{"id":10980,"date":"2019-08-30T15:59:33","date_gmt":"2019-08-30T13:59:33","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=10980"},"modified":"2019-08-30T15:59:33","modified_gmt":"2019-08-30T13:59:33","slug":"je-vis-pas-ma-vie-je-la-reve-1","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2019\/08\/je-vis-pas-ma-vie-je-la-reve-1\/","title":{"rendered":"\u00a0\u00bb je vis pas ma vie, je la r\u00eave\u00a0\u00bb (1)"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>&#8211; Ta main tremble.<\/p>\n<p>&#8211; Mes doigts de pied aussi.<\/p>\n<p>&#8211; Tu risques de tomber et peut \u00eatre te faire tr\u00e8s mal.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0 Je risque aussi de m&rsquo;\u00e9merveiller .<\/p>\n<p>Combien de routes droites ou tordues, a- t- il fallu arpenter, combien de chemins rocailleux, de pr\u00e9cipices, de pi\u00e8ges \u00e0 loup, combien de poussi\u00e8res d&rsquo;\u00e9toiles, combien de femmes, d&rsquo;hommes, d&rsquo;enfants, de visages, de villages rencontr\u00e9s avant d&rsquo;en arriver l\u00e0&#8230;<\/p>\n<p>L\u00e0, pour que toi lecteur, tu puisses chevaucher ce m\u00e9t\u00e9orite de 296 pages.<\/p>\n<p>Combien?\u00a0 c&rsquo;est un secret. Tranchant et doux comme l&rsquo;amour.<\/p>\n<p>Les lecteurs sont en droit de connaitre la v\u00e9rit\u00e9, toute la v\u00e9rit\u00e9. Sylvain Prudhomme, n\u00e9 en 1979\u00a0 est le fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 du grand chef G\u00e9ronimo de la tribu des apaches Bedonkohe n\u00e9 le 16 Juin 1829, lui- m\u00eame cousin d&rsquo;Arthur Rimbaud, de Pier Paolo Pasolini, de L\u00e9onard Cohen et de Jacques Higelin. D&rsquo;autres ont affirm\u00e9 que Sylvain \u00e9tait sa fille il pourrait tout simplement avoir \u00e9t\u00e9 son p\u00e8re. Avec ces gens du voyage, on n&rsquo;est s\u00fbr de rien. Il pourrait m\u00eame ne pas \u00eatre l&rsquo;auteur de \u00a0\u00bb Par les routes\u00a0\u00bb. Il n&rsquo;est en tout cas\u00a0 pas celui qui tire les ficelles tel un marionnettiste ou un chef d&rsquo; entreprise. Le paradoxe le plus troublant est que\u00a0 celui qui ne pr\u00e9tend \u00e0 rien sauf \u00e0 se laisser traverser voire bousculer par ses personnages devienne alors\u00a0 pleinement auteur. \u00ab\u00a0Par les routes\u00a0\u00bb est l&rsquo;odyss\u00e9e du vivant. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 la nature, de l&rsquo;autre l&rsquo;humanit\u00e9, il n&rsquo;y a pas des homosexuels, des h\u00e9t\u00e9ros et autres cat\u00e9gories. Il y a seulement une attention \u00e0 l&rsquo;autre, rocher, r\u00f4ti, fum\u00e9e ou bip\u00e8de, une attention sid\u00e9rante. Ainsi l&rsquo;\u00e9criture vient de l&rsquo;int\u00e9rieur des choses. Sylvain Prudhomme a pris la libert\u00e9 de s&rsquo;absenter si fort qu&rsquo;il r\u00e9ussit \u00e0 cr\u00e9er un univers sur le fil du rasoir du tragique et de la pl\u00e9nitude.<\/p>\n<p>Plus d&rsquo;une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es apr\u00e8s leur premier p\u00e9riple, Sacha le narrateur retrouve l&rsquo;autostoppeur. Il est mari\u00e9 avec Marie traductrice et m\u00e8re d&rsquo;Agustin. Comme par le pass\u00e9, \u00a0la route, comme un aimant attire l&rsquo;autostoppeur. Au hasard des automobilistes qui veulent bien l&rsquo;accueillir, il se donne les moyens de mieux \u00a0conna\u00eetre ses semblables et sans doute de d\u00e9fier l&rsquo;usure du temps. \u00a0Absent, il n&rsquo;en est que plus pr\u00e9sent, porteur des odeurs de la vie , du souffle de ses rencontres jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 il lui faut partir plus\u00a0 longtemps. Marie, Sacha, Agustin, l&rsquo;autostoppeur, entit\u00e9 fusionnelle s&rsquo;il en est une, sont un seul et m\u00eame arbre. Un arbre nomade. Chaque fois que l&rsquo;un prend la parole ce pourrait \u00eatre la bouche de l&rsquo;autre qui s&rsquo;ouvre, jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 l&rsquo;amour de l&rsquo;autostoppeur pour l&rsquo;humanit\u00e9 ne laisse plus gu\u00e8re de place \u00e0 l&rsquo;intime.