{"id":10512,"date":"2018-06-03T20:28:29","date_gmt":"2018-06-03T18:28:29","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=10512"},"modified":"2018-09-15T14:22:52","modified_gmt":"2018-09-15T12:22:52","slug":"infection-coloniale","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2018\/06\/infection-coloniale\/","title":{"rendered":"Infection Coloniale"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Le fils de l&rsquo;Inde\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 imprim\u00e9 \u00e0 Lonrai en Normandie.<\/p>\n<p>Son d\u00e9p\u00f4t l\u00e9gal a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 en Mars 2018 sous le n\u00b0139745 pour le compte des \u00e9ditions du Seuil. Au del\u00e0 de ces informations basiques, on ne peut que s&rsquo;interroger.<\/p>\n<p>L&rsquo;auteure pr\u00e9sum\u00e9e de ce \u00ab\u00a0roman\u00a0\u00bb serait Sylvie Crossman, sa narratrice Sarah Crossman. S&rsquo;agit -il d&rsquo;un feuilleton familial? Tout ou presque porterait \u00e0 le croire. Jaklin la tante de la narratrice est une Crossman ainsi que son grand p\u00e8re. Seul le major Michael Biddulph (1871\/ 1920 ) officier assumant l&rsquo;ordre colonial anglais en Inde \u00e0 la t\u00eate du 1er Royal Dragoons, est un personnage \u00e9tranger \u00e0 la famille. Fr\u00e9d\u00e9rick, homme sensible \u00e0 po\u00e9sie comme \u00e0 la justice est son ordonnance.<\/p>\n<p>Sur le lit de mort de Jacklin, la narratrice a promis \u00e0 cette derni\u00e8re qu&rsquo;elle ferait sur la vie de l&rsquo;a\u00efeul, les recherches autorisant la transmission de l&rsquo;odyss\u00e9e Crossman.<\/p>\n<p>Sylvie Crossman multiplie les signes nous amenant \u00e0 penser que nous p\u00e9n\u00e9trons dans une saga familiale quelque peu\u00a0\u00bbold fashion\u00a0\u00bb mais non d\u00e9nu\u00e9e de ce charme que l&rsquo;ordre ancien d\u00e9ploie \u00e0 travers un c\u00e9r\u00e9monial aussi brillant que d\u00e9suet. Ce faisant, ne cherche-t-elle pas \u00e0 nous \u00e9garer? En t\u00e9moigne ces mots de Sarah \u00ab\u00a0Jaklin, tout ce dont tu r\u00eavais \u00e9tait vrai. Tout, m\u00eame ce qui n&rsquo;a pas exist\u00e9\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Entre les lignes l&rsquo;auteure nous sugg\u00e8re que le r\u00e9el ne peut exister sans \u00eatre irrigu\u00e9 par un imaginaire puissant. Voil\u00e0 donc un roman qui pour notre plus grand plaisir s&rsquo;amuse \u00e0 brouiller les pistes. Comment rendre justice au pass\u00e9, comment vouloir le transmettre aux g\u00e9n\u00e9rations nouvelles sans l&rsquo;inventer? Mais ici la fiction est d&rsquo;autant plus forte que son point de d\u00e9part s&rsquo;ancre dans la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une saga familiale. Ainsi apr\u00e8s avoir impos\u00e9 \u00ab\u00a0la marque Crossman\u00a0\u00bb, Sylvie, comme dans tout roman r\u00e9ussi, peut s&rsquo;effacer derri\u00e8re l&rsquo;histoire qu&rsquo;elle raconte.<\/p>\n<p>Avec un naturel confondant, le livre d\u00e9ploie plusieurs niveaux de lecture. Sur le devant de la sc\u00e8ne, l&rsquo;odyss\u00e9e familiale dont Fr\u00e9d\u00e9rick est le h\u00e9ros courageux et malheureux. \u00a0\u00bb Toute sa vie Fr\u00e9d\u00e9rick Crossman s&rsquo;est battu contre l&rsquo;instinct de d\u00e9f\u00e9rence et de hi\u00e9rarchie de soci\u00e9t\u00e9 britannique\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En position centrale, un propos aussi sid\u00e9rant qu&rsquo;in\u00e9dit sur la colonisation anglaise. Ce ne sont pas les personnages qui le portent mais leur corps.\u00a0\u00bbLe fils de l&rsquo;Inde\u00a0\u00bb est aussi l&rsquo;histoire de l&rsquo;infection coloniale. Ce virus de la soumission et de l&rsquo;humiliation tend \u00e0 paralyser tout indig\u00e8ne qui le subit, mais ici force est de constater qu&rsquo;il pourrit \u00e9galement la caste des blancs. Jacklin avant de mourir se vide de sa substance. Le major, lui ne peut plus rien avaler et meurt de \u00ab\u00a0stupeur m\u00e9lancolique\u00a0\u00bb. Quant \u00e0 Fr\u00e9d\u00e9rick, il subit le supplice du fouet, r\u00e9serv\u00e9 aux indig\u00e8nes, avant de finir \u00e9touff\u00e9 par le chlore absorb\u00e9 sur le champ de bataille allemand. On a ainsi, hors de tout discours id\u00e9ologique, une compr\u00e9hension charnelle et putride des ravages de la colonisation.<\/p>\n<p>Sombre propos? oui. Pessimisme irr\u00e9versible? s\u00fbrement\u00a0 pas. Celui ou celle qui a le pouvoir de dire, a le pouvoir de changer le cours des choses. La pire des trag\u00e9dies est celle qui avance masqu\u00e9e. Celui ou celle qui dit, d\u00e9voile l&rsquo;horreur et nous met en position de r\u00e9agir. Ce n&rsquo;est pas un hasard si le grand po\u00e8te indien Rabindranah Tagore fait ici une apparition quasi magique \u00ab\u00a0Qui peut retenir la vie?<\/p>\n<p>Les \u00e9toiles le pr\u00e9tendent: elles\u00a0 le demandent au ciel,<\/p>\n<p>Y invitent les mondes nouveaux, la lumi\u00e8re des aubes nouvelles&#8230;\u00a0\u00bb (1)<\/p>\n<p>Au contrat traditionnel de la transmission de la connaissance s&rsquo;ajoute un pacte sacr\u00e9.<\/p>\n<p>Chaque mot \u00e9crit n&rsquo;a de sens que s&rsquo;il r\u00e9v\u00e8le la po\u00e9sie du monde, car comme le dit C\u00e9lestine la m\u00e8re de Jaklin \u00a0\u00bb Le soleil est le meilleur d\u00e9sinfectant\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Voil\u00e0 une \u00e9criture qui avec bonheur nous affirme que l&rsquo;esth\u00e9tique est d\u00e9j\u00e0 un parti pris politique. Raconter des histoires est en soi un engagement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Bernheim<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le fils de l&rsquo;inde de Sylvie Crossman<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00e9ditions du Seuil<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(1) Rabindranah Tagore. extrait du po\u00e8me\u00a0 \u00ab\u00a0Shah Jahan\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Le fils de l&rsquo;Inde\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 imprim\u00e9 \u00e0 Lonrai en Normandie. Son d\u00e9p\u00f4t l\u00e9gal a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 en Mars 2018 sous le n\u00b0139745 pour le compte des \u00e9ditions du Seuil. Au del\u00e0 de ces informations basiques, on ne peut que s&rsquo;interroger. 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