{"id":1537,"date":"2010-01-30T18:40:33","date_gmt":"2010-01-30T17:40:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cafaitdesordre.com\/blog\/?p=1537"},"modified":"2010-01-30T18:40:33","modified_gmt":"2010-01-30T17:40:33","slug":"don-dorgasmes-pourquoi-mardi-episode-7-par-jean-francois-crance","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2010\/01\/don-dorgasmes-pourquoi-mardi-episode-7-par-jean-francois-crance\/","title":{"rendered":"Pourquoi Mardi ? n\u00b07 &#8211; Attention don d&rsquo;orgasmes"},"content":{"rendered":"<p>Il n\u2019y eut pas, dans l\u2019escalier de bois, de ces bruits d\u00e9plaisants ; staccatos quatre \u00e0<br \/>\nquatre, ou glissato d\u2019une marche sur l\u2019autre et \u00e0 contretemps. Ce fut un son clair,<br \/>\ndans le silence de la petite maison. Du bout de la moindre de ses fibres, le vieux<br \/>\nh\u00eatre laissait \u00e9chapper un g\u00e9missement de plaisir ; un acquiescement secret, sous le<br \/>\npoids parfait de celle, \u00e0 peine pos\u00e9e, qu\u2019il reconnaissait. Rien d\u2019un grincement, mais<br \/>\nun son diffus ; arrach\u00e9 \u00e0 cette marche, \u00e0 ce morceau de for\u00eat vol\u00e9. Un son tellement<br \/>\nl\u00e9ger. Le petit bruit pinc\u00e9 se produisit huit fois dans des modulations diff\u00e9rentes, \u00e0 la<br \/>\nmani\u00e8re d\u2019une gamme et \u00e0 chaque pas que fit le corps descendant. Ce fut<br \/>\nmajestueux, gracieux ; le plus exquis des d\u00e9lices d\u00e9licats ; \u00e9rotique &#8211; \u00f4 combien -,<br \/>\nmais je ne m\u2019en doutais pas. Public privil\u00e9gi\u00e9, j\u2019assistais \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution d\u2019une pi\u00e8ce<br \/>\nrare : le premier mouvement d\u2019une courte fugue pour pieds nus et bois anciens ; avec<br \/>\nla participation modeste, mais inestimable ; de Colima\u00e7on l\u2019escalier. Son interpr\u00e8te,<br \/>\nla d\u00e9nomm\u00e9e : Ruby, descendait.<br \/>\nSans rien voir d\u2019elle, j\u2019\u00e9tais boulevers\u00e9 par sa musique.<br \/>\nJe vis ses pieds nus d\u2019abord, et rien d\u2019autre ; impossible de lever la t\u00eate pour<br \/>\naffronter son regard. Ils me fascinaient ! Jamais je n\u2019avais entendu quelqu\u2019un jouer<br \/>\navec les pieds, mais aussi bien. Puis, je vis sa jupe, en lainage bleu roi, qui lui arrivait<br \/>\nau-dessous du genou ; et cette esp\u00e8ce de pull, qui laissait voir quelques millim\u00e8tres<br \/>\nde peau \u00e0 la ceinture. Cependant, m\u00eame lorsque je r\u00e9ussis \u00e0 remonter jusqu\u2019au<br \/>\nvisage ; et malgr\u00e9 mon envie d\u2019en capter les moindres d\u00e9tails ; c\u2019est encore \u00e0 ses<br \/>\npieds que je pensai. L\u00e9g\u00e8rement hauss\u00e9s sur la partie sup\u00e9rieure et charnue de<br \/>\nleurs plantes, ces deux \u00e9chantillons de chair nacr\u00e9e, semblaient en d\u00e9monstration<br \/>\npermanente de leur \u00e9lasticit\u00e9 ; comme dot\u00e9s d\u2019une vie propre. L\u00e0 o\u00f9 des pieds<br \/>\nordinaires se seraient content\u00e9s de pi\u00e9tiner, eux semblaient pr\u00eats \u00e0 s\u2019\u00e9lancer et \u00e0<br \/>\ndanser sur d\u2019invisibles claviers de bois.<br \/>\nSans rien analyser de son visage, j\u2019\u00e9tais \u00e0 ses pieds.