{"id":2310,"date":"2010-05-03T13:59:52","date_gmt":"2010-05-03T12:59:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/?p=2310"},"modified":"2014-11-07T19:56:34","modified_gmt":"2014-11-07T18:56:34","slug":"femmes-et-medias-au-mali-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2010\/05\/femmes-et-medias-au-mali-2\/","title":{"rendered":"Femmes et m\u00e9dias au Mali"},"content":{"rendered":"<p><strong>La lettre de \u00ab\u00a0Point Afrique\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>Formule inhabituelle encore ce mois-ci: nous vous proposons un \u00ab<strong>sp\u00e9cial Mali au f\u00e9minin<\/strong><\/em><em>\u00bb, avec un dossier consacr\u00e9 \u00e0 trois femmes maliennes \u0153uvrant dans le monde des m\u00e9dias. Cette nouveaut\u00e9 nous a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par la participation d\u2019une collaboratrice exceptionnelle, <\/em><strong><em>Erika Nimis<\/em><\/strong><em>. Photographe et historienne de formation, elle est l\u2019auteur de plusieurs ouvrages sur l\u2019histoire de la photographie en Afrique de l\u2019Ouest. Elle \u00e9crit r\u00e9guli\u00e8rement pour la revue <\/em><strong><em><a href=\"http:\/\/www.point-afrique.com\/Campagnes.php?Idc=967\">Africultures<\/a><\/em><\/strong><em>, dont elle est responsable de la section photo. Et enseigne par ailleurs l\u2019Histoire de l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Laval (Qu\u00e9bec) et \u00e0 l\u2019U.Q.A.M (Montr\u00e9al) au Canada. Erika Nimis est \u00e9galement cofondatrice de l\u2019association <\/em><strong><em><a href=\"http:\/\/www.point-afrique.com\/Campagnes.php?Idc=968\">Afriques Nouvelles Images<\/a><\/em><\/strong><em>, qui cr\u00e9e une passerelle entre continents africain et am\u00e9ricain par le biais d\u2019expositions photographiques et de projections-d\u00e9bats.<\/em><\/p>\n<p><em>Erika Nimis nous invite donc \u00e0 d\u00e9couvrir les parcours de <strong>Fatoumata Diabat\u00e9<\/strong><\/em><em>, <\/em><strong><em>Dembel\u00e9 Fanta Diallo<\/em><\/strong><em> et <\/em><strong><em>Kadidia Sidib\u00e9<\/em><\/strong><em>. Trois portraits pour trois profils tr\u00e8s diff\u00e9rents, mais qui partagent la passion d\u2019un m\u00e9tier, l\u2019envie de communiquer avec le monde et de le faire \u00e9voluer. Trois femmes qui contribuent au quotidien \u00e0 ouvrir les yeux et l\u2019esprit, pour un num\u00e9ro tr\u00e8s malien&#8230; et tr\u00e8s f\u00e9minin!<\/em><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Femmes et m\u00e9dias au Mali<\/span><\/strong><strong><span style=\"text-decoration: underline;\"> &#8211; <\/span><\/strong><strong>\u00a9 Erika Nimis<span style=\"text-decoration: underline;\"> <\/span><\/strong><\/p>\n<p>En 2010, les femmes de m\u00e9dias maliennes ont le vent en poupe. A l\u2019\u00e9coute de leur soci\u00e9t\u00e9, elles sont d\u00e9termin\u00e9es \u00e0 la faire avancer gr\u00e2ce \u00e0 tous les moyens de communication disponibles. Dans un environnement toujours plus m\u00e9diatis\u00e9, l\u2019heure est \u00e0 l\u2019ouverture et la place de la femme dans les m\u00e9dias \u00e9volue tr\u00e8s vite, devenant m\u00eame centrale comme l\u2019atteste la nomination r\u00e9cente d\u2019une femme aux fonctions de Ministre de la Communication et des Nouvelles Technologies (avril 2009).<\/p>\n<p>Partons \u00e0 la rencontre de trois femmes pionni\u00e8res dans ce mouvement de f\u00e9minisation des m\u00e9dias au Mali. Elles ont en commun la volont\u00e9 de transmettre et de sensibiliser les femmes aux questions qui les concernent directement.