Chelo\u00a0\u00bb raconte comment une ancienne r\u00e9sistante antifranquiste, Consuelo Rodriguez (\u00ab\u00a0Chelo\u00a0\u00bb) se bat pour \u00e9lever une st\u00e8le sur la fosse o\u00f9 furent jet\u00e9s ses parents, assassin\u00e9s par les fascistes en 1939, et rendre hommage \u00e0 son amant et compagnon d\u2019armes, abattu \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s lors d\u2019une embuscade en 1946. Longtemps j\u2019ai r\u00eav\u00e9 d\u2019approcher cette femme qui avait jadis trouv\u00e9 refuge dans la maison de ma grand-m\u00e8re et c\u00f4toy\u00e9 les compagnons de gu\u00e9rilla de mon p\u00e8re, mais elle m\u2019\u00e9tait rest\u00e9e inaccessible, nimb\u00e9e de sa l\u00e9gende d\u2019amazone rebelle et retir\u00e9e sur son \u00eele de R\u00e9, si proche et si lointaine. Le film montre comment, en 2004, je passe enfin le pont pour la rencontrer, recueillir son t\u00e9moignage sur ce qu\u2019elle avait v\u00e9cu\u00a0 pendant la guerre civile et la dictature en Galice.<\/p>\n<p>Ce chemin de l\u2019\u00eele, je l\u2019avais convoit\u00e9 puis d\u00e9sert\u00e9 cinq ans plus t\u00f4t, encore trop captive d\u2019une imagerie \u00e9pique. J\u2019avais obtenu, alors, une aide \u00e0 l\u2019\u00e9criture du CNC pour un premier projet de documentaire intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Gu\u00e9rilleros, les\u00a0 silences de la m\u00e9moire\u00a0\u00bb, sur ces r\u00e9sistants qui avaient combattu dans l\u2019ouest de l\u2019Espagne jusqu\u2019en 1952. Ce premier projet, non r\u00e9alis\u00e9, est devenu\u00a0 apr\u00e8s coup une sorte de rep\u00e9rage du pays de gu\u00e9rilla film\u00e9 dans \u00ab\u00a0L\u2019\u00eele de Chelo\u00a0\u00bb.<strong><\/strong><\/p>\n<p>Il m\u2019a conduit \u00e0 faire un travail d\u2019archives film\u00e9es sur les r\u00e9sistants espagnols avec deux amis, tous deux co-r\u00e9alisateurs du film, Isma\u00ebl Cobo, qui a \u00e9galement fait un beau documentaire sur un gu\u00e9rillero mythique du Pays Valencien (\u00ab Siempre sera la Pastora \u00bb) et La\u00ebtitia Puertas, qui travaille pour le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, lequel archive et diffuse des films f\u00e9ministes. Ce recueil de t\u00e9moignages a \u00e9t\u00e9 pris en charge par le Centre Simone de Beauvoir et la BDIC (Biblioth\u00e8que de documentation internationale contemporaine) qui conserve des documents audiovisuels sur l\u2019histoire de la gu\u00e9rilla antifranquiste et les mouvements m\u00e9moriels s\u2019y rapportant. Il ne d\u00e9pendait d\u2019aucun projet cin\u00e9matographique mais ces hommes et ces femmes antifascistes disparaissant, nous voulions garder une trace de leurs mots et de leurs gestes d\u2019hommage qui, \u00e0 eux seuls, repr\u00e9sentent une forme de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019oubli. Parmi ces archives, il y avait le t\u00e9moignage de Chelo et le reportage sur ses deux voyages vers les st\u00e8les de Galice, soit plus de 20 heures de rushes, qui constituent le mat\u00e9riau autour duquel s\u2019est finalement construit le film. Ce t\u00e9moignage ouvrait, au del\u00e0 du mythe, la porte \u00e9troite d\u2019une m\u00e9moire minuscule. Par lui, une femme bien vivante, fragile et forte de sa profonde humanit\u00e9, donnait \u00e0 entendre la mati\u00e8re rugueuse de son exp\u00e9rience de lutte arm\u00e9e, m\u00eal\u00e9e \u00e0 un incl\u00f4turable chant d\u2019amour.<\/p>\n<p>On serait tent\u00e9 de d\u00e9crire r\u00e9trospectivement cette pr\u00e9histoire du film comme la premi\u00e8re \u00e9tape d\u2019un projet ma\u00eetris\u00e9 qui aurait consist\u00e9 \u00e0 rassembler des mat\u00e9riaux pour l\u2019\u00e9criture. En r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est le travail de l\u2019archive qui a fait \u00e9merger la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une cr\u00e9ation documentaire et non l\u2019inverse\u00a0: parce qu\u2019au del\u00e0 de son r\u00e9cit personnel, Chelo s\u2019est mise \u00e0 incarner \u00e0 mes yeux, de fa\u00e7on \u00e9clatante, une \u00e9thique de r\u00e9sistance, opposant \u00e0 la volont\u00e9 de mort fasciste l\u2019affirmation insolente de la r\u00e9volte et de l\u2019amour\u00a0; parce que, pour elle, la st\u00e8le impossible \u00e0 \u00e9riger dans la r\u00e9alit\u00e9 pouvait \u00eatre ce film \u00e0 venir, notre cam\u00e9ra devenant alors le t\u00e9moin de sa parole destin\u00e9e \u00e0 d\u00e9border les th\u00e9\u00e2tres m\u00e9moriels institutionnels car trop libre. Ce que nous devions filmer, c\u2018\u00e9tait la relation que Chelo avait fini par cr\u00e9er avec le film lui m\u00eame, la fa\u00e7on dont elle l\u2019engendrait par son propre d\u00e9sir et son devenir.<\/p>\n<p>J\u2019ai \u00e9crit en 2005 le premier sc\u00e9nario de \u00ab\u00a0L\u2019\u00eele de Chelo\u00a0\u00bb qui int\u00e9ressa un producteur, Mahmoud Chokrollahi (Play Film). Nous n\u2019avons pas obtenu l\u2019aide que nous avons sollicit\u00e9 pour le court m\u00e9trage au CNC mais deux aides r\u00e9gionales ont permis au film de voir le jour. D\u2019abord en Espagne, o\u00f9 la Xunta de Galicia a apport\u00e9 une aide \u00e0 la postproduction et 10\u00a0000\u20ac en num\u00e9raire puis en France, surtout, o\u00f9 Centre Images (R\u00e9gion Centre), nous a accord\u00e9 une aide \u00e0 la production de court m\u00e9trage documentaire (30\u00a0000\u20ac), sur pr\u00e9sentation du dossier d\u2019\u00e9criture et audition devant une commission. Pour \u00eatre \u00e9ligible, il fallait que l\u2019un des r\u00e9alisateurs soit domicili\u00e9 en r\u00e9gion Centre, ce qui \u00e9tait le cas d\u2019Isma\u00ebl. Il ne faut pas oublier enfin l\u2019apport du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir et de la BDIC qui, sans \u00eatre \u00e0 proprement parler coproductrices du film, auront assur\u00e9 au final une part non n\u00e9gligeable de l\u2019industrie et de la r\u00e9gie (pr\u00eat de cam\u00e9ra, micro, financement d\u2019une partie des frais de d\u00e9placement).<\/p>\n<p>La subvention accord\u00e9e par Centre Images nous a permis de filmer des paysages de montagnes galiciennes en super 8, des s\u00e9quences avec Chelo sur l\u2019\u00eele de R\u00e9, et ce \u00e0 un moment de maturit\u00e9 dans l\u2019\u00e9criture qui permettait de cibler tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0 ce qui \u00e9tait n\u00e9cessaire (de fait, presque toutes les images tourn\u00e9es, \u00e0 ce moment l\u00e0, ont trouv\u00e9 leur place au montage). Elle nous a permis aussi de financer la postproduction et en particulier le travail de la monteuse, Jocelyne Ruiz, et du compositeur de la musique,Tristan Manoukian.<\/p>\n<p>Faut-il conclure de l\u2019histoire de ce film, faite de continuit\u00e9 et de contretemps qui ont fait \u00e9volu\u00e9 son intention, que le temps int\u00e9rieur de l\u2019\u00e9criture ne co\u00efncide jamais avec le temps monumental des institutions et le calendrier objectif des aides \u00e0 la cr\u00e9ation ? Le temps long de l\u2019imagination n\u2019entre dans aucun calendrier pr\u00e9visible et ce sont souvent nos impasses qui nourrissent, \u00e0 notre insu, nos possibilit\u00e9s d\u2019invention ult\u00e9rieures. Ne vaut-il pas mieux rester dans l\u2019ouvert, au plus pr\u00e8s de ce qui s\u2019impose, \u00e0 son heure incertaine, comme une n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rative, m\u00eame priv\u00e9e de moyens ? Cela suppose d\u2019assumer une certaine autonomie de rythme et de mani\u00e8re. Mais alors que la c\u00e9l\u00e9bration du flux tendu, du plein, de la performance et de la ma\u00eetrise flotte dans l\u2019air du temps comme une \u00e9vidence, peut-on encore faire l\u2019\u00e9loge de l\u2019obstination, de l\u2019errance et de la lenteur ?<\/p>\n<p>Odette Martinez-Maler<\/p>\n<p><strong>Comment transmettre un pass\u00e9 occult\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p>Comment transmettre le t\u00e9moignage d\u2019acteurs de l\u2019histoire dont le r\u00f4le a \u00e9t\u00e9 maintenu en marge des<br \/>\nrepr\u00e9sentations officielles du pass\u00e9 ? Comment rendre audible et visible pour d\u2019autres, aujourd\u2019hui,<br \/>\nune exp\u00e9rience de lutte rest\u00e9e inaudible et invisible? C\u2019est \u00e0 cette question que nous confronte la<br \/>\nr\u00e9alisation, inachev\u00e9e \u00e0 ce jour, d\u2019un documentaire sur une combattante de la gu\u00e9rilla antifranquiste<br \/>\ndes ann\u00e9es 1940-1950, en Galice, Consuelo Rodriguez Lopez (Chelo de son nom de maquisarde):<br \/>\n\u00ab L\u2019\u00eele de Chelo\u00bb . Comment inscrire, dans le r\u00e9cit filmique, la parole incarn\u00e9e et adress\u00e9e de cette<br \/>\nr\u00e9sistante ? Et quelle mise en sc\u00e8ne de ce t\u00e9moin \u00e0 l\u2019\u00e9cran est en mesure de renforcer la transmission<br \/>\nde sa m\u00e9moire en mots et en actes ? Quel dispositif peut contextualiser mais aussi rendre sensible les<br \/>\nenjeux \u00e9thiques et politiques de cette derni\u00e8re ? A quel type d\u2019archives film\u00e9es, sonores ou<br \/>\niconographiques de ce pass\u00e9 enfoui faut-il la relier? Autant de questions que je voudrais aborder ici,<br \/>\nen insistant d\u2019une part sur l\u2019inscription du t\u00e9moignage film\u00e9 et la mise en sc\u00e8ne du t\u00e9moin, dans<br \/>\nl\u2019espace documentaire; d\u2019autre part sur l\u2019articulation de celles-ci avec d\u2019autres mat\u00e9riaux susceptibles<br \/>\nde faire passer de l\u2019histoire .<br \/>\nI. De l\u2019archive orale au projet de documentaire<br \/>\nLe projet de r\u00e9aliser ce documentaire est n\u00e9 du d\u00e9sir de rendre public un r\u00e9cit de vie que nous avions<br \/>\nrecueilli et conserv\u00e9 au service audiovisuel de la BDIC. Une archive orale est donc \u00e0 l\u2019origine du<br \/>\nfilm . La d\u00e9crire, m\u00eame sommairement, permet de mettre en \u00e9vidence les choix que peut imposer le<br \/>\npassage de l\u2019archive au projet de documentaire.<br \/>\nQuelle archive ?