<br \/>\n&#8211; \u00ab Vous \u00eates Ruby ? \u00bb Dis-je, en contemplant le lobe d\u00e9licat de son oreille droite qui,<br \/>\nsous une tresse sombre et soyeuse, montrait le bout de son nez. Dixi\u00e8me de<br \/>\nseconde, \u00e9ternit\u00e9, flottement, parfum, mouvement des vagues, petit vertige du<br \/>\nsilence, douceur&#8230; Je r\u00e9ussis encore \u00e0 fixer, le trait muet des l\u00e8vres ; ligne Maginot<br \/>\nentre imaginaire et r\u00e9alit\u00e9 ; mais, d\u00e8s que je les vis s\u2019animer, les hostilit\u00e9s<br \/>\ncommenc\u00e8rent. Avec un accent British, dont on sait quelles lourdes pertes il inflige<br \/>\naux \u00e2mes des froggies d\u00e9c\u00e9r\u00e9br\u00e9s ; elles s\u2019entrouvrirent pour \u00e9mettre un rapide :<br \/>\n&#8211; \u00ab Oui, yes&#8230; C\u2019est moi, I am&#8230; \u00bb. Je vis les sons ; j\u2019entendis les couleurs. Tout<br \/>\nchamarr\u00e9 de \u00ab Oui \u00bb, son \u00abYes \u00bb vint humidifier ses l\u00e8vres \u00e0 la commissure, et fit<br \/>\nbriller leur pulpe sous la salive. \u00ab C\u2019est moi \u00bb les empourpra, d\u2019un carmin d\u00e9licat ;<br \/>\nex\u00e9cution enlev\u00e9e, brosse nerveuse ou ; plus simplement : pichenette du bout de<br \/>\nl\u2019auriculaire dans la p\u00e2te color\u00e9e, fra\u00eechement pos\u00e9e l\u00e0. Son \u00ab I am \u00bb, enfin, fit \u00e9clore<br \/>\nen canon d\u2019autres couleurs ; celle d\u2019un rire attendu, la teinte craintive d\u2019une aile<br \/>\nd\u2019oiseau, la carnation d\u2019un cri, gorg\u00e9 du sang des fruits, les nuances d\u2019une \u00ab pastel \u2013<br \/>\nm\u00e9lodie \u00bb et la teinte crue de l\u2019absolu, badigeonn\u00e9 d\u2019oubli. Le visage devant moi \u00e9tait<br \/>\nvivant, je veux dire&#8230; comme peint par Rembrandt. N\u2019y tenant plus, je fis, ce qui, en<br \/>\nd\u2019autres termes, \u00e9quivaut au suicide : je regardai ses yeux. Il le fallait ! Je n\u2019allais pas<br \/>\nrester&#8230; \u00e0 zyeuter ses trous de nez, ses oreilles et ses jolis orteils ! De plus, je devais<br \/>\ntrouver vite, quelque chose \u00e0 lui dire. Prenant ma respiration, je plongeai.<br \/>\nIls \u00e9taient bleus. Mais, comme je descendais dans leurs profondeurs, au milieu des<br \/>\ngr\u00e9sillements d\u2019un plancton jaune phosphorescent qui \u00e0 coups d\u2019ondulations<br \/>\ndessinait le visage de Brian Jones ; je me dis qu\u2019ils \u00e9taient noirs aussi.<br \/>\n&#8211; \u00ab Ruby comment&#8230; ? \u00bb<br \/>\n&#8211; \u00ab Ruby Tuesday&#8230; \u00bb<br \/>\nTout me revint. Les paroles, la m\u00e9lodie&#8230; Cette vieille ballade des Stones, compos\u00e9e<br \/>\npar Brian, \u00e9voquait pour moi tout un pass\u00e9. \u00ab She would never say where she came<br \/>\nfrom&#8230; \u00bb Comment pouvait-elle se trouver l\u00e0, bien vivante, devant moi aujourd\u2019hui ?