{"id":10506,"date":"2018-04-10T19:57:28","date_gmt":"2018-04-10T17:57:28","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=10506"},"modified":"2018-06-23T11:09:16","modified_gmt":"2018-06-23T09:09:16","slug":"nous-ne-dirons-pas-ici-lhistoire-nous-dirons-ici-lunivers-par-nicolas-romeas","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2018\/04\/nous-ne-dirons-pas-ici-lhistoire-nous-dirons-ici-lunivers-par-nicolas-romeas\/","title":{"rendered":"\u00abNous ne dirons pas : ici, l\u2019Histoire. Nous dirons : ici, l\u2019Univers.\u00bb (*) par Nicolas Rom\u00e9as"},"content":{"rendered":"<div class=\"sub-header-article accur8-desktop accur8-tablet\">\n<div class=\"col-left fractal-desktop fractal-10-desktop collapse-7-desktop fractal-tablet fractal-6-tablet collapse-4-tablet\">\n<div class=\"introduction\">Le po\u00e8te Armand Gatti nous a quitt\u00e9s le 6 avril 2017. Cet anniversaire, trop peu c\u00e9l\u00e9br\u00e9 dans les m\u00e9dias, donne lieu \u00e0 plusieurs manifestations \u00e0 la Friche de la Belle de mai \u00e0 Marseille. J&rsquo;ai un peu connu et j&rsquo;ai aim\u00e9 cet homme, et j&rsquo;ai eu envie de passer cette flamme \u00e0 ceux qui en voudraient. Pas un hommage, un rappel et un signe d&rsquo;amiti\u00e9 par-del\u00e0 la nuit et le temps.<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"accur8-desktop accur8-tablet accurWidth-desktop accurWidth-tablet\">\n<div class=\" col-left fractal-desktop fractal-10-desktop collapse-7-desktop fractal-tablet fractal-6-tablet collapse-4-tablet \">\n<div class=\"content-article\">\n<div class=\"media media-align-center media-image format-100-pcent\"><i> <img decoding=\"async\" class=\"preview\" title=\"Le fauteuil vide d'Armand Gatti dans son bureau \u00e0 la Maison de l'Arbre. \u00a9 Peinture originale de Romain Zeder.\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/default\/files\/2018\/04\/14\/bureau-gatti.jpg?width=3267&amp;height=2280&amp;width_format=pixel&amp;height_format=pixel\" alt=\"Le fauteuil vide d'Armand Gatti dans son bureau \u00e0 la Maison de l'Arbre. \u00a9 Peinture originale de Romain Zeder.\" \/> <span class=\"legend\">Le fauteuil vide d&rsquo;Armand Gatti dans son bureau \u00e0 la Maison de l&rsquo;Arbre. \u00a9 Peinture originale de Romain Zeder.<\/span> <\/i><\/div>\n<p><i>\u00abJ&rsquo;\u00e9cris pour changer le pass\u00e9\u00bb,<\/i> r\u00e9pond-il \u00e0 Ruben Mouichkine qui s&rsquo;\u00e9tonne d&rsquo;une fr\u00e9n\u00e9sie calligraphique d&rsquo;allure quasi mystique, \u00e0 la prison de Tulle o\u00f9 ils sont d\u00e9tenus en 1943. Et tout est dit.<\/p>\n<p>\u00abChanger\u00bb, pour lui, ce n&rsquo;est \u00e9videmment pas trahir. C&rsquo;est fournir de ce qui advient une version rhapsodique, charg\u00e9e d&rsquo;imaginaire, infiniment plus vaste et agissante que les r\u00e9cits officiels. Et toutes les pol\u00e9miques sur l&rsquo;exactitude historique de ses dires englouties dans la vague du po\u00e8me, comme pour Hugo, Cendrars, son ami Julio Cortazar, ou celui qu&rsquo;il consid\u00e9rait comme un ma\u00eetre, Henri Michaux.<\/p>\n<p>Il est le po\u00e8te au sens de <i>poiein<\/i> &#8211; celui qui cr\u00e9e &#8211; d&rsquo;une \u00e9poque surgie de fracas infernaux, o\u00f9 l&rsquo;aspect factuel de la r\u00e9alit\u00e9 masque ou obscurcit le r\u00e9el, le sens profond de ce qu&rsquo;on vit. <i>\u00abAvec\/ ces \u00e9critures de march\u00e9\/ autour de nous \/ et qui nous sollicitent\/ nous\/ n&rsquo;aurons\/ d&rsquo;autres existences\/ que celles de leurs contraintes.