<br \/>\nCette archive porte sur un moment d\u2019histoire dont elle t\u00e9moigne sans le restituer pleinement, comme<br \/>\nc\u2019est le cas de tout r\u00e9cit personnel. Elle concerne l\u2019une des gu\u00e9rillas antifranquistes qui ont maintenu<br \/>\ndans toute l\u2019Espagne, depuis 1939 jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 50 et au-del\u00e0 dans certaines r\u00e9gions, des<br \/>\nfoyers de r\u00e9sistance arm\u00e9e \u00e0 la dictature. R\u00e9prim\u00e9es et criminalis\u00e9es sous le franquisme, ces gu\u00e9rillas<br \/>\nont \u00e9t\u00e9 effac\u00e9es du discours politique sur le pass\u00e9, y compris de celui des forces qui les avaient<br \/>\nimpuls\u00e9es avant 1948 et qui ont d\u00e9velopp\u00e9 ensuite une strat\u00e9gie de r\u00e9conciliation nationale qui a<br \/>\nculmin\u00e9 au moment du passage \u00e0 la d\u00e9mocratie. Les hommes et les femmes engag\u00e9s dans ces r\u00e9seaux<br \/>\nde lutte arm\u00e9e ont d\u00fb attendre mai 2001 pour qu\u2019un vote au congr\u00e8s des d\u00e9put\u00e9s r\u00e9habilite<br \/>\npartiellement leur action en les reconnaissant officiellement comme \u00ab des combattants pour la<br \/>\nlibert\u00e9 \u00bb.<br \/>\nLe t\u00e9moignage film\u00e9 de Chelo est donc sous-tendu par une volont\u00e9 d\u2019attestation d\u2019autant plus br\u00fblante<br \/>\nque la question de d\u2019impunit\u00e9 des crimes li\u00e9s au terrorisme d\u2019Etat et celle de l\u2019annulation des<br \/>\nsentences prononc\u00e9es par les tribunaux de la dictature reste toujours pos\u00e9e au moment o\u00f9 elle parle. Il<br \/>\nlivre un document pr\u00e9cieux pour une approche sociale de la gu\u00e9rilla du Nord-Ouest de l\u2019Espagne. Il<br \/>\nr\u00e9v\u00e8le comment une paysanne de Galice a travers\u00e9 la guerre civile espagnole, les premi\u00e8res ann\u00e9es de<br \/>\nla dictature et la lutte arm\u00e9e au sein de la \u00ab F\u00e9d\u00e9ration de gu\u00e9rillas de L\u00e9on-Galice \u00bb depuis sa<br \/>\ncr\u00e9ation en 1942 jusqu\u2019\u00e0 sa dislocation en 1946. Il \u00e9claire, de l\u2019int\u00e9rieur, la sp\u00e9cificit\u00e9 d\u2019un<br \/>\nmouvement qui a rassembl\u00e9 des combattants &#8211; socialistes, communistes, anarchistes et des<br \/>\nr\u00e9publicains sans parti &#8211; dans une organisation unitaire. Il renseigne sur la fa\u00e7on dont les populations<br \/>\nciviles ont \u00e9t\u00e9 prises en otage par une politique de r\u00e9pression des foyers de r\u00e9sistance ; donc sur les<br \/>\nmodalit\u00e9s d\u2019engagement de ces paysans r\u00e9publicains qui ob\u00e9issaient souvent davantage \u00e0 des logiques<br \/>\nde survie ou de vengeance qu\u2019\u00e0 des mobiles clairement li\u00e9s \u00e0 des appartenances id\u00e9ologiques ou<br \/>\npartisanes. Il laisse entendre comment s\u2019est effectu\u00e9, le passage entre \u00ab r\u00e9sistance humanitaire \u00bb, \u00ab<br \/>\nr\u00e9sistance politique \u00bb et \u00ab r\u00e9sistance arm\u00e9e \u00bb.<br \/>\nLe r\u00e9cit de Chelo, \u00e0 la fois historique et singulier, pr\u00e9sente, sous ces deux aspects, une dimension<br \/>\nf\u00e9minine. Il sugg\u00e8re comment le corps des r\u00e9publicaines fut pris pour terrain de bataille dans cet<br \/>\naffrontement violent et confirme que ces femmes &#8211; tondues ou viol\u00e9es- ont \u00e9t\u00e9, utilis\u00e9es comme des<br \/>\ninstruments de chantage afin d\u2019atteindre les opposants \u00e0 la dictature, et, \u00e0 ce titre, consid\u00e9r\u00e9es comme<br \/>\nune cible privil\u00e9gi\u00e9e de la politique de terreur franquiste. Il souligne que des formes sexu\u00e9es et<br \/>\nsexuelles de r\u00e9pression leur \u00e9taient sp\u00e9cifiquement r\u00e9serv\u00e9es. Il \u00e9voque aussi ce qu\u2019impliquait<br \/>\nconcr\u00e8tement, pour ces femmes, la pers\u00e9cution de leurs \u00e9poux, de leurs fr\u00e8res, de leurs parents: une<br \/>\ncontre-\u00e9pop\u00e9e domestique, quotidienne et souterraine, qui ne se laisse pas facilement \u00ab historier \u00bb<br \/>\ndans le \u00ab grand r\u00e9cit r\u00e9sistant \u00bb militaire et militant. Et c\u2019est dans ce contexte que Chelo inscrit le r\u00e9cit<br \/>\npersonnel de la violence fasciste qu\u2019elle et sa famille ont subie et qui a culmin\u00e9 dans le meurtre de ses<br \/>\nparents, en octobre 1939, par la L\u00e9gion de Franco : El Tercio.<br \/>\nQuel dispositif cin\u00e9matographique pouvait r\u00e9v\u00e9ler le potentiel de cette parole de r\u00e9sistante dans toutes<br \/>\nses dimensions d\u2019information, d\u2019attestation, d\u2019\u00e9vocation travers\u00e9e d\u2019imaginaire et de transgression?<br \/>\nL\u2019archive orale dont nous disposions pouvait guider nos choix, mais ne pouvait pas nous dispenser de<br \/>\nles construire.<br \/>\nQuel documentaire ?<br \/>\nQuel documentaire devions-nous r\u00e9aliser? Un documentaire sur l\u2019histoire ? C&rsquo;est-\u00e0-dire un film qui<br \/>\nprendrait le t\u00e9moignage de Chelo comme fil conducteur d\u2019un r\u00e9cit sur l\u2019histoire de la gu\u00e9rilla de<br \/>\nLe\u00f3n-Galice entre 1939 et 1948 ou bien un documentaire sur la place de cette m\u00e9moire de<br \/>\ncombattante dans l\u2019histoire ? Autrement dit, traiter le t\u00e9moignage film\u00e9 prioritairement comme une<br \/>\ntrace, parmi d\u2019autres, inscrite dans un r\u00e9cit historique ou bien comme l\u2019expression d\u2019une m\u00e9moire<br \/>\nsinguli\u00e8re ? Ces deux possibilit\u00e9s ne sont pas exclusives en droit et peuvent \u00eatre \u00e9galement l\u00e9gitimes,<br \/>\nmais l\u2019\u00e9criture doit n\u00e9cessairement privil\u00e9gier l\u2019une d\u2019elle.<br \/>\nLa plupart des documentaires r\u00e9alis\u00e9s, \u00e0 propos de ces gu\u00e9rillas, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, se pr\u00e9sentent<br \/>\ncomme des enqu\u00eates qui mettent en sc\u00e8ne des t\u00e9moins en tant qu\u2019informateurs (forc\u00e9ment partiaux).<br \/>\nTel est le cas des films de Xavier Corcuera et de Jean Ortiz et Dominique Gauthier ou encore celui de<br \/>\nVictoria Martinez. Le premier pr\u00e9sente, lui-m\u00eame, son documentaire \u00ab La gu\u00e9rilla de la memoria \u00bb<br \/>\ncomme un travail p\u00e9dagogique qui expose, gr\u00e2ce \u00e0 un dispositif polyphonique de plusieurs t\u00e9moins,<br \/>\nles principaux aspects de cette r\u00e9sistance arm\u00e9e en les d\u00e9clinant suivant les r\u00e9gions : mobiles de<br \/>\nl\u2019engagement, nature des r\u00e9seaux d\u2019agents de liaison, formes de l\u2019action, vie en clandestinit\u00e9,<br \/>\nrelations affectives, lieux de l\u2019action (campements ou planque chez les agents de liaison). Un<br \/>\ndispositif analogue est utilis\u00e9 dans les films des seconds r\u00e9alisateurs \u00ab Les Maquis de l\u2019impossible<br \/>\nespoir \u00bb et de la troisi\u00e8me \u00ab La Partida de Gir\u00f3n \u00bb qui prennent pour fil rouge de l\u2019enqu\u00eate sur le<br \/>\npass\u00e9, l\u2019interview d\u2019anciens agents de liaison par des acteurs de ces gu\u00e9rillas. Cette d\u00e9marche est<br \/>\nd\u2019autant plus f\u00e9conde qu\u2019elle donne voix et images \u00e0 une histoire m\u00e9connue.<br \/>\nMais un autre passage de l\u2019archive orale au documentaire est envisageable : r\u00e9aliser un film non pas<br \/>\nsur des moments d\u2019histoire, mais sur des fragments de m\u00e9moire ou, plus exactement, sur la difficile<br \/>\ninscription d\u2019une m\u00e9moire singuli\u00e8re dans l\u2019histoire. C\u2019est l\u2019option que nous avons retenue. Parce que<br \/>\nle souvenir cette r\u00e9sistance fut violemment gomm\u00e9, nous voulions essayer de capter et \u00e9clairer des<br \/>\nbribes de mots tenus secrets et de minuscules actes d\u2019hommage rendus jusque l\u00e0 interdits, des signes<br \/>\nde m\u00e9moire vivante dont l\u2019image documentaire pourrait t\u00e9moigner et qui b\u00e9n\u00e9ficierait, gr\u00e2ce \u00e0 elle,<br \/>\nd\u2019un espace symbolique \u00e0 d\u00e9faut de reconnaissance officielle. Les t\u00e9moignages peuvent \u00eatre mis en<br \/>\nsc\u00e8ne comme des indications sur un pass\u00e9 r\u00e9volu ou bien comme des attestations d\u2019un pass\u00e9 effac\u00e9.<br \/>\nIci encore, ces deux dimensions ne sont pas forc\u00e9ment exclusives. Mais, parce que, jusqu\u2019aux ann\u00e9es<br \/>\n80, les seules traces de cette lutte arm\u00e9e, sont, en dehors des archives de la dictature des traces<br \/>\ncontrebandi\u00e8res transmises dans des cercles familiaux, nous avons voulu mettre en sc\u00e8ne le<br \/>\nt\u00e9moignage de Chelo comme une prise de parole \u2013 un acte de parole &#8211; qui livre des indices d\u2019un pass\u00e9<br \/>\nmenac\u00e9 d\u2019effacement. Triplement menac\u00e9 ici puisque son \u00e9vocation renvoie \u00e0 une histoire de vaincus,<br \/>\n\u00e0 une m\u00e9moire interdite et, nous y reviendrons, \u00e0 un v\u00e9cu de femme combattante.<br \/>\nFaire un film sur la m\u00e9moire et sur la m\u00e9moire comme acte, donc. Mais la m\u00e9moire en action<br \/>\ns\u2019incarne elle-m\u00eame dans une pluralit\u00e9 de formes que les documentaires peuvent explorer en tant que<br \/>\ntelle. Nous pouvions, essayer, \u00e0 partir du t\u00e9moignage de cette r\u00e9sistante, de r\u00e9aliser un film sur les<br \/>\nm\u00e9moires de cette gu\u00e9rilla du Nord-Ouest espagnol, et traiter son r\u00e9cit comme un d\u00e9clencheur<br \/>\nd\u2019autres r\u00e9cits m\u00e9moriels d\u2019aujourd\u2019hui : ainsi que le font Ismael Cobo et Pierre Linhart dans leur<br \/>\ndocumentaire Siempre ser\u00e1 la Pastora, sur les traces d\u2019une gu\u00e9rilla Aragonaise. Dans ce film, en<br \/>\neffet, le r\u00e9alisateur enqu\u00eate sur la figure d\u2019un gu\u00e9rillero l\u00e9gendaire, t\u00e9moin absent et personnage<br \/>\nprincipal de la narration, trait\u00e9 en creux ; sa parole sert de fil conducteur ; elle ravive par des<br \/>\nquestions, pos\u00e9es aux t\u00e9moins de cette lutte arm\u00e9e, les empreintes du mythe.<br \/>\nMais l\u2019inscription d\u2019un t\u00e9moignage film\u00e9 dans une mise en forme documentaire peut emprunter une<br \/>\nautre voie : la construction d\u2019un dispositif qui place la figure du t\u00e9moin en son centre. C\u2019est par elle,<br \/>\nalors, que le spectateur entre dans le pass\u00e9, par elle qu\u2019il acc\u00e8de non pas \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 historique mais \u00e0<br \/>\nune exp\u00e9rience particuli\u00e8re de l\u2019histoire. Dans ce dispositif, le t\u00e9moin n\u2019est pas trait\u00e9 uniquement<br \/>\ncomme une source d\u2019information, utilis\u00e9e au m\u00eame titre que d\u2019autres sources pour cerner la r\u00e9alit\u00e9<br \/>\npass\u00e9e. Un tel parti-pris incite \u00e0 ne pas relativiser le r\u00e9cit singulier en le recoupant, \u00e0 l\u2019\u00e9cran, avec<br \/>\nd\u2019autres t\u00e9moignages d\u2019acteurs ou en l\u2019encadrant avec une voix d\u2019expertise (en in ou en off) qui<br \/>\ncommenterait, en surplomb, des traces de l\u2019histoire issues de fonds publics par exemple (archives<br \/>\nsonores ou film\u00e9es, archives papier, coupure de presse ou photographies).