{"id":11281,"date":"2022-02-17T19:59:10","date_gmt":"2022-02-17T18:59:10","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=11281"},"modified":"2022-02-19T22:24:08","modified_gmt":"2022-02-19T21:24:08","slug":"%ef%bb%bfmarseille-respect","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2022\/02\/%ef%bb%bfmarseille-respect\/","title":{"rendered":"\ufeffMarseille Respect"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb La question, c&rsquo;est beaucoup plus important que la r\u00e9ponse, c&rsquo;est la\nrecherche d&rsquo;un chemin en restant vivant. Il faut savoir se perdre, prendre des\nrisques pour se retrouver. Il y a chez certains le besoin de ha\u00efr, m\u00e9priser\ncomme si la condition humaine n\u2019avait comme unique vocation qu\u2019\u00e0 \u00e9craser,\nm\u00e9priser tous ceux se trouvent sur votre chemin. \u00a0\u00bb Lansky Namek (1)\nrappeuse de Marseille centre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0En soir\u00e9e, je raconte plus ma VIe, je la tremble_\u00a0\u00bb Sise Ici. rappeuse \u00e0 Marseille( 2)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0J&rsquo;aime les poubelles qui\nd\u00e9bordent, la salet\u00e9, sentir que tout n&rsquo;est pas parfait&#8230; bord\u00e9lique, c&rsquo;est\ncomme cela qu&rsquo;on l&rsquo;aime Marseille. Plus propre elle perd son \u00e2me. C&rsquo;est le\ndilemme\u00a0\u00bb Hadrien Bels romancier( 3)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Tragique beaut\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ici, la tristesse n&rsquo;a pas droit de cit\u00e9. Pourtant \u00e0 Marseille tout ce qui\n\u00e9touffe, \u00e9trangle l&rsquo;humanit\u00e9 pourrait an\u00e9antir la ville : tombereaux de\ndiscours naus\u00e9abonds, politiques de construction-destruction-s\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p>Bless\u00e9e, en grande souffrance, Marseille r\u00e9siste depuis l&rsquo;aube des temps, en\naccord profond avec la M\u00e9diterran\u00e9e et son \u00e9blouissante lumi\u00e8re. Sur l&rsquo;immense\nsc\u00e8ne de la ville, la trag\u00e9die est charnelle, \u00e0 la mesure des solidarit\u00e9s,\namiti\u00e9s, amours des humains de toutes conditions. La trag\u00e9die est \u00e0 la mesure\nd\u2019un savoir partag\u00e9 dans la rue, sur les places publiques ou les caf\u00e9s. Cette\nculture-l\u00e0, loin d&rsquo;un capital de connaissances r\u00e9f\u00e9renc\u00e9es, a la noblesse d&rsquo;une\ncivilisation chaque jour agress\u00e9e, foul\u00e9e aux pieds par le fonctionnalisme\n\u00e9triqu\u00e9 et d\u00e9vorant du profit. A Marseille chacun sait que la trag\u00e9die n&rsquo;est\npas synonyme de malheur absolu. Bien au contraire la vie est tragique quand la\njoie la plus immense, la beaut\u00e9 la plus sublime sont \u00e0 chaque seconde confront\u00e9es\nau vertige des ab\u00eemes comme \u00e0 la violence de l&rsquo;an\u00e9antissement. Toutes les\nfemmes, tous les hommes de la M\u00e9diterran\u00e9e le savent depuis l\u2019enfance : l&rsquo;ivresse\net le deuil sont dans une proximit\u00e9 absolue. Ici, la cit\u00e9 et ses habitants de\nplus en plus agress\u00e9s, doivent prendre la parole. Il n&rsquo;est pas s\u00fbr qu&rsquo;ils\nsoient \u00e9cout\u00e9s, mais il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre issue.<\/p>\n\n\n\n<p>Qui s&rsquo;autorise \u00e0 raconter l&rsquo;histoire a vocation \u00e0 prendre le pouvoir. Parmi\nles combats les plus violents figurent celui pour l&rsquo;appropriation des mots.\nDire l\u2019amour, le respect des humains, la joie, le plaisir de la rencontre avec\nl&rsquo;autre, dire la richesse du m\u00e9lange comme d\u00e9noncer le racisme d&rsquo;\u00e9tat est\n\u00e9minemment subversif. De si\u00e8cle en si\u00e8cle, les tentatives pour faire taire\nMarseille ont \u00e9t\u00e9 nombreuses et partiellement couronn\u00e9es de succ\u00e8s. Il reste\nune br\u00e8che assez \u00e9troite qui refuse de plier. Elle est potentiellement immense,\ncar de son existence d\u00e9pend l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 un imaginaire commun et au plaisir\nincommensurable du partage. Les femmes et les hommes que nous avons rencontr\u00e9 \u00e0\nMarseille depuis 2015 (4) sont porteurs de cette richesse, de cette gr\u00e2ce\ninsens\u00e9e qui caresse l&rsquo;\u00eatre dans ses recoins les plus intimes.<\/p>\n\n\n\n<p>La bonne nouvelle n&rsquo;est pas que la guerre qui est faite au peuple puisse\npar enchantement cesser, mais plut\u00f4t qu&rsquo;une ville malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9normit\u00e9 du bruit\nambiant, ait encore l&rsquo;audace de nous prendre dans ses bras, moins pour pleurer\nque pour danser. Ici, sont nombreux celles et ceux qui savent que prendre la\nparole pour raconter, chanter, permet \u00e0 tous ceux qui le souhaitent de refuser\nle malheur comme seule issue possible. A Marseille, les hommes et les femmes\nqui ont cette audace ne luttent pas seulement pour eux -m\u00eames mais aussi pour\nla d\u00e9fense d&rsquo;un art de vivre, pour tous ceux qui ont besoin de respirer plus\nlarge sur cette plan\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u00c9couter ce que raconte Marseille est\nessentiel. Tant que nous aurons un c\u0153ur, des oreilles et une bouche, tant que\nnous aurons assez d&rsquo;\u00e9nergie pour nous \u00e9merveiller et le faire savoir, les\npoignards, les Kalachnikovs, le b\u00e9ton galopant et autres poisons mortels n&rsquo;y\npourront rien. Marseille nous met au d\u00e9fi d\u2019exister. Beaucoup d&rsquo;entre nous ont\npu croire que ce projet \u00e9tait pass\u00e9 de mode. Erreur profonde nous n&rsquo;avons\nvocation \u00e0 devenir des zombies vid\u00e9s de notre sang et de nos tripes que si nous\nle voulons bien. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Pas d&rsquo;ennemis \u00e0 la une<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Trop souvent les responsables politiques, du bas de l&rsquo;\u00e9chelle jusqu&rsquo;au\nsommet, par leurs discours expriment le m\u00e9pris qu&rsquo;ils ont du peuple. Il ne faut\njamais l&rsquo;oublier.<strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi : &#8211; <strong>Claude Valette<\/strong>, adjoint au maire JC Gaudin, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l\u2019urbanisme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;On a besoin de gens qui\ncr\u00e9ent de la richesse. Il faut nous d\u00e9barrasser de la moiti\u00e9 des habitants de\nla ville. Le c\u0153ur de la ville m\u00e9rite autre chose&nbsp;\u00bb, cit\u00e9 par Eric Zemmour\n(Le Figaro 18 novembre 2003)<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; <strong>Fran\u00e7oise Gaumet,<\/strong>\nadjointe municipale \u00e0 l\u2019hygi\u00e8ne, dans la revue V\nMarseille&nbsp;2013&nbsp;\u00ab&nbsp;On estime qu\u2019il y a un rat par habitant, ce\nsont des commensaux de l\u2019homme. Le rat est utile, il enl\u00e8ve un quart de nos\nd\u00e9chets. S\u2019il n\u2019y avait pas de rats, il faudrait plus d\u2019\u00e9boueurs. L\u2019avantage,\nc\u2019est qu\u2019eux ne font pas gr\u00e8ve&nbsp;\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; lundi 5 Novembre 2018, huit\npersonnes trouvent la mort dans l&rsquo;effondrement de deux immeubles de la rue d&rsquo;Aubagne.\nLes deux adjoints au maire, <strong>Yves Moraine et Laure-Agn\u00e8s Caradec <\/strong>en\ncharge de l&rsquo;urbanisme s&rsquo;expriment sur Facebook\u00a0\u00bb Tr\u00e8s belle soir\u00e9e autour\ndu chocolat organis\u00e9e par l&rsquo;association Partage, Amiti\u00e9 et f\u00eates.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Le 22 F\u00e9vrier 2021, lors d\u2019une\nr\u00e9union du conseil portuaire \u200bde la Pointe-Rouge, le pr\u00e9sident du&nbsp;Yachting\nclub, <strong>Christian Tommasini <\/strong>a d\u00e9clar\u00e9 \u00a0\u00bb&nbsp;Le jour o\u00f9 il faudra s\u2019armer,\nje serai le premier \u00e0 aller faire des ratonnades\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait sans probl\u00e8me\nmultiplier les citations honteuses, mais focaliser l&rsquo;attention sur ces\ndiscours, pourrait bien nous conduire \u00e0 une impasse. Il s&rsquo;agit de ne pas\nocculter l&rsquo;injuste et l&rsquo;abject sans pour autant tomber dans le pi\u00e8ge d&rsquo;un\nimmobilisme transformant tous les protagonistes ha\u00efs en\nstatues. <\/p>\n\n\n\n<p>Car tirer \u00e0 boulets rouges sur des pantins cristallise\nl&rsquo;attention sur des individus, en faisant abstraction du syst\u00e8me&nbsp; politique et de sa n\u00e9cessaire critique.\nD\u00e9noncer l&rsquo;action des salauds autorise ceux qui le font \u00e0 croire qu&rsquo;ils n&rsquo;en\nsont pas. Cette prise de position, hors de toute action collective susceptible\nde modifier le rapport de force \u00e9tant inop\u00e9rante, on peut facilement croire que\nnotre destin est de subir, aujourd&rsquo;hui comme demain. Mais l&rsquo;\u00e9croulement des\ndeux immeubles de la rue d&rsquo;Aubagne Le 5 Novembre 2018, v\u00e9cu &nbsp;par l&rsquo;ensemble de la population marseillaise\ncomme une trag\u00e9die, a symboliquement annonc\u00e9 l&rsquo;\u00e9croulement d&rsquo;une politique.\nToutes opinions confondues, la population s&rsquo;est indign\u00e9e, quand elle ne s&rsquo;est\npas insurg\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Effondrement d&rsquo;une politique ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tant qu&rsquo;elle est \u00e9nonc\u00e9e par les\ndominants , l&rsquo;histoire avance masqu\u00e9e, tronqu\u00e9e , vid\u00e9e de ses souffrances, rebellions,\nr\u00e9sistances. Symboliquement l&rsquo;effondrement des deux immeubles de la rue\nd&rsquo;Aubagne a d\u00e9chir\u00e9 le voile de la bien pensance. Trois points d\u00e9cisifs\nm\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre mis en avant.<\/p>\n\n\n\n<p>1\/ La guerre faite au peuple \u00e0\ntravers les populations les plus pauvres, donc les plus vuln\u00e9rables n&rsquo;a rien de\nconjoncturel. A lire \u00ab\u00a0l&rsquo;histoire universelle de Marseille\u00a0\u00bb d&rsquo;Al\u00e9ssi\nDell&rsquo; Umbria (5) on peut facilement trouver les rep\u00e8res jalonnant \u00e0 travers les\nsi\u00e8cles les actes et discours visant \u00e0 faire disparaitre du centre-ville les\nclasses dites dangereuses. Avant la premi\u00e8re guerre mondiale, le quartier de\nderri\u00e8re la bourse est vou\u00e9 \u00e0 la d\u00e9molition, pr\u00e8s de 30 rues et places\ndisparaissent. Le traitement inflig\u00e9 pr\u00e9sente de s\u00e9rieuses analogies avec celui\nr\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la Casbah alg\u00e9rienne. Les clans mafieux sont plus que tol\u00e9r\u00e9s, ils\naident \u00e0 contrer les rouges. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 40 les plans de\nd\u00e9molition et de d\u00e9portation des pauvres sont en phase avec les plans de\nl&rsquo;occupant allemand qui en 1943, d\u00e9clenchera une gigantesque op\u00e9ration de\npolice. Parmi les centaines de milliers de personnes contr\u00f4l\u00e9es,1650 furent\nenvoy\u00e9es dans les camps de concentration dont 782 juifs. pr\u00e8s de 1500 maisons\nfurent ras\u00e9es. Le g\u00e9n\u00e9ral allemand Oberg l&rsquo;avait dit \u00ab\u00a0l&rsquo;Europe ne peut\nvivre tant que Marseille ne sera pas \u00e9pur\u00e9e\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>e2\/ L&rsquo;id\u00e9e que Marseille serait une ville sans culture, peupl\u00e9e par des populations parasites, dangereuses, tant sur le plan de l&rsquo;ordre public que du respect des normes sanitaires, constitue un v\u00e9ritable d\u00e9ni de la r\u00e9alit\u00e9. Elle est \u00e0 la mesure de la richesse d&rsquo;une ville multiculturelle assez enracin\u00e9e dans l\u2019Occitanie pour \u00eatre&nbsp; ouverte sur le monde. Fils de pieds noirs, Hadrien Bels (3) le constate, Marseille tourne insolemment&nbsp; le dos \u00e0 la France. Son regard est tourn\u00e9 vers la mer en direction de l&rsquo;Afrique. Marseille capte la lumi\u00e8re du monde, c&rsquo;est ce qui lui permet de respirer. A elle seule la ville est un pays rebelle \u00e0 toute forme de colonisation. Chaque personne rencontr\u00e9e, appartient \u00e0 la communaut\u00e9 marseillaise. Malgr\u00e9 ses divisions s\u00e9parations, elles sont toutes de Marseille et fi\u00e8res de l&rsquo;\u00eatre. Si\u00e8cle apr\u00e8s si\u00e8cle Marseille a r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat central royal ou r\u00e9publicain, qui n&rsquo;a eu de cesse que de la mettre \u00e0 genoux. Fond\u00e9e six si\u00e8cles avant J\u00e9sus Christ la Marseille grecque est une cit\u00e9 prosp\u00e8re