<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Fatoumata Diabat\u00e9, la r\u00e9v\u00e9lation<\/strong><strong> <\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai crois\u00e9 <strong>Fatoumata Diabat\u00e9<\/strong> la veille de son d\u00e9part pour Ouagadougou, o\u00f9 elle allait couvrir la tourn\u00e9e d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre consacr\u00e9e aux probl\u00e8mes de la corruption. Photographe professionnelle, Fatoumata travaille et enseigne au <a href=\"http:\/\/www.cfp-bamako.org\/\">C.F.P<\/a> (Cadre de promotion et de formation pour la photographie), une structure qui a vu le jour dans le quartier Hippodrome de Bamako il y a bient\u00f4t douze ans. Bien que tr\u00e8s occup\u00e9e, cette jeune femme au regard volontaire m\u2019a imm\u00e9diatement accord\u00e9 un entretien, dans son lieu de pr\u00e9dilection, la chambre noire du C.F.P. Devenue sp\u00e9cialiste du tirage argentique, elle a \u00e9t\u00e9 d\u2019embl\u00e9e fascin\u00e9e par le c\u00f4t\u00e9 technique dans la photographie, m\u00eame si elle avoue aimer aussi la prise de vues.<\/p>\n<p>En 2001, d\u00e9courag\u00e9e par des gr\u00e8ves \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition dans le lyc\u00e9e o\u00f9 elle \u00e9tudiait, elle se d\u00e9cide \u00e0 rejoindre le monde du travail. Sa tante lui parle de <a href=\"http:\/\/courantsdefemmes.free.fr\/Assoces\/Mali\/PromoFemme\/promo_femme.html\">la formation Promo-Femme<\/a> qui initie les jeunes filles aux m\u00e9tiers de l\u2019audiovisuel. C\u2019est ainsi qu\u2019elle se lance dans la photographie. En 2002, elle encha\u00eene sur une autre formation en int\u00e9grant la toute premi\u00e8re promotion du C.F.P.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 en 2001, elle sent que ce n\u2019est pas la photographie commerciale qui l\u2019attire, mais qu\u2019elle a \u00ab<em>quelque chose d\u2019int\u00e9rieur \u00e0 exprimer \u00e0 travers l\u2019image<\/em>\u00bb. D\u00e8s lors, la photographie devient sa passion, et sa m\u00e8re, impressionn\u00e9e par sa d\u00e9termination, l\u2019encourage. Par contre, Fatoumata aura \u00e0 faire face dans un premier temps \u00e0 la r\u00e9ticence de son p\u00e8re, qui ne consid\u00e8re pas la photographie comme un m\u00e9tier s\u00e9rieux et digne de sa fille. Mais \u00e0 force de pers\u00e9v\u00e9rance et de travail, elle va finir par le convaincre que \u00ab<em>la photographie n\u2019est pas une voie de garage, mais bien un moyen d\u2019ascension. Et m\u00eame si c\u2019est vrai que le m\u00e9tier est consid\u00e9r\u00e9 d\u2019abord comme masculin, quand on a l\u2019amour, on peut.<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Tr\u00e8s rapidement, \u00e0 la faveur de ses voyages et de diverses r\u00e9sidences artistiques en Europe, elle va devenir l\u2019une des repr\u00e9sentantes les plus en vue de la photographie malienne. L\u2019un de ses r\u00e9cents travaux, \u00abLa mode au f\u00e9minin\u00bb, expos\u00e9 au C.F.P, dans le cadre des Rencontres de la Photographie de Bamako (cf. Lettre <a href=\"http:\/\/www.point-afrique.com\/Campagnes.php?Idc=969\">n\u00b0 12 de d\u00e9cembre 2007<\/a> et <a href=\"http:\/\/www.point-afrique.com\/Campagnes.php?Idc=970\">n\u00b030 d&rsquo;octobre 2009<\/a>, N.d.l.R), pr\u00e9sente les tenues vestimentaires des jeunes filles actuelles: parures, robes moulantes, mini-jupes, pantalons plaqu\u00e9s, lunettes&#8230; \u00ab<em>Tout un arsenal de s\u00e9duction, parfois extravagant, qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec l\u2019\u00e9poque