<br \/>\nOpter pour une voix singuli\u00e8re qui atteste d\u2019un pass\u00e9 menac\u00e9 d\u2019enfouissement et d\u00e9fie cette menace,<br \/>\nc\u2019est dans le cas particulier du film auquel nous travaillons, prendre en compte ce que l\u2019archive orale<br \/>\ndont nous partons peut avoir d\u2019irrempla\u00e7able, puisque il s\u2019agit &#8211; exceptionnellement &#8211; du t\u00e9moignage<br \/>\nd\u2019une femme. Car le d\u00e9ni de m\u00e9moire qui frappe cette r\u00e9sistance est lui-m\u00eame sexu\u00e9 : les femmes de<br \/>\nces r\u00e9seaux de gu\u00e9rilla sont doublement invisibles pour des raisons culturelles, li\u00e9es \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de ce<br \/>\nqu\u2019\u00e9taient ces r\u00e9sistants p\u00e9tris de culture patriarcale mais aussi \u00e0 ce que sont, au pr\u00e9sent, les rapports<br \/>\nde genre. Aussi, avons- nous d\u00e9cid\u00e9 de faire non seulement un film sur une m\u00e9moire de la gu\u00e9rilla,<br \/>\nmais sur la m\u00e9moire d\u2019une actrice de la gu\u00e9rilla et sur sa fragile transmission : non seulement sur une<br \/>\nm\u00e9moire singuli\u00e8re, mais encore sur une m\u00e9moire sexu\u00e9e.<br \/>\nDe l\u00e0 notre choix: redonner une place centrale de sujet \u00e0 ce t\u00e9moin d\u2019une m\u00e9moire interdite,<br \/>\nl\u2019approcher dans son int\u00e9riorit\u00e9 \u00e0 la crois\u00e9e de l\u2019intime et de l\u2019histoire, comme un personnage \u00e0 part<br \/>\nenti\u00e8re, si\u00e8ge d\u2019une exp\u00e9rience unique et auteur d\u2019un r\u00e9cit personnel. C\u2019est parce que Chelo s\u2019engage<br \/>\nradicalement dans une parole subjective, sensible et partiale, qu\u2019elle peut laisser r\u00e9sonner, dans son<br \/>\nsillage, les voix des gu\u00e9rilleras qui partag\u00e8rent son combat : celles qui furent massacr\u00e9es, celles qui se<br \/>\nvirent condamn\u00e9es \u00e0 enterrer leur histoire r\u00e9sistante dans le silence, jusqu\u2019en 1975 et au-del\u00e0, pour<br \/>\ndes raisons souvent li\u00e9es \u00e0 leur statut de femmes. Aussi peut-on esp\u00e9rer que notre projet de rester \u00e0<br \/>\nl\u2019int\u00e9rieur d\u2019une seule m\u00e9moire donnera acc\u00e8s \u00e0 une dimension collective.<br \/>\nL\u00e0 o\u00f9 une synth\u00e8se aux ambitions totalisantes risquerait de faire \u00e9cran et de figer le mouvement de la<br \/>\ntransmission, c\u2019est le r\u00e9cit personnel de sa vie minuscule par le t\u00e9moin qui fait exister le hors-champ<br \/>\ndes autres vies et m\u00e9nage la possibilit\u00e9 d\u2019entendre d\u2019autres voix: convi\u00e9es non comme des t\u00e9moins en<br \/>\ncharge de simples attestations mais comme autant de sujets absents d\u2019un r\u00e9cit en jach\u00e8re.<br \/>\nII. Du projet \u00e0 la r\u00e9alisation<br \/>\nQuelles que soient les options retenues, tout projet de documentaire est mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du travail de<br \/>\nla r\u00e9alisation qui les transforme ou les pr\u00e9cise. Quels que soient le ou les t\u00e9moignages, qu\u2019ils aient \u00e9t\u00e9<br \/>\nou non recueillis en vue d\u2019un documentaire, leur trace doit \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e par d\u2019autres archives et par<br \/>\nde nouveaux tournages. Lesquels ? Ils varient, bien s\u00fbr, d\u2019un film \u00e0 l\u2019autre, selon qu\u2019il s\u2019agit<br \/>\nnotamment de privil\u00e9gier la restitution d\u2019un moment d\u2019histoire pass\u00e9e ou l\u2019inscription d\u2019une m\u00e9moire<br \/>\ndans histoire pr\u00e9sente.<br \/>\nDans ce dernier cas, d\u2019autres questions affleurent : comment mettre en sc\u00e8ne la m\u00e9moire d\u2019un t\u00e9moin<br \/>\nsans effacer l\u2019histoire? Comment faire entendre des actes de m\u00e9moire comme autant de moments<br \/>\nd\u2019histoire ? Comment inscrire la m\u00e9moire individuelle dans l\u2019histoire en \u00e9vitant de transformer cette<br \/>\nderni\u00e8re en simple d\u00e9cor d\u2019un drame priv\u00e9 ? Autrement dit, comment articuler la parole pr\u00e9sente du<br \/>\nt\u00e9moin \u00e0 des mat\u00e9riaux visuels capables de restituer, autant que n\u00e9cessaire, l\u2019histoire collective ?<br \/>\nCette question ne se pose pas de la m\u00eame fa\u00e7on selon que l\u2019histoire \u00e9voqu\u00e9e a donn\u00e9 lieu \u00e0 des<br \/>\nrepr\u00e9sentations, notamment cin\u00e9matographiques, ou bien qu\u2019elle est rest\u00e9e sans traces. \u00c0 quelles<br \/>\narchives venues du pass\u00e9 pouvions-nous relier la parole film\u00e9e de notre t\u00e9moin ?<br \/>\nQuelles autres archives ?<br \/>\nQuiconque entreprend de r\u00e9aliser un documentaire sur des actions clandestines se trouve confront\u00e9,<br \/>\nme semble-t-il, au m\u00eame type de probl\u00e8me : la nature des sources. Quand des archives film\u00e9es<br \/>\nexistent, elles sont asym\u00e9triques et lacunaires. Il existe des traces audiovisuelles de la guerre<br \/>\nd\u2019Espagne (1936-1939), film\u00e9es des deux c\u00f4t\u00e9s des camps en pr\u00e9sence, mais des gu\u00e9rillas de l\u2019apr\u00e8s\u2013<br \/>\nguerre civile, aucune : ces r\u00e9seaux clandestins ruraux, n\u2019\u00e9taient en rien comparables \u00e0 un appareil<br \/>\nmilitaire capable de produire ses propres archives filmiques. Pas de visibilit\u00e9 donc pour ces<br \/>\ngu\u00e9rilleros et encore moins pour les agents de liaison dont l\u2019espace de r\u00e9sistance \u00e9tait souvent<br \/>\nconfondu avec l\u2019espace intime, rabattu sur la sph\u00e8re priv\u00e9e et, par cons\u00e9quent, soustrait aux regards<br \/>\nplus que tout autre. Pas de m\u00e9moire cin\u00e9matographique donc, que le travail de r\u00e9alisation pourrait<br \/>\nutiliser. Il n\u2019existe, de surcro\u00eet, que tr\u00e8s peu de traces photographiques ou alors des traces fa\u00e7onn\u00e9es<br \/>\npar la violence polici\u00e8re: des archives de la Garde Civile qui montrent des gu\u00e9rilleros morts au<br \/>\ncombat (la photographie ici vaut preuve de la performance r\u00e9pressive) ou bien des archives militaires<br \/>\nou judiciaires (lorsque ces combattants \u00e9taient jug\u00e9s par un tribunal militaire avant d\u2019\u00eatre garrot\u00e9s) qui<br \/>\nlivrent des portraits face-profil li\u00e9s \u00e0 l\u2019univers carc\u00e9ral. Peu de traces visuelles donc.<br \/>\nRestent des traces \u00e9crites. De l\u00e0, la tentation, \u00e9videmment tr\u00e8s discutable, de faire rejouer \u2013 nous y<br \/>\nreviendrons \u2013 les sc\u00e8nes qu\u2019elles \u00e9voquent sous forme de reconstitutions. Il existe, concernant ces<br \/>\ngu\u00e9rillas, les archives publiques de la dictature, difficilement accessibles, et des traces<br \/>\njournalistiques li\u00e9es \u00e0 la presse clandestine des organisations antifranquistes d\u2019autre part et \u00e0 celle de<br \/>\nla droite franquiste d\u2019autre part. Les gu\u00e9rillas s\u2019y trouvent, dans le premier cas, magnifi\u00e9es (par le<br \/>\ndiscours de propagande du parti communiste en particulier) et dans le second, criminalis\u00e9es et mises<br \/>\nen sc\u00e8ne comme des foyers d\u2019agitation terroriste portant atteinte \u00e0 \u00ab la paix franquiste \u00bb. Ces traces<br \/>\nattestent ainsi d\u2019une \u00ab guerre de mots \u00bb bien que les acteurs eux-m\u00eames de ces gu\u00e9rillas, enclav\u00e9s<br \/>\ndans leurs territoires de r\u00e9sistance, la mort aux trousses, n\u2019eussent jamais acc\u00e8s \u00e0 ces repr\u00e9sentations<br \/>\nsym\u00e9triquement hyperboliques. Quoi qu\u2019il en soit, ces archives ne parlent pas d\u2019elles\u2013m\u00eames et l\u2019effet<br \/>\nde r\u00e9el qu\u2019elles produisent peut \u00eatre trompeur. Les archives, nous le savons, ne fournissent jamais une<br \/>\ntrace pure m\u00eame si la fascination qu\u2019elles provoquent rend tenace l\u2019illusion de toucher, gr\u00e2ce \u00e0 elles,<br \/>\nun r\u00e9el \u00e0 l\u2019\u00e9tat brut. Elles ne sont pas des marques objectives du temps ou de l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue et<br \/>\nportent au contraire l\u2019empreinte de l\u2019instance qui les produit, des passions qui les fa\u00e7onnent; elles sont<br \/>\nelles-m\u00eames inscrites dans une histoire : ici, de r\u00e9pression sanglante. Non seulement des tonnes<br \/>\nd\u2019archives mont\u00e9es ne suffisent pas \u00e0 lester la parole du ou des t\u00e9moins \u00e0 l\u2019\u00e9cran du poids de la v\u00e9rit\u00e9<br \/>\nhistorique, mais elles menacent toujours d\u2019effacer l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue par les acteurs : cette<br \/>\ncomposante de la r\u00e9alit\u00e9 historique, qu\u2019une histoire froidement positiviste menace toujours d\u2019ignorer.<br \/>\nComment proc\u00e9der alors pour restituer le contexte d\u2019un t\u00e9moignage quand c\u2019est le t\u00e9moignage luim\u00eame<br \/>\nque l\u2019on envisage au premier plan ? Quel recours \u00e0 des archives envisager quand l\u2019on a opt\u00e9<br \/>\npour une approche d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment subjective ? Confronter le t\u00e9moignage actuel de l\u2019ancienne r\u00e9sistante<br \/>\nqu\u2019est Chelo \u00e0 la vison franquiste des gu\u00e9rilleros contenue dans ces archives? Une telle mise en<br \/>\nregard est-elle n\u00e9cessaire ? Peut-elle aider \u00e0 faire sentir l\u2019enjeu de ce t\u00e9moignage, sa port\u00e9e subversive<br \/>\ndans un conflit de repr\u00e9sentations qui n\u2019est pas compl\u00e8tement pacifi\u00e9 ? Ou bien faut-il plut\u00f4t partir de<br \/>\nce constat : l\u2019impact de la stigmatisation franquiste est d\u00e9j\u00e0 nich\u00e9 au coeur de la parole r\u00e9sistante et le<br \/>\nt\u00e9moin y renvoie de lui-m\u00eame sans nul besoin d\u2019illustration ? D\u2019autant que, distinctes de ces archives<br \/>\npubliques, il existe des archives priv\u00e9es qui sont, elles aussi, des indices du pass\u00e9 et que, plus que<br \/>\nd\u2019autres, elles permettent de montrer le travail de la m\u00e9moire.