et ind\u00e9pendante. Alli\u00e9e de Rome mais jamais vassale elle refusera sans trop de succ\u00e8s de se soumettre. Au XVIII si\u00e8cle, Marseille refuse de faire de faire all\u00e9geance \u00e0 la royaut\u00e9. Le roi Louis XIV ne pourra entrer dans la ville que par une br\u00e8che ouverte dans les remparts. Humiliation suppl\u00e9mentaire, une taxe extraordinaire de 750000 livres va frapper la ville. Les habitants seront d\u00e9sarm\u00e9s, la cit\u00e9 sera occup\u00e9e militairement&#8230; l&rsquo;id\u00e9al de l&rsquo;ordre classique s&rsquo;imposa&nbsp; alors au d\u00e9triment du d\u00e9lire baroque. Mais dans les provinces m\u00e9ridionales du royaume, de la Gascogne \u00e0 la Provence, ce nouvel ordre arrivait vraiment en pays \u00e9tranger&#8230;.On peut qualifier de baroque ce qui tend \u00e0 la th\u00e9\u00e2tralisation de la vie&#8230;(5) Comme tous ces gens se croisent \u00e0 l&rsquo;heure de la promenade et se retrouvent encore dans les f\u00eates, l&rsquo;espace de la rue devient une sorte de th\u00e9\u00e2tre permanent o\u00f9 la d\u00e9votion et la mort, le rang social et l&rsquo;appartenance citadine se remettent en sc\u00e8ne. Ainsi s&rsquo;opposent ,comme le souligne l&rsquo;historien, deux visions du monde l&rsquo;une populaire et orale, celle de la langue d&rsquo;oc et l&rsquo;autre la langue du pouvoir centralisateur est fond\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9crit. L&rsquo;une est porteuse d&rsquo;une expression libre, voire d&rsquo;ind\u00e9pendance, l&rsquo;autre avalise le respect d&rsquo;un ordre subi. En 1794, la ville participe \u00e0 l&rsquo;insurrection f\u00e9d\u00e9raliste contre le pouvoir jacobin de la Convention, elle sera d\u00e9baptis\u00e9e et deviendra \u00a0\u00bb La ville sans nom\u00a0\u00bb. Ce qui est innommable n&rsquo;existe pas. M\u00eame si la sanction est lev\u00e9e au bout d&rsquo;un mois, son impact est d\u00e9flagrateur. A une p\u00e9riode plus r\u00e9cente, l&rsquo;opprobre marque \u00e0 nouveau Marseille. Apr\u00e8s l&rsquo;incendie des nouvelles Galeries en 1938 qui fera plus de 70 morts, le gouvernement Daladier, d\u00e9cidera, six mois plus tard ,de mettre la ville sous tutelle. Incurie de l&rsquo;organisation des secours ou rivalit\u00e9 entre un parti radical recentr\u00e9 et le maire, Henry Tasso, ancien ministre du Front populaire constant dans ses options politiques ? Impossible de trancher. Septembre 2021, le pr\u00e9sident Macron est en visite \u00e0 Marseille, porteur d&rsquo;un plan d&rsquo;aide \u00e0 la ville, concernant en priorit\u00e9 les \u00e9coles publiques sinistr\u00e9es. Il se d\u00e9fend publiquement de vouloir mettre Marseille sous tutelle de l&rsquo;\u00e9tat. A d\u00e9faut de se r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 l&rsquo;identique, l&rsquo;histoire d&rsquo;une ville colonis\u00e9e de l&rsquo;int\u00e9rieur b\u00e9gaie.<\/p>\n\n\n\n<p>3\/ L&rsquo;\u00e9croulement des immeubles de\nla rue d&rsquo;Aubagne&nbsp; intervient dans une\nville o\u00f9 la classe politique de droite comme social-d\u00e9mocrate, s&rsquo;appuyant sur\nun client\u00e9lisme \u00e9prouv\u00e9, a largement contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9loigner les citoyens de la\npolitique partisane. Peu visibles mais tr\u00e8s actives les associations\nhumanitaires, sociales et culturelles ont fait un travail de fond sans pour\nautant d\u00e9boucher sur une option institutionnelle. Pourtant en Mars 2020 La\ngauche int\u00e9grant des collectifs citoyens, des syndicalistes ,des \u00e9cologistes,\ndes socialistes&nbsp; se pr\u00e9sente comme une\nalternative \u00e0 la vieille politique sous la banni\u00e8re du \u00ab\u00a0Printemps\nMarseillais\u00a0\u00bb. S&rsquo;il est difficile de croire&nbsp;\nque la vieille politique est pass\u00e9e aux oubliettes, la d\u00e9mission de la\nMaire \u00e9cologiste Mich\u00e8le Rubirola au profit de son premier adjoint socialiste\nBeno\u00eet Payan pouvant h\u00e9las alimenter les doutes, il reste cependant que face \u00e0\nl&rsquo;incurie municipale les collectifs citoyens ont retrouss\u00e9 les manches tant\npour d\u00e9fendre les droits des habitants, sinon abandonn\u00e9s \u00e0 leur sort, que pour\nleur m\u00e9nager des solutions transitoires de relogement. Sous une forte pression\npopulaire L&rsquo;\u00e9quipe de JC Gaudin a accept\u00e9 de signer une premi\u00e8re charte de relogement.\nCet engagement des diff\u00e9rents collectifs et associations dans des actions\npolitiques au service des citoyens a pu d\u00e9montrer&nbsp; que cette gauche &nbsp;\u00e9tait sans doute capable de s&rsquo;activer l\u00e0 o\u00f9\nles citoyens avaient besoin d&rsquo;elle. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ici, chacun a conscience&nbsp; de la gravit\u00e9 d&rsquo;une situation aggrav\u00e9e par la\npand\u00e9mie. La ville est fortement endett\u00e9e. La m\u00e9tropole r\u00e9solument \u00e0 droite ne\nva pas faciliter la t\u00e2che de la nouvelle \u00e9quipe. La pauvret\u00e9&nbsp; gagne encore du terrain. Nombreuses sont les\nfamilles qui n&rsquo;ont plus les moyens de se nourrir. Face \u00e0 une situation aussi\ntendue, quels que soient les doutes, chacun a conscience&nbsp; que tout ce qui peut \u00eatre fait pour surmonter\nune crise extr\u00eame doit \u00eatre tent\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Plusieurs d\u00e9cisions de la mairie ont une port\u00e9e symbolique et op\u00e9rationnelle non n\u00e9gligeable: Une charte am\u00e9lior\u00e9e du relogement a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9e avec les collectifs; la mairie et l&rsquo;\u00e9tat. &#8211; Premi\u00e8re r\u00e9paration institutionnelle: Ibrahim Ali, jeune musicien comorien de 17 ans \u00a0assassin\u00e9 par un colleur d&rsquo;affiches du front national Le 21 F\u00e9vrier 1995.L&rsquo;avenue des Aygalades o\u00f9 le jeune homme a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 devient l&rsquo;avenue Ibrahim Ali. 26 ans apr\u00e8s.- Une place du centre- ville est devenue la place du 5 Novembre 2018. &#8211; Au moins une douzaine de rues vont porter le nom de figures de la solidarit\u00e9 avec les migrants, les quartiers nord ,les r\u00e9sistants, les pionniers de la PMA, etc. C&rsquo;est dire qu&rsquo;\u00e0 travers ces nouvelles d\u00e9nominations sont nomm\u00e9s donc reconnus\u00a0 ceux qui pendant des ann\u00e9es ont travaill\u00e9 au bien commun. C\u2019est dire, que la reconnaissance\u00a0 peut se substituer au m\u00e9pris. Des d\u00e9cisions ont \u00e9t\u00e9 prises pour acc\u00e9l\u00e9rer les travaux en vue du relogement. 40000 logements indignes sont concern\u00e9s. 800 immeubles font l&rsquo;objet d&rsquo;un arr\u00eat\u00e9 de p\u00e9ril dont\u00a0 un quart sont consid\u00e9r\u00e9s comme graves et imminents. En cas de carence des propri\u00e9taires, la municipalit\u00e9 engagera les travaux n\u00e9cessaires aux frais de ces derniers. Apr\u00e8s la visite du pr\u00e9sident Macron la municipalit\u00e9 a adopt\u00e9 un plan \u00e9coles d&rsquo;une ampleur \u00e0 la mesure de la d\u00e9sh\u00e9rence constat\u00e9e. Sur 470 \u00e9coles concernant 80 000 \u00e9l\u00e8ves.174 seront enti\u00e8rement remises \u00e0 neuf, 296 r\u00e9nov\u00e9es. On peut avancer que l&rsquo;ancienne \u00e9quipe municipale a d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment\u00a0 favoris\u00e9 l&rsquo;\u00e9cole priv\u00e9e au d\u00e9triment de l&rsquo;\u00e9cole publique. Pour acc\u00e9l\u00e9rer l&rsquo;\u00e9mergence de solidarit\u00e9 locales face \u00e0 la famine, le nouveau maire a d\u00e9cid\u00e9 de racheter les locaux occup\u00e9s par les salari\u00e9s de l&rsquo;ancien MacDo. Il existe une autre raison importante d&rsquo;accorder un cr\u00e9dit de principe \u00e0 la nouvelle municipalit\u00e9 : 30 ans de gaudinisme apr\u00e8s 33 ans de defferrisme ont marqu\u00e9 fortement cette ville en contribuant \u00e0 son d\u00e9clin. La chute de Gaudin cr\u00e9e une respiration. D&rsquo;accord ou pas d&rsquo;accord avec la municipalit\u00e9, il existe d\u00e9sormais un espace pour penser, activer le changement. En \u00e9tant optimiste face \u00e0 une situation extr\u00eame on peut esp\u00e9rer que la nouvelle \u00e9quipe, bien qu&rsquo;h\u00e9riti\u00e8re d&rsquo;un pass\u00e9 client\u00e9liste, veuille mettre en place une politique pr\u00e9servant les int\u00e9r\u00eats des classes populaires. Les citoyens ont besoin de preuves tangibles avant apporter leur soutien. Les quartiers nord dans leur grande majorit\u00e9 ne se sont pas d\u00e9plac\u00e9s pour voter aux derni\u00e8res \u00e9lections municipales. Ceux qui, contre vents et mar\u00e9es, prennent la parole \u00e0 Marseille doivent prendre conscience qu&rsquo;ils sont le porte-voix des femmes et des hommes de toutes couleurs et cultures qui, depuis l&rsquo;agora grecque jusqu&rsquo;\u00e0 la casbah alg\u00e9rienne, imaginent un vivre ensemble ouvert \u00e0 l&rsquo;autre, un art de vivre o\u00f9 po\u00e9sie et politique ont plaisir \u00e0 se rencontrer devant un arak, un pastis ou un rhum et si possible \u00e0 proximit\u00e9 du stade V\u00e9lodrome o\u00f9 \u00e9volue l&rsquo;OM, v\u00e9ritable creuset et ambassadeur incontest\u00e9 de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Alors raconte Marseille&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il est courant d&rsquo;opposer un\nMarseille Nord \u00e0 un Marseille Sud . D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 les riches civilis\u00e9s mais parfois\nracistes de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 les pauvres objet de racisme. La r\u00e9alit\u00e9 est plus\ncomplexe que cela. Samy Joshua(6) le souligne il existe des ilots villageois au\nNord, des r\u00e9sidences priv\u00e9es, comme de l&rsquo;extr\u00eame pauvret\u00e9 au centre et au sud.\nLa ville n&rsquo;a jamais autant \u00e9t\u00e9 divis\u00e9e, fragment\u00e9e. Une ville qui a \u00e9t\u00e9\nabandonn\u00e9e pendant plus de 30 ans, il y&nbsp;\nforc\u00e9ment des s\u00e9quelles observe Marion Ouazana (7).En parcourant le\nquartier de la Belle de Mai, Karima Berriche (8) se d\u00e9sole. L\u00e0 ont immigr\u00e9 les\nitaliens par forc\u00e9ment bien accept\u00e9s, Aujourd&rsquo;hui, ils ont fui un quartier \u00e0\nl&rsquo;habitat de plus en plus d\u00e9labr\u00e9. Seuls les maghr\u00e9bins d\u00e9sargent\u00e9s sont l\u00e0. La\nquartier est devenu un ghetto, le m\u00e9lange social n&rsquo;existe plus. Seul se d\u00e9veloppe\nl&rsquo;entre-soi. Nul besoin, h\u00e9las, d&rsquo;aller tr\u00e8s loin pour constater que d&rsquo;une rue\n\u00e0 l&rsquo;autre, les odeurs, les accents et m\u00eame la fa\u00e7on de se mouvoir ne sont pas\nles m\u00eames. Depuis plus de 60 ans les politiques municipales ont contribu\u00e9 \u00e0\ncette fragmentation. Dans le cadre bien huil\u00e9 d&rsquo;une politique client\u00e9liste les\nquartiers nord n&rsquo;ont pas d &lsquo;existence \u00e9lectorale, donc ses habitants n&rsquo;existent\npas. Le sociologue Kevin Vacher (9) qui a travaill\u00e9 sur la ville de Naples,\nest&nbsp; frapp\u00e9 par les similitudes existant\nentre cette ville et Marseille. Les deux cit\u00e9s consid\u00e9r\u00e9es \u00e0 grands renforts de\nm\u00e9dias comme violentes et dures sont de fait trait\u00e9es comme des colonies, par\nle pouvoir central. Ironie du sort Il constate que les relations entre\nMarseille et l&rsquo;\u00e9tat sont les m\u00eames que celle que l&rsquo;\u00e9tat colonisateur a\nentretenu avec Alger. Malgr\u00e9 tout, quel que soit le quartier habit\u00e9 la grande\nmajorit\u00e9 des citoyens affirment avec la plus grande sinc\u00e9rit\u00e9 que Marseille est\nleur&nbsp; Pays.\u00a0\u00bb Je suis de\nMarseille\u00a0\u00bb Mohamed Bensaada (10) militant associatif le souligne\n\u00e9galement&#8230;..\u00a0\u00bb il y a une v\u00e9ritable facilit\u00e9 \u00e0 s&rsquo;int\u00e9grer imm\u00e9diatement.\nSi tu aimes cette ville, elle t&rsquo;accepte tout de suite et c&rsquo;est encore mieux si\ntu aimes l&rsquo;OM\u00a0\u00bbComment expliquer la force d&rsquo;un sentiment\ncommunautaire aussi partag\u00e9 que probl\u00e9matique ?&#8230;&nbsp; Rares sont les habitants de cette ville&nbsp; qui sont l\u00e0 depuis plus de deux g\u00e9n\u00e9rations.\nA travers l&rsquo;exil int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur&nbsp;\n\u00ab\u00a0l&rsquo;ailleurs\u00a0\u00bb occupe une place de choix dans la cit\u00e9. Marseille\ndevient donc un port d&rsquo;attache affectif commun \u00e0 tous.