de nos grands-m\u00e8res<\/em>\u00bb, souligne Fatoumata. Ce qui lui pla\u00eet le plus dans la photographie, c\u2019est de raconter des histoires. Par exemple, son tout premier reportage portait sur la fabrication du savon. \u00ab<em>Le matin, je me levais tr\u00e8s t\u00f4t pour \u00eatre l\u00e0 avant que les savonni\u00e8res ne commencent \u00e0 travailler. C\u2019est tout un processus entre la fabrication et la vente au march\u00e9. Le but \u00e9tait de raconter une histoire et c\u2019est ce qui, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, me motive le plus \u00e0 prendre la cam\u00e9ra.<\/em>\u00bb. Ce qu\u2019elle aime aussi, c\u2019est la formation, essentielle \u00e0 ses yeux. \u00ab<em>J\u2019aime faire passer le message. (&#8230;) Photographier, c\u2019est aussi faire voyager les gens sans qu\u2019ils aient \u00e0 bouger<\/em>\u00bb, ajoute-t-elle. En parlant de voyage, elle participe en mars prochain \u00e0 une grande exposition pr\u00e9sent\u00e9e au Mus\u00e9e de Bretagne \u00e0 Rennes, \u00abMali au f\u00e9minin\u00bb, qui se veut un hommage multim\u00e9dia aux femmes maliennes. Rendez-vous est pris!<\/p>\n<p>-&gt; En savoir plus sur l&rsquo;exposition \u00abMali au f\u00e9minin\u00bb<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.point-afrique.com\/Campagnes.php?Idc=971\">www.musee-bretagne.fr<\/a><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.point-afrique.com\/Campagnes.php?Idc=972\">www.mali-feminin.fr<\/a><\/p>\n<p><strong>Fanta Diallo Demb\u00e9l\u00e9, la t\u00eate, le c\u0153ur et la voix<\/strong><strong> <\/strong><\/p>\n<p>Mme <strong>Demb\u00e9l\u00e9 Fanta Diallo<\/strong> est la premi\u00e8re femme journaliste animatrice de la premi\u00e8re radio libre du Mali, <strong>Radio Bamakan<\/strong>. Cette radio communautaire et associative a vu le jour en septembre 1991, suite aux \u00e9v\u00e9nements qui ont conduit \u00e0 la chute de la dictature militaire et au processus de d\u00e9mocratisation. \u00ab<em>Bamakan tire son nom de la ville de Bamako: la voix du Kafo, c\u2019est-\u00e0-dire la voix de la cit\u00e9, et notre cit\u00e9, c\u2019est Bamako, d\u2019o\u00f9 le nom de Bama-Kan.<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Depuis son entr\u00e9e en fonction en octobre 1991, Fanta anime chaque jour une \u00e9mission en langue bamanan destin\u00e9e aux femmes, \u00abAw ni Gua\u00bb (qui veut dire \u00abMerci d\u2019avoir fait la cuisine pour la famille\u00bb). Dipl\u00f4m\u00e9e de l\u2019Institut National des Arts (I.N.A) en section art dramatique, cette femme est aussi une com\u00e9dienne aguerrie, qui a connu les planches du th\u00e9\u00e2tre tout autant que les plateaux de tournage. Outre un passage remarqu\u00e9 au Tarmac de la Villette (Paris) en 2001, on a pu l\u2019appr\u00e9cier dans divers courts-m\u00e9trages comme \u00abLe combat de Lala\u00bb ou \u00abLa qu\u00eate viol\u00e9e (les talib\u00e9s)\u00bb de Fatoumata Coulibaly. Que ce soit \u00e0 la radio, au cin\u00e9ma ou \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 (o\u00f9 elle a jou\u00e9 dans des sketches et des spots publicitaires), Fanta remplit avec le m\u00eame bonheur sa mission d\u2019artiste de la parole.