<br \/>\nPour avoir acc\u00e8s \u00e0 ces archives, il a fallu les filmer. Leur \u00e9vocation, alors que nous sommes en train<br \/>\nde les inscrire dans le montage, permet de saisir le pouvoir qu\u2019on peut leur conf\u00e9rer. Nous avons film\u00e9<br \/>\nChelo alors qu\u2019elle nous montrait des objets auxquels elle est attach\u00e9e et qu\u2019elle nous donnait \u00e0 voir<br \/>\ncomme ses tr\u00e9sors; ainsi, au dos d\u2019une photographie qui la repr\u00e9sente, jeune et belle, l\u2019\u00e9criture p\u00e2le et<br \/>\npench\u00e9e d\u2019Arcadio, son amour de gu\u00e9rilla, qui est le foyer vivant de sa m\u00e9moire, \u00e0 partir duquel elle<br \/>\nranime pour nous toutes les braises de son histoire amoureuse et r\u00e9sistante. Ou encore, ses<br \/>\nphotographies personnelles, qu\u2019elle nous pr\u00e9sentait comme des reliques secr\u00e8tes, m\u00eame si le r\u00e9f\u00e9rent<br \/>\nde ces images se situe \u00e0 la jointure de sa m\u00e9moire intime et d\u2019une m\u00e9moire partag\u00e9e. Nous avons<br \/>\nsoulign\u00e9 le caract\u00e8re sacr\u00e9 et affectif de ces photographies en les filmant toujours dans ses mains,<br \/>\ncomme des objets fragiles sauv\u00e9s du naufrage des ans et de l\u2019exil et en reliant leur pr\u00e9sentation \u00e0 sa<br \/>\nparole, \u00e0 un r\u00e9cit tr\u00e8s subjectif ou au dialogue affectueux qu\u2019elle tisse avec moi tout au long du film.<br \/>\nAinsi, dans une de ces s\u00e9quences, Chelo, film\u00e9e dans sa maisonnette de l\u2019\u00eele de R\u00e9, me montre une<br \/>\nphotographie de gu\u00e9rilleros. Ce clich\u00e9 pris quelque part en Galice, en 1941, repr\u00e9sente, cadr\u00e9s serr\u00e9s,<br \/>\ncinq hommes arm\u00e9s qui posent en regardant l\u2019objectif: ils sont entour\u00e9s de broussailles obscures ;<br \/>\ntrois d\u2019entre eux, debout, l\u00e8vent le poing et, par ce geste, semblent affirmer, en quelque sorte \u00e0 la<br \/>\nbarre de l\u2019histoire, l\u2019esp\u00e9rance encore vive d\u2019une lutte arm\u00e9e, apr\u00e8s le grand brasier de la guerre<br \/>\ncivile, dans ces montagnes de Galice qui jouxtent la fronti\u00e8re du Portugal. Une pliure du papier ajoute<br \/>\n\u00e0 la force de nostalgie de cette photographie; elle dessine une diagonale qui barre l\u2019image en son<br \/>\nmilieu et rappelle la pr\u00e9carit\u00e9 de cette m\u00e9moire : signe mat\u00e9riel du passage du temps mais aussi de la<br \/>\nr\u00e9sistance de cette trace \u00e0 l\u2019oeuvre de l\u2019oubli. C\u2019est l\u2019une des trois seules photographies qui restent de<br \/>\ncette gu\u00e9rilla. Or, si nous avons film\u00e9 cette photographie, c\u2019est, bien s\u00fbr, parce qu\u2019elle est l\u2019une des<br \/>\nseules traces, en quelque sorte chimique, de ce pass\u00e9 mais aussi en raison de son statut d\u2019archive<br \/>\npriv\u00e9e : parce que Chelo l\u2019a extraite, sous nos yeux, de sa bo\u00eete \u00e0 gri-gri, en faisant grincer la porte de<br \/>\nsa vieille armoire puis en fouillant, longtemps, dans ses tiroirs; parce qu\u2019elle nous montre, de son<br \/>\ndoigt rid\u00e9, sur ce clich\u00e9 sombre, par endroits illisible, le visage un peu plus \u00e9clair\u00e9 d\u2019Arcadio, son<br \/>\namour de gu\u00e9rilla, qui appara\u00eet au premier plan, comme surnageant d\u2019une r\u00e9serve de nuit. Pour la<br \/>\nm\u00eame raison, nous excluons de monter ces photographies en banc titre comme s\u2019il s\u2019agissait<br \/>\nd\u2019archives anonymes, de fen\u00eatres ouvertes sur la sc\u00e8ne d\u2019un pass\u00e9 clandestin, enfin livr\u00e9 aux regards<br \/>\ndu spectateur. Parce que ces r\u00e9sistants sont rest\u00e9s si longtemps condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9, il convient,<br \/>\nnous semble-t-il, d\u2019 \u00e9viter de pacifier la pr\u00e9sentation de ces traces ; et, au contraire, pointer en elles le<br \/>\nmanque qui les habite, la part d\u2019invisible qui dessine les contours de ce qu\u2019elles r\u00e9v\u00e8lent ; les<br \/>\napprocher dans leur mat\u00e9rialit\u00e9, comme des vestiges improbables d\u2019une histoire naufrag\u00e9e, eux<br \/>\nm\u00eames menac\u00e9s de disparition.<br \/>\nQuels nouveaux tournages ?<br \/>\nComme on vient de le v\u00e9rifier, pour mettre en sc\u00e8ne la m\u00e9moire du t\u00e9moin, les mat\u00e9riaux \u00e9voqu\u00e9s<br \/>\njusqu\u2019ici &#8211; archive orale du t\u00e9moignage film\u00e9, photographies personnelles &#8211; ne suffisent pas. Des<br \/>\ntournages d\u2019images suppl\u00e9mentaires sont n\u00e9cessaires.<br \/>\nCertaines images s\u2019imposent d\u2019elles-m\u00eames et leur r\u00e9alisation ne pose pas de probl\u00e8mes particuliers.<br \/>\nChelo, \u00e0 deux reprises, est revenue dans son village, pour poser une st\u00e8le sur la fosse de ses parents,<br \/>\npuis une autre sur celle de ses compagnons de gu\u00e9rilla. Nous avons bien s\u00fbr film\u00e9 ces deux voyages et<br \/>\nces deux hommages publics qui montrent la m\u00e9moire agissante de Chelo: ils constituent la trame<br \/>\nnarrative du r\u00e9cit documentaire.<br \/>\nMais comment donner \u00e0 voir et \u00e0 entendre, d\u2019un m\u00eame mouvement, le pass\u00e9 lui-m\u00eame et son<br \/>\n\u00e9vocation pr\u00e9sente? Ni l\u2019archive orale, ni les tournages effectu\u00e9s dans la Galice actuelle, ne suffisent \u00e0<br \/>\nrendre compte de la dimension humaine des \u00e9preuves v\u00e9cues. Comment rendre sensible l\u2019exp\u00e9rience<br \/>\nphysique de l\u2019action arm\u00e9e ? La part d\u2019obscurit\u00e9 tragique de la violence r\u00e9sistante ? Les \u00e9motions qui<br \/>\n\u00e9treignaient ces jeunes combattants : la peur, le courage, la vitesse, l\u2019attente, l\u2019espoir et le d\u00e9sespoir?<br \/>\nLes archives classiques, le discours objectivant des historiens, le corps vieux, la parole des t\u00e9moins,<br \/>\nelle seule, le peuvent-ils ?<br \/>\nFace \u00e0 l\u2019absence d\u2019images directes de l\u2019\u00e9v\u00e8nement, certains r\u00e9alisateurs choisissent de passer par le<br \/>\ntruchement de la fiction; de faire mimer les gestes du pass\u00e9 par les t\u00e9moins, d\u2019introduire, pour illustrer<br \/>\nleurs paroles, de fausses archives, des reconstitutions, des s\u00e9quences \u00ab fictionnalis\u00e9es \u00bb. De \u00ab mentir<br \/>\nvrai \u00bb, en somme, pour incarner l\u2019histoire. Ces choix sont \u00e9videmment probl\u00e9matiques. Si nous les<br \/>\navons exclus, c\u2019est que notre projet est de montrer, justement, ce t\u00e9moin effac\u00e9 des chroniques<br \/>\npubliques et, plut\u00f4t que de lui substituer un semblant d\u2019histoire, de le placer au centre de l\u2019image, de<br \/>\nlui r\u00e9server cet espace et ce pouvoir de nous donner acc\u00e8s \u00e0 son pass\u00e9 v\u00e9cu. Et nous avions une raison<br \/>\nmajeure de le faire : la femme qui t\u00e9moigne ici, rescap\u00e9e d\u2019une terreur fasciste qui a d\u00e9cim\u00e9 ses<br \/>\nparents et quatre de ses fr\u00e8res, impose \u00e0 l\u2019\u00e9cran, par sa seule pr\u00e9sence physique, un tel d\u00e9menti \u00e0 la<br \/>\nbarbarie, qu\u2019elle incarne, malgr\u00e9 son \u00e2ge, l\u2019\u00e9lan vital et irr\u00e9ductible de son refus d\u2019autrefois.<br \/>\nC\u2019est pourquoi, nous avons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e9voquer son pass\u00e9, \u00e0 partir d\u2019elle : du souffle de sa parole<br \/>\nadress\u00e9e, ici et maintenant, de son corps agile qu\u2019on devine peupl\u00e9 de r\u00eaves ; nous avons essay\u00e9 de<br \/>\nrendre audible et visible la m\u00e9moire de la jeune r\u00e9sistante qu\u2019elle fut dans la mat\u00e9rialit\u00e9 de sa parole<br \/>\npr\u00e9sente. Ainsi quand la vieille dame qu\u2019est devenue Chelo parle du rapport qu\u2019elle avait aux<br \/>\narmes dans la gu\u00e9rilla, ses mains miment involontairement ses gestes d\u2019alors: sa fa\u00e7on de tenir son<br \/>\nrevolver par exemple ; et cette m\u00e9moire du corps dit beaucoup de la fid\u00e9lit\u00e9 de Chelo \u00e0 son pass\u00e9.<br \/>\nMais que dire, du pouvoir \u00e9vocateur de sa parole, du grain ou de la musique de sa voix, de ses<br \/>\nsilences, qui t\u00e9moignent quelquefois au-del\u00e0 des phrases ? Que dire de ses po\u00e8mes ou de ses chansons<br \/>\nde gu\u00e9rilla, ces archives enfouies, auxquelles elle redonne vie et voix sous nos yeux et pour nous ?<br \/>\nAinsi, renon\u00e7ant \u00e0 figurer un monde \u00e0 jamais englouti, nous avons essay\u00e9 de montrer comment le<br \/>\npass\u00e9, par d\u00e9finition hors champ, travaillait son pr\u00e9sent de t\u00e9moin ; et nous avons film\u00e9 des indices<br \/>\ninfimes : les blancs, dans l\u2019intervalle des mots, pour laisser r\u00e9sonner la rumeur des voix disparues ; le<br \/>\ntressaillement de son visage muet, comme la vivante empreinte, en elle, des \u00eatres aim\u00e9s et perdus.<br \/>\nAinsi, dans une s\u00e9quence tourn\u00e9e dans son village natal o\u00f9 elle retourne poser une st\u00e8le sur la fosse de<br \/>\nses parents assassin\u00e9s, Chelo film\u00e9e, devant sa maison d\u00e9truite \u00e9voque son foyer d\u2019antan. Elle agite<br \/>\nles bras en d\u00e9signant par l\u2019embrasure de la porte d\u00e9fonc\u00e9e, un \u00e9boulis de pierres \u00ab o\u00f9 se trouve \u00bb, ditelle,<br \/>\n\u00ab le tr\u00e9sor que son fr\u00e8re, avant d\u2019\u00eatre assassin\u00e9 par la garde civile, avait cach\u00e9 en 1939 : un pot<br \/>\nrempli de l\u2019argent de la R\u00e9publique\u2026 \u00bb. Nous disposions d\u2019une photographie de cette maison,<br \/>\nmodeste mais intacte, dat\u00e9e de 1936 mais nous avons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 cette parole tardive qui \u00e9veille pour<br \/>\nnous, dans la b\u00e9ance noire des ruines, un possible d\u2019images enfuies.<br \/>\nMais avec quelles images \u00e9voquer \u00e0 la fois le pass\u00e9 lui-m\u00eame et sa mise en mouvement par le travail<br \/>\nde la m\u00e9moire ? Inscrire la m\u00e9moire de la gu\u00e9rilla dans son histoire, c\u2019est aussi faire sentir son<br \/>\nancrage g\u00e9ographique et donner \u00e0 r\u00eaver son double territoire : le versant des clandestins (el monte) et<br \/>\nle versant des agents de liaison (el llano) qui, au coeur des villages verrouill\u00e9s par la police, dans les<br \/>\nbourgs, maintiennent les foyers de r\u00e9sistance. Donner \u00e0 humer les montagnes de Galice: les sentiers<br \/>\nhumides, les pr\u00e9s, les vallons, les bois, les cols, les arbres, les pierres; \u00e9voquer l\u2019espace ouvert,<br \/>\nv\u00e9g\u00e9tal et mouvant des fugitifs. Et par opposition \u00e0 cette marge des hors-la-loi rejet\u00e9s sur les cr\u00eates,<br \/>\ncelui de la soci\u00e9t\u00e9 \u00abd\u2019en- bas\u00bb : l\u2019espace quotidien des femmes r\u00e9sistantes, le secret des maisons<br \/>\nd\u2019appui, les lieux de planque o\u00f9 se fomentent les actions, ceux de la capture : les prisons, les clo\u00eetres<br \/>\no\u00f9 la garde civile torturait les d\u00e9tenus \u00e0 l\u2019ombre des croix et des \u00e9cussons de l\u2019ordre phalangiste.