&nbsp; Chacun \u00e9tant conscient que cette ouverture\ncommune sur un imaginaire partag\u00e9 est quasiment unique. Kevin Vacher et le\nromancier Hadrien Bels sont d&rsquo;accord Marseille est un mythe. Pour les grincheux\nle mythe est ni plus ni moins qu&rsquo;une illusion, une sorte de poudre aux yeux\nnourrissant les r\u00eaves bas de gamme d&rsquo;un peuple inculte. Pour d&rsquo;autres,\nheureusement plus nombreux ce mythe-l\u00e0 a le souffle et l&rsquo;\u00e9nergie d&rsquo;une histoire\nmultis\u00e9culaire prenant sa source dans le bassin m\u00e9diterran\u00e9en nourrie des\naffrontements et osmoses entre cultures, civilisations&nbsp; et aspirations humaines. Peut-\u00eatre que\nMarseille se raconte des histoires, mais clairement cela signifie que cette\nville a des histoires \u00e0 nous raconter. Histoires qui ne pourront pas forc\u00e9ment\nplaire aux dominants, puisque au bout du compte il s&rsquo;av\u00e8re que la v\u00e9ritable\n\u00e9lite, celle du c\u0153ur, de l&rsquo;esprit et de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 est ici celle du peuple\ntant qu&rsquo;il est en mesure de r\u00e9sister \u00e0 toutes les tentatives tendant \u00e0 le\nd\u00e9cerveler. La bataille est rude, elle le sera de plus en plus. Plut\u00f4t que de\nverser des larmes, saluons joyeusement celles et ceux qui ont l&rsquo;audace de nous\nraconter des histoires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Un\nrap qui raconte Marseille au f\u00e9minin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comment deux jeunes femmes de talent,\nIr\u00e8ne dite Sise Ici et Lansky Namek pourraient-elles se faire entendre sur la\nsc\u00e8ne d\u00e9j\u00e0 encombr\u00e9e du rap marseillais? D\u00e9j\u00e0 en ob\u00e9issant \u00e0 leur propre\nn\u00e9cessit\u00e9. Sise Ici, litt\u00e9ralement, assise ici, c&rsquo;est \u00e0 dire bien situ\u00e9e&nbsp; cite Boris Cyrulnik. \u00a0\u00bb S&rsquo;\u00e9crire se\nraconter, faire un r\u00e9cit de soi \u00e9viterait de souffrir deux fois\u00a0\u00bb En\nprenant de la distance avec elles m\u00eame ces deux jeunes femmes s&#8217;emparent d&rsquo;un\nmoyen d&rsquo;expression de leur g\u00e9n\u00e9ration trop souvent machiste et parfois raciste\net le subvertissent. Ainsi elles expriment&nbsp;\nleur col\u00e8re tr\u00e8s personnelle tout en partageant la r\u00e9volte de tous ceux\nqui refusent de se soumettre. Le 9 F\u00e9vrier 2019, 25 rappeurs organisent une\nsoir\u00e9e d\u00e9di\u00e9e aux huit morts de la rue d&rsquo;Aubagne. Sise Ici assure une\nprestation \u00e0 la mesure de l&rsquo;\u00e9motion de toute une population. (11)<\/p>\n\n\n\n<p>Une pens\u00e9e aux amis,&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>leurs corps.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ta m\u00e9moire elle va\njusqu&rsquo;o\u00f9 ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai s&rsquo;couplet dans\nla gorge<\/p>\n\n\n\n<p>faut\nqu&rsquo;j&rsquo;crache.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Des millions de\nchamps d&rsquo;honneurs pour trois connards&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;appr\u00e9cient les majuscules<\/p>\n\n\n\n<p>Encul\u00e9s !&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La grosse pute de vos\np\u00e8res les chiennes!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On est l\u00e0.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On buttes plus sur\nvos palissades,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On crachera sur vos\ncoeurs<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame r\u00e9fugi\u00e9s au p\u00e8re\nlachaise<\/p>\n\n\n\n<p>Assassins&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>ah ouai \u00e7a t&rsquo;fait\nd&rsquo;la peine!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Y a s&rsquo;gamin\norphelin&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>d&rsquo;ici, l\u00e0, de partout&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>des familles en\ngal\u00e8re ils font rien !&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Monseigneur Gaudin<\/p>\n\n\n\n<p>Monseigneur vaux rien<\/p>\n\n\n\n<p>Nos secteurs vous\nattire tous les touristes<\/p>\n\n\n\n<p>Et vous laissez\npourrir seille-mar<\/p>\n\n\n\n<p>Sous la pression des\nplus riches<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, l&rsquo;adr\u00e9naline est\nsous la pluie<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis quand, deux\nimmeubles tombent sans faire un bruit ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Graffiti-tour \u00e7a fait\ndu fric hein !&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Vous seriez o\u00f9 sans\nles artistes?<\/p>\n\n\n\n<p>Vos putains d&rsquo;airBnB<\/p>\n\n\n\n<p>Seraient gratis<\/p>\n\n\n\n<p>Ici le zoo attire les\nfoules<\/p>\n\n\n\n<p>Y a encore du c\u0153ur en\nsomme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On tient l&rsquo;pav\u00e9 dans\nl&rsquo;\u00e9pave<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;En voil\u00e0 une\nzone en France<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Avec notion du\nvivre ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Vos violences on les\nentend.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Marseille est belle\noui,<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Quel sourire\njustifie un viol en bande ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Monseigneur Gaudin,\net tous ses vaux rien<\/p>\n\n\n\n<p>Partout dans l&rsquo;monde\nMarseille on l&rsquo;aime,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On est\nd&rsquo;partout,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>c&rsquo;est nous l&rsquo;grand\ncentre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On veut un parc en\nlieu et place o\u00f9 ces \u00e2mes sont tomb\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;orange et Bouygues\nn&rsquo;ai pas les gr\u00e2ces<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;y \u00e9riger un d&rsquo;ces\nhame\u00e7ons \u00e0 teu-b\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Attends baille pas!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;J&rsquo;parle pas\nqu&rsquo;en mon nom.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La col\u00e8re est comme\nune ombre<\/p>\n\n\n\n<p>Elle gronde dans les fissures\nqu&rsquo;on laisse grandir en cage d&rsquo;escalier.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nos minots valent\nmieux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Vos gourmandises,\navalent jusqu&rsquo;aux \u00e9coles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Marseille l\u00e8ve\ntoi&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>N&rsquo;esp\u00e8re pas que tout\naille mieux,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>N&rsquo;attend qu&rsquo;la pose\nd&rsquo;un bypass les fassent canner.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une pens\u00e9e aux\npartis,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>leurs c\u0153ur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ta m\u00e9moire elle va\njusqu&rsquo;o\u00f9?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;est ce qu&rsquo;ils\ndeviennent si on se calme ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Incomp\u00e9tants,\ncraignez la basse cours !&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On ne demande qu&rsquo;un\nd\u00e9part et des \u00e9crous.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas m\u00eame une t\u00eate,<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;un cou.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Y a personne au\nbalcon.<\/p>\n\n\n\n<p>Au moins,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;l<strong>&lsquo;Autrichienne avait des couilles !&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&#8230;..Apr\u00e8s\nles grenades lacrymog\u00e8nes tir\u00e9es par la police \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une\nmanifestation&nbsp; des gilets Jaunes le 1er\nd\u00e9cembre. Zineb Redouane, une femme de 80 ans en train se fermer sa fen\u00eatre est\natteinte. Elle d\u00e9c\u00e9dera le lendemain. Les rapports de police concluent \u00e0 un\naccident. Lansky Namek qui rappe \u00ab\u00a0pour que la vie soit musique\u00a0\u00bb \u00e9crit\nFlashball. (1)<\/p>\n\n\n\n<p>La plan\u00e8te enti\u00e8re<br>\nC&rsquo;est pour Zineb et tous les autres<br>\nLes corps inertes sous les coups des cops<br>\nCa se sert les coudes quand ca couche nos potes<br>\nVie de d\u00e9brouille.<br>\nD\u00e9rouille les nobles<br>\nD\u00e9verrouille les portes qu\u2019ils ferment aux n\u00f4tres<br>\nFinis au sol la cause des flashball<br>\nC&rsquo;est pour Zineb et tous les autres<br>\nLes corps inertes sous les coups des cops<br>\nCa se sert les coudes quand ca couche nos potes<br>\nVie de d\u00e9brouille.<br>\nD\u00e9rouille les nobles<br>\nD\u00e9verrouille les portes qu\u2019ils ferment aux n\u00f4tres<br>\nFinis au sol la cause des flashball<br>\nSuffi d&rsquo;une bombe lacrymo qui explose<br>\nD\u2019un flic de son commando qui s&rsquo;expose<br>\nUn titre ,un tir, un flashball<br>\nCes sbire qui font flipper les gosses<br>\nUn bip et la bac nous \u00e9gorge<br>\nQuand penseront ils \u00e0 calmer les forces du d\u00e9sordre<br>\nLes fafs nous alignent\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Les deux jeunes rappeuses sont conscientes que leur art a aussi pour vocation de permettre aux personnes en difficult\u00e9 et en en particulier celles des quartiers populaires de mieux se situer face \u00e0 eux m\u00eames et aux autres. L&rsquo;une et l&rsquo;autre ont\u00a0 ouvert des ateliers o\u00f9 la capacit\u00e9 d&rsquo;expression de chacun est encourag\u00e9e et reconnue. Toutes deux affirment, sans complexe, leur vocation multiple tant sur le plan musical o\u00f9\u00a0 la revendication d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 homme- femme est une n\u00e9cessit\u00e9 que dans leurs diff\u00e9rentes activit\u00e9s. Size Ici est styliste, cr\u00e9atrice de v\u00eatements f\u00e9minins, m\u00e8re de famille, Lansky Namek soutient \u00e0 fond les combats pour la dignit\u00e9 de la femme mais refuse d&rsquo;\u00eatre f\u00e9ministe , elle est aussi une fervente supportrice\u00a0 de l&rsquo;OM et adepte du football. Pour elle, comme pour beaucoup de marseillais, l&rsquo;OM est plus qu&rsquo;une \u00e9quipe de foot. Supporter l&rsquo;OM est\u00a0 une philosophie de vie avec ses r\u00e8gles, ses valeurs, tous les clubs de supporters ont sign\u00e9 une charte antifasciste. L&rsquo;OM est le peuple de Marseille, toutes couleurs confondues, r\u00e9concili\u00e9, capable d&rsquo;exalter la beaut\u00e9 du jeu, pour le plaisir de vibrer ensemble avec l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance de ceux qui ne sont pas uniquement l\u00e0 pour gagner, mais aussi pour rire, se moquer d&rsquo;eux -m\u00eame. L&rsquo;OM aime la musique, le rap et Lansky\u00a0 qui consacre beaucoup de temps \u00e0 son \u00e9quipe et \u00e0 sa promotion a \u00e9t\u00e9 produite par l&rsquo;OM et diffus\u00e9e en plein stade V\u00e9lodrome.