\/ Pourquoi\/ (ne pas nous ouvrir)\/ la possibilit\u00e9 du choix ?\u00bb<\/i> (1)<\/p>\n<p>T\u00f4t immerg\u00e9 dans la for\u00eat des mots, le po\u00e8te retrouve alors son arme imm\u00e9moriale, la m\u00e9taphore. Exclu du petit s\u00e9minaire Saint-Paul de Cannes o\u00f9 l&rsquo;avait plac\u00e9 sa m\u00e8re, le fils de L\u00e6tizia la femme de m\u00e9nage franciscaine et d\u2019Auguste l\u2019\u00e9boueur anarchiste entre au lyc\u00e9e de Monaco, \u00e0 17 ans il y \u00e9crit une \u00e9pop\u00e9e sign\u00e9e Lermontov o\u00f9 il se moque des professeurs, ce qui entra\u00eene son renvoi. Bless\u00e9 par la police lors d&rsquo;une gr\u00e8ve, ce p\u00e8re qu&rsquo;il aimait et admirait meurt en mars 1942. Il deviendra le h\u00e9ros mythique de <i>La Vie imaginaire de l\u2019\u00e9boueur Auguste G<\/i>, mont\u00e9e par Jacques Rosner \u00e0 Villeurbanne, et \u00e0 Berlin (2), plus tard reprise \u00e0 l&rsquo;Od\u00e9on. R\u00e9sistant, Gatti est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Tarnac par la Gestapo en 1943, incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 Tulle, puis intern\u00e9 au camp de travail de Lindemann. Il s&rsquo;\u00e9vade et s&rsquo;engage en Angleterre dans les sections sp\u00e9ciales parachutistes. \u00c0 partir de 1946, il sera journaliste pour de nombreux titres, du Parisien \u00e0 Lib\u00e9ration en passant par l\u2019Express, et obtient le Prix Albert Londres en 1954 pour un reportage fou : <i>Envoy\u00e9 sp\u00e9cial dans la cage aux fauves<\/i>. Gatti utilisera le journalisme pour poursuivre son aventure politique et po\u00e9tique \u00e0 travers le monde, en Chine, en Cor\u00e9e, en Sib\u00e9rie, en Alg\u00e9rie et en Am\u00e9rique du sud : Cuba, la Patagonie et le Guatemala, o\u00f9 Le Parisien l&rsquo;a envoy\u00e9 suivre la r\u00e9volution. Il participe \u00e0 la gu\u00e9rilla et rencontre Felipe, jeune Indien Maya qui marqua son travail sur le langage.<\/p>\n<div class=\"media media-align-center media-image format-100-pcent\"><img decoding=\"async\" class=\"preview\" title=\"L'une des nombreuses phrases accroch\u00e9es par Gatti aux murs de la Maison de l'arbre.\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/default\/files\/2018\/04\/14\/gatti-debord-2.jpg?width=2000&amp;height=1491&amp;width_format=pixel&amp;height_format=pixel\" alt=\"L'une des nombreuses phrases accroch\u00e9es par Gatti aux murs de la Maison de l'arbre.\" \/> <span class=\"legend\">L&rsquo;une des nombreuses phrases accroch\u00e9es par Gatti aux murs de la Maison de l&rsquo;arbre.<\/span><\/div>\n<p>Dans un long entretien entre Gatti et Marc Kravetz pour France Culture (\u00c0 voie nue, 1994), il y a ce passage o\u00f9 Ruben Mouichkine, suppos\u00e9ment d\u00e9truit, r\u00e9duit en miettes apr\u00e8s 90 jours de mitard \u00e0 la prison de Tulle, sid\u00e8re et vainc ses tortionnaires d&rsquo;une danse cosaque o\u00f9 chaque pas est scand\u00e9 d&rsquo;une lettre. Instant inou\u00ef \u00e0 partir duquel Gatti \u00e9crit <i>Les Chants d&rsquo;amour de l&rsquo;alphabet d&rsquo;Auschwitz,<\/i> devenu ensuite <i>Adam quoi ?.<\/i> \u00ab<i>Cette danse,<\/i> dit-il, <i>lui fit gagner la guerre<\/i>\u00bb. Aucun doute, l&rsquo;efficace du symbole supplante de loin toute force de destruction physique. Ce qui constitue l&rsquo;Homme, c&rsquo;est l&rsquo;esprit et la langue. <i>\u00abSi (les mots) me lisent comme je me suis longtemps lu, je serais un roman cherchant dans l&rsquo;alchimie des lettres les vraisemblances cach\u00e9es d&rsquo;un texte-monde.