<br \/>\nComment \u00e9voquer ce pays de la gu\u00e9rilla, pays disparu et devenu imaginaire ? Les images film\u00e9es<br \/>\ndans le sillage de Chelo, lors de ses voyages, n\u2019y suffisent pas. Sa voix, non plus. Nous avons donc<br \/>\nfait le choix de filmer, aux alentours du village de Chelo, dans les zones \u00ab historiques \u00bb de cette<br \/>\ngu\u00e9rilla, des lieux que nous avons choisis moins pour leur exactitude r\u00e9f\u00e9rentielle que pour leur<br \/>\ndimension symbolique (eaux tumultueuses de torrents, ch\u00e2taigniers noueux, pans de murs, pont,<br \/>\ncachettes, grottes). Non un pays \u00ab r\u00e9el \u00bb, mais le pays de la m\u00e9moire (auquel articuler la voix off de<br \/>\nChelo). C\u2019est pourquoi nous les avons film\u00e9es en support argentine, noir et blanc. En cela, ces images<br \/>\nsuper 8 sont proches de la fiction ; leur grain, leur texture particuli\u00e8re, leur boug\u00e9, le parti-pris de<br \/>\nplans fixes cadr\u00e9s comme des successions de tableaux : tout cela vise \u00e0 rappeler la distance de<br \/>\nl\u2019imaginaire, \u00e0 signaler qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un paysage int\u00e9rieur, \u00e0 signifier, par cons\u00e9quent, qu\u2019il ne<br \/>\ns\u2019agit ni de la r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9sente, ni d\u2019images d\u2019archives. Il se peut que nous n\u2019ayons pas r\u00e9ussi notre<br \/>\npari mais nous voulions par ces images hybrides, entre le document et la fiction, \u00e9viter surtout de<br \/>\nrefermer l\u2019espace de l\u2019\u00e9vocation. Car donner \u00e0 r\u00eaver, comme le sugg\u00e8re Laurent Roth, n\u2019est ce pas<br \/>\n\u00ab donner \u00e0 manquer \u00bb plus que \u00ab donner \u00e0 voir \u00bb ?<br \/>\nNous en sommes l\u00e0. \u00c0 mi-chemin du montage qui met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve nos intentions. Nous essayons de<br \/>\nretracer le parcours de Chelo en construisant une progression narrative qui \u00e9pouse son histoire et son<br \/>\npr\u00e9sent, mais en les mettant \u00e9galement en forme comme une fable dont la valeur symbolique pourrait<br \/>\nfaire exister d\u2019autres destins de r\u00e9sistantes: en somme, nous essayons de traiter ce r\u00e9el v\u00e9cu comme si<br \/>\nnous \u00e9crivions une fiction. Chelo appara\u00eet ainsi non seulement comme auteur d\u2019une rencontre et d\u2019un<br \/>\nr\u00e9cit sur un pass\u00e9 longtemps priv\u00e9 de mots mais encore comme acteur, au pr\u00e9sent, d\u2019actes de<br \/>\nm\u00e9moire ; personnage central d\u2019un drame dont le d\u00e9nouement est r\u00e9alis\u00e9, on l\u2019a dit, par la pose de<br \/>\ndeux st\u00e8les en Galice, la premi\u00e8re sur la fosse de ses parents et la seconde sur celle de son amant et de<br \/>\nses compagnons.<br \/>\nPour essayer de transmettre la parole de cette femme dans toutes ses dimensions (document,<br \/>\nattestation, reviviscence du pass\u00e9 dans le pr\u00e9sent, transgression d\u2019interdits), nous croisons plusieurs<br \/>\napproches. Parce qu\u2019il s\u2019agit de montrer comment une femme peut se r\u00e9approprier son histoire pass\u00e9e,<br \/>\nil nous a sembl\u00e9 important de ne pas dissocier cette parole de t\u00e9moin des autres aspects de sa vie<br \/>\nsociale, et de l\u2019entrem\u00ealer avec la trame dramatique du documentaire : son portrait et la narration de<br \/>\nses actes m\u00e9moriels. Ainsi, nous avons film\u00e9, \u00e0 certains moments, le t\u00e9moignage de Chelo en plan<br \/>\ndynamique : en m\u00ealant son r\u00e9cit des \u00e9v\u00e8nements de sa gu\u00e9rilla \u00e0 des gestes ordinaires li\u00e9s \u00e0 sa vie<br \/>\nquotidienne sur l\u2019\u00eele de R\u00e9 ; on la voit alors cuisinant, nettoyant dans son jardin, coupant l\u2019herbe \u00e0 la<br \/>\nfaux ou bien marchant sur le sentier \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. Mais quand Chelo raconte des \u00e9pisodes tragiques<br \/>\ncomme l\u2019assassinat de ses parents, c\u2019est le dispositif de l\u2019archive orale qui s\u2019impose: Chelo est alors<br \/>\nfilm\u00e9e en plan fixe, face cam\u00e9ra, avec un cadre am\u00e9ricain, en position de t\u00e9moin oculaire, dress\u00e9 \u00e0 la<br \/>\nbarre de l\u2019histoire.<br \/>\nQue filmons-nous quand nous filmons ainsi frontalement le t\u00e9moin ? Nous filmons la parole en tant<br \/>\nqu\u2019acte d\u2019attestation et de transgression ; nous filmons comment cette parole entrav\u00e9e surmonte, sous<br \/>\nnos yeux, des obstacles historiques ; c&rsquo;est-\u00e0-dire ce que masque, souvent, l\u2019utilisation du t\u00e9moin<br \/>\ncomme simple source d\u2019information, effet de r\u00e9el ou confirmation du r\u00e9cit majeur de l\u2019historien ou du<br \/>\nr\u00e9alisateur. Faut-il le rappeler ? Les non-dits, fa\u00e7onn\u00e9s par l\u2019histoire de la m\u00e9moire, sont<br \/>\nparticuli\u00e8rement lourds quand le r\u00e9cit atteint les zones les plus sensibles de la r\u00e9pression et de la lutte<br \/>\narm\u00e9e. Alors, qu\u2019il s\u2019agisse de la violence subie ou de la violence inflig\u00e9e, la parole devient une<br \/>\ntravers\u00e9e d\u2019obstacles, qui impriment, dans le t\u00e9moignage, des marques de silence : traces d\u2019un pass\u00e9<br \/>\ntraumatique ou d\u2019un pr\u00e9sent censurant ; traces d\u2019un interdit plus g\u00e9n\u00e9ral qui frappe sp\u00e9cifiquement le<br \/>\nrapport des femmes aux armes car sexe f\u00e9minin et lutte arm\u00e9e semblent toujours inconciliables.<br \/>\nEt le plan fixe de l\u2019archive orale, incorpor\u00e9e dans le documentaire, donne \u00e0 voir et \u00e0 entendre sur le<br \/>\ncorps et la parole de celle qui pourtant affronte, devant nous, le silence, l\u2019impact de cette censure vive.<br \/>\nComme il s\u2019agit d\u2019\u00e9clairer la m\u00e9moire pr\u00e9sente de Chelo, le film n\u2019effacera pas compl\u00e8tement la<br \/>\ndimension d\u2019adresse du t\u00e9moignage : figurera donc \u00e0 l\u2019\u00e9cran la destinataire que je suis, adjuvante de<br \/>\nce travail de la parole et alli\u00e9e des travers\u00e9es vers les st\u00e8les. Sans cette adresse (et le point de vue d\u2019un<br \/>\ndestinataire effectif), la repr\u00e9sentation de la transmission serait \u00e0 peine possible. Parce qu\u2019\u00e0 l\u2019origine<br \/>\nde ce projet de film, il y a mon d\u00e9sir de transmettre une exp\u00e9rience f\u00e9minine de cette r\u00e9sistance arm\u00e9e<br \/>\nau franquisme (\u00e0 laquelle me relie ma m\u00e9moire familiale) nous avons choisi, pour que l\u2019adresse du<br \/>\nt\u00e9moignage de Chelo reste incarn\u00e9e, de m\u00e9nager une place au personnage que je deviens : partie<br \/>\nprenante de la transmission. Pr\u00e9sence visuelle dans le champ ou sonore hors champ, assez discr\u00e8te<br \/>\npour permettre le passage de t\u00e9moin, mais assez motiv\u00e9e pour que le dialogue avec Chelo puisse<br \/>\ns\u2019\u00e9tablir et r\u00e9sonner pour d\u2019autres.<br \/>\n***<br \/>\nAinsi, inscrire un t\u00e9moignage dans le r\u00e9cit pluriel du film, oeuvrer \u00e0 sa transmission et mettre en sc\u00e8ne<br \/>\nun t\u00e9moin \u00e0 l\u2019\u00e9cran, c\u2019est inventer un rapport juste, unique et n\u00e9cessaire avec tous les autres \u00e9l\u00e9ments<br \/>\ndu dispositif documentaire. Et parce que le film est d\u2019abord une rencontre avec la personne vivante du<br \/>\nt\u00e9moin, cela peut devenir un acte collectif qui s\u2019\u00e9labore par le film lui -m\u00eame. Ainsi Chelo, actrice du<br \/>\ntravail de m\u00e9moire et consciente du fait que l\u2019image documentaire est son t\u00e9moin devant l\u2019histoire,<br \/>\ns\u2019empare\u2013t-elle du dispositif documentaire que nous avons mis en place: intervenant dans la<br \/>\nfabrication des traces audiovisuelles qui la concerne, s\u2019imposant comme sujet et non plus objet; de<br \/>\nsorte que, sans doute, \u00ab L\u2019\u00eele de Chelo \u00bb portera moins sur elle que sur la relation qu\u2019elle a instaur\u00e9e,<br \/>\nau fil des mois avec le film lui-m\u00eame, qui est devenu, finalement, aussi le sien.<br \/>\nOdette Martinez-Maler<br \/>\n<strong><\/strong><\/p>\n<p><strong>Informations sur le film et ses protagonistes!<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Article extrait de Materiaux pour l&rsquo;histoire de notre temps N\u00b089 &#8211; 90 juin 2008<\/em><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00eele de Chelo<br \/>\nUn film documentaire de 57mn \u00e9crit par Odette Martinez- Maler<br \/>\navec la participation d\u2019Ismael Cobo &amp; Laetitia Puertas<br \/>\nR\u00e9alis\u00e9 par Isma\u00ebl Cobo, Odette Martinez\u2013Maler et Laetitia Puertas.<br \/>\nProduit par Mahmoud Chokrollahi &amp; Mathilde Demy, PLAY FILM 2008.<br \/>\nDOSSIER ARTISTIQUE<br \/>\nSYNOPSIS<br \/>\nNOTE HISTORIQUE<br \/>\nNOTE D\u2019INTENTION<br \/>\nCURRICULUM DES AUTEURS-REALISATEURS<br \/>\nConsuelo Rodriguez Montes \u00ab Chelo \u00bb<br \/>\n2<br \/>\nSynopsis :<br \/>\nApr\u00e8s la fin de la dictature franquiste, Consuelo Rodriguez n\u2019a pas d\u00e9sir\u00e9<br \/>\nretourner dans un pays imbib\u00e9 du sang des siens. Retir\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00eele de R\u00e9, elle<br \/>\naccompagne les actions de m\u00e9moire en hommage \u00e0 la gu\u00e9rilla anti-franquiste qui se<br \/>\nmultiplient \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 90. En juillet 2004, Consuelo \u00ab Chelob\u00bb<br \/>\nde son nom de gu\u00e9rilla, quitte son \u00eele pour la Galice. Elle part rendre hommage \u00e0<br \/>\nses parents, assassin\u00e9s par les franquistes et priv\u00e9s de s\u00e9pulture depuis octobre<br \/>\n1939. Depuis, Chelo tente de faire \u00e9lever une st\u00e8le sur la fosse commune o\u00f9 fut jet\u00e9<br \/>\nArcadio, l\u2019homme qui fut son amant et son compagnon d\u2019armes et qui trouva la<br \/>\nmort dans une embuscade en 1946. Et sur ce chemin, nous souhaitons<br \/>\nl\u2019accompagner, pour qu\u2019elle transmettre son t\u00e9moignage sur ce qu\u2019elle<br \/>\na v\u00e9cu pendant la guerre d\u2019Espagne et les ann\u00e9es de r\u00e9sistance arm\u00e9e au<br \/>\nfranquisme qui ont suivi jusqu\u2019en 1948, pour qu\u2019elle raconte comment pour elle, la<br \/>\nm\u00e9moire de la gu\u00e9rilla est inextricablement m\u00eal\u00e9e \u00e0 celle de son amour pour le<br \/>\ngu\u00e9rillero Arcadio Rios: une passion qui lui fait dire, 60 ans plus tard, \u00e0 propos de<br \/>\nses ann\u00e9es de violence et de clandestinit\u00e9: \u00abeso era vivir!