<\/p>\n<p>Quand elle est recrut\u00e9e par la radio et obtient le cr\u00e9neau horaire entre midi et 14 heures, \u00ab[elle] <em>pense tout de suite aux femmes. C\u2019est l\u2019heure du repas et pour la femme au foyer, cela correspond \u00e0 une p\u00e9riode de repos, avant de reprendre le travail vers 15 heures, pour pr\u00e9parer le repas du soir, donc le moment id\u00e9al pour parler aux femmes<\/em>\u00bb. Comme la plupart des Maliennes ne comprennent que le bamanan, elle utilisera cette langue pour communiquer avec son auditoire. Et des messages, elle en a plein \u00e0 faire passer dans son \u00e9mission qui d\u00e9cline diff\u00e9rentes rubriques au fil des jours de la semaine. Le samedi est consacr\u00e9 \u00e0 la sant\u00e9, son premier cheval de bataille, car sa priorit\u00e9 est de sensibiliser les femmes \u00e0 tout ce qui concerne leur sant\u00e9 et celle de l\u2019enfant. C\u2019est d\u2019ailleurs pour cela qu\u2019elle se tient en permanence inform\u00e9e, suivant r\u00e9guli\u00e8rement des ateliers sur le planning familial, l\u2019excision, le paludisme, les M.S.T ou la tuberculose. Le mardi, elle ouvre son antenne aux c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s de la musique malienne. Elle leur accorde d\u2019ailleurs une tr\u00e8s grande place dans son \u00e9mission, en consacrant le mercredi au classement des dix meilleurs artistes du moment, pl\u00e9biscit\u00e9s au t\u00e9l\u00e9phone par ses fid\u00e8les auditrices. Autre temps fort du mercredi quand elle aborde la question du travail, en invitant des femmes exemplaires, qui ont du talent et veulent franchir des barri\u00e8res. Elle cr\u00e9e ainsi un espace de parole pour toutes les initiatives et les associations qui oeuvrent \u00e0 la promotion de la femme.<\/p>\n<p>Fanta est \u00e9galement pr\u00e9sidente de l&rsquo;<strong>Association des Femmes de la Presse Priv\u00e9e du Mali<\/strong> (A.F.P.P.M). \u00ab<em>La presse priv\u00e9e, qu\u2019elle soit parl\u00e9e ou \u00e9crite, ne rencontre pas les m\u00eames probl\u00e8mes que la presse d\u2019\u00c9tat. Mes consoeurs de la presse priv\u00e9e ont des parcours tr\u00e8s vari\u00e9s et n\u2019ont pas toujours re\u00e7u la formation appropri\u00e9e. Le premier but de l\u2019A.F.P.P.M, cr\u00e9\u00e9e en 1998, est de s\u2019organiser pour se former davantage, en faisant appel \u00e0 des partenaires. J\u2019\u00e9volue aussi dans deux autres associations : l\u2019A.P.A.C-Mali (Association des Professionnelles Africaines de la Communication du Mali) et le r\u00e9seau des communicateurs en sant\u00e9<\/em>\u00bb. Et de conclure: \u00ab<em>M\u00eame si, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent dans la presse malienne, les femmes ne sont pas encore parvenues \u00e0 \u00e9galer les hommes, elles sont tr\u00e8s courageuses, elles sont sur le terrain et ont un r\u00f4le essentiel \u00e0 jouer, car elles seules sauront sensibiliser les autres femmes et \u00eatre leur porte-parole.<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Kadidia Sidib\u00e9, le poids des images<\/strong><strong> <\/strong><\/p>\n<p>Femme de terrain, <strong>Kadidia Sidib\u00e9<\/strong> a v\u00e9ritablement trouv\u00e9 sa voie en 2004, en rejoignant le Cin\u00e9ma Num\u00e9rique Ambulant (<a href=\"http:\/\/www.c-n-a.org\/\">C.N.A<\/a> &#8211; dont Point-Afrique est partenaire, N.d.l.R.) . Cette amoureuse du 7e art n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 une seule seconde quand elle a su que le C.N.A cherchait \u00e0 recruter une animatrice. L\u2019id\u00e9e de partir en brousse pr\u00e9senter des films africains et de sensibiliser les publics les plus vari\u00e9s l\u2019a d\u2019embl\u00e9e s\u00e9duite.