\u00bb<\/i> (3)<\/p>\n<p>Le po\u00e8te ne s&rsquo;oppose pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, il la met au d\u00e9fi de passer aux aveux, la somme de dire l&rsquo;indicible, de ne rien laisser de c\u00f4t\u00e9. Il \u00e9largit son horizon au-del\u00e0 des limites du vraisemblable, pour que l&rsquo;imaginaire prenne le pouvoir sur elle. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle retrouve la voie de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e, o\u00f9 les fulgurances du geste et du mot redevenus acteurs terrassent toute pauvre apparence. O\u00f9 le sens, seule arme de l&rsquo;humain, est enfin victorieux, arrach\u00e9 aux grilles du temps, aux limites de l&rsquo;espace. Ce \u00abmentir-vrai\u00bb, sans doute, dont parlait Aragon. O\u00f9 la narration c\u00e8de la place \u00e0 la parabole, pour dire non pas seulement ce qu&rsquo;il en est, mais ce que le voyant doit y voir. Jean-Marc Luneau a mont\u00e9 avec lui plusieurs de ses pi\u00e8ces, dont <i>Berlin, les personnages de th\u00e9\u00e2tre meurent dans la rue<\/i>. Il dit : <i>\u00abLe combat de Gatti deviendra la langue qui lui permet d\u2019honorer ses morts, de leur donner quelques temps de plus \u00e0 vivre, \u00ab\u00a0d&rsquo;enfin, dit-il, gagner la guerre d\u2019Espagne\u00a0\u00bb. Alors, inlassablement il invente la langue, les mots qui disent la victoire dans l\u2019univers par-del\u00e0 les d\u00e9faites dans l\u2019histoire.\u00bb<\/i><\/p>\n<p>En plus des arbres, des chats qui habitent son nom, des oiseaux et des philosophes tao\u00efstes, ce po\u00e8te d&rsquo;une \u00e9poque \u00e0 la m\u00e9canique d\u00e9shumanisante dont il traversa le gouffre, se cherche de nouveaux alli\u00e9s pour faire basculer la logique qui voudrait l&rsquo;\u00e9craser, le condamner \u00e0 la causalit\u00e9, au d\u00e9terminisme. Il trouve l&rsquo;astronome Johannes Kepler, le math\u00e9maticien Jean Cavaill\u00e8s, et les pionniers de la physique quantique comme Niels Bohr ou Werner Heisenberg. Impossible d&rsquo;\u00e9crire raisonnablement sur Dante Sauveur Gatti, celui qui ne termine jamais rien, qui se place d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment au centre pr\u00e9cis de l&rsquo;histoire, l\u00e0 o\u00f9 il veut \u00eatre. Dont la pens\u00e9e, comme dans la tradition talmudique, n&rsquo;est faite que de questions et vit d&rsquo;une discussion sans fin. <i>\u00abIl n\u2019y a pas de r\u00e9ponse, <\/i>dit-il \u00e0 Marc Kravetz (4)<i>, une page ne devrait \u00eatre faite que d\u2019interrogations. Les r\u00e9ponses sont toujours sa mauvaise graisse.\u00bb<\/i> Un chaman d&rsquo;Occident dont l&rsquo;imaginaire pulv\u00e9rise ce qui r\u00e9duit l&rsquo;humain, avec en poche Henri Michaux, Antonio Gramsci, Tchouang Tseu et Arthur Rimbaud, \u00e0 port\u00e9e de main.<\/p>\n<p>Il travaille avec ceux qu&rsquo;on nomme les \u00abexclus\u00bb (il d\u00e9teste ce mot), tous. Il ne les m\u00e9nage pas. Parce que c&rsquo;est ceux-l\u00e0 qui doivent reprendre le langage, parce que c&rsquo;est leur seule arme, leur force et leur pouvoir, parce que c&rsquo;est une obligation, la sienne. Parce que c&rsquo;est cette guerre qu&rsquo;il doit gagner, que seul le po\u00e8te peut mener : <i>\u00abLors du dernier stage \u00e0 Montreuil, je travaillais avec des Alg\u00e9riens et des Africains. Je leur ai dit que ce n\u2019\u00e9tait pas possible de travailler avec eux s\u2019ils n\u2019avaient pas la volont\u00e9 d\u2019\u00eatre des cr\u00e9ateurs, les ma\u00eetres de leur langage. Il faut qu\u2019ils cherchent \u00e0 dire ce qui est au plus profond d\u2019eux, puis \u00e0 apprendre aux autres les chansons retenues pour la pi\u00e8ce, \u00e0 en traduire la langue (l\u2019Arabe, l\u2019Italien, l\u2019Allemand) dans un langage partag\u00e9 par tous.