{"id":11004,"date":"2021-04-07T19:39:33","date_gmt":"2021-04-07T17:39:33","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=11004"},"modified":"2021-04-07T19:41:21","modified_gmt":"2021-04-07T17:41:21","slug":"entre-les-mots-et-les-morts-il-ny-a-quun-air","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2021\/04\/entre-les-mots-et-les-morts-il-ny-a-quun-air\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a07Avril Comm\u00e9moration du g\u00e9nocide des Tutsis au Rwanda\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n<p><strong>&nbsp;A l&rsquo;occasion de la comm\u00e9moration du g\u00e9nocide des Tutsis, nous remettons en avant le t\u00e9moignage d&rsquo;une rescap\u00e9e romanci\u00e8re de grand talent: Beata Umubyey Mairesse.<br><\/strong><\/p>\n<p><strong> \u00ab\u00a0Entre les mots et les morts il n&rsquo;y a qu&rsquo;un air\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;la litt\u00e9rature est faite pour d\u00e9ranger les gens confortables et r\u00e9conforter les gens d\u00e9rang\u00e9s&nbsp;\u00bb <img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-11005\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/beata_umubyeyi_mairesse-300x129.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"129\" srcset=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/beata_umubyeyi_mairesse-300x129.jpg 300w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/beata_umubyeyi_mairesse-768x330.jpg 768w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/beata_umubyeyi_mairesse-1029x442.jpg 1029w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/beata_umubyeyi_mairesse.jpg 1048w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;ai eu le bonheur de rencontrer Beata Umubyey Mairesse \u00e0 Manosque dans le cadre du festival litt\u00e9raire \u00a0\u00bb les Correspondances\u00a0\u00bb Son livre \u00a0\u00bb Tous tes enfants dispers\u00e9s\u00a0\u00bb est le deuxi\u00e8me roman \u00e9crit par une survivante du g\u00e9nocide des Tutsis au Rwanda. Une&nbsp; survivante \u00e0 ce g\u00e9nocide est une personne qui a \u00e9t\u00e9 traqu\u00e9e et cach\u00e9e et qui le plus souvent a pu fuir le massacre en se r\u00e9fugiant dans un autre pays. Beata doit sa survie \u00e0 une exception architecturale. Dans ce pays les caves n&rsquo;existent pas. Les assassins pouvaient rechercher leurs victimes dans des faux-plafonds, jamais&nbsp; dans un lieu qui n&rsquo;existait pas&#8230; Beata \u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9e dans une cave.<\/p>\n<p>Beaucoup d&rsquo;essais ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits sur ce g\u00e9nocide. Le recours a la fiction ne se justifie aucunement par la volont\u00e9 de prendre quelque libert\u00e9 avec les faits, mais plut\u00f4t par une n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9velopper une parole incarn\u00e9e \u00e0 travers des personnages qui au-del\u00e0 du massacre collectif ont chacun leur histoire, leur complexit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Entre les mots et les morts il n&rsquo;y a qu&rsquo;un air\u00a0\u00bb dit Immaculata la grand -m\u00e8re qui par son silence croyait pouvoir prot\u00e9ger ses enfants de l&rsquo;horreur. Le silence c&rsquo;est aussi la sanction d&rsquo;une parole qui ne trouve pas d&rsquo;auditeurs capables de l&rsquo;accueillir. Les mots ont aussi un pouvoir de destruction sanglant. Les Hutus, machette \u00e0 la main partaient chaque matin au \u00ab\u00a0travail\u00a0\u00bb pour ne pas dire qu&rsquo;ils allaient tuer. Bien avant 1994 les mots de ceux qui tenaient le pays avaient pr\u00e9par\u00e9, justifi\u00e9 le massacre. Quel droit \u00e0 la vie peuvent avoir&nbsp; des serpents, des cancrelats, des rats, des vermines? La Radio \u00ab\u00a0Mille collines \u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 le fer de lance de cette entreprise criminelle.<\/p>\n<p>Bosco le fils d&rsquo;Immaculata ignorant la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue par sa m\u00e8re n&rsquo;aura de cesse que de partir \u00e0 la guerre. Il en reviendra physiquement vivant mais brul\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Il n&rsquo;aura d&rsquo;autre solution que de se suicider. Blanche sa soeur aura r\u00e9ussi tant \u00e0 fuir le pays qu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;installer \u00e0 Bordeaux (comme l&rsquo;auteure), \u00e0 faire des \u00e9tudes, \u00e0 se marier et \u00e0 donner naissance \u00e0 un fils m\u00e9tis Stockely. Plus tard elle reviendra au Rwanda. Loin des identit\u00e9s assign\u00e9es elle renouera avec sa m\u00e8re, apprendra sa langue maternelle le Kinyarwanda et r\u00e9ussira \u00e0 se reconstruire.<\/p>\n<p>Beata Umubyey Mairesse, ne nourrit aucune complaisance vis \u00e0 vis du colonialisme et encore moins pour le r\u00e9gime assassin. Mais \u00e0 la lire comme \u00e0 la rencontrer on comprend que l&rsquo;\u00e9criture est pour elle un choix, celui de r\u00e9investir son histoire, c&rsquo;est \u00e0 dire de reconstruire un \u00eatre vivant. Toutes les raisons sont l\u00e0, tous les arguments sont bons pour survivre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une identit\u00e9 malheureuse, sauf&nbsp; que la lucidit\u00e9, le courage et l&rsquo;app\u00e9tit de vie affirment la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une autre voie.