\u00a0 Sacha et Marie prendront eux aussi la route. Impossible de l&rsquo;abandonner. Impossible aussi de le rejoindre vraiment. Dans un village nomm\u00e9 \u00ab\u00a0Camarade\u00a0\u00bb le routard inspir\u00e9 accomplira son chef d&rsquo;\u0153uvre. A vous de le d\u00e9couvrir.<\/p>\n<p>A l&rsquo;\u00e9poque de Carn\u00e9, Pr\u00e9vert, dans une soci\u00e9t\u00e9 plus encline \u00e0 l&rsquo;utopie, les gens de talent en racontant des histoires belles et populaires, parlaient de l&rsquo;\u00e9tat du monde, le remettaient en question. Ils parlaient de justice, de l&rsquo;intelligence du peuple, de la r\u00e9volte contre l&rsquo;oppression. L&rsquo;\u00e9criture de Sylvain Prudhomme accomplit ce m\u00eame travail. Ici l&rsquo;amour amoureux et l&rsquo;amour des autres font la conversation.\u00a0 Comment pouvons-nous vivre si s\u00e9par\u00e9s les uns des autres?\u00a0\u00a0 Comment pouvons-nous accepter de nous appauvrir \u00e0 ce point?<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-full wp-image-10981\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/contributor_81025_195x320.jpg\" alt=\"\" width=\"195\" height=\"263\" \/><\/p>\n<p>De plus en plus absents \u00e0 nous-m\u00eames, sommes-nous encore\u00a0 capables d&rsquo;inventer des stratag\u00e8mes en forme de d\u00e9sir, d&#8217;embrasser les \u00e9toiles, de raconter des histoires aux pierres et aux oiseaux? Les acteurs de \u00ab\u00a0Par les routes\u00a0\u00bb, assis, debout ou couch\u00e9s sont en mouvement, en devenir, simplement parce qu&rsquo;ils ont pris conscience que le d\u00e9sir a autant besoin de bienveillance, de douceur que d&rsquo;ab\u00eemes. Ce monde est celui des explorateurs de la vie qui prennent le risque de tomber pour que quelque chose qui ressemble au plaisir d&rsquo;une autre vie les irriguent. Ici le r\u00eave n&rsquo;est pas une plan\u00e8te \u00e0 part. Il est plut\u00f4t volont\u00e9 lucide de changer le monde. Ici l&rsquo;intelligence a des bras pour t&rsquo;enlacer, avant de te donner du plaisir, car il est de politesse \u00e9l\u00e9mentaire de d\u00e9shabiller son prochain pour faire connaissance. Lire un tel livre est un pur bonheur, un cadeau qui caresse l&rsquo;\u00e2me. La g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de l&rsquo;auteur est sans limite , \u00e0 travers Sacha le narrateur, Sylvain Prudhomme nous invite \u00e0 partager quelques auteurs qui l&rsquo;ont enchant\u00e9, ainsi Milos Kundera, Mario Lodoli, Cormac Mc Carthy.<\/p>\n<p>Il y a sans doute quelque chose de pourri au royaume du Danemark, mais au tr\u00e9fonds de notre \u00e2me intime, \u00ab\u00a0Par les routes\u00a0\u00bb nous sugg\u00e8re que la vie m\u00e9diocre n&rsquo;est en rien une fatalit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Bernheim<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Sylvain Prudhomme<\/strong><\/p>\n<p><strong>Par les routes<\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;arbal\u00e8te Gallimard<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(1) \u00a0\u00bb je\u00a0 vis pas ma vie, je la r\u00eave\u00a0\u00bb est le titre d&rsquo;une chanson de Jacques Higelin, fils naturel de Sylvain&#8230;. \u00e0 moins que ce soit le contraire. Dans un sens comme dans l&rsquo; autre, l&rsquo;humanit\u00e9 est bien la plus belle des familles<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00a0&#8211; Ta main tremble. &#8211; Mes doigts de pied aussi. &#8211; Tu risques de tomber et peut \u00eatre te faire tr\u00e8s mal. &#8211;\u00a0 Je risque aussi de m&rsquo;\u00e9merveiller . 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