<br \/>\n\u00ab Yesterday don\u2019t matter if it\u2019s gone&#8230; \u00bb Les accents, moelleux \u00e0 souhaits, de Jagger<br \/>\nremontaient \u00e0 la surface et m\u2019entra\u00eenaient vers un monde myst\u00e9rieux de Rock n\u2019 Roll<br \/>\nf\u00e9eries. Ruby Tuesday&#8230; J\u2019avais rendez-vous avec une chanson que j\u2019avais toujours<br \/>\naim\u00e9e. Ruby Tuesday&#8230; Litt\u00e9ralement (comme mon anglais approximatif me<br \/>\npermettait de l\u2019envisager) : Mardi vermeille. J\u2019eus peur et fus, \u00e0 ce moment-l\u00e0, saisi<br \/>\nd\u2019une envie folle de m\u2019en aller, en lui lan\u00e7ant :<br \/>\n&#8211; \u00ab Good bye, Ruby Tuesday, who could hang a name on you&#8230; ! \u00bb. Mais elle se mit \u00e0<br \/>\nbaragouiner dans son franglais d\u00e9licieux et le pi\u00e8ge sur moi, fut clos.<br \/>\n&#8211; \u00ab Je vous ai appel\u00e9&#8230; There\u2019s no time to loose&#8230; \u00bb I heard her say. \u00ab Pour sauver<br \/>\nmardi. \u00bb<br \/>\n&#8211; \u00ab Pour&#8230; ? Mais, euh&#8230; pourquoi moi ? \u00bb<br \/>\n&#8211; \u00ab C\u2019est bien vous \u00e7a, n\u2019est-ce pas&#8230; ? \u00bb Dit elle en exhibant sous mon nez un papier<br \/>\nportant mon num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone. &#8211; \u00ab Vous avez \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 par les instances du<br \/>\nhaut comit\u00e9. D\u2019apr\u00e8s nos sondages, vous \u00eates le plus Mardi de tous les Tuesday<br \/>\nBros. \u00bb<br \/>\n&#8211; \u00ab Les&#8230; ? Ah bon&#8230; Faudra que je songe \u00e0 fonder un club de Lundiphobes, alors. \u00bb<br \/>\nDis-je pour plaisanter.<br \/>\n&#8211; \u00ab Il n\u2019y a pas besoin&#8230; Cela existe d\u00e9j\u00e0. Vous \u00eates ici en Lundiphobia. C\u2019est un tout<br \/>\npetit pays, situ\u00e9 entre la phobie et l\u2019anaphylaxie, aux confins de notre haughtiness ;<br \/>\nla fiert\u00e9, vous savez&#8230; L\u00e0 o\u00f9 se dresse l\u2019instinct de survie, contre vents et mar\u00e9es.<br \/>\nMais la capitale, ce n\u2019est pas : Paris, c\u2019est ici. Nos jours sont en danger, Monsieur. Ils<br \/>\nsont compt\u00e9s par ce Lundi horrible, qui veut tout dominer. Aidez-nous \u00e0 en<br \/>\nd\u00e9barrasser la semaine&#8230; Agissons ! Ensemble, remettons mardi \u00e0 sa vraie place.<br \/>\nCelle que cet arriviste lui a vol\u00e9. Catch your dreams ! Before they slip away&#8230; \u00bb<br \/>\nTout naturellement, les paroles de la chanson trouvaient leur place dans sa bouche.<br \/>\nElle \u00e9tait LA chanson et elle me parlait, comme elle l\u2019avait si souvent fait ; depuis<br \/>\nlongtemps.<br \/>\n&#8211; \u00ab Dying all the time&#8230; \u00bb Reprit-elle, inqui\u00e8te. \u00ab Lose your dreams and you, may lose<br \/>\nyour mind. Ce n\u2019est pas possible, non&#8230; ?! \u00bb Pour ce qui \u00e9tait de perdre la t\u00eate, c\u2019\u00e9tait<br \/>\nr\u00e9gl\u00e9. Je l\u2019avais compl\u00e8tement perdue. L\u00e0, boum&#8230; tomb\u00e9e devant elle, \u00e0 ses pieds<br \/>\net je n\u2019\u00e9tais m\u00eame pas s\u00fbr de vouloir la ramasser.<br \/>\n&#8211; \u00ab Ain&rsquo;t life unkind?&#8230; \u00bb Susurra-t-elle encore. \u00c7a j\u2019\u00e9tais bien d\u2019accord. \u00ab Are you<br \/>\nready ? \u00bb Conclut-elle.<br \/>\n&#8211; \u00ab Ah, non&#8230; Moi, c\u2019est Freddy. Mais vous ne pouviez pas savoir&#8230; Bien s\u00fbr que je<br \/>\nsuis pr\u00eat ! \u00bb Elle n\u2019appr\u00e9cia pas ma french blague.