<\/p>\n<p>A l&rsquo;appui de son choix Beata cite la r\u00e9sistante Charlotte Delbo qu&rsquo;elle admire. Le titre du po\u00e8me est : \u00a0\u00bb Pri\u00e8re aux vivants pour leur pardonner d&rsquo;\u00eatre vivants &nbsp;&#8230;. apprenez \u00e0 marcher et \u00e0 rire, parce que ce serait trop b\u00eate \u00e0 la fin que tant soient morts et que vous viviez sans rien faire de votre vie&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La langue de Beata est particuli\u00e8rement vivante et parfois m\u00eame caressante. La langue est un pays, celui de l&rsquo;imaginaire capable d&rsquo;affronter comme de sublimer une r\u00e9alit\u00e9 tragique. Ici elle devient une amie qui cheminera avec les lectrices et les lecteurs complices: \u00ab\u00a0<\/p>\n<p><\/p>\n<p>&#8230; Et nous tissions dans la p\u00e9nombre du jour att\u00e9nu\u00e9 les vies d\u00e9nu\u00e9es de p\u00e9ch\u00e9s des cigales, les pri\u00e8res -po\u00e9sies des grenouilles de la vall\u00e9e, les contes de Bakame, li\u00e8vre malin capable de d\u00e9jouer la m\u00e9chancet\u00e9 des hommes\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0&#8230; Vous aviez \u00e9t\u00e9 des enfants curieux des plantes et des b\u00eates, conscients de la beaut\u00e9 des jours et de la vie quand elle se donne sans d\u00e9tour, dans un fruit, dans un rire, et mes histoires du soir sous les jacarandas en fleur vous comblaient d&rsquo;une facile f\u00e9licit\u00e9\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Une famille, trois g\u00e9n\u00e9rations dans une \u00e9poque en pleine mutation. La transmission n&rsquo;est plus unilat\u00e9rale. Les enfants &nbsp;qui ont eu la chance de faire des \u00e9tudes ont d\u00e9velopp\u00e9 un sens critique qui reste ici bienveillant et Stockely le petit fils a toute l\u00e9gitimit\u00e9 pour initier sa grand-m\u00e8re au monde nouveau.<\/p>\n<p>Tout au long du livre, les Jacarandas, plante d&rsquo;une sublime beaut\u00e9, sont pr\u00e9sents, t\u00e9moins des conversations de la famille. Beata, si elle me confime leur importance symbolique m&rsquo;explique que cette plante import\u00e9e par les colons a, sans doute pour pr\u00e9server sa magnificence capt\u00e9 \u00e0 son profit toute l&rsquo;eau autour d&rsquo;elle. Ainsi les Jacarandas ass\u00e8chent le monde. Faut-il pour se venger pi\u00e9tiner les Jacarandas pr\u00e9dateurs? Rien n&rsquo;est moins s\u00fbr.Trop de destruction ne permet pas de se reconstruire. A la fin du livre les Jacarandas ont rendu l&rsquo;\u00e2me. Mais&nbsp; Blanche ne d\u00e9sesp\u00e8re pas pour autant \u00a0\u00bb Nous sommes les rejets du jour d&rsquo;apr\u00e8s, qui font mentir les langues m\u00e9disantes, ceux qui fleurissent contre toute attente\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Bernheim<\/p>\n<p><\/p>\n<p><strong>Tous tes enfants dispers\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p><strong>de Beata Umubyey Mairesse<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00e9ditions Autrement<\/strong><\/p>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><strong><em>Po\u00e8me de Beata<\/em><\/strong><em> <strong>Umubyey Mairesse<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em>&nbsp;publi\u00e9 dans le recueil \u00ab\u00a0apr\u00e8s le progr\u00e8s\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Vivre, \u00e0 pr\u00e9sent<br>Regarder les belles choses et les enfants<br>Et n\u2019y voir rien d\u2019autre que de belles choses<br>Nos enfants<br>Les \u00e9pargner les lib\u00e9rer de nous aimer<br>Les photos le pass\u00e9 sur un fil pendule l\u00e9ger<br>Ne rien investir<br>\u00eatre d\u00e9sarrim\u00e9s<br>Apprendre \u00e0 d\u00e9sirer<br>Apprendre un pas de danse<br>C\u2019est quelque chose<br>Persister<br>L\u2019amour n\u2019est pas la piti\u00e9<br>Accepter le sommeil l\u2019abandon<br>Conjuguer hier \u00e0 demain<br>dans une langue r\u00e9enchant\u00e9e<br>D\u00e9goupiller nos h\u00e9ritages<br>Rincer les paupi\u00e8res des nuits noires<br>Ne rien cacher, se balancer sur un fil<br>Les cicatrices ne sont pas un troph\u00e9e<br>La vie s\u2019alt\u00e8re si on n\u2019y joue pas souvent<br>Sortir sur les boulevards rire boire biaiser<br>Les l\u00e8vres s\u2019usent si elles n\u2019embrassent pas<br>Vivre, au pr\u00e9sent.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;A l&rsquo;occasion de la comm\u00e9moration du g\u00e9nocide des Tutsis, nous remettons en avant le t\u00e9moignage d&rsquo;une rescap\u00e9e romanci\u00e8re de grand talent: Beata Umubyey Mairesse. \u00ab\u00a0Entre les mots et les morts il n&rsquo;y a qu&rsquo;un air\u00a0\u00bb \u00ab&nbsp;la litt\u00e9rature est faite pour d\u00e9ranger les gens confortables et r\u00e9conforter les gens d\u00e9rang\u00e9s&nbsp;\u00bb &nbsp; J&rsquo;ai eu le bonheur de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":11006,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":true,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[705,718,698,702,701],"tags":[1566,1567,1565],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11004"}],"collection":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11004"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11004\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11233,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11004\/revisions\/11233"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11006"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11004"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11004"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11004"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}