<\/i> (5) <i>\u00bb<\/i><\/p>\n<div class=\"media media-align-left media-image format-100-pcent\"><i> <img decoding=\"async\" class=\"preview\" title=\"Armand Gatti \u00a9 Paolo Gasparini\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/default\/files\/2018\/04\/14\/portraitag1-paologasparini-150dpi-700x470.jpg?width=700&amp;height=470&amp;width_format=pixel&amp;height_format=pixel\" alt=\"Armand Gatti \u00a9 Paolo Gasparini\" \/> <span class=\"legend\">Armand Gatti \u00a9 Paolo Gasparini<\/span> <\/i><\/div>\n<p>Tout ce qu&rsquo;il empoigne et emporte avec lui, se prenant pour Dieu et proposant \u00e0 ses \u00abloulous \u00bb d&rsquo;en faire autant (car \u00abDieu en a marre d&rsquo;\u00eatre Dieu\u00bb), sert \u00e0 construire un monde o\u00f9 l&rsquo;Homme est &#8211; a \u00e9t\u00e9 et sera &#8211; plus grand que l&rsquo;homme. Un monde o\u00f9 le th\u00e9\u00e2tre ne peut <i>\u00abjamais \u00eatre la fabrication d&rsquo;un produit, ce qui \u00e9limine trois choses: le tiroir-caisse, les acteurs et les spectateurs. Que reste-t-il ? L&rsquo;aventure du langage. On ne doit pas payer pour aller au th\u00e9\u00e2tre ; la po\u00e9sie n\u2019est pas une marchandise. En Suisse, les spectateurs ne payaient qu\u2019en sortant \u00e0 condition d\u2019\u00eatre d\u2019accord avec les id\u00e9es politiques d\u00e9fendues, l\u2019argent \u00e9tant vers\u00e9 \u00e0 la personne dont il est question dans la pi\u00e8ce.\u00bb<\/i> (6). Pour vivre il sera reporter, notamment pour le Parisien, r\u00e9cemment \u00ablib\u00e9r\u00e9\u00bb. Mais jamais il ne cessera de travailler l&rsquo;imaginaire dans la m\u00e9moire, de sculpter le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent pour ouvrir une br\u00e8che au futur. Comme avec la monumentale <i>Parole errante<\/i>, po\u00e8me-fleuve d&rsquo;un insurg\u00e9 de la langue, en 1999, scand\u00e9 par les grandes \u00e9tapes de son si\u00e8cle et de sa vie. Au cin\u00e9ma, il sera entre autres r\u00e9alisateur et sc\u00e9nariste avec Pierre Joffroy du g\u00e9nial film <i>L\u2019enclos. <\/i>Deux prisonniers d&rsquo;un camp dont seule la mort de l&rsquo;un pourra sauver la vie de l&rsquo;autre. Et bien s\u00fbr il y eut l&rsquo;aventure du th\u00e9\u00e2tre, qui commen\u00e7a vraiment en 1959, quand Vilar porta \u00e0 la sc\u00e8ne <i>Le Crapaud buffle,<\/i> \u00e9crit, apr\u00e8s <i>Quetzal<\/i>, \u00e0 partir de la rencontre et de la mort de Felipe. Rencontr\u00e9 par Agn\u00e8s Varda, Vilar devient son \u00abgrand fr\u00e8re\u00bb en th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>Notre th\u00e9\u00e2tre, il l&rsquo;accuse de suivre les r\u00e8gles de la cour de Louis XIV, o\u00f9 l&rsquo;on ne capte vraiment l&rsquo;action que de la septi\u00e8me place au centre de la salle. Celle du roi. Le th\u00e9\u00e2tre qu&rsquo;il veut faire, lui le relie toujours \u00e0 la source de renaissance mythique des trois rabbins qui faisaient jouer les d\u00e9tenus d&rsquo;un camp \u00e0 partir de ces mots : <i>\u00abIch bin, Ich war, Ich werdesein\u00bb <\/i>(7), qu&rsquo;ils aient \u00e9t\u00e9 entendus ou r\u00eav\u00e9s.