{"id":11317,"date":"2022-09-16T17:00:49","date_gmt":"2022-09-16T15:00:49","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=11317"},"modified":"2022-09-20T15:34:48","modified_gmt":"2022-09-20T13:34:48","slug":"%ef%bb%bfchagrin-planetaire","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2022\/09\/%ef%bb%bfchagrin-planetaire\/","title":{"rendered":"\ufeffChagrin Plan\u00e9taire"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A qui ressemble la vie d&rsquo;une enfant \u00ab\u00a0mul\u00e2tre \u00a0\u00bb Consol\u00e9e\u00a0\u00bb dans un pays o\u00f9 le colonisateur blanc a syst\u00e9matiquement organis\u00e9 m\u00e9pris, humiliations et discriminations pour qui n&rsquo;est pas de sa couleur. Face \u00e0 cet \u00e9tranglement comment peut \u00e9voluer, vieillir cette femme, sinon dans le chagrin ?\u00a0\u00bbConsol\u00e9e\u00a0\u00bb pourra -t-elle&nbsp; \u00eatre consol\u00e9e ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Consol\u00e9e\u00a0\u00bb deuxi\u00e8me roman de Beata Umubyeyi Mairesse.Consol\u00e9e est le pr\u00e9nom d&rsquo;une petite fille \u00ab mul\u00e2tre \u00bb n\u00e9e au Ruanda Urundi, colonie sous mandat belge (Rwanda et Burundi apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance). Elle n&rsquo;est ni noire ni blanche. Mul\u00e2tre vient de mulet. L&rsquo;accouplement d\u00e9fendu d&rsquo;un blanc et d&rsquo;une noire est donc assimil\u00e9 \u00e0 celui d&rsquo;un \u00e2ne avec une jument. Comme tous les petits \u00ab mul\u00e2tres \u00bb elle sera arrach\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re pour \u00eatre \u00e9lev\u00e9e dans un pensionnat \u00e0 Save. Tr\u00e8s vite Consol\u00e9e sera d\u00e9baptis\u00e9e par sa marraine qui justement se nomme Consol\u00e9e. Elle deviendra \u00a0\u00bb Astrida \u00a0\u00bb sans doute en hommage \u00e0 la reine des belges Astrid. Mais Astrida est aussi le nom d&rsquo;une petite ville pr\u00e8s de Save qui \u00e0 son tour sera d\u00e9baptis\u00e9e pour devenir Butare. Abandonn\u00e9e par sa m\u00e8re Astrida sera adopt\u00e9e par un couple belge avant de se marier \u00e0 Georges un blanc originaire de Gr\u00e8ce. Parcours vertigineux d&rsquo;une femme naviguant entre les mots, les identit\u00e9s, les pays revenant au Rwanda apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance et qui \u00e0 d\u00e9faut des siens disparus retrouvera Claver, un homme qu&rsquo;elle a connu enfant et qui deviendra son amant. Quelques dizaines d&rsquo;ann\u00e9es plus tard on retrouvera, Astrida vieille femme atteinte de la maladie d&rsquo;Alzheimer dans un Ephad du sud-ouest de la France. Elle a perdu son Fran\u00e7ais parle une langue, sans doute \u00e0 base de kinyarwanda, jug\u00e9e incompr\u00e9hensible par le personnel de l&rsquo;\u00e9tablissement. Dans cette m\u00eame institution arrive une stagiaire noire, Ramata, d&rsquo;origine s\u00e9n\u00e9galaise bard\u00e9e de dipl\u00f4m\u00e9s d&rsquo;\u00e9tudes sup\u00e9rieures et m\u00e9chamment vir\u00e9e de son travail apr\u00e8s un burn out. Elle s&rsquo;est tu\u00e9e au travail pendant plus de vingt-cinq ans, comme \u00ab\u00a0une bouffone \u00a0\u00bb affirme sa fille In\u00e8s qui en signe de sa r\u00e9volte porte un hidjab.\u00a0 <\/p>\n\n\n\n<p>Comme une d\u00e9butante, Ramata est\nautoris\u00e9e \u00e0 travailler b\u00e9n\u00e9volement en tant qu&rsquo;art th\u00e9rapeute. Elle fera tout\nce qui est en son pouvoir pour ranimer la m\u00e9moire d&rsquo;Astrida. Sa tendresse, son\nhumanit\u00e9 permettront \u00e0 cette derni\u00e8re de retrouver sensations et \u00e9motions\nd&rsquo;enfance, avec les mots qui les accompagnent.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne compte pas les sociologues,\nhistoriens, opposants au syst\u00e8me qui se sont \u00e9vertu\u00e9 \u00e0 d\u00e9noncer la r\u00e9alit\u00e9\nd\u00e9gradante du colonialisme et de son fer de lance le racisme. La machine \u00e0\nbroyer hi\u00e9rarchise, divise, r\u00e9ussit \u00e0 monter les uns contre les autres, elle\ngomme, efface les identit\u00e9s les sentiments, elle est, au profit de\nquelques-uns, une arme de destruction implacable. Malheureusement la\nd\u00e9nonciation ne touche le plus souvent que ceux qui sont d\u00e9j\u00e0 convaincus et paradoxe\nterrible, ceux qui en sont les victimes pourraient bien avoir d&rsquo;autant plus\nhonte d&rsquo;eux-m\u00eames qu&rsquo;ils avoueraient au grand jour le m\u00e9pris et les\nhumiliations qu&rsquo;ils ont subies.