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Free style Waddle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>prends pas la t\u00eate \u00e0\nla Boli<br>\nOn vise le r\u00eave \u00e0 la Bowi, Oh oui<br>\nParis saigne j&rsquo;vois leur r\u00e8gne aboli hey<br>\nTous en train de baliser<br>\nMes rats de la plaine en folie<br>\nDescendent en rappel graff de nuit<br>\nSommor Radonjic d\u00e9j\u00e0 sorti<br>\nTous en train d&rsquo;agoniser<br>\nYen a qui joue les Escobar<br>\nJe pr\u00e9f\u00e8re la play \u00e0 la Scoblar hey<br>\nParlent tous de timpes et de dollars<br>\nMais vois leur daronne s&rsquo;alarmer<br>\nSortent des tonnes de bobards<br>\nMais n&rsquo;auront jamais mon art mais<br>\nMon arm\u00e9e est \u00e9toil\u00e9e<br>\nTema je sprinte comme Bouna hey hey<br>\nMarseille pas qu&rsquo;une question de stats<br>\nLe 13 tout entier deviens le stade<br>\nMe dis pas que tas pas vers\u00e9 de larmes<br>\nOn a tous chial\u00e9 devant un putain d&rsquo;aux Armes<br>\nD\u00e9sormais ton mal-\u00eatre je cause<br>\nSauc\u00e9e comme Sauz\u00e9e<br>\nJe pose et dispose des pi\u00e8ces du puzzle<br>\nN.a.m.e.k Extraterrestre comme Waddle<br>\nJ&rsquo;vais pas me cantonner de chantonner<br>\nQuand on a la ferveur<br>\nOn est comme on est \u00e7a leur pend au nez qu&rsquo;ils graillent mon majeur<br>\nJ&rsquo;vais pas me cantonner de chantonner<br>\nCantona la ferveur<br>\nOn est comme on est \u00e7a leur pend au nez qu&rsquo;ils graillent mon majeur<br>\nJe veux voir vibrer les srabs autant que filet sous un but<br>\nOn a voulu me foutre en cage<br>\nComme Barthez, num\u00e9ro une<br>\nRien \u00e0 faire des strass<br>\nJe connais les bails, j\u2019ai l&rsquo;attitude<br>\nJ&rsquo;mets des Payet dans ta life<br>\nIls vont bouffer le bitume<br>\nJe veux voir vibrer les srabs autant que filet sous un but&#8230;&#8230;&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les\nsceptiques&nbsp; parfois borgnes et quelques\nfois born\u00e9s ne manqueront de ricaner&nbsp;\nface \u00e0 ces messes des temps modernes&nbsp;\nincarnant pour eux la ni\u00e8me version des jeux antiques au rituel\nmortif\u00e8re. Cependant loin du pain et des jeux, le peuple de Marseille ne\nrenonce jamais, Il affirme plut\u00f4t sa r\u00e9silience en forme de fraternit\u00e9 joueuse\net joyeuse. Il n&rsquo;est jamais s\u00fbr que le ciel puisse lui&nbsp; tomber sur la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>&nbsp;\u00a0\u00bb\nCinq dans tes yeux\u00a0\u00bb&nbsp; raconte&nbsp; Marseille (3)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Hadrien\nBels est fils de pieds noirs amoureux de litt\u00e9rature et de musique\ncontemporaine. Ils \u00e9migrent \u00e0 Marseille dans les ann\u00e9es 80 et s&rsquo;installent dans\nle Panier, quartier alors tr\u00e8s populaire. Sur les bancs de son \u00e9cole Hadrien\nest le seul&nbsp; blanc. Pas question pour lui\nde fr\u00e9quenter les nantis. Lui est fier d&rsquo;\u00eatre ami avec les enfants du bled. Ils\nlui apprennent la rue, tout ce qui vient de l\u00e0-bas et le font entrer dans la\nmulti- appartenance existentielle et visc\u00e9rale de cette ville. Face \u00e0 ses\ncopains, Hadrien est \u00ab\u00a0un venant\u00a0\u00bb, un&nbsp;\nparachut\u00e9 dans le chaudron de cette ville, qui r\u00eave, comme tous les\nvenants d&rsquo;hier et aujourd&rsquo;hui, d&rsquo;\u00eatre adoub\u00e9, aim\u00e9 par les authentiques\nmarseillais. Pour Hadrien, Marseille trompe son monde. Mythomane elle se\nraconte des histoires. La ville n&rsquo;arr\u00eate pas de se projeter de se raconter sur\nun mode primesautier. On blague, on veut faire croire que l&rsquo;on prend tout \u00e0 la\nl\u00e9g\u00e8re, mais derri\u00e8re cette fa\u00e7ade se cache une profonde m\u00e9lancolie, une\ntristesse. Derri\u00e8re les pagnolades, les romans de Jean-Claude Izzo, le cin\u00e9ma\nde Gu\u00e9diguian, on sent cette douleur. Mais face \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e, on ne va pas\ntout de m\u00eame pas s&rsquo;apitoyer sur son sort. Marseille c&rsquo;est aussi l\u2019Italie et un\nprofond ancrage dans la culture des exil\u00e9s ceux d&rsquo;Alg\u00e9rie et des Comores.\nY-a-t-il une musique plus m\u00e9lancolique que le Ra\u00ef alg\u00e9rien ? Ici on n&rsquo;est pas\ntr\u00e8s loin de Lisbonne et du fado portugais. Marseille raconte des histoires et\n\u00e0 travers les diff\u00e9rentes immigrations, se r\u00e9invente en permanence. De m\u00eame que\nle rap. Cette musique brasse les mots les r\u00e9invente. Ainsi&nbsp; on dit \u00ab\u00a0le sang , le sang \u00ab\u00a0comme on\ndirait mon fr\u00e8re. Les quartiers Nord plut\u00f4t de parler de tirs \u00e0 la kalachnikov\nparlent de \u00ab\u00a0guitariser\u00a0\u00bb. Jul rappeur fran\u00e7ais star, parle arabe,\ncomorien. De cette langue viennent \u00e9galement des expressions comme Mapesa pour\ndire l&rsquo;argent, Kodo pour le bien \u00eatre. Hagar, Hagar&nbsp; est une tr\u00e8s belle expression emprunt\u00e9e \u00e0 la\nlangue alg\u00e9rienne : on ne s&rsquo;attaque pas \u00e0 plus faible que soi. Face \u00e0 ce\nfestival linguistique le po\u00e8te congolais Sony Tabou Lansi, non sans humour a\n\u00e9crit \u00a0\u00bb Dites aux fran\u00e7ais que l&rsquo;on a fait plusieurs fois l&rsquo;amour dans\nleur langue\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Marseille\ndit le romancier fait l&rsquo;amour \u00e0 la langue fran\u00e7aise. La ville lui&nbsp; apporte les parfums et \u00e9motions d&rsquo;autres continents.\nIci la langue fran\u00e7aise a le c\u0153ur qui bat au rythme du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>. &#8230;\nM\u00eame si le creuset, le m\u00e9lange n&rsquo;a plus l&rsquo;ampleur qu&rsquo;il avait dans les ann\u00e9es\n80 \/ 90, il fonctionne encore. Hadrien qui a \u00e9t\u00e9 pendant plus de 15 ans\ncameraman officiant&nbsp; dans les mariages\norientaux a \u00e9t\u00e9 s\u00e9duit par la spontan\u00e9it\u00e9 et la qualit\u00e9 de l&rsquo;accueil qu&rsquo;il\nrecevait de la part des familles, jusqu&rsquo;\u00e0 ne plus savoir s&rsquo;il officiait pour\nl&rsquo;argent ou pour le plaisir. Ayant film\u00e9 des mariages \u00e0 Avignon et \u00e0 Nice&nbsp; il a pu observer qu&rsquo;\u00e0 Marseille le naturel,\nla simplicit\u00e9 et la chaleur humaine \u00e9taient incomparables. Ici le m\u00e9lange de\npopulations \u00e9carte toute tentative d&rsquo;appropriation culturelle. A Marseille\ncontrairement \u00e0 Nice et Avignon les cort\u00e8ges de voitures et scooters qui\naccompagnent les mari\u00e9s t\u00e9moignent d&rsquo;une belle folie. Ils prennent des risques\nmais ne sont pas forc\u00e9s ni violents. Ceux qui couvrent l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement, comme\nHadrien, sont trait\u00e9s comme des membres de la famille. Les lois de\nl&rsquo;hospitalit\u00e9 savent que bien accueillir l&rsquo;autre, c&rsquo;est aussi se respecter\nsoi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>L&rsquo;apr\u00e8s M raconte une nouvelle histoire de la\nville (12)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jour\napr\u00e8s jour, l&rsquo;entreprise multinationale Mc Donald \u00e9crit une histoire mondiale\nde la mal bouffe \u00e0 la lumi\u00e8re d&rsquo;une modernit\u00e9 publicitaire o\u00f9 ce qui est subi :\ncourse contre le temps, uniformit\u00e9, d\u00e9s\u00e9quilibre alimentaire sont revendiqu\u00e9s\ncomme un style de vie valorisant. En coh\u00e9rence avec le produit, les salari\u00e9s du\ngroupe leader du fast food sont corv\u00e9ables et jetables sans garde-fou. Plus de\n90% des restaurants sont tenus par des franchis\u00e9s qui versent des royalties au\ngroupe. On imagine mal&nbsp; que ce mode de\nfonctionnement parfaitement huil\u00e9 puisse \u00eatre mis en \u00e9chec, d&rsquo;autant&nbsp; que gr\u00e2ce \u00e0 la franchise, le groupe Mc Donald\nn&rsquo;a pas \u00e0 prendre en charge les particularismes inh\u00e9rents \u00e0 chaque pays. C&rsquo;est\ndire que le mod\u00e8le est \u00e0 ce point perfectionn\u00e9&nbsp;\nqu&rsquo;il ne g\u00e8re pratiquement que des flux de mati\u00e8res premi\u00e8res et\nd&rsquo;argent. C&rsquo;est dire que le facteur humain, qui objectivement&nbsp; complique tout ,ne tient ici qu&rsquo;une place des\nplus r\u00e9duites. Il en est de m\u00eame de la prise en compte du facteur local. <\/p>\n\n\n\n<p>Les\nadversaires de la malbouffe, comme les opposants \u00e0 un capitalisme d\u00e9sincarn\u00e9\nont pu \u00e0 maintes reprise manifester, s&rsquo;insurger, notamment \u00e0 Millau o\u00f9 en 1999 :\nJos\u00e9 Bov\u00e9 et des agriculteurs membres de la conf\u00e9d\u00e9ration paysanne d\u00e9montaient\nun Mc Do en construction. Rien, jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, n&rsquo;a pu porter atteinte \u00e0 la\ndomination du groupe. Est-il possible qu&rsquo;il en soit autrement ?<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie, au volontarisme&nbsp; des salari\u00e9s du Mc Do de la Busserine- quartiers Nord de Marseille, soutenus par leur environnement local: b\u00e9n\u00e9voles, voisins, associations, etc&#8230;la r\u00e9ponse est positive. La belle histoire commence en 1992. Martine Aubry&nbsp; ministre du travail du gouvernement&nbsp; de Lionel Jospin, propose \u00e0 de grands groupes de s&rsquo;implanter dans des quartiers dits difficiles. L&rsquo;objectif \u00e9tant de cr\u00e9er de l&#8217;emploi local. L&rsquo;accord pass\u00e9 avec McDo offre \u00e0 ce groupe, r\u00e9ductions d&rsquo;imp\u00f4t, subventions en contrepartie de l&rsquo;obligation d&#8217;embaucher des employ\u00e9s issus du voisinage et b\u00e9n\u00e9ficiant de contrats \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e. Cette option permet aux salari\u00e9s prot\u00e9g\u00e9s par leur contrat de travail de se syndiquer et de se battre pour que leurs revendications soient satisfaites. Alors quand en 2019,les avantages offerts par la zone franche tombent, McDo et son franchis\u00e9 d\u00e9cident de mettre le restaurant en liquidation. Les salari\u00e9s refusent de voir leur outil de travail voler en \u00e9clats et occupent les locaux. En pleine pand\u00e9mie, de tr\u00e8s nombreux citoyens des quartiers populaires n&rsquo;ont plus les moyens de se nourrir. Les salari\u00e9s r\u00e9quisitionnent le lieu le transforment en banque alimentaire gr\u00e2ce \u00e0 la solidarit\u00e9 active des habitants et des associations. McDo flaire le danger et propose&nbsp; aux salari\u00e9s de consentir \u00e0 quitter les lieux moyennant des indemnit\u00e9s compensatoires importantes. Tous acceptent \u00e0 une exception pr\u00e8s : Kamel Gu\u00e9mari. Il refuse de laisser acheter sa dignit\u00e9 et de trahir ses compagnons. Des b\u00e9n\u00e9voles viennent le rejoindre. Ensemble ils offriront une poche de r\u00e9sistance prouvant que les citadelles imprenables ne le sont pas quand les citoyens d\u00e9cident de dire non. Ils sont enracin\u00e9s localement tout et d\u00e9veloppent des contacts internationaux de premi\u00e8re main. Les journalistes de grands m\u00e9dias \u00e9trangers comme le New York Times viendront les visiter et eux voyageront dans plusieurs pays, tant pour apprendre des autres que pour se faire connaitre. La nouvelle \u00e9quipe municipale leur viendra en aide et l\u00e9gitimera leur action en proposant \u00e0 McDo de racheter les locaux. Le 19 D\u00e9cembre dernier, la premi\u00e8re pierre symbolique du fast food social a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e en pr\u00e9sence de Jos\u00e9 Bov\u00e9, des grands chefs de Marseille&nbsp; ont cuisin\u00e9 pour eux plus de mille hamburgers. Une coop\u00e9rative d&rsquo;int\u00e9r\u00eat social a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e ainsi qu&rsquo;une SCI \u00ab\u00a0La part du peuple\u00a0\u00bb. Tous les sympathisants o\u00f9 qu&rsquo;ils habitent&nbsp; pourront soit faire un don, soit devenir actionnaires d&rsquo;une entreprise alternative. Actuellement il y a urgence \u00e0 faire des dons pour permettre \u00e0 l&rsquo;Apr\u00e8s M de continuer \u00e0 alimenter une population d\u00e9munie. Le 1er Mai 2022, sera un triple&nbsp; jour de la f\u00eate, celle des travailleurs, de la fin du Ramadan et de l&rsquo;inauguration du fast food social. G\u00e9rard Passedat le chef&nbsp; du prestigieux restaurant \u00ab\u00a0Le Petit Nice\u00a0\u00bb signera les premiers hamburgers. L&rsquo;exemple donn\u00e9 par l&rsquo;Apr\u00e8s M pourrait bien devenir contagieux. D\u00e9j\u00e0 un nouveau restaurant solidaire s&rsquo;est ouvert en plein centre de la ville \u00a0\u00bb Le r\u00e9publique\u00a0\u00bb soutenu par de grands chefs. Il sera ouvert \u00e0 deux types de client\u00e8le. Ceux qui ont les moyens paieront le prix normal, les autres, ce qu&rsquo;ils peuvent. L&rsquo;aventure de l&rsquo;Apr\u00e8s M ne fait que commencer. Toutes les personnes de bonne volont\u00e9 ont avec l&rsquo;apr\u00e8s-M avoir une belle occasion de \u00ab\u00a0supporter\u00a0\u00bb&nbsp;&nbsp; une formidable et courageuse initiative. <strong>https:\/\/www.apresm.org\/vous-engager<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Les morts racontent le racisme aux vivants<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En\n2020, la th\u00e8se soutenue en 2017 par la sociologue Rachida Brahim \u00a0\u00bb la race\ntue deux fois\u00a0\u00bb (13) est devenu un livre. L&rsquo;approche de l&rsquo;auteure est d&rsquo;abord\nfactuelle. Pendant 10 ans elle a consult\u00e9 les archives de la police, de\nl&rsquo;administration, du parlement, des associations , interrog\u00e9 responsables,\npersonnes impliqu\u00e9es. Il en ressort qu&rsquo;\u00e0 travers 731 cas \u00e9tudi\u00e9s en France,\nelle constate que ces crimes-l\u00e0 b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo; une quasi impunit\u00e9: peines\nl\u00e9g\u00e8res, non- lieux. Le droit fran\u00e7ais ne reconnait le mobile raciste que si\ncelui qui commet le crime l&rsquo;accompagne de propos racistes. En clair il est\nvivement conseill\u00e9 aux assassins racistes de fermer leur gueule, ainsi l&rsquo;acte\nrentrera dans la rubrique r\u00e8glements de comptes ou incident malheureux si les\nforces de l&rsquo;ordre sont concern\u00e9es. La logique de fond est redoutable : ceux qui\nne sont pas reconnus en tant que personnes&nbsp;\nhumaines, ceux qui n&rsquo;existent pas, ne peuvent \u00eatre assassin\u00e9s. Les mises\nen garde \u00e9manant de la haute administration sont formelles:&nbsp; ces gens -l\u00e0, en particulier les individus\nvenant d&rsquo;Alg\u00e9rie, sont dangereux, violents, voleurs, Il importe de limiter au\nplus vite leur p\u00e9n\u00e9tration dans le pays, d&rsquo;autant qu&rsquo;ils choisissent de vivre\ndans des conditions insalubres mettant en danger la sant\u00e9 des citoyens\nfran\u00e7ais. D\u00e9noncer le racisme c&rsquo;est mettre en question l&rsquo;ordre social et\npolitique. Dans une soci\u00e9t\u00e9 in\u00e9galitaire o\u00f9 les nantis feront tout pour\nmaintenir leur domination, le racisme met en place des hi\u00e9rarchies justifiant\nles discriminations subies par les classes populaires immigr\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Le\nm\u00e9canisme est fort simple, il suffit de s\u00e9lectionner quelques caract\u00e9ristiques physiques,\n&nbsp;nez, cheveux, v\u00eatements, etc et de leur\nattribuer arbitrairement des comportements jug\u00e9s n\u00e9gatifs, potentiellement\nnuisibles. L&rsquo;opprobre fonctionnera d&rsquo;autant mieux qu&rsquo;il permettra \u00e0 des\nindividus en mal de statut social d&rsquo;affirmer leur supr\u00e9matie face \u00e0 des\ninf\u00e9rieurs. Structurel et syst\u00e9mique ce racisme n&rsquo;est pas seulement historique,\nli\u00e9 \u00e0 l&rsquo;esclavage ou au colonialisme, il perdure dans la p\u00e9riode actuelle\nfonctionnant comme une cl\u00e9 de voute d&rsquo;un pacte social niant avec succ\u00e8s que la\nguerre permanente qui est faite au peuple est une des conditions de sa survie.