\u00bb &#8211; \u00abc\u2019\u00e9tait le plus beau<br \/>\nmoment de ma vie\u00bb.<br \/>\n3<br \/>\nNote historique :<br \/>\nQue conna\u00eet-on de la gu\u00e9rilla antifranquiste ? Des mouvements de r\u00e9sistance arm\u00e9e<br \/>\ncontre le franquisme surgissent, d\u00e8s 1937, quand tombent aux mains des franquistes<br \/>\ndes zones enti\u00e8res comme l\u2019Andalousie, les Asturies, la Galice, le Pays basque.<br \/>\nTandis que certains<br \/>\ncombattants rejoignent les zones r\u00e9publicaines, d\u2019autres restent sur place et forment<br \/>\ndes groupes de r\u00e9sistance arm\u00e9e qui tentent d\u2019affaiblir l\u2019ennemi par l\u2019arri\u00e8re, ils<br \/>\nsont rejoints par ceux et celles qui tentent d\u2019\u00e9chapper au massacre organis\u00e9 par les<br \/>\nfascistes. 1939, la guerre est finie. Elle se solde par plus d\u2019un million de morts. 500<br \/>\n000 personnes prennent la route de l\u2019exil. En Espagne, des milliers d\u2019autres sont<br \/>\nemprisonn\u00e9es ou enferm\u00e9es dans des camps de travail. Pourtant, dans les<br \/>\nmontagnes et les villes la r\u00e9sistance continue. Ceux de l\u2019int\u00e9rieur (en Espagne<br \/>\nm\u00eame) feront partie des milliers d\u2019hommes et de femmes qui, dans toute l\u2019Europe,<br \/>\nvont lutter contre le fascisme. En 1945, c\u2019est l\u2019espoir. Des centaines de r\u00e9sistants<br \/>\nespagnols venus des maquis fran\u00e7ais o\u00f9 ils ont combattu, passent en armes la<br \/>\nfronti\u00e8re, au Val d\u2019Aran et ailleurs, pour chasser les franquistes d\u2019Espagne. Mais<br \/>\nl\u2019espoir est de courte dur\u00e9e: comme pendant la guerre civile, en 1936-1939, les<br \/>\nalli\u00e9s ont opt\u00e9 pour la \u00ab non intervention \u00bb. Franco, reconnu par le gouvernement<br \/>\nam\u00e9ricain et les gouvernements europ\u00e9ens, restera au pouvoir. Les r\u00e9sistants du Val<br \/>\nd\u2019Aran et d\u2019ailleurs, seront abandonn\u00e9s, massacr\u00e9s par les franquistes et oubli\u00e9s.<br \/>\nDe 1945 \u00e0 1952, en Espagne m\u00eame, les forces anti-franquistes s\u2019adaptent<br \/>\ndiversement \u00e0 la situation. Les uns disent, comme au PSOE, qu\u2019ils se retirent de la<br \/>\nlutte arm\u00e9e. Les autres, comme au PCE, se lancent dans une r\u00e9organisation des<br \/>\nfoyers locaux de gu\u00e9rilla. Cette histoire, est m\u00e9connue en France. En Espagne,<br \/>\noccult\u00e9e pendant longtemps, elle commence, depuis quelques ann\u00e9es, \u00e0 ressurgir<br \/>\ndans les discours. Les franquistes ont criminalis\u00e9 cette r\u00e9sistance en pr\u00e9sentant tout<br \/>\ngu\u00e9rillero comme un bandit de droit commun. Apr\u00e8s la transition \u00e0 la d\u00e9mocratie<br \/>\nen 1976, les partis de gauche, m\u00eame lorsqu\u2019ils sont au pouvoir, \u00aboublient\u00bb de<br \/>\nrevendiquer l\u2019histoire de cette lutte arm\u00e9e. Cette \u00abamn\u00e9sie\u00bb historique est<br \/>\nofficiellement justifi\u00e9e par le souci de ne pas relever les plaies du pass\u00e9. Il a fallu<br \/>\nattendre mai 2001 pour que les survivants de cette gu\u00e9rilla, soient reconnus par le<br \/>\nCongr\u00e8s des d\u00e9put\u00e9s comme des combattants pour la libert\u00e9. Mais \u00e0 l\u2019heure qu\u2019il<br \/>\nest, alors que ce m\u00eame Congr\u00e8s des d\u00e9put\u00e9s a vot\u00e9, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, en novembre<br \/>\n2002, la condamnation du coup d\u2019Etat franquiste, les sentences prononc\u00e9es par les<br \/>\ntribunaux militaires de la dictature contre les membres des gu\u00e9rillas antifranquistes<br \/>\nne sont pas annul\u00e9es: ces derniers restent donc juridiquement, des \u00ab terroristes \u00bb.<br \/>\n4<br \/>\nLa maison de Chelo \u00e0 Soulecin ( O Barco, Galice)<br \/>\nNote d\u2019Odette Martinez-Maler, auteure-r\u00e9alisatrice de L\u2019\u00eele de Chelo :<br \/>\n\u00ab Je suis la fille d\u2019\u00ab El Quico\u00bb, combattant de cette gu\u00e9rilla de Le\u00f3n- Galice<br \/>\ncondamn\u00e9 \u00e0 mort en 1951 et d\u2019Evelia, qui fut, entre 1947 et 1951, son agent de<br \/>\nliaison. Si j\u2019ai longtemps r\u00eav\u00e9 de rencontrer Chelo, cette femme r\u00e9sistante que mon<br \/>\np\u00e8re m\u2019avait d\u00e9peinte comme une amazone \u00ab guerrill\u00e8re\u00bb et comme une<br \/>\namoureuse, c\u2019est que Chelo, est pour moi cette femme unique, cette alli\u00e9e qui va<br \/>\nme guider vers un foyer essentiel.<br \/>\nLe maquis d\u2019amour d\u2019Arcadio et de Chelo va me tendre un miroir o\u00f9 rechercher<br \/>\nl\u2019image d\u2019Evelia, cette jeune fille qui deviendra, une fois pass\u00e9e la fronti\u00e8re de la<br \/>\nBidassoa, ma m\u00e8re. Celle-ci, venue rejoindre mon p\u00e8re dans son exil, en 1952, et<br \/>\ndepuis longtemps s\u00e9par\u00e9e de lui, refuse de parler de son pass\u00e9 r\u00e9sistant. De la jeune<br \/>\npaysanne \u00e9prise et r\u00e9volt\u00e9e qu\u2019elle fut peut-\u00eatre, je ne sais presque rien. Je<br \/>\nl\u2019imagine un peu, qui dissimule, pour les r\u00e9sistants, des vivres ou des grenades au<br \/>\n5<br \/>\ncreux des chata\u00eegniers. Je la devine \u00e0 peine qui ensevelit avec ferveur ses lettres<br \/>\nd\u2019amour sous les pierres des murets, et d\u00e9vale, \u00e0 folle allure, un sentier blanc pour<br \/>\nrejoindre, la cachette de son \u00ab gu\u00e9rillero\u00bb poursuivi. L\u2019unique trace verbale de cet \u00ab<br \/>\namour bandit\u00bb, si fragile et finalement fugace auquel je dois la vie, tient en une<br \/>\nphrase d\u2019elle, livr\u00e9e au hasard d\u2019une promenade parisienne : Evelia file au bord<br \/>\nd\u2019un ravin sur une vieille bicyclette sans frein vers son aim\u00e9 fugitif, mon p\u00e8re, et la<br \/>\ncollerette de sa robe, relev\u00e9e par le vent, l\u2019aveugle. Autour de cette enclave<br \/>\nd\u2019amour et de refus, le silence et le temps ont creus\u00e9 des douves profondes et<br \/>\ndouloureuses.<br \/>\nJ\u2019ai grandi contre ce pays opaque, embusqu\u00e9 au plus proche du quotidien: pistes<br \/>\nbrouill\u00e9es, traces effac\u00e9es, indices insistants et illisibles, tout me menait vers ce<br \/>\npays lointain violent et myst\u00e9rieux et tout m\u2019en \u00e9loignait. Longtemps, j\u2019ai voulu<br \/>\n\u00eatre de nulle part, gommer en moi ce versant espagnol mais son ombre a obscurci,<br \/>\nen contrebande, la mati\u00e8re de ma propre m\u00e9moire. Quand j\u2019ai voulu renouer le fil<br \/>\nperdu de cette histoire, cette r\u00e9serve de mon paysage familial s\u2019est peupl\u00e9e peu \u00e0<br \/>\npeu de revenants. Dans ce retour amont, j\u2019ai retrouv\u00e9 une trace, une photographie :<br \/>\nChelo, jeune et belle, prise sans doute avant qu\u2019Obdulia ma grand-m\u00e8re paternelle,<br \/>\nne lui donne l\u2019argent du passage vers l\u2019exil. Et souvent j\u2019ai tenue cette photo entre<br \/>\nmes mains. Souvent j\u2019ai contempl\u00e9 ce visage \u00e9clatant de femme sauv\u00e9e de l\u2019enfer<br \/>\nfasciste. J\u2019ai voulu sentir comment se m\u00ealent, dans une m\u00eame femme, la possibilit\u00e9<br \/>\nde donner la vie et celle d\u2019infliger la mort. Au-del\u00e0 de la confidence de cet amour<br \/>\nmagnifique et maudit, \u00e9couter Chelo, se faire l\u2019\u00e9cho de sa parole, c\u2019est r\u00e9parer<br \/>\nquelque chose d\u2019intime et partag\u00e9. C\u2019est faire que ni la langue des partis, ni celle<br \/>\ndes experts de la \u00ab r\u00e9cup\u00e9ration m\u00e9morielle \u00bb, ni les monuments, ni les hommages<br \/>\nsi pris\u00e9s en Espagne aujourd\u2019hui, que plus rien n\u2019enfouissent d\u00e9finitivement, ces<br \/>\nfemmes : Evelia, Chelo et d\u2019autres, n\u2019effacent les vies minuscules et invisibles de<br \/>\nces r\u00e9sistantes \u00e0 mains nues \u00bb.<br \/>\nOdette Martinez-Maler<br \/>\n6<br \/>\nLes personnages:<br \/>\nConsuelo Rodriguez Montes, \u00abChelo\u00bb<br \/>\nConsuelo Rodriguez Montes \u00ab Chelo \u00bb<br \/>\nElle est le personnage principal du film. Elle est n\u00e9e le 19 octobre 1919,<br \/>\n\u00e0 Soulecin, un village de montagne en Galice, dans une famille modeste de<br \/>\npaysans, r\u00e9publicains. Jeune, Chelo conna\u00eet la montagne de fond en comble, pour<br \/>\nl\u2019avoir parcouru en tous sens avec les b\u00eates qu\u2019elle garde; quand elle prend le<br \/>\nmaquis, en 1944, elle n\u2019a aucun mal \u00e0 survivre dans ce milieu pour elle si familier.<br \/>\nQuand les troupes de Franco prennent, d\u00e8s 1936, le contr\u00f4le de la Galice, les<br \/>\nex\u00e9cutions de \u00abrouges\u00bb se multiplient et Chelo voit, au bord des routes, des<br \/>\ncharniers se remplir d\u2019hommes et de femmes dont le seul tort est d\u2019avoir vot\u00e9 pour<br \/>\nla gauche r\u00e9publicaine aux \u00e9lections libres de f\u00e9vrier 1936. Elle voit, pr\u00e8s de son<br \/>\nvillage, comment les femmes r\u00e9publicaines sont tondues par les phalangistes. Ses<br \/>\n7<br \/>\nfr\u00e8res rejoignent les hommes qui se cachent dans les montagnes du nord-ouest<br \/>\nespagnol, ces maquisards qui deviendront un peu plus tard des combattants des<br \/>\ngu\u00e9rillas anti-franquistes. Sa maison familiale devient<br \/>\nune base d\u2019appui de ce r\u00e9seau de r\u00e9sistance naissant. Chelo et ses parents<br \/>\ndeviennent tout naturellement agents de liaison de la F\u00e9d\u00e9ration de gu\u00e9rillas de<br \/>\nLe\u00f3n Galice. Un jour, la garde civile, \u00e0 la recherche d\u2019un de ses fr\u00e8res Rogelio, fait<br \/>\nirruption dans la maison. Rogelio qui s\u2019y trouvait cach\u00e9, abat le garde. Pour Chelo,<br \/>\ntout bascule alors. Cette mort marque un seuil \u00e0 partir duquel va s\u2019enclencher un<br \/>\ncycle de r\u00e9sistance et de r\u00e9pression terrible dont elle ne sortira qu\u2019avec son exil en<br \/>\nFrance. Aussit\u00f4t, ses parents, spoli\u00e9s de tous leurs biens, sont, comme elle, jet\u00e9s en<br \/>\nprison. Ils ne sont rel\u00e2ch\u00e9s que pour servir d\u2019app\u00e2t aux gardes civils qui esp\u00e8rent<br \/>\nainsi cueillir les r\u00e9sistants. Le 18 octobre 1939, les soldats du Tertio, font une<br \/>\nnouvelle fois irruption dans la maison de Chelo. Ils enferment celle-ci, avec ses<br \/>\nfr\u00e8res et soeurs, dans l\u2019\u00e9table; puis ils rassemblent les villageois et, devant eux,<br \/>\nabattent, \u00e0 bout portant, son p\u00e8re et sa m\u00e8re. La d\u00e9pouille de ses parents est jet\u00e9e<br \/>\ndans une fosse, au bord d\u2019un sentier, \u00e0 la sortie du village. D\u00e8s lors, Chelo devient<br \/>\nune cible et un