<br \/>\n&#8211; \u00ab Vous avez fait un long voyage&#8230; Vous devez, je pense, avoir une petite envie de&#8230;<br \/>\nvous restaurer ? \u00bb<br \/>\nLe souvenir d\u00e9j\u00e0 lointain de, feu mon sandwich SNCF, m\u2019autorisa \u00e0 r\u00e9pondre par<br \/>\nl\u2019affirmative. Je la suivis \u00e0 travers la maisonnette ; du genre cottage \u00e0 la fran\u00e7aise.<br \/>\nDe fa\u00e7on drolatique, le kitchissime et l\u00e9gendaire mauvais go\u00fbt britannique y flirtait,<br \/>\nsans vergogne, avec les ringardises du style \u00ab fran\u00e7ais moyen \u00bb, h\u00e9rit\u00e9es de nos<br \/>\nann\u00e9es soixante. Une lampe, \u00e0 gros pied orange ; entour\u00e9e de miniatures en bronze<br \/>\nde Vienne, repr\u00e9sentant Peter Rabbit et ses amis les \u00e9cureuils d\u2019apr\u00e8s B\u00e9atrix<br \/>\nPotter ; tr\u00f4nait sur un buffet Henri II. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, un appareil de chauffage au gaz, avait<br \/>\n\u00e9t\u00e9 encastr\u00e9 dans une chemin\u00e9e en fausses briques, qu\u2019un bouquet de fleurs en<br \/>\nplastique mauve, agr\u00e9mentait divinement. Pris d\u2019une sensation \u00e9trange, je levai la<br \/>\nt\u00eate. Au mur, une chouette de Lur\u00e7at, ex\u00e9cut\u00e9e au canevas sur fond noir, dans les<br \/>\ntons bleu ciel et bouton d\u2019or, m\u2019observait d\u2019un oeil mal intentionn\u00e9. Sans doute,<br \/>\nattendait-elle que le jour tombe et se fasse mal. Face \u00e0 ce mur, un cosy-corner<br \/>\nincluant : rayonnages infest\u00e9s de bouquins jaunissants et casiers encombr\u00e9s par les<br \/>\nflasques de spiritueux, jouxtait une table basse en bois clair et fer forg\u00e9 ; sommet de<br \/>\nla modernit\u00e9 triomphante. Passant devant le poste de t\u00e9l\u00e9vision Ducretet-Thomson,<br \/>\nencore ench\u00e2ss\u00e9 dans son habitacle de Bak\u00e9lite, je me dis que, peut-\u00eatre, quelqu\u2019un<br \/>\nvenait de regarder \u00ab La Piste aux \u00c8toiles \u00bb de Gilles Margaritis. C\u2019\u00e9tait dr\u00f4le, comme<br \/>\ncertains int\u00e9rieurs donnaient envie de lire Spirou&#8230; Ruby me proposa de visiter les<br \/>\nautres pi\u00e8ces ; je d\u00e9clinai poliment, craignant une indigestion. Elle m\u2019installa alors<br \/>\ndans la cuisine, o\u00f9 sa m\u00e8re (Mrs Tuesday, I presume&#8230;) me servit une \u00e9norme et<br \/>\nd\u00e9licieuse part de tarte \u00e0 la rhubarbe, que je dus engloutir en silence et avec<br \/>\napplication, sous le regard attendri de mes deux tortionnaires.<br \/>\nRompant mes derniers bruits de mastication, Ruby me demanda comment j\u2019en \u00e9tais<br \/>\nvenu \u00e0 m\u2019int\u00e9resser au mardi. Je lui racontai tout : le blog, Fran\u00e7ois, mes<br \/>\ninterrogations et les myst\u00e9rieux signes qui \u00e9taient venu s\u2019accumuler sur ma route,<br \/>\njusqu\u2019\u00e0 notre rencontre. Elle m\u2019assura que ce n\u2019\u00e9tait pas un hasard, si j\u2019avais fait<br \/>\npartie du grand casting. Le comit\u00e9 attendait beaucoup de moi. J\u2019\u00e9tais le seul \u00e0 avoir<br \/>\nr\u00e9pondu aux appels, sur quelques douze millions de coups de fil. Elle m\u2019expliqua<br \/>\naussi qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas pr\u00eate \u00e0 faire partie de mon histoire, juste pour y figurer. Il lui<br \/>\nfallait des r\u00e9sultats.