\nEn apparence l&rsquo;\u00e9tat d\u00e9mocratique qui est le n\u00f4tre a \u00e9dict\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises\ndes lois punissant le racisme. En analysant de plus pr\u00e8s le corpus l\u00e9gislatif\non s&rsquo;aper\u00e7oit que le mobile raciste impliquant de fait une diff\u00e9rence de\ntraitement d&rsquo;un citoyen \u00e0 un autre, est ni\u00e9 , car l&rsquo;universalit\u00e9 que la France\nrevendique ne permet pas d&rsquo;admettre une diff\u00e9rence de traitement entre les\nindividus. Ainsi il est possible de fait de discriminer des groupes sociaux :\nrestriction \u00e0 l&rsquo;immigration,&nbsp; \u00e0\nl&rsquo;admission de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, discriminations dans les politiques de\nlogement et aussi dans les conditions de travail, sans que le droit admette que\nles violences et crimes subis soient en liaison \u00e9troite avec leurs origines\nethniques. Cette n\u00e9gation du racisme en m\u00eame temps que la p\u00e9n\u00e9tration\norchestr\u00e9e des arguments discriminants qui le justifient autorise des individus\net des groupes \u00e0 se d\u00e9fendre&nbsp;\npr\u00e9ventivement contre les envahisseurs, qui doivent \u00eatre \u00e9limin\u00e9s avant\nd&rsquo;avoir commis l&rsquo;irr\u00e9parable. Il n&rsquo;y a donc pas de crime \u00e0 assassiner de futurs\ncriminels.<\/p>\n\n\n\n<p>La\nville de Marseille semble doublement concern\u00e9e par le racisme ambiant.&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>1\/\nHistoriquement apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Alg\u00e9rie plus de 200. 000 pieds noirs\nse sont \u00e9tablis dans le Var et dans la ville, dont bon nombre de membres de\nl&rsquo;OAS amnisti\u00e9s par le pouvoir gaulliste. Ainsi que le souligne Dominique\nManotti dans son magnifique roman policier \u00ab\u00a0Marseille 73&Prime; (14) de\nnombreux policiers ripoux et racistes ont int\u00e9gr\u00e9 la police locale.\u00a0\u00bb Alors\n\u00e0 Marseille les tensions se sont raviv\u00e9es \u00e0 tous les \u00e9chelons de la machine\npolici\u00e8re entre les anciens ma\u00eetres corses et les pr\u00e9tendants pieds noirs, qui\npensent leur heure arriv\u00e9e\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;L&rsquo;ambassade d&rsquo;Alg\u00e9rie en France avance les\nchiffres de 50 morts et 300 bless\u00e9s sur tout le territoire en 1973. A Marseille\napr\u00e8s le meurtre d&rsquo;un chauffeur de bus par un alg\u00e9rien, le 25 Aout 1973, on\ncompte une cinquantaine d&rsquo;agressions et 17morts. Le climat haineux du moment\nest exprim\u00e9 par l&rsquo;\u00e9ditorial&nbsp; du 26 Aout\nde Gabriel Domenech, r\u00e9dacteur en chef du M\u00e9ridional, quotidien d&rsquo;extr\u00eame\ndroite\u00a0\u00bb&#8230; Cet assassin m\u00eame s&rsquo;il est fou (je dirais plus s\u2019il est fou)\nles pouvoirs publics sont encore plus gravement coupables de l&rsquo;avoir laiss\u00e9\np\u00e9n\u00e9trer sur notre territoire. Nous en avons assez. Assez des voleurs\nalg\u00e9riens, assez, assez des casseurs alg\u00e9riens, assez des fanfarons alg\u00e9riens,\nassez des trublions alg\u00e9riens, assez des syphilitiques alg\u00e9riens, assez des\nvioleurs alg\u00e9riens, assez des prox\u00e9n\u00e8tes alg\u00e9riens, assez des fous alg\u00e9riens,\nassez des tueurs alg\u00e9riens. Nous en avons assez de cette immigration sauvage\nqui am\u00e8ne dans notre pays toute une racaille venue\nd&rsquo;outre-M\u00e9diterran\u00e9e&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Un\ndemi-si\u00e8cle plus tard, la haine de l&rsquo;autre et en particulier des immigr\u00e9s n&rsquo;a\npas faibli.<\/p>\n\n\n\n<p>2\/L&rsquo;historien\nAllesi Dell Umbria l&rsquo;affirme (5)\u00a0\u00bb On trouvera peu de villes, En Europe\noccidentale qui aient subi un tel rejet de la part de leurs \u00e9lites et soient\npeupl\u00e9es de gens qui ont fait d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre l&rsquo;exp\u00e9rience du\nm\u00e9pris\u00a0\u00bb ce propos rejoint l&rsquo;analyse faite par Rachida Brahim\u00a0\u00bb Le\nracisme postcolonial est un long d\u00e9sastre qui sait taire sa source. Il puise sa\nforce dans l&rsquo;an\u00e9antissement de notre historicit\u00e9\u00a0\u00bb ( 13)<\/p>\n\n\n\n<p>Le\ndrame est que l&rsquo;histoire est univoque. \u00c9crite, martel\u00e9e par&nbsp; les vainqueurs, elle refuse de prendre en\ncompte la voix des domin\u00e9s. A minima, il serait souhaitable pour tous que\nl&rsquo;histoire soit plurielle, que les r\u00e9cits des uns et des autres puisent\ndialoguer, s&rsquo;affronter. Nous en sommes loin. Le sociologue Kevin Vacher qui est\naussi un militant conscient&nbsp; \u00e9crit\u00a0\u00bb\nQuitte \u00e0 mentir il faut le faire le plus souvent possible. Alors r\u00e9p\u00e9t\u00e9, admis\nplus ou moins \u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9 le mensonge devient v\u00e9rit\u00e9. Il faut juste en avoir\nles moyens\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce constat est \u00e0 rapprocher\u00a0 de la lutte id\u00e9ologique men\u00e9e \u00e0 travers les m\u00e9dias par des intellectuels aux ordres, soutenus par le gouvernement. Ce n&rsquo;est plus le racisme qui est un danger mais l&rsquo;antiracisme. De m\u00eame que sont trait\u00e9s de s\u00e9paratistes tous ceux qui pourfendent les in\u00e9galit\u00e9s, les traitements discriminants vis \u00e0 vis des immigr\u00e9s, des femmes, des homosexuels, etc . La d\u00e9nonciation des islamo-gauchistes, des tenants de la pens\u00e9e woke n&rsquo;est plus seulement le fait de l&rsquo;extr\u00eame droite, la droite toutes tendances confondues a emboit\u00e9 le pas ,confort\u00e9e par des intellectuels pour lesquels Derrida, Foucault, Deleuze, Bourdieu sont des ennemis de la r\u00e9publique et de la pens\u00e9e humaniste.(15)<\/p>\n\n\n\n<p>Faut-il\npour autant d\u00e9sesp\u00e9rer ?&nbsp; Certainement\npas. D&rsquo;autant&nbsp; qu&rsquo;\u00e0 lire \u00ab\u00a0la race\ntue deux fois\u00a0\u00bb(13) et \u00e0 \u00e9couter la conf\u00e9rence faite \u00e0 l&rsquo;intention des\nmorts du racisme par Rachida Brahim se dessine une autre approche vraiment\nstimulante.(16)<\/p>\n\n\n\n<p>Son\ntravail, qui est celui d&rsquo;une chercheuse que l&rsquo;on pourrait \u00e0 priori qualifier\nd&rsquo;intellectuelle critique, va tr\u00e8s au-del\u00e0 &nbsp;du cercle des initi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\nD&rsquo;abord en r\u00e9habilitant la puissance du sentiment et des \u00e9motions. Consciente\nde ses motivations la chercheuse va puiser dans les instants de bonheur et\nbeaut\u00e9 de son enfance sa capacit\u00e9 \u00e0 ne pas admettre l&rsquo;injustice comme une\nfatalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\nElle a ensuite une d\u00e9marche de r\u00e9- union \u00e0 plusieurs niveaux essentiels.<\/p>\n\n\n\n<p>. La\nsociologue est aussi une officiante, une chamane. Son sens du sacr\u00e9 am\u00e8ne \u00e0\ntracer un chemin entre les vivants et les morts afin que ces derniers puissent\ntrouver la paix d&rsquo;une s\u00e9pulture en sachant pourquoi et comment ils en sont\narriv\u00e9s l\u00e0. La chercheuse, apportant la preuve factuelle qu&rsquo;il existe un racisme\nstructurel et syst\u00e9mique, peut -elle \u00eatre qualifi\u00e9e de radicale, en clair de\ndangereuse extr\u00e9miste ? Certainement pas, sauf par ceux pour lesquels\nl&rsquo;antiracisme est le mal incarn\u00e9. I l y a l\u00e0 un contresens absolu. La recherche\nde la v\u00e9rit\u00e9 historique permet, post mortem, de rendre justice &nbsp;\u00e0 tous ceux qui ont perdu la vie&nbsp; pour la seule raison qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient pas\nblancs. Leur donner une s\u00e9pulture est un acte d&rsquo;humanit\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire, un acte\nde paix. Paix avec les morts, paix avec les vivants de toutes opinions. Les\ns\u00e9paratistes ne sont pas ceux que le pouvoir&nbsp;\noffre \u00e0 la vindicte populaire, mais plut\u00f4t ceux qui d\u00e9fendent le\nmaintien des in\u00e9galit\u00e9s sous un &nbsp;voile\nid\u00e9ologique qui leur sert d&rsquo;alibi.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; La\nlogique cart\u00e9sienne et capitaliste a cr\u00e9\u00e9 des cat\u00e9gories s\u00e9parant le min\u00e9ral,\nle v\u00e9g\u00e9tal et l&rsquo;humain. L&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;enfance son \u00e9blouissement, ses\ninstants de gr\u00e2ce finissent par \u00eatre oubli\u00e9s. R\u00e9sister au matraquage\nid\u00e9ologique ambiant (15) devrait&nbsp; \u00e0\ncontrario nous amener \u00e0 partager joie, gr\u00e2ce et beaut\u00e9 avec le plus de monde\npossible, plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 pleurer o\u00f9 faire semblant de croire que ceux qui ont les\nmoyens de r\u00e9fl\u00e9chir d\u00e9tiennent la v\u00e9rit\u00e9. L&rsquo;\u00e9cologie humaine est sans doute l\u00e0.\nDominer la nature et les peuples est un refus de la vie vivante. Marseille ville\nde la r\u00e9sistance aux tyrans et de l&rsquo;ouverture aux cultures des autres,&nbsp; devrait , encore une fois, affirmer sa\nsingularit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>M\u00e8res de tous les vivants et survivants<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour elles il n&rsquo;existe qu&rsquo;une seule race, celle de\nl&rsquo;humanit\u00e9. Elles portent les enfants du\nmonde dans leur ventre. Quelle que soit leur couleur, leur nationalit\u00e9. Quand\nelles les hissent sur leurs \u00e9paules, c&rsquo;est pour qu&rsquo;ils voient plus grand, plus\nhaut sans jamais oublier que c&rsquo;est la terre nourrici\u00e8re qui porte leurs pas.\nQuand elles leur ouvrent leurs bras, c&rsquo;est bien s\u00fbr pour la tendresse, la\nconsolation, mais surtout pour qu&rsquo;ils puissent r\u00e9sister au m\u00e9pris qui ne cesse\nde se r\u00e9pandre. Ces femmes savent de toute \u00e9ternit\u00e9 que c&rsquo;est en donnant sans\nretenue qu&rsquo;elles seront vraiment elles-m\u00eames. Elles sont assez puissantes&nbsp; pour se sentir grandir dans le regard de\nl&rsquo;autre sans avoir besoin de dissimuler leur vuln\u00e9rabilit\u00e9. Elles sont des\nforteresses ouvertes \u00e0 toutes les prises de risque, en osmose avec une culture\nm\u00e9diterran\u00e9enne qui a su enraciner sa mythologie dans le quotidien des\nhabitants de la ville. <\/p>\n\n\n\n<p>Les\nunes ont h\u00e9rit\u00e9 de la culture des femmes alg\u00e9riennes vivant dans les douars.