instrument pour la police. Son fr\u00e8re Rogelio est arr\u00eat\u00e9 au Portugal,<br \/>\nramen\u00e9 en Galice par la police de Salazar, il sera fusill\u00e9 \u00e0 Orense. Dans le m\u00eame<br \/>\ntemps, Alfonso son fr\u00e8re jumeau, est arr\u00eat\u00e9, il parvient \u00e0 s\u2019enfuir et \u00e0 rejoindre la<br \/>\ngu\u00e9rilla. Chelo est incarc\u00e9r\u00e9e \u00e0 la prison de Ponferrada puis dans le clo\u00eetre de San<br \/>\nMarcos, \u00e0 Le\u00f3n. En 1945, la d\u00e9lation d\u2019une femme agent de liaison retourn\u00e9e fait<br \/>\ntomber une grande partie du r\u00e9seau de r\u00e9sistance de Le\u00f3n-Galice. Chelo risque le<br \/>\npire: elle d\u00e9cide qu\u2019elle ne sera pas abattue comme ses parents et choisit de rentrer<br \/>\ndans la clandestinit\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019homme qu\u2019elle aime, Arcadio Rios. Lors d\u2019un<br \/>\ncongr\u00e8s de gu\u00e9rillas, le congr\u00e8s dit \u00ab de r\u00e9unification \u00bb en 1946, deux gu\u00e9rilleros<br \/>\ncommunistes, partisans du maintien de cette structure autonome et pluraliste qu\u2019est<br \/>\nla F\u00e9d\u00e9ration, trouvent la mort \u00e0 la suite d\u2019une trahison. Arcadio Rios est l\u2019un<br \/>\nd\u2019eux. Chelo, an\u00e9antie, est \u00e9vacu\u00e9e et cach\u00e9e \u00e0 Madrid. L\u00e0, elle attend de pouvoir<br \/>\npartir clandestinement en France. En exil, elle r\u00e9apprend les gestes de la vie l\u00e9gale,<br \/>\ntravaille \u00ab normalement \u00bb, d\u2019abord comme paysanne puis comme gouvernante dans<br \/>\nune maison du sudest. Puis elle rencontre un exil\u00e9 r\u00e9publicain, socialiste et<br \/>\ncombattant de la gu\u00e9rilla asturienne: Marino. Elle se marie avec lui. Cet homme lui<br \/>\ndonne deux fils.<br \/>\nLes absents :<br \/>\nLes personnages du film, ce sont aussi les absents, les compagnons qui<br \/>\nformaient l\u2019arm\u00e9e d\u2019ombres des r\u00e9sistants; ceux dont parle Chelo et dont elle ne<br \/>\ncessera d\u2019\u00e9num\u00e9rer le nom comme pour une st\u00e8le verbale.<br \/>\n8<br \/>\nLes lieux :<br \/>\nL\u2019\u00eele de R\u00e9 : l\u2019\u00eele est le lieu principal de nos rencontres avec Chelo. Elle est<br \/>\npour Chelo, un refuge de vie: un \u00e9cart n\u00e9cessaire \u00e0 sa nostalgie et \u00e0 son<br \/>\nutopie. Pour nous, elle est le lieu du r\u00e9cit et du r\u00eave: un atelier de la m\u00e9moire<br \/>\no\u00f9 Chelo, par sa parole, nourrit notre imagination. Ces rencontres se<br \/>\nd\u00e9roulent dans son jardin ou dans sa maison. Il arrive que nous marchions<br \/>\nensemble sur les quais de La Flotte en l\u2019\u00eele, face \u00e0 la mer ou bien sur les<br \/>\nsentiers alentour: les chemins o\u00f9, en maquisarde et montagnarde qu\u2019elle<br \/>\nest rest\u00e9e, elle cueille des asperges sauvages.<br \/>\nLe pays de la gu\u00e9rilla: pays imaginaire \u00e9voqu\u00e9 par la parole de Chelo et par<br \/>\nles images film\u00e9es en noir et blanc et en super 8. C\u2019est d\u2019abord le village de Chelo,<br \/>\ntel que j\u2019imagine qu\u2019il \u00e9tait en1939, qui m\u00eale des choses contraires: d\u2019une part, la<br \/>\nmaison natale, le foyer o\u00f9 tout commence, un monde perdu qui conjugue rudesse<br \/>\net douceur; d\u2019autre part, la fosse, lieu du crime fasciste et de l\u2019ab\u00eeme que creuse<br \/>\ncette absence de s\u00e9pulture. C\u2019est aussi le territoire double de la gu\u00e9rilla: le versant<br \/>\ndes clandestins (\u00ab el monte \u00bb) et le versant des agents de liaison (\u00ab el llano \u00bb) qui,<br \/>\nau coeur des villages verrouill\u00e9s par la police, dans les bourgs, maintiennent les<br \/>\nfoyers de r\u00e9sistance. Du c\u00f4t\u00e9 du maquis (\u00ab el monte \u00bb) o\u00f9 vivent les clandestins, le<br \/>\nfilm montrera les montagnes de Galice: les sentiers humides, les pr\u00e9s, les<br \/>\nvallons, les bois, torrents, les cols, les arbres, les pierres; une solitude<br \/>\ninhumaine mais aussi ce qui reste des villages, des traces d\u2019histoire: les<br \/>\nponts, les demeures en ruines. C\u2019est un lieu ambivalent \u00e0 la fois<br \/>\ndangereux et protecteur: lieu de combats, d\u2019\u00e9preuves et de travers\u00e9es<br \/>\np\u00e9rilleuses mais aussi un espace peupl\u00e9 d\u2019alli\u00e9s : les enfants bergers, les<br \/>\npaysans et les mineurs solidaires, les compagnons d\u2019armes. Pour Chelo,<br \/>\nc\u2019est un lieu d\u2019amour et de violence, de vie et de mort m\u00eal\u00e9es. Son r\u00e9cit<br \/>\ns\u2019affranchit des visions morbides li\u00e9es \u00e0 la terreur fasciste pour \u00e9voquer<br \/>\nune face lumineuse habit\u00e9e par Arcadio et une libert\u00e9 de mouvement<br \/>\nrendue possible par la clandestinit\u00e9. Ainsi, l\u2019espace ouvert, multiple et<br \/>\nmouvant de la gu\u00e9rilla, marge des hors-la-loi rejet\u00e9s sur les cr\u00eates,<br \/>\ns\u2019oppose \u00e0 celui de la soci\u00e9t\u00e9 \u00abd\u2019en bas\u00bb, celui de l\u2019immobilit\u00e9 et de la<br \/>\ncapture subie, celui des prisons, des clo\u00eetres et des s\u00e9minaires o\u00f9<br \/>\ns\u2019entassaient les d\u00e9tenus. Le monde v\u00e9g\u00e9tal de la fuite et des combats des<br \/>\ngu\u00e9rilleros s\u2019oppose aux lieux min\u00e9raux de la mort et du franquisme<br \/>\n(pierres des \u00e9difices, \u00e9cussons de l\u2019ordre phalangiste, \u00e9glises, croix).<br \/>\nDu c\u00f4t\u00e9 de la plaine des agents de liaison, \u00ab el llano \u00bb, le film cherchera \u00e0<br \/>\nrestituer le point de vue des femmes r\u00e9sistantes enferm\u00e9es dans le secret<br \/>\ndes maisons d\u2019appui, qui regardent, d\u00e9sarm\u00e9es, derri\u00e8re les crois\u00e9es, la<br \/>\nc\u00eeme des montagnes; il montrera leur lieux de planques pour les armes, les<br \/>\n9<br \/>\nlettres, (le creux des ch\u00e2taigniers, les grottes). Le village de Soulecin, en Galice, o\u00f9<br \/>\nChelo retourne, en 2004, avec son fils, pour c\u00e9l\u00e9brer un hommage sur la fosse de<br \/>\nses parents. Et, entre son \u00eele et son village natal, l\u2019espace d\u2019une travers\u00e9e, scand\u00e9e<br \/>\npar des ponts, des barri\u00e8res, des fronti\u00e8res.<br \/>\nNote d\u2019intention :<br \/>\n\u00ab A travers mon dialogue avec Chelo, le film explorera le d\u00e9calage qui<br \/>\nexiste entre l\u2019image mythique de la gu\u00e9rillera qui me fut transmise et celle plus<br \/>\ncomplexe de r\u00e9sistante que livre son r\u00e9cit.<br \/>\nAinsi, le film cherchera \u00e0 cerner la place des femmes dans la clandestinit\u00e9<br \/>\net les rapports qu\u2019elles entretenaient avec les gu\u00e9rilleros, au sein des maquis. Aux<br \/>\nquestions que je lui adresse \u00e0 ce sujet; Chelo r\u00e9pond par un discours qui sugg\u00e8re,<br \/>\nsans les nommer, des diff\u00e9rences de statut li\u00e9es au genre; mais le film montrera<br \/>\ncomment la conscience de ces rapports de domination, li\u00e9s au sexe, entre en conflit<br \/>\navec le souvenir de la tendresse et celui de la profonde solidarit\u00e9 qui soudaient<br \/>\nChelo \u00e0 ses compagnons d\u2019armes face au danger de mort et \u00e0 l\u2019\u00e2pret\u00e9 de la lutte.<br \/>\nLe r\u00e9cit personnel de Chelo fait r\u00e9sonner dans son sillage, d\u2019autres voix de<br \/>\nr\u00e9sistantes: celles des agents de liaison ou des combattantes clandestines qui<br \/>\npartag\u00e8rent son combat, celles qui furent massacr\u00e9es par la r\u00e9pression, celles qui se<br \/>\nvirent condamn\u00e9es \u00e0 enterrer leur histoire r\u00e9sistante dans le silence, jusqu\u2019en 1975<br \/>\net au-del\u00e0 de cette date, du fait de la dictature et pour des raisons souvent li\u00e9es \u00e0<br \/>\nleur place de femme. Chelo raconte comment ces femmes r\u00e9publicaines faisaient<br \/>\nl\u2019objet d\u2019une r\u00e9pression li\u00e9e \u00e0 leur sexe; comment elles \u00e9taient instrumentalis\u00e9es<br \/>\npar les forces franquistes, prises pour cible de la r\u00e9pression non en tant que<br \/>\nr\u00e9sistantes elles-m\u00eames mais en tant que \u00absoeurs, m\u00e8res, \u00e9pouses ou amantes\u00bb des<br \/>\ngu\u00e9rilleros. Elle \u00e9voque aussi les actions: celles des combattantes clandestines,<br \/>\ncelles des agents de liaison (transport d\u2019armes, de<br \/>\nmessages, ravitaillement) qui prenaient des risques \u00e9normes souvent minimis\u00e9s;<br \/>\nactions qui ressemblaient tellement aux t\u00e2ches domestiques habituellement<br \/>\nd\u00e9volues aux femmes qu\u2019elles en devenaient invisibles. Elle explique comment ces<br \/>\nfemmes \u00e9taient stigmatis\u00e9es comme \u00ab les putains des rouges \u00bb, par le discours<br \/>\nfranquiste; comment se trouvaient ainsi ni\u00e9s le caract\u00e8re politique de leur<br \/>\nl\u2019engagement et, du m\u00eame coup, la beaut\u00e9 des sentiments qui les liaient aux<br \/>\nr\u00e9sistants dont elles partageaient la lutte. Le film fera sentir combien l\u2019empreinte de<br \/>\ncette invalidation p\u00e8se encore sur le t\u00e9moignage que ces r\u00e9sistantes peuvent donner,<br \/>\nsur leur exp\u00e9rience de gu\u00e9rilla. Chelo explique comment son engagement dans la<br \/>\nlutte arm\u00e9e est li\u00e9 \u00e0 un \u00e9lan de r\u00e9volte contre la violence fasciste et \u00e0 un<br \/>\n10<br \/>\nmouvement vital plus qu\u2019\u00e0 une option politique. Elle dit son refus d\u2019\u00eatre une<br \/>\nvictime comme le furent ses parents assassin\u00e9s par les troupes de Franco. Alors que<br \/>\nl\u2019histoire de la guerre civile espagnole et celle de l\u2019opposition au franquisme sont<br \/>\nsouvent mises en sc\u00e8ne sur un registre victimaire, sp\u00e9cialement lorsque les acteurs<br \/>\nimpliqu\u00e9s sont des femmes, le film fera entendre la parole d\u2019une femme qui ose<br \/>\ndire la n\u00e9cessit\u00e9, dans l\u2019Espagne de 1939, du recours aux armes. Il s\u2019efforcera de<br \/>\nrendre audible et visible cette violence r\u00e9sistante ; ainsi, devant la cam\u00e9ra, Chelo<br \/>\nmontre le maniement des armes et dit son d\u00e9sir de vengeance contre les assassins<br \/>\nde ses parents. Elle dit combien elle tenait \u00e0 son arme -su pistola- au point de ne<br \/>\npas vouloir la l\u00e2cher une fois exil\u00e9e en France ! Comment assume-t-elle<br \/>\naujourd\u2019hui la face noire de la lutte arm\u00e9e: la violence subie, la violence inflig\u00e9e ?