<br \/>\nJe m\u2019informais sur sa vie et comment elle subsistait ? Elle m\u2019appris que, pour joindre<br \/>\nles deux bouts debout, elle donnait des cours d\u2019anglais \u00e0 des primaires d\u00e9primants,<br \/>\net des cours de rock acrobatiques \u00e0 des imprimeurs d\u00e9prim\u00e9s. Sa m\u00e8re, pour ajouter<br \/>\nson \u00e9cot, cultivait, sous des serres de fortune, l\u2019in\u00e9vitable rhubarbe. Elle en faisait de<br \/>\nsucculentes conserves qu\u2019elle vendait. La rhubarbe accompagnait la moindre de ses<br \/>\nrecette, y compris, m\u2019annon\u00e7a-t-on ; le fameux dindon \u00e0 la rhubarbe \u2013 celui de la<br \/>\nfarce, pr\u00e9cis\u00e9ment \u2013 que l\u2019on me promis pour le lendemain, si toutefois je d\u00e9cidais de<br \/>\nrester. Les heures passant et au fur et \u00e0 mesure que nous conversions, je d\u00e9couvris<br \/>\nsur elle des choses surprenantes. \u00c9tait-ce \u00e0 cause des barri\u00e8res de la langue, de<br \/>\nleurs pi\u00e8ges et de la farandole de quiproquos qu\u2019ils pouvaient entra\u00eener ; ou bien &#8211; je<br \/>\nme le suis demand\u00e9 &#8211; \u00e9tait-elle atteinte de la maladie, dite de Mixtionne, qui faisait<br \/>\nqu\u2019elle m\u00e9langeait tout, un peu comme on mixe ensemble diff\u00e9rents l\u00e9gumes verts<br \/>\npour la soupe, diff\u00e9rents fruits rouges pour les cocktails ; mais aussi, h\u00e9las, diff\u00e9rents<br \/>\nfruits verts avec diff\u00e9rents l\u00e9gumes rouges, sans trop savoir ce que l\u2019on en fera.<br \/>\nAinsi, elle confondait le slam et l\u2019islam, Sao Paulo et Saint-Malo, An\u00e9mone et Nina<br \/>\nSimone, Tim Burton et les chaussettes Burlington, la salle Pleyel et la Salp\u00eatri\u00e8re&#8230;<br \/>\nPour No\u00ebl, elle \u00e9coutait des chansons de Judy guirlande et \u00e0 l\u2019approche de MARDI<br \/>\nGRAS, elle avait le grand projet d\u2019organiser une : \u00ab Journ\u00e9e Porte Qui Claque \u00bb, afin<br \/>\nque ce jour ne devienne pas un mardi gris ; mais un jour sans crime. Les gens<br \/>\nn\u2019avaient qu\u2019\u00e0 choisir le mercredi pour se faire descendre&#8230; Cet \u00e9v\u00e9nement-l\u00e0 serait,<br \/>\ncomme elle le disait : la \u00ab cerise sur le g\u00e2teux \u00bb, de ses projets du moment.<br \/>\nJ\u2019entrepris de la sonder sur des sujets plus s\u00e9rieux. La culture extr\u00eame-orientale, par<br \/>\nexemple. Elle reconnut \u00eatre favorable \u00e0 l\u2019implantation, dans chaque ville, d\u2019un<br \/>\nBouddha Bar, avec m\u00e9ditations lounge. Pour ce qui \u00e9tait de la vie apr\u00e8s la mort, elle<br \/>\nentendait offrir, apr\u00e8s la sienne, son corps \u00e0 la science et c\u2019est tr\u00e8s na\u00efvement qu\u2019elle<br \/>\nme demanda, comment elle devait s\u2019y prendre pour le don d\u2019orgasmes&#8230; Peut-\u00eatre<br \/>\nfaudrait-il que je lui explique un jour.<\/p>\n<p>Jean-Fran\u00e7ois Crance<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il n\u2019y eut pas, dans l\u2019escalier de bois, de ces bruits d\u00e9plaisants ; staccatos quatre \u00e0 quatre, ou glissato d\u2019une marche sur l\u2019autre et \u00e0 contretemps. Ce fut un son clair, dans le silence de la petite maison. 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