\nAinsi que les \u00e9voque Franz Fanon\u00a0\u00bb La femme est aussi l\u2019\u00eatre qui est \u00e9tranger \u00e0 l\u2019origine,\net que l\u2019on a introduit sous son toit. C\u2019est\nl\u2019\u00eatre qui repr\u00e9sente le monde, les autres, l\u2019inconnu. Sa\nsituation est ambig\u00fce : d\u2019une part, c\u2019est celle qui est soumise et de l\u2019autre,\nc\u2019est celle qui fait \u00e9chec au pouvoir de l\u2019homme. La femme participe de l\u2019occulte, elle est en relation avec un monde qui\nd\u00e9route l\u2019homme, elle connait bien des\nsecrets&#8230;\u00a0\u00bb (17) Cette vision de la femme \u00e0 laquelle l\u2019Italie et d&rsquo;autres\npays du sud participent \u00e9galement pourrait paraitre d&rsquo;un autre \u00e2ge si elle se\nlimitait \u00e0 la cellule familiale, mais ici il y a sublimation, ces femmes ont\nd\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;\u00eatre les protectrices de tous ceux, qui au sein de la soci\u00e9t\u00e9 ont\nbesoin de leur aide pour survivre. J&rsquo;ai eu le bonheur, depuis 2015, \u00e0 la faveur\nde plusieurs reportages effectu\u00e9s \u00e0 Marseille d&rsquo;en rencontrer quelques -unes.\nMon approche n&rsquo;est en rien scientifique. Je parle seulement de mon ressenti, de\nma conviction : l\u2019\u00e9thique quand elle a le bonheur de pouvoir s&rsquo;incarner dans\ndes \u00eatres de feu et de sang, dispose d&rsquo;un pouvoir de contagion exceptionnel\nproche de la mystique. Ces femmes, Andr\u00e9e, Fatima, Francesca, Leila, Karima,\nMuriel, Rachida offrent \u00e0 la politique une chair autant qu&rsquo;une lumi\u00e8re lui\nredonnant puissance et go\u00fbt. D&rsquo;autres que moi, qui ont une connaissance plus\nfine de la ville, pourraient opportun\u00e9ment rajouter d&rsquo;autres noms, mais d\u00e9j\u00e0\nceux qui ont visit\u00e9 ou visiteront l&rsquo;association et centre de recherche Act,(18)\nle Centre social Frais Vallon (19, l&rsquo;association \u00ab\u00a0Avec nous\u00a0\u00bb(20), la\nlibrairie-\u00e9dition Transit,(21) le th\u00e9\u00e2tre du Zef (22) pourront en t\u00e9moigner.\nPlus que jamais le militantisme a besoin d&rsquo;un \u00e9lan o\u00f9 la joie et le plaisir de\npartager doivent trouver leur place.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Raconter pour ne jamais conclure<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une ville qui se r\u00e9invente sans cesse est une sorte de cadeau permanent offert \u00e0 tous ceux qui sont assez g\u00e9n\u00e9reux pour s&rsquo;en saisir.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque voyage \u00e0 Marseille, chaque reportage a un go\u00fbt de\n\u00ab\u00a0revenez-y\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Trop souvent, ce qui a un caract\u00e8re local est oppos\u00e9 \u00e0 une rationalit\u00e9 nationale ou internationale. Marseille, de par son histoire est autant un pays qu&rsquo;une ville. Sa sp\u00e9cificit\u00e9 n&rsquo;est plus \u00e0 d\u00e9montrer. Est-ce parce qu&rsquo;elle a encore l&rsquo;audace de vouloir \u00eatre elle- m\u00eame, qu&rsquo;elle est \u00e9galement une sorte de laboratoire nous permettant de mesurer, ressentir \u00e0 une \u00e9chelle encore humaine ce que le monde pourrait devenir ?<\/p>\n\n\n\n<p>Vraisemblablement oui. En contrepoint, un pass\u00e9 r\u00e9cent comme lointain autoriserait \u00e0 mettre en avant toutes les difficult\u00e9s et p\u00e9rils qui menacent cette ville. Nous en sommes plus que conscients. Si nous n&rsquo;avons pas emprunt\u00e9 ce chemin, ce n&rsquo;est pas pour minimiser les probl\u00e8mes r\u00e9els que la cit\u00e9 doit affronter. Le pari serait plut\u00f4t d&rsquo;encourager dans leur action tous ceux qui se battent pour la dignit\u00e9 du peuple, pour la justice sociale et le d\u00e9veloppement d&rsquo;un imaginaire haut en couleurs. La lumi\u00e8re et la joie que nous avons d\u00e9cel\u00e9 chez nos interlocuteurs nous am\u00e8ne \u00e0 \u00ab\u00a0guitariser\u00a0\u00bb toutes formes de d\u00e9couragement. La nouvelle \u00e9quipe municipale pourrait bien \u00eatre porteuse d&rsquo;une nouvelle donne. C&rsquo;est sans doute aux citoyens, par leur mobilisation \u00e0 s&rsquo;assurer qu&rsquo;ils ne seront pas trahis. Tout est possible \u00e0 Marseille et pas seulement le pire. L&rsquo;\u00e9nergie rencontr\u00e9e ici est une promesse de vie ins\u00e9parable de l&rsquo;\u00e9motion ressentie. Marseille Respect.<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7ois Bernheim<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Merci<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Merci infiniment \u00e0 toutes les belles personnes qui ont\npris la parole, m&rsquo;ont aid\u00e9 de leurs avis et conseils. Merci et respect pour :\nAndr\u00e9e Antolini, Hadrien Bels, Mohamed Bensaada, Arielle Bernheim, Karima\nBerriche, Fathi Bouaroua, Rachida Brahim, Alain Castan, Jean- Pierre Cavali\u00e9,\nKamel Gu\u00e9mari, Fr\u00e9d\u00e9rique Gu\u00e9tat Liviani, Claire et Serge Seban Haguenauer,\nMarion Ibanez, Samy Johsua, Annie Kerani, Lanski Namek,Dominique Manotti,\nMuriel Modr, Fatima Most\u00e9faoui, Marion Ouazana, Francesca Poloniato, Sise Ici,\nLeila Tadros, Kevin Vacher, Julien Valnet .<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>(1) Lansky Namek&nbsp; site :\nhttps:\/\/www.lanskynamek.com\/<\/p>\n\n\n\n<p>interviews : je tente de faire la\ncritique de la soci\u00e9t\u00e9 et&#8230; &#8230;https:\/\/madamerap.com \u203a 2019\/12\/17 \u203a <\/p>\n\n\n\n<p>T&rsquo;avais jamais entendu de rap de meufs? &#8211; Lansky Namek\n&#8230;https:\/\/www.radiohdr.net \u203a 2021\/02\/04 <\/p>\n\n\n\n<p>2) Sise Ici<\/p>\n\n\n\n<p>youtube.com\/channel\/UCaspP5IF5Awa0WiwnCKjP9QAuteure\/Interpr\u00e8te\nhttps:\/\/soundcloud.com\/user-373781711et Cr\u00e9atrice de V\u00eatements\nhttps:\/\/sise-ici.comPr\u00e9c\u00e9demment Membre du Groupe BALKANIE https:\/\/www.youtu&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>(3) \u00a0\u00bb Cinq dans tes yeux\u00a0\u00bb Roman d&rsquo;Hadrien\nBels \u00e9ditions Iconoclaste 2020 &#8211; Pocket 2022<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4<\/strong>) Pr\u00e9c\u00e9dents reportages sur Marseille:Marseille La ville \u00e0 abattre blogs.mediapart.fr\/francois-bernheim\/blog\/070416\/marseille-la-ville-abattre.<\/p>\n\n\n\n<p>Marseille Soleils\ncafaitdesordre.com\/blog\/2017\/07\/marseille-soleils<\/p>\n\n\n\n<p>Marseille trop vivante cafaitdesordre.com\/blog\/2018\/08\/marseille-trop-vivante-2<\/p>\n\n\n\n<p>(5)Al\u00e9ssi Dell&rsquo; Umbria : Histoire universelle de\nMarseille &#8211; de l&rsquo;an mil \u00e0 l&rsquo;an deux mille -\u00e9ditions Agone 2014<\/p>\n\n\n\n<p>6) Samy Johsua\nblogs.mediapart.fr\/samy-johsua\/blog<\/p>\n\n\n\n<p>7) Marion Ouazana AkDmia del Tango&nbsp; studio de danse .Anime le Glap : Arts et\npatrimoine de la ville de Marseille.<\/p>\n\n\n\n<p>(8) Karima Berriche militante associative -.Act. voir\nnote 4 pr\u00e9c\u00e9dents reportages, nt Marseille la ville \u00e0 abattre.<\/p>\n\n\n\n<p>(9) Kevin vacher:\nhttps:\/\/blogs.mediapart.fr\/kevin-vacher\/blog<\/p>\n\n\n\n<p>marsactu.fr\/kevin-vacher-depuis-trop-longtemps-les-habitants-subissent-le-<\/p>\n\n\n\n<p>(10) Mohamed Bensaada blogs.mediapart.fr\/bensaada-mohamed- Militant syndicat\ndes quartiers populaires de Marseille- SQPM<\/p>\n\n\n\n<p>(11) Sise Ici Le 9 F\u00e9vier 2019&nbsp; Solidarit\u00e9 Noailles-Tous enfants de Marseille\nsoir\u00e9e d&rsquo;hommage aux huit morts des immeubles effondr\u00e9s de la rue d&rsquo;Aubagne https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=hnsLQUln5JM&amp;t=21s<\/p>\n\n\n\n<p>(12) L&rsquo;apr\u00e8s M , voir pr\u00e9c\u00e9dent article du 30 Novembre\n2021ttps:\/\/blogs.mediapart.fr\/francois-bernheim\/blog\/301121\/lapres-m-entrepreneur-de-vies-debout<\/p>\n\n\n\n<p>( 13) Rachida Brahim \u00ab\u00a0La race tue deux fois\u00a0\u00bb\n\u00e9ditions Syllepse d\u00e9cembre 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>(14) Dominique Manotti&nbsp;\n\u00a0\u00bb Marseille 73&Prime; \u00e9ditions les Ar\u00e8nes 2020<\/p>\n\n\n\n<p>(15) Les 7 et 8 Janvier 2022 Un colloque\n\u00ab\u00a0Anti&nbsp; Woke \u00ab\u00a0s&rsquo;est tenu \u00e0 la\nSorbonne\u00ab&nbsp;Apr\u00e8s la d\u00e9construction&nbsp;: reconstruire les sciences et la\nculture&nbsp;\u00bb Il a \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9 par J-M Blanquer qui souhaite d\u00e9construire la\nd\u00e9construction. Apr\u00e8s la campagne contre l&rsquo;islamo-gauchisme on peut voir l\u00e0 un\nnouvel \u00e9pisode d&rsquo;une guerre culturelle et id\u00e9ologique visant \u00e0 discr\u00e9diter les\ncourants de pens\u00e9e et mouvements qui pourraient s\u00e9duire les nouvelles\ng\u00e9n\u00e9rations. Le livre de Luc Ferry et Alain Renaut \u00ab\u00a0la pens\u00e9e de\n68\u00a0\u00bb&nbsp; pourrait bien \u00eatre la\nbible&nbsp; de tous ceux qui s&rsquo;opposent&nbsp; aux penseurs antiautoritaires issus des\nann\u00e9es 70.<\/p>\n\n\n\n<p>(16)&nbsp; A la\nsortie de son livre \u00a0\u00bb La race tue deux fois\u00a0\u00bb Rachida Brahim a\ntenu&nbsp; une conf\u00e9rence \u00e0 la biblioth\u00e8que de\nl&rsquo;Alcazar sur l&rsquo;histoire des crimes racistes en France de 1970 \u00e0 2000. Devant\nune salle vide, pand\u00e9mie oblige, la sociologue s&rsquo;adresse aux morts comme aux\nvivants derri\u00e8re leurs \u00e9crans. Au-del\u00e0 de l&rsquo;\u00e9tude factuelle elle donne les\ncl\u00e9s&nbsp; aussi stimulantes qu&rsquo;\u00e9mouvantes de\nson implication. https:\/\/www.approches.fr\/la-race-tue-deux-fois-conference-en-ligne-de-rachida-brahim-avec-lalcazar\/<\/p>\n\n\n\n<p>(17)Frantz Fanon ( 1925\/ 1961) \u00ab\u00a0\u00c9crits sur\nl&rsquo;ali\u00e9nation et la libert\u00e9\u00a0\u00bb \u00c9ditions de la D\u00e9couverte 2015<\/p>\n\n\n\n<p>(18) ACT- Approches Cultures Territoires est\nun centre de ressources, de formation et de recherches cliniques qui accompagne\nles citoyens ainsi que les acteurs publics et priv\u00e9s qui souhaitent comprendre\nle ph\u00e9nom\u00e8ne migratoire et agir en faveur de la justice sociale.\nhttps:\/\/www.approches.fr\/<\/p>\n\n\n\n<p>(19) Centre social Frais Vallon <a href=\"http:\/\/www.centresocialfraisvallon.org\/\">www.centresocialfraisvallon.org<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>( 20) Association \u00a0\u00bb\nhttps:\/\/avec-nous.org\/notre-histoire\/<\/p>\n\n\n\n<p>(21) Librairie- \u00e9ditions Transit La courte\n\u00e9chelle<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e9ditions :&nbsp;&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.courtechel-transit.org\/\">https:\/\/www.courtechel-transit.org\/<\/a> &#8211;&nbsp;\nLibraire :&nbsp; <a href=\"https:\/\/transit-librairie.org\/\">https:\/\/transit-librairie.org\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Autres\nouvrages consult\u00e9s Pour ce reportage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\nPaul Lombard Dictionnaire amoureux de Marseille \u00e9ditions Plon 2008<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;\nPhilippe Pujol La chute du monstre Editions du Seuil &#8211; collection Points&nbsp; 2021<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Extraits des pr\u00e9c\u00e9dents reportages mettant en\navant des personnes cit\u00e9es sous la rubrique : M\u00e8res de tous les vivants et\nsurvivants<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>2015<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Karima\nBerriche, militante associative<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Elle\nest n\u00e9e le 5 mars 1961 aux Pennes Mirabeau. Son p\u00e8re, paysan analphab\u00e8te, est\nvenu d\u2019Alg\u00e9rie \u00ab reconstruire \u00bb la France en 1947. Il a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 comme\nman\u0153uvre. Il mangeait un jour sur deux. Militant du FLN, il \u00e9coutait Radio\nLondres, Radio le Caire, il \u00e9tait au fait de la situation mondiale et des\nmouvements \u00e9mergents. C\u2019est de lui que Karima a re\u00e7u sa premi\u00e8re formation\npolitique. Elle a la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Son p\u00e8re prend la nationalit\u00e9\nalg\u00e9rienne, tout comme ses enfants. La famille vit dans l\u2019espoir du retour en\nAlg\u00e9rie. Karima doit faire des \u00e9tudes pour&nbsp;\nd\u00e9 -confisquer la r\u00e9volution.&nbsp;\nPremier s\u00e9jour en Alg\u00e9rie \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 24 ans. Le choc est terrible.