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est sans doute l\u00e0 que le\ntravail de la romanci\u00e8re trouve ici sa premi\u00e8re raison d&rsquo;\u00eatre. Le\ng\u00e9nocide, abord\u00e9 dans son pr\u00e9c\u00e9dent roman \u00a0\u00bb tous tes enfants\ndispers\u00e9s\u00a0\u00bb n&rsquo;a pas seulement extermin\u00e9 \u00e0 coups de machette pr\u00e8s de 800.\n000 rwandais. C&rsquo;est dans l&rsquo;\u00e9paisseur de la chair humaine, dans le refoulement\ndes \u00e9motions, de la m\u00e9moire que le v\u00e9cu tragique des individus s&rsquo;an\u00e9antit. Les\nsurvivants doivent lutter de toutes leurs forces pour&nbsp; continuer \u00e0 rester vivant parmi les vivants. Ainsi\nce qui ne sera jamais un destin, mais une histoire humaine, met en place des\nindividus s\u00e9par\u00e9s les uns des autres face au malheur ass\u00e9n\u00e9. Manifestement les\nfemmes cr\u00e9atrices de vie , depuis l&rsquo;aube des temps, sont directement vis\u00e9es par\ncette barbarie. \u00a0\u00bb Est-ce ainsi que meurent les femmes\u00a0\u00bb \u00e9nonce la\nromanci\u00e8re, combattante de ce si\u00e8cle. Ce faisant elle r\u00e9pond \u00e0 Louis Aragon qui\na \u00e9crit \u00a0\u00bb Est-ce ainsi que les hommes vivent \u00a0\u00bb Au XXI si\u00e8cle il\nserait temps que les hommes se sentent grandir \u00e0 travers la fiert\u00e9 retrouv\u00e9e\ndes femmes.&nbsp; Seule une solidarit\u00e9\nouverte, tendre, intelligente est susceptible de s&rsquo;opposer efficacement au\ncolonialisme destructeur. Astrida comme d&rsquo;autres \u00ab&nbsp;mul\u00e2tres&nbsp;\u00bb par le\nfait qu&rsquo;elle n&rsquo;est ni blanche ni noire, mais aussi blanche ou noire selon les\ninterlocuteurs, met \u00e0 mal la hi\u00e9rarchisation raciste. \u00ab\u00a0Les\nsang-m\u00eal\u00e9s\u00a0\u00bb sont \u00e0 ce titre des \u00eatres dangereux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que nous d\u00e9crit Beata Umubyeyi\nMairesse est \u00e0 priori enracin\u00e9 sur des territoires comme l&rsquo;Afrique, objet de\ncolonisation, mais l&rsquo;\u00e9volution aidant on comprend que face \u00e0 la concurrence\nsauvage des puissances imp\u00e9rialistes, les habitants des m\u00e9tropoles deviennent\neux aussi des colonis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Une sinistre \u00e9galit\u00e9 est en\ncours. Il est moins que s\u00fbr que le sens de la famille, le respect des a\u00een\u00e9s, si\ncher \u00e0 l&rsquo;Afrique, puisse perdurer. L&rsquo;occident soulev\u00e9 par les scandales r\u00e9p\u00e9t\u00e9s\ndans les Ehpads montre la voie. Le business des vieux ou plut\u00f4t la r\u00e9duction,\nl&rsquo;\u00e9crasement de leur potentiel de vie est en cours. \u00ab\u00a0On bosse pour de\nmultinationales cot\u00e9es en bourse, des fonds de pension qui vendent ou ach\u00e8tent\ndes lits comme du bl\u00e9. Pour eux, il n&rsquo;y a pas de gens ici, juste des\nlits.\u00a0\u00bb Face \u00e0 ce malheur plan\u00e9taire, \u00a0\u00bb Consol\u00e9e\u00a0\u00bb a l&rsquo;immense\nm\u00e9rite de dire avec beaut\u00e9 et po\u00e9sie, la r\u00e9alit\u00e9 du monde plut\u00f4t sombre dans le\nlequel nous vivons ou survivons. Tout le talent de l&rsquo;auteure est de poser des\nquestions essentielles en ayant l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance de ne pas les formuler. La puissance\ndu roman cr\u00e8ve le rideau d&rsquo;opacit\u00e9 qui p\u00e8se sur la plan\u00e8te colonis\u00e9e. Force est\nde comprendre que de regarder notre malheur en face est d\u00e9j\u00e0 un progr\u00e8s. En\nattendant notre r\u00e9veil, quelques \u00e2mes bien n\u00e9es permettent aux cendres de celle\nqui fut l&rsquo;enfant Consol\u00e9e de retrouver leur terre natale\u00a0\u00bb Ici enfin\nConsol\u00e9e repose dans la palpitation du monde\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fran\u00e7ois Bernheim<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab\u00a0Consol\u00e9e \u00ab\u00a0de Beata\nUmubyeyi Mairesse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00e9ditions autrement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>1er roman <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tous tes enfants dispers\u00e9s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00e9ditions autrement 2020<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A qui ressemble la vie d&rsquo;une enfant \u00ab\u00a0mul\u00e2tre \u00a0\u00bb Consol\u00e9e\u00a0\u00bb dans un pays o\u00f9 le colonisateur blanc a syst\u00e9matiquement organis\u00e9 m\u00e9pris, humiliations et discriminations pour qui n&rsquo;est pas de sa couleur. 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