<br \/>\nQuelles sont les r\u00e9ponses qu\u2019elle apportera \u00e0 ces questions pos\u00e9es sur son rapport \u00e0<br \/>\nl\u2019action directe ? Sur sa participation personnelle aux actions arm\u00e9es ? Le film fera<br \/>\nentendre, les contradictions de son t\u00e9moignage comme autant de marques d\u2019une<br \/>\nviolence censur\u00e9e, autant d\u2019indices d\u2019une difficult\u00e9 toujours vive, \u00e0 parler, en<br \/>\npremi\u00e8re personne et en tant que femme, de la capacit\u00e9 de violence physique.<br \/>\n11<br \/>\nCV<br \/>\nIsma\u00ebl Cobo, co-auteur, r\u00e9alisateur : icobo@free.fr 060809118<br \/>\nN\u00e9 en France le 10 d\u00e9cembre 1962, apr\u00e8s des \u00e9tudes d\u2019espagnol, il s\u2019oriente vers<br \/>\ndes \u00e9tudes de cin\u00e9ma. \u00c0 l\u2019universit\u00e9 Paris8 et \u00e0 l\u2019ESEC (\u00e9cole sup\u00e9rieure<br \/>\nd\u2019enseignement cin\u00e9matographique) Il acquiert une formation en \u00e9criture<br \/>\ncin\u00e9matographique et en prise de vue.<br \/>\nIl r\u00e9alise de nombreux portraits li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9migration, principalement d\u2019Europe du<br \/>\nSud et d\u2019Europe de l\u2019Est. Ces cr\u00e9ations de fonds d\u2019archives sont des commandes<br \/>\nd\u2019organismes tels que la FACEEF (f\u00e9d\u00e9ration des associations et centres d\u2019\u00e9migr\u00e9s<br \/>\nespagnols en France) ou la BDIC (biblioth\u00e8que de documentation internationale<br \/>\ncontemporaine).<br \/>\nIl r\u00e9alise des films documentaires de cr\u00e9ation.<br \/>\n-\u00ab Camarades c\u2019est tout ce que l\u2019on peut faire pour vous ! \u00bb court m\u00e9trage<br \/>\ndocumentaire r\u00e9alis\u00e9 en 2003. Dvcam. Sur Roger Codou, un volontaire des<br \/>\nBrigades internationales.<br \/>\n-\u00ab Siempre sera la Pastora \u00bb, film subventionn\u00e9 par la r\u00e9gion centre et r\u00e9compens\u00e9<br \/>\npar le prix du public du festival Ambiguat de Chateaumeillant, Beta num\u00e9rique.<br \/>\n&#8211; R\u00e9alisation de carnets de voyage en super8 couleur ou n&amp;b, en Irak,<br \/>\nBeyrouth-Paris en voiture, Istamboul, Espagne\u2026 jamais publi\u00e9.<br \/>\nLaetitia Puertas, co-auteure, r\u00e9alisatrice :<br \/>\nPort de plaisance. 2, Quai Gabriel P\u00e9ri, 94 340 Joinville le Pont<br \/>\nLaetipuertas@yaoo.fr 06 73 61 52 78<br \/>\nApr\u00e8s une formation universitaire en arts plastiques et en science politique, elle<br \/>\ncollabore au Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir ou elle est charg\u00e9e de la<br \/>\nsauvegarde et la diffusion de vid\u00e9os militantes et la cr\u00e9ation d\u2019archives<br \/>\naudiovisuelles.<br \/>\nDans le cadre d\u2019un DEA en histoire des femmes \u00e0 Paris 8 Saint Denis, elle travaille<br \/>\nsur un corpus de t\u00e9moignages des femmes du second cercle dans les mouvements<br \/>\nf\u00e9ministes des ann\u00e9es 70 en France.<br \/>\nElle participe \u00e9galement au recueil d\u2019entretiens film\u00e9s pour diverses associations et<br \/>\ninstitutions.<br \/>\nProjets audiovisuels :<br \/>\n&#8211; R\u00e9alisation en cours d\u2019un portrait d\u2019une ancienne ouvri\u00e8re de LIP produit par le<br \/>\nCentre Audiovisuel Simone de Beauvoir<br \/>\n&#8211; R\u00e9alisation en cours d\u2019un documentaire sur le parcours d\u2019une r\u00e9publicaine<br \/>\nespagnole en Argentine.<br \/>\n12<br \/>\nOdette Martinez- Maler, auteure-r\u00e9alisatrice :<br \/>\n17 avenue des sycomores 93310 Le Pr\u00e9 Saint Gervais<br \/>\nOdette.martinez@wanadoo;fr<br \/>\n06 87 55 07 76<br \/>\nApr\u00e8s une formation litt\u00e9raire (ancienne \u00e9l\u00e8ve de l\u2019ENS de Fontenay aux<br \/>\nRoses, agr\u00e9g\u00e9e de lettres modernes) et une exp\u00e9rience d\u2019enseignante de lettres,<br \/>\nelle est d\u00e9tach\u00e9e sur un poste de conservateur, \u00e0 la Biblioth\u00e8que de documentation<br \/>\ninternationale contemporaine de Nanterre (BDIC-MHC) o\u00f9 elle travaille, en<br \/>\nparticulier, \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019archives orales sur la r\u00e9sistance et l\u2019exil antifranquistes.<br \/>\nElle pr\u00e9pare actuellement un doctorat sur la transmission des m\u00e9moires des<br \/>\ngu\u00e9rillas antifranquistes de l\u2019apr\u00e8s-guerre civile (1939-1960) au d\u00e9partement<br \/>\nd\u2019\u00e9tude ib\u00e9riques de l\u2019Universit\u00e9 de Paris-Ouest ; elle est membre du groupe de<br \/>\nrecherche \u00ab R\u00e9sistances et exils \u00bb GREX du Centre de recherche ib\u00e9riques et ib\u00e9roam\u00e9ricaines<br \/>\n(CRIIA) de Paris-Ouest.<br \/>\nElle a publi\u00e9 plusieurs articles de t\u00e9moignages ou d\u2019analyse sur le th\u00e8me de la<br \/>\ntransmission m\u00e9morielle :<br \/>\nSur la m\u00e9moire de la guerre civile :<br \/>\n&#8211; Passeur de m\u00e9moire et figure du pr\u00e9sent : El nieto de republicano (le petit-fils de<br \/>\nr\u00e9publicain) in Culture et m\u00e9moire. Repr\u00e9sentations contemporaines de la<br \/>\nm\u00e9moire dans les espaces m\u00e9moriels, les arts du visuel, la litt\u00e9rature et le th\u00e9\u00e2tre<br \/>\nSous la direction de Carola H\u00e4hnel-Mesnard, Marie Li\u00e9nard-Y\u00e9t\u00e9rian et Cristina<br \/>\nMarinas Palaiseau, \u00c9ditions de l\u2019\u00c9cole Polytechnique, 2008.<br \/>\n&#8211; \u00ab L&rsquo;Espagne aux prises avec son pass\u00e9 : les trajets douloureux et ambigus de la<br \/>\nm\u00e9moire \u00bb in Georges Mink, Laure Neumayer (coord), L&rsquo;Europe et ses pass\u00e9s<br \/>\ndouloureux, Paris, La D\u00e9couverte, 2007.<br \/>\n&#8211; De la chape de plomb \u00e0 la fi\u00e8vre m\u00e9morielle : la transmission de la m\u00e9moire<br \/>\nantifranquiste\u00a0\u00bb dans \u00ab\u00a0La guerre d&rsquo;Espagne, L&rsquo;histoire, les lendemains, la m\u00e9moire\u00a0\u00bb<br \/>\n(actes du colloque \u00ab\u00a0Pass\u00e9 et actualit\u00e9 de la guerre d&rsquo;Espagne \u00a0\u00bb organis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;initiative<br \/>\nde l&rsquo;ACER 17-18 novembre 2006), sous la direction de Roger Bourderon, \u00e9ditions<br \/>\nTaillandier, 2007.<br \/>\n13<br \/>\n&#8211; \u00ab L\u2019album de Juliette entre traces de m\u00e9moire et t\u00e9moignages \u00bb \u00e0 propos d\u2019un<br \/>\ndocumentaire qu\u2019elle a r\u00e9alis\u00e9 sur une ancienne volontaire des Brigades<br \/>\nInternationales Tigre 13 mars 2005 \u00ab La Trace I \u00bb revue du CERHIUS (ILCEA).<br \/>\n&#8211; \u00ab Les Caravanes de la m\u00e9moire. Effractions et discordances \u00bb in Espagne : la<br \/>\nm\u00e9moire retrouv\u00e9e (1975-2002), Mat\u00e9riaux pour l\u2019histoire de notre temps<br \/>\nnum\u00e9ro N\u00b070, coordonn\u00e9 par Dani\u00e8le Rozenberg Nanterre, BDIC, Avril-Juin 2003 -.<br \/>\nSur l\u2019h\u00e9ritage de l\u2019exil r\u00e9publicain :<br \/>\n-\u00ab De l\u2019intime \u00e0 l\u2019histoire un passage par l\u2019autobiographie \u00bb dans Exils et<br \/>\nmigrations ib\u00e9riques n\u00b01 -2004.<br \/>\n&#8211; \u00ab L\u2019Espagne entre l\u2019or et le noir\u00bb dans Le livre du retour, r\u00e9cits du pays des<br \/>\norigines coordonn\u00e9 par Sonia Combe, Revue Autrement, collection mutations<br \/>\nn\u00b0173 (septembre 1997).<br \/>\nSur les m\u00e9moires de la r\u00e9sistance arm\u00e9e antifranquiste des ann\u00e9es 1940-1960 qui<br \/>\nest, plus particuli\u00e8rement, son domaine de recherche:<br \/>\n&#8211; \u00ab L\u2019\u00eele de Chelo : le t\u00e9moin \u00e0 l\u2019\u00e9cran \u00bb in \u00ab Ecritures filmiques du pass\u00e9 :<br \/>\narchives, t\u00e9moignages, montages\u00a0\u00bb num\u00e9ro 89-90 , janvier- juin 2008 de la revue<br \/>\n\u00ab\u00a0Mat\u00e9riaux pour l&rsquo;histoire de notre temps\u00a0\u00bb coordonn\u00e9 par Odette Martinez Maler et<br \/>\nLaurent Veray.<br \/>\n&#8211; \u00ab Paroles de r\u00e9sistante au risque de l\u2019archive audiovisuelle: indices du pass\u00e9 et<br \/>\ntraces du pr\u00e9sent Tigre 14 \u00ab La Trace II \u00bb revue du CERHIUS (ILCEA) en mars<br \/>\n2006.<br \/>\n&#8211; \u00ab T\u00e9moignages oraux sur les gu\u00e9rillas antifranquistes du Le\u00f3n (1947-1952)\u00bb dans<br \/>\nRegards \u00ab Maquis y gu\u00e9rillas antifranquistas, novembre 2004.<br \/>\n&#8211; \u00ab A propos d\u2019une amn\u00e9sie \u00bb Mouvements janvier-f\u00e9vrier 2002.<br \/>\n&#8211; \u00ab M\u00e9moire de la gu\u00e9rilla, gu\u00e9rilla pour la m\u00e9moire \u00bb in Gu\u00e9rillero contre Franco,<br \/>\nde Francisco Martinez-Lopez (Editions Syllepse, d\u00e9cembre 2000).<br \/>\n-\u00ab Gu\u00e9rilla pour une m\u00e9moire \u00bb in Transmettre coordonn\u00e9 par Elsa Solal (Les<br \/>\ncahiers de Prospero n\u00b011 juin 2000.<br \/>\n14<br \/>\nOuvrages :<br \/>\n&#8211; Elle a publi\u00e9 la traduction d\u2019un t\u00e9moignage sur cette r\u00e9sistance arm\u00e9e au<br \/>\nfranquisme: Gu\u00e9rillero contre Franco, la gu\u00e9rilla du Le\u00f3n 1936-1951 de Francisco<br \/>\nMartinez-Lopez. Editions Syllepse, d\u00e9cembre 2000.<br \/>\n&#8211; Maquis y guerrillas antifranquistas (Regards \/7) coordonn\u00e9 par Odette<br \/>\nMartinez-Maler et Marie-Claude Chaput CRIIA-Paris1, 2004.<br \/>\n&#8211; \u00ab Ecritures filmiques du pass\u00e9 : archives, t\u00e9moignages, montages \u00bb<br \/>\ncoordonn\u00e9 par Odette Martinez- Maler et Laurent V\u00e9ray , num\u00e9ro 89-90 janvierjuin<br \/>\n2008 de la revue Mat\u00e9riaux pour l\u2019Histoire de notre temps .<br \/>\nProjets et r\u00e9alisations audiovisuelles :<br \/>\n&#8211; En d\u00e9cembre 1999, elle re\u00e7oit, l\u2019aide \u00e0 l\u2019\u00e9criture du Centre National de la<br \/>\nCin\u00e9matographie (CNC) pour un projet de documentaire Guerrilleros, les silences<br \/>\nde la m\u00e9moire sur la gu\u00e9rilla antifranquiste des ann\u00e9es 40-50, \u00e9crit avec Herta<br \/>\nAlvarez (le film n\u2019a pu \u00eatre r\u00e9alis\u00e9).<br \/>\n&#8211; \u00ab L\u2019album de Juliette ou vous trouvez que j\u2019ai une t\u00eate de monument ?\u00bb r\u00e9alis\u00e9<br \/>\navec JC Mouton, produit par la BDIC en novembre 2002.<br \/>\n&#8211; \u00ab Desmemoria \u00bb r\u00e9alis\u00e9 avec Isabelle Br\u00e9mond, produit par la BDIC, novembre<br \/>\n2004.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le t\u00e9moignage de Consuelo dite \u00a0\u00bb Chelo\u00a0\u00bb est une pi\u00e8ce importante d&rsquo;une m\u00e9moire anti-fasciste vivante. Le pouvoir franquiste ne pouvait m\u00eame pas admettre l&rsquo;existence de ces femmes qui lui r\u00e9sistaient.leur invisibilit\u00e9 devenait un gage de son impunit\u00e9.historienne,cin\u00e9aste, Odette Martinez a cass\u00e9 le cours d&rsquo;une imposture. 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