\nL\u00e0-bas, elle s\u2019est sentie fran\u00e7aise. Six mois plus tard, elle demande la nationalit\u00e9\nfran\u00e7aise. Elle ne cessera de faire des rencontres importantes : professeur de\nfran\u00e7ais, professeur d\u2019\u00e9conomie\u2026 Inscrite \u00e0 la fac de socio en 80, elle habite\nla cit\u00e9 des Gazelles, l\u00e0 o\u00f9 r\u00e9sident les jeunes politis\u00e9s du tiers- monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Les\nd\u00e9bats sont permanents. Plus tard, elle suivra l\u2019enseignement du sociologue\nMichel Anselme, le p\u00e8re de la politique de la ville, passionn\u00e9 par l\u2019\u00e9tude du\nterrain et fin observateur des mutations en cours. L\u2019homme est sensible, joyeux\net amoureux de l\u2019OM. Karima habite la ZUP n\u00b01 de Marseille, le quartier du\nGrand Saint Barth\u00e9lemy. L\u2019effervescence associative est tr\u00e8s forte au milieu\ndes ann\u00e9es 70. Les principaux acteurs peuvent \u00eatre d\u2019anciens r\u00e9sistants, des\nmilitants du PC, de la jeunesse catholique et de l\u2019extr\u00eame-gauche. Le nouveau\ncheval de bataille de ces mouvements sera l\u2019am\u00e9lioration du cadre de vie.\nL\u2019organisation scolaire propos\u00e9e mettra le feu aux poudres. Les classes sont\nmodul\u00e9es en fonction des normes nationales sans tenir compte de la d\u00e9mographie\nlocale. Certains enfants iront en classe le matin et d\u2019autres l\u2019apr\u00e8s-midi. A\nla faveur de cette mobilisation, les habitants vont imposer la concertation\nconcernant leur cadre de vie. Il exigent des \u00e9quipement socio-culturels et\nsportifs. A l\u2019\u00e9poque, il \u00e9tait courant que les partis de gauche veuillent faire\nle bonheur des gens sans leur demander leur avis.<\/p>\n\n\n\n<p>Fin\ndes ann\u00e9es 70, changement de population dans les cit\u00e9s, la classe moyenne\nacc\u00e8de \u00e0 la copropri\u00e9t\u00e9, les bailleurs sociaux ouvrent leur parc \u00e0 des familles\nalg\u00e9riennes venant du bidonville du Grand Saint Barth\u00e9lemy, \u00e0 des rapatri\u00e9s d\u2019Alg\u00e9rie\net aux mal log\u00e9s du centre-ville. A l\u2019\u00e9poque on a jug\u00e9 que les Alg\u00e9riens\ndevaient passer par des cit\u00e9s de transit avant d\u2019acc\u00e9der aux HLM. Ainsi des\nfamilles de sept personnes ou plus furent log\u00e9es dans des appartements pr\u00e9vus\npour deux personnes. Construits avec de mauvais mat\u00e9riaux, ces logements\n\u00e9taient pr\u00e9vus pour cinq ans. La plupart des familles y rest\u00e8rent quinze \u00e0\nvingt-cinq ans. Il fallait sans doute \u00e9viter que les Alg\u00e9riens rencontrent les\npieds noirs ! C\u2019est ici que toute une g\u00e9n\u00e9ration a fait l\u2019exp\u00e9rience de ce\nqu\u2019\u00e9tait la discrimination, la rel\u00e9gation. En prime, le ch\u00f4mage et les drogues\ndures.<\/p>\n\n\n\n<p>Les\nann\u00e9es 80 sont des ann\u00e9es noires. Le ch\u00f4mage touche durement les enfants des\nimmigr\u00e9s et les drogues dures font leur apparition dans les quartiers.\nOverdoses, Sida, suicides ravagent une g\u00e9n\u00e9ration. Toutes les familles sont\ntouch\u00e9es. Karima aura un cousin trafiquant qui succombera \u00e0 un r\u00e8glement de\ncomptes. Son fr\u00e8re, consommateur d\u2019h\u00e9ro\u00efne et d\u00e9pressif, se suicidera \u00e0 23 ans.\nEn 1983, la jeunesse des quartiers est mobilis\u00e9e, c\u2019est la grande marche pour\nl\u2019\u00e9galit\u00e9 et contre le racisme. Fran\u00e7ois Mitterrand anticipe-t-il un\nsoul\u00e8vement possible des quartiers ? Il sort de son chapeau SOS Racisme, une\nr\u00e9ponse morale \u00e0 un mouvement pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 \u00e9conomique, sociale. Mais le\nsucc\u00e8s est au rendez-vous. Les jeunes s\u2019entassent dans des cars qui les\nemm\u00e8nent \u00e0 des concerts gratuits de Bruce Springsteen et autres pointures. Les\nmoyens et la couverture m\u00e9diatique sont \u00e9normes. Vingt ans de promesses non tenues.\nLa mont\u00e9e du Front National sert d\u2019\u00e9pouvantail. Aujourd\u2019hui, cela ne fonctionne\nplus. Le Front a pris une mairie de secteur avec 18 % des inscrits. La\nsituation des jeunes s\u2019est tellement d\u00e9grad\u00e9e qu\u2019ils ne voient pas comment cela\npourrait aller plus mal avec le Front au pouvoir. Le pire, ils croient d\u00e9j\u00e0 le\nvivre. Autre ph\u00e9nom\u00e8ne pr\u00e9occupant : des jeunes ne vont pas voter parce que\nl\u2019Islam le leur interdit. Quelle est cette d\u00e9mocratie qui fonctionne de fa\u00e7on\nsi in\u00e9gale ? Les attentats de janvier 2015 \u00e0 Paris ont \u00e9t\u00e9 une horreur, mais\nqui a manifest\u00e9 sa solidarit\u00e9 avec les d\u00e9mocrates alg\u00e9riens pers\u00e9cut\u00e9s,\nmassacr\u00e9s lors de la d\u00e9cennie noire ?<\/p>\n\n\n\n<p>En\n2003, les jeunes, en majorit\u00e9 de classe moyenne, manifestaient pour un monde\nmeilleur sur le Plateau du Larzac. Combien ont manifest\u00e9 leur solidarit\u00e9 avec\nles \u00e9meutiers de banlieue en 2005 ? C\u2019est \u00e0 croire que la gauche fran\u00e7aise a\nint\u00e9gr\u00e9 tous les clich\u00e9s de la classe dominante vis-\u00e0-vis de la jeunesse issue\nde la p\u00e9riode postcoloniale.<\/p>\n\n\n\n<p>Karima\nBerriche conna\u00eet l\u2019importance du symbolique. Sous Mitterrand, il y avait au\nmoins la figure tut\u00e9laire de Robert Badinter et sa loi contre la peine de mort.\nAujourd\u2019hui, rien. Pas de figure charismatique suscitant admiration, \u00e9motion,\nenthousiasme. Aucune mesure, aucune loi laissant supposer \u00e0 une jeunesse en\nd\u00e9rive que son existence n\u2019est pas totalement ni\u00e9e. Le projet de loi socialiste\nsur le vote des \u00e9trangers aux \u00e9lections locales aurait pu aller dans ce sens.\nIl a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 autant de fois qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 mis en avant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Francesca&nbsp;\nPoloniato&nbsp; th\u00e9\u00e2tre du Zef ( ex\nMerlan)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sc\u00e8ne\nnationale situ\u00e9e dans le quartier de Saint Barth\u00e9lemy (14\u00e8me).<\/p>\n\n\n\n<p>La\npopulation de ce quartier est de plus de 18 000 habitants. Le revenu annuel par\nhabitant est de 16 300\u20ac Plus de 60 % des logements sont des cit\u00e9s HLM.\nFrancesca Poloniato dirige ce th\u00e9\u00e2tre depuis moins d\u2019un an. Avant d\u2019assumer des\nresponsabilit\u00e9s culturelles, elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9ducatrice sp\u00e9cialis\u00e9e. Depuis qu\u2019elle\ndirige le Merlan, elle a pris le temps de rencontrer tous ses voisins au\nth\u00e9\u00e2tre comme chez eux. Elle conna\u00eet les difficult\u00e9s de chacun et de tous; qui\nveulent s\u2019en sortir et ne s\u2019en sortent pas toujours. Elle sait aussi que\nbeaucoup d\u2019enfants ne vont pas \u00e0 l\u2019\u00e9cole. A quoi bon ? Malgr\u00e9 tout, l\u2019\u00e9nergie\nest l\u00e0, une formidable capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper des tr\u00e9sors de d\u00e9brouillardise,\nd\u2019intelligence pour rester debout. Avant m\u00eame de pr\u00e9tendre en faire des\nspectateurs, elle les traite en individus qui, \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec bien d\u2019autres,\nm\u00e9ritent sa consid\u00e9ration. Au printemps 2014, un membre de son \u00e9quipe lui\ndemande de recevoir sans tarder un homme qui veut absolument la voir. Malgr\u00e9 un\nemploi du temps charg\u00e9, elle accepte.Il se nomme Hassan Ben Mohamed, il a une\nquarantaine d\u2019ann\u00e9es, il est policier et surtout le fr\u00e8re de Lahouri Ben\nMohamed, assassin\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 17 ans par un policier qui a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 10\nmois de prison, dont 4 avec sursis. Hassan a men\u00e9 sa propre enqu\u00eate, en hommage\n\u00e0 son fr\u00e8re. Il en a tir\u00e9 un livre, \u00ab&nbsp; la\ng\u00e2chette facile \u00bb , et souhaiterait louer une salle du th\u00e9\u00e2tre pour le pr\u00e9senter.\nDe fait, le th\u00e9\u00e2tre prendra part \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement, une pi\u00e8ce sera jou\u00e9e, des\nd\u00e9bats organis\u00e9s. Le 18 octobre 2014, pour la premi\u00e8re fois depuis 30 ans, une\nprise de parole publique viendra rendre justice \u00e0 l\u2019adolescent assassin\u00e9 et \u00e0\nsa famille. Les jeunes des cit\u00e9s et leurs familles ne sont pas pr\u00e8s de\nl\u2019oublier. Ils sont bien chez eux dans cette maison qui reconna\u00eet leur\nhumanit\u00e9. Trois mots, pr\u00e9sence, ouverture, partage, sont le credo de Francesca\nPoloniato. Sans complexe, elle entend que les r\u00e8gles de son \u00e9tablissement\nsoient respect\u00e9es. Les jeunes peuvent jouer dans des pi\u00e8ces, suivre des\nateliers ; en \u00e9change, elle leur demande d\u2019assister aux spectacles. Il est\nimportant pour elle de savoir \u00ab dealer \u00bb la relation. Les jeunes vivent la\nchose moins comme une obligation que comme une marque de consid\u00e9ration.\u00a0\u00bb\nAttention, si je ne viens pas, elle me tue\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2016<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Muriel Modr<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019artiste\nplasticienne Muriel Modr, avec la participation des femmes de l\u2019association\nContacts de Gardanne et du centre Agora du quartier de la Busserine, a con\u00e7u un\nprojet artistique, \u00ab Diwan des mots voyag\u00e9s \u00bb( La courte \u00e9chelle.\u00e9ditions\ntransit) . A travers une s\u00e9rie de rencontres, conversations \u00e0 br\u00fble-pourpoint,\nrituels du quotidien, les femmes venant du Maghreb, d\u2019Andalousie, du\nMoyen-Orient, de M\u00e9sopotamie, de Perse, d\u2019Arabie, d\u2019Inde, retrouvent la trace\nd\u2019un pass\u00e9 qu\u2019elles croyaient enfoui \u00e0 jamais. Un mot en appelle un autre.\nRicochets, chass\u00e9s crois\u00e9s dans un contexte bienveillant, r\u00e9activent une\nm\u00e9moire seulement mise entre parenth\u00e8ses. Le jeu fait sourire, rire.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis\nartichaut jusqu\u2019\u00e0 chardon, le mot entra\u00eene le projet de cuisiner ensemble un\nplat coutumier pour f\u00eater le printemps\u2026 Artichaut, du lombard articiocco,\nlui-m\u00eame issu de l\u2019arabe Ardi chouki, l\u2019\u00e9pineux terrestre , par l\u2019espagnol\nalcachofa et l\u2019italien carciofo \u00bb\u2026 Elles ne sont pas des linguistes\nchevronn\u00e9es, mais d\u00e9couvrent qu\u2019elles savent beaucoup plus de choses qu\u2019elles\nne pensaient. Ces mots qui ont tant voyag\u00e9 sont cartographi\u00e9s, dessin\u00e9s. Ils\nv\u00e9hiculent la vie vivante, celle qui fait qu\u2019au bout du compte, on peut avec\nravissement d\u00e9couvrir qu\u2019il n\u2019y a pas de meilleur expert de sa propre existence\nque soi-m\u00eame naviguant entre les mailles d\u2019un tissu ami. Diwan, au seizi\u00e8me\nsi\u00e8cle, est en persan un \u00e9crivain, un po\u00e8te ; plus tard en Turquie un bureau administratif,\nun conseil gouvernemental. A partir du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, le diwan est le\nsi\u00e8ge allong\u00e9 se trouvant dans la salle. Ici, l\u2019artiste ne fait pas du social,\nmais c\u2019est plut\u00f4t la soci\u00e9t\u00e9, quel que soit son bagage acad\u00e9mique, qui devient\nesth\u00e8te. Comme le dit Nad\u00e8ge dans l\u2019ouvrage qui met en avant cette exp\u00e9rience,\n\u00ab&nbsp; Parler une langue de complicit\u00e9 et\nd\u2019histoire, se retrouver dans une langue, ne veut pas dire que l\u2019on s\u2019est perdu\ndans une autre \u00bb. L\u2019aventure du Diwan continue.<\/p>\n\n\n\n<p>.<strong>Andr\u00e9e Antolini<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>directrice\ndu Centre social Frais Vallon \u2013 Quartiers Nord<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019ann\u00e9e\n2015 avec les attentats a fait exploser les r\u00e9flexes islamophobes tant au\nniveau de la rue que de l\u2019\u00c9tat. Les musulmans sont l\u2019ennemi int\u00e9rieur autant\nqu\u2019ext\u00e9rieur. Le traitement des m\u00e9dias, les discours des politiques, la\nbanalisation du discours d\u2019extr\u00eame-droite sur les pauvres et les musulmans\np\u00e8sent lourd.\u201cCes gens-l\u00e0 ne sont pas fran\u00e7ais et en plus, ils sont musulmans\u201d,\ndonc initiateurs de terrorisme. \u201cEt en plus, ils b\u00e9n\u00e9ficient de l\u2019aide de nos\nservices sociaux.