<\/p>\n<p>Rappelons que le C.N.A est une association \u00e0 but non lucratif fond\u00e9e en 2001, qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e dans plusieurs pays d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, notamment au Mali, au Niger, au Burkina Faso, au B\u00e9nin, et plus r\u00e9cemment au S\u00e9n\u00e9gal. Le C.N.A-Mali comprend trois employ\u00e9s: un chauffeur, un projectionniste et une animatrice, tous polyvalents. C\u2019est une \u00e9quipe autonome, qui sillonne villes et villages du Mali \u00e0 bord d\u2019un 4&#215;4 \u00e9quip\u00e9 d\u2019un groupe \u00e9lectrog\u00e8ne, de deux lecteurs VHS et DVD, d\u2019enceintes, d\u2019un \u00e9cran de quatre m\u00e8tres sur cinq, et bien s\u00fbr, d\u2019une valise pleine de films!<\/p>\n<p>Pour mieux comprendre le travail de Kadidia, je d\u00e9cide de la suivre sur le terrain. Ce soir-l\u00e0, nous partons pour Kati, \u00e0 une quinzaine de kilom\u00e8tres de Bamako. L\u2019O.N.G Tagn\u00e9 (\u00aballer de l\u2019avant\u00bb, en bamanan), qui lutte contre la pratique de l\u2019excision, a command\u00e9 une s\u00e9rie de trois projections sur cette th\u00e9matique d\u00e9licate, convaincue que l\u2019image reste le meilleur vecteur pour sensibiliser le public et d\u00e9clencher la prise de parole.<\/p>\n<p>Accompagn\u00e9e de ses deux coll\u00e8gues masculins, Kadidia est sur tous les fronts durant la soir\u00e9e: relations avec les commanditaires, montage et d\u00e9montage du cin\u00e9ma ambulant, et surtout animation, elle n\u2019arr\u00eate pas une seconde ! Apr\u00e8s la projection de divers clips musicaux destin\u00e9s \u00e0 app\u00e2ter le public du quartier, puis d\u2019un film muet du grand Buster Keaton &#8211; qui d\u00e9clenche des crises de fou rire parmi les plus jeunes, Kadidia prend le micro une premi\u00e8re fois pour annoncer le programme de la soir\u00e9e et pr\u00e9senter le film: ce soir, c\u2019est \u00abNyani\u00bb d\u2019Amadou Kass\u00e9 Th\u00e9ra (2006), qui traite des cons\u00e9quences graves que peut entra\u00eener l\u2019excision lors d\u2019un accouchement. \u00c0 l\u2019issue de la projection, suivie par une foule de plus en plus compacte, vient le moment crucial pour Kadidia: lancer la discussion parmi le public. A force d\u2019exp\u00e9rience, elle a trouv\u00e9 des trucs infaillibles qui font d\u2019elle une sp\u00e9cialiste du d\u00e9bat r\u00e9ussi, m\u00eame sur les sujets les plus sensibles: \u00ab<em>Il faut \u00eatre diplomate dans la vie, il faut faire comprendre au public que c\u2019est un d\u00e9bat et qu\u2019on est l\u00e0 pour discuter, sans mettre de pression.<\/em>\u00bb Et d\u2019ajouter: \u00ab<em>Pour eux, je suis un docteur, et quand je parle, tout le monde croit en moi. Cette dame va nous aider, pensent-ils.<\/em>\u00bb Certains la soutiennent m\u00eame ouvertement dans son travail: \u00ab<em>Kadi, il faut continuer cette lutte, ne te d\u00e9courage pas, \u00e7a prend du temps de changer les mentalit\u00e9s.<\/em>\u00bb Ce qui lui tient le plus \u00e0 c\u0153ur dans son m\u00e9tier tr\u00e8s exigeant, du fait qu\u2019elle est constamment sur les routes, et lui donne toute l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire pour recommencer chaque soir, c\u2019est d\u2019\u00eatre au contact de divers publics, souvent fort \u00e9loign\u00e9s des r\u00e9alit\u00e9s de la capitale malienne, et de contribuer ainsi au d\u00e9veloppement de son pays.<strong> <\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La lettre de \u00ab\u00a0Point Afrique\u00a0\u00bb Formule inhabituelle encore ce mois-ci: nous vous proposons un \u00absp\u00e9cial Mali au f\u00e9minin\u00bb, avec un dossier consacr\u00e9 \u00e0 trois femmes maliennes \u0153uvrant dans le monde des m\u00e9dias. 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