\u201d Dans l\u2019espace public, certains agressent des femmes voil\u00e9es\nou leur font des queues de poisson si elles sont en voiture. Sur toutes ces\nquestions, on a eu l\u2019opportunit\u00e9 de faire intervenir des chercheurs comme Sa\u00efd\nBouamama. Il resitue les probl\u00e9matiques actuelles en phase avec l\u2019histoire de\nla colonisation. Ces interventions lib\u00e8rent des prises de parole et nous\npermettent de th\u00e9oriser ce que vivent les gens ici. Ils semblent supporter ce\nqui leur arrive. Il y a comme une esp\u00e8ce de chape de plomb qui recouvre tous\nles probl\u00e8mes du quotidien&nbsp;: faiblesse des revenus, sant\u00e9, \u00e9ducation des\nenfants\u2026 dans le cadre d\u2019une cit\u00e9 comme Frais Vallon qui doit \u00eatre r\u00e9nov\u00e9e on\nne sait quand ni comment. Il y a l\u00e0 un mille-feuilles de difficult\u00e9s avec un\nrejet de tout ce qui est de l\u2019ordre du politique. Pour certains partis comme le\nPS, l\u2019action politique consiste \u00e0 venir distribuer des tracts. Il n\u2019y pas de\ntravail de fond, pas d\u2019\u00e9change, c\u2019est d\u00e9sesp\u00e9rant et inqui\u00e9tant. Avec d\u2019autres\nassociations on a organis\u00e9 une journ\u00e9e d\u2019animation-d\u00e9bat autour du vivre\nensemble. On s\u2019est appuy\u00e9 sur les propos du maire FN du 13<sup>E<\/sup> \/ 14<sup>E<\/sup>&nbsp;:\nlui n\u2019a rien \u00e0 faire du vivre ensemble. Au Centre social, on a cr\u00e9\u00e9 un accueil\nde nuit pour les jeunes de 18\/22 ans qui souvent ne rentrent pas \u00e0 la maison\navant 2 heures du matin. On est en face de demandes de prise en charge, il faut\nleur trouver des solutions de loisirs. Comment s\u2019organiser pour r\u00e9nover un\npetit stade de foot d\u00e9labr\u00e9&nbsp;? Ces difficult\u00e9s renvoient \u00e0 l\u2019\u00e9tat de la\ncit\u00e9 o\u00f9 il y a tr\u00e8s peu d\u2019espaces publics d\u00e9di\u00e9s aux enfants, aux jeunes et aux\nfamilles. Bien qu\u2019il y ait un m\u00e9tro \u00e0 Frais Vallon, les individus sont captifs.\nLes jeunes vont toujours dans les m\u00eames endroits et fr\u00e9quentent les m\u00eames\npersonnes. A quel moment vont-ils pouvoir avoir une rencontre avec un\nailleurs&nbsp;? C\u2019est l\u2019universit\u00e9 qui pourrait jouer ce r\u00f4le. Ici, beaucoup de\njeunes ont le bac. C\u2019est la suite qui est probl\u00e9matique. La plupart vont en\ndroit en attendant de voir\u2026 et ils ne voient rien et retournent \u00e0 la case\nd\u00e9part. La mobilit\u00e9 intellectuelle pour briser l\u2019enfermement est un casse-t\u00eate.\nIl y a dix ou quinze ans, le conseil g\u00e9n\u00e9ral investissait encore dans des\nanimations qui faisaient vivre la cit\u00e9. Beaucoup d\u2019initiatives de ce type n\u2019ont\neu qu\u2019un temps. Des jeunes faisaient de la musique dans un local squatt\u00e9. La\npolice a saisi leurs instruments ou les a endommag\u00e9s, nous les avons accueillis\ndans notre sous-sol Ils sont en train de reconstruire leur studio. Ils sont\nimpressionnants, ils font tout et obtiennent aussi des soutiens ext\u00e9rieurs. Ils\nont des comp\u00e9tences et font une musique sympa. Cela nous fait du bien \u00e0 nous\naussi, car on a tendance \u00e0 s\u2019engluer dans le quotidien, on oublie de r\u00eaver un\npeu les choses, d\u2019\u00eatre plus ambitieux. Ces musiciens d\u00e9montrent que c\u2019est\npossible. Il y a aussi un club de foot dynamique et aussi une \u00e9quipe f\u00e9minine,\ndes femmes qui r\u00e9alisent des choses impressionnantes. Ans certaines cit\u00e9s, les\nluttes de pouvoir autour de la drogue sont mortelles. Beaucoup de jeunes\nsuccombent. De nombreuses personnes ne vont pas bien et prennent des\nanxiolytiques. Ils auraient besoin d\u2019une prise en charge psychologique. Fin\n2016 deux jeunes de la cit\u00e9 se sont suicid\u00e9s. Il y a un vrai malheur de vivre.\nLes structures psy existantes font du bon travail, mais il y aurait sans doute\nbesoin d\u2019un niveau interm\u00e9diaire. On oublie les conditions de vie des gens, \u00e7a\nfinit par sembler normal qu\u2019il y ait des trous partout, des rats\u2026 on s\u2019habitue,\non ne peut pas \u00eatre tout le temps en col\u00e8re. Pour acc\u00e9der au droit commun, les\nhabitants de la cit\u00e9 sont oblig\u00e9s de passer par des circuits tr\u00e8s compliqu\u00e9s.\nC\u2019est \u00e9puisant. Les politiques m\u00e9prisent toutes ces personnes qui ne sont pas\ndes clients potentiels. La gestion de la ville est calamiteuse. Les gens\nd\u00e9sesp\u00e8rent. La chance que nous avons, c\u2019est de travailler en collectif. On se\nr\u00e9unit entre associations, on met en commun nos moyens, on agit ensemble, cela\npermet de faire front de partager les difficult\u00e9s, de mener des actions\u2026\nEnsemble on s\u2019use moins vite.-<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fatima Most\u00e9faoui &nbsp;<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La violence, je l\u2019ai ressentie enfant quant \u00e0 3h du matin, mon p\u00e8re\nclaquait la porte pour partir \u00e0 l\u2019usine. Ces chibani, dont la plupart sont\nmorts aujourd\u2019hui, n\u2019ont jamais re\u00e7u le moindre signe de reconnaissance\nsociale. Mon p\u00e8re nous recommandait de raser les murs. On a assign\u00e9 nos parents\n\u00e0 cette place \u2013 l\u00e0. Ils voulaient nous prot\u00e9ger, nous \u00e9pargner ce qu\u2019ils\navaient v\u00e9cu.Pour notre s\u00e9curit\u00e9, il ne fallait jamais se faire\nremarquer\u2026&nbsp; Des femmes comme moi et Karima ont \u00e9prouv\u00e9 au plus profond un\ninsupportable sentiment&nbsp;d\u2019injustice. Il y a des gens qui\n\u00ab&nbsp;savent&nbsp;\u00bb, quand toi tu commences \u00e0 te sentir plus l\u00e9gitime, ils te\nd\u00e9valorisent. Dans les quartiers Nord il y a toujours des gens qui veulent\nparler \u00e0 notre place. Je commence \u00e0 en avoir marre, chaque fois que je dis\nquelque chose, on me dit que je suis agressive. Stop, je ne suis pas une\nindig\u00e8ne. Si je suis polie, respectueuse et que j\u2019essaie de les comprendre, on\nme fait savoir que je ne suis pas \u00e0 ma place. C\u2019est la conscience tr\u00e8s forte de\ncette injustice qui nous a amen\u00e9s \u00e0 nous battre\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ces vexations, ce m\u00e9pris, ces discriminations on les retrouve dans des\nconditions d\u00e9gradantes d\u2019habitat, dans le manque d\u2019entretien, dans un r\u00e9seau de\ntransports o\u00f9 les quartiers peuvent difficilement acc\u00e9der au centre- ville.\nAinsi \u00ab&nbsp;la racaille&nbsp;\u00bb est assign\u00e9e \u00e0 r\u00e9sidence.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2018<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Karima Berriche <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Elle appartient \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration issue de l\u2019immigration post- coloniale.\nChercher \u00e0 r\u00e9tablir les faits \u00e9clairant la responsabilit\u00e9 du colonisateur a \u00e9t\u00e9\nun combat dans une France qui a du mal \u00e0 regarder en face son pass\u00e9. De la\nmarche pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 de 1983 \u00e0 la mobilisation contre toutes les violences, le\ncollectif du 1er Juin auquel a appartenu Karima, s\u2019est battu pour que les\nhabitants des quartiers populaires soient enfin reconnus comme des acteurs \u00e0\npart enti\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9. D\u00e9non\u00e7ant le ch\u00f4mage, la pauvret\u00e9, les in\u00e9galit\u00e9s\nde traitement, l\u2019absence de perspectives, le collectif ne minimise pas la\ncruaut\u00e9 \u00ab&nbsp;des r\u00e8glements de compte&nbsp;\u00bb. Vu de l\u2019int\u00e9rieur il s\u2019agit de\nv\u00e9ritables assassinats commis par des jeunes qui ont grandi ensemble. Cette\ntrag\u00e9die ne doit pas masquer la question sociale et son corollaire la pression\ndes discriminations. C\u2019est sur ces th\u00e8mes qu\u2019il faut mobiliser pour revendiquer\nl\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits pour tous et partout. Ces jeunes devraient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s\ncomme des citoyens \u00e0 part enti\u00e8re de la ville. Quand ils disent \u00ab\u00a0nous\nsommes tous des marseillais\u00a0\u00bb ils savent, que pour certains, ils sont moins\nmarseillais que d\u2019autres. A tous les niveaux le pouvoir instrumentalise ce\nmanque de reconnaissance pour diviser le mouvement. Il donne, \u00e7\u00e0 et l\u00e0,\nquelques signes de reconnaissance \u00e0 des militants qui sont dans un tel manque,\nqu\u2019ils ne peuvent que se faire pi\u00e9ger : invitation \u00e0 rencontrer un pr\u00e9fet,\nproposition de repr\u00e9senter un parti sur une liste \u00e9lectorale\u2026etc\u2026Un habitat\nd\u00e9grad\u00e9 est l\u2019autre face sinistre de la violence subie par les habitants des\nquartiers. Comment un d\u00e9cideur peut-il laisser des gens vivre dans de telles\nconditions avec des rats comme voisins ? N\u2019est-ce pas une fa\u00e7on de dire et\nr\u00e9p\u00e9ter chaque jour: vous qui acceptez de vivre une telle sauvagerie, ne valez\npas mieux que ces rongeurs. A preuve d\u2019un tel d\u00e9sastre, Karima nous donne copie\nd\u2019un article de La Provence sur la cit\u00e9 Bel Air&nbsp; du 26 Novembre 2017.<\/p>\n\n\n\n<p>Extrait<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026. Apr\u00e8s sa soeur, sauv\u00e9e de justesse en&nbsp;2011, apr\u00e8s avoir contract\u00e9\nune l\u00e9gionellose, Djamila Haouache a perdu son fr\u00e8re, cet \u00e9t\u00e9, pour la m\u00eame\nraison. Tous deux avaient en commun de r\u00e9sider ou d\u2019avoir s\u00e9journ\u00e9 dans la cit\u00e9\nAir Bel (11e).<\/p>\n\n\n\n<p>Et m\u00eame si, Djamel, 46&nbsp;ans, a succomb\u00e9 \u00e0 la maladie alors qu\u2019il se\ntrouvait en vacances, \u00e0 Dijon, pour sa soeur, l\u2019origine de l\u2019infection ne fait\naucun doute : le r\u00e9seau d\u2019eau chaude de son quartier. Apr\u00e8s avoir alert\u00e9 les\nm\u00e9dias, fin octobre, Djamila s\u2019est mis en t\u00eate de mobiliser les habitants du\nquartier. Car entre-temps, elle a re\u00e7u le rapport de l\u2019Agence r\u00e9gionale de sant\u00e9\n(ARS), confirmant que des l\u00e9gionnelles avaient \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9es dans la douche du\nlogement de la victime \u00ab&nbsp;\u00e0 un taux sup\u00e9rieur \u00e0 l\u2019objectif cible fix\u00e9 par\nla r\u00e9glementation&nbsp;\u00bb. Un taux plus de trois fois et demi-sup\u00e9rieur \u00e0 la\nr\u00e9glementation qui a conduit le syndic \u00e0 mettre en place une unit\u00e9 de\nchloration de l\u2019eau, des purges du r\u00e9seau et le remplacement des pommeaux de\ndouche\u2026..Une menace qui, pour de nombreux locataires d\u2019Air Bel, a pris le go\u00fbt\ndu chlore, ces derniers mois. Le d\u00e9sinfectant utilis\u00e9 pour pr\u00e9venir toute\nnouvelle contamination a rendu l\u2019eau quasiment imbuvable, par endroits, et de\nnombreux riverains font \u00e9tat, d\u00e9sormais d\u2019irritation et autres probl\u00e8mes de\npeau qu\u2019ils attribuent \u00e0 cette eau. Une jeune femme rapporte le cas de son\nenfant de 8 mois, atteint de d\u00e9mangeaisons, \u00ab&nbsp;les m\u00e9decins ont cru qu\u2019il\navait la gale, mais en fait, c\u2019\u00e9tait le chlore de l\u2019eau&nbsp;\u00bb, dit-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026.. \u00ab&nbsp;N\u2019importe o\u00f9 ailleurs des mesures imm\u00e9diates auraient \u00e9t\u00e9\nprises, mais parce que vous n\u2019\u00e9tiez pas unis, rien ne bougeait,&nbsp;constate\nMohamed.&nbsp;Alors la seule solution, c\u2019est que vous preniez votre destin en\nmain.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00bb La question, c&rsquo;est beaucoup plus important que la r\u00e9ponse, c&rsquo;est la recherche d&rsquo;un chemin en restant vivant. Il faut savoir se perdre, prendre des risques pour se retrouver. Il y a chez certains le besoin de ha\u00efr, m\u00e9priser comme si la condition humaine n\u2019avait comme unique vocation qu\u2019\u00e0 \u00e9craser, m\u00e9priser tous ceux se trouvent [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":10599,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":true,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[705,718,698,700],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11281"}],"collection":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11281"}],"version-history":[{"count":6,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11281\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11289,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11281\/revisions\/11289"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10599"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11281"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11281"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11281"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}