<\/p>\n<p>L&rsquo;aventure du langage, notre aventure, o\u00f9 toutes les guerres seront gagn\u00e9es, parce que la fulgurance du sens est sa fl\u00e8che, parce que le symbole est notre outil de pr\u00e9cision et notre ma\u00eetre. Parce qu&rsquo;il est le po\u00e8te d&rsquo;une \u00e9poque instable et oxymorique, qui, sans en accepter les r\u00e8gles, ose la prendre en charge, dans un d\u00e9ferlement confus et efficace qui touche au centre, sans autre artillerie que sa plume. Arrach\u00e9 \u00e0 la langue comme ses camarades de tous les temps et de partout, la reprenant de force, la d\u00e9ployant pour la rendre \u00e0 ses fr\u00e8res d&rsquo;un geste simple, imm\u00e9diat et sacr\u00e9. Performatif. La cartouchi\u00e8re de mots en bandouli\u00e8re d&rsquo;un Robin des bois tr\u00e8s prolixe. <i>\u00abAu d\u00e9but il fallait seulement que je sois plus fort que les Fran\u00e7ais sur leur propre terrain. C\u2019est d\u2019abord une histoire d\u2019orthographe et de grammaire, puis tu te prends au jeu et cela te conduit au maquis. \u00bb<\/i> Quand il veut dire le combat contre l&rsquo;occupant britannique dans le nord de l&rsquo;Irlande pour un film (8) o\u00f9 il est question de l&rsquo;assassinat d&rsquo;un peuple, il pense d&rsquo;abord \u00e0 la destruction de sa langue. Et aux arbres de l&rsquo;alphabet ga\u00e9lique.<\/p>\n<div class=\"media media-align-center media-image format-100-pcent\"><img decoding=\"async\" class=\"preview\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/default\/files\/2018\/04\/06\/arbre.jpg?width=700&amp;height=584&amp;width_format=pixel&amp;height_format=pixel\" alt=\"arbre\" \/><\/div>\n<p>Auteur de <i>La Passion du g\u00e9n\u00e9ral Franco par les \u00e9migr\u00e9s eux-m\u00eames<\/i> interdit par l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais en 1968 \u00e0 la demande du gouvernement espagnol, par sa vie m\u00eame, Gatti prouve la n\u00e9cessit\u00e9 vitale d\u2019une r\u00e9sistance incarn\u00e9e et arm\u00e9e d\u2019une langue. Cet anarchiste partage avec le Jean de l\u2019\u00c9vangile une certitude fondamentale : \u00ab Au commencement \u00e9tait le verbe \u00bb. \u00a0Tout son combat est de parole. St\u00e9phane Gatti me le rappelle : les ex\u00e9g\u00e8tes des religions peuvent approfondir sur l&rsquo;id\u00e9e de logos ou m\u00eame celle d&rsquo;<i>arke\u00ee<\/i> (qui me reste encore myst\u00e9rieuse). Nous nous contenterons des mots de Friedrich H\u00f6lderlin : <i>\u00abL&rsquo;homme habite en po\u00e8te\u00bb<\/i> et de ceux d&rsquo;Heidegger qui parlait de la langue comme <i>\u00abla maison de l&rsquo;\u00eatre\u00bb<\/i>. <i>\u00abLa premi\u00e8re fois qu&rsquo;il cite Saint Jean, <\/i>ajoute St\u00e9phane,<i> c&rsquo;est \u00e0 la prison de Fleury M\u00e9rogis <\/i>(9)<i>, o\u00f9 il menait un stage : \u00ab\u00a0dans ce lieu o\u00f9 la parole s&rsquo;asphyxie, nous avons \u00e0 faire d&rsquo;elle notre habitation\u00a0\u00bb\u00bb<\/i>. Et au r\u00e9alisateur Raoul Sangla qui leur demandait ce qu&rsquo;ils tiraient de l&rsquo;exp\u00e9rience, les d\u00e9tenus r\u00e9pondirent : <i>\u00abNous nous sommes enrichis de 300 mots\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>De la Shoah aux luttes des Am\u00e9rindiens, des soul\u00e8vements de l&rsquo;Ulster \u00e0 la r\u00e9sistance au franquisme et la dissidence sovi\u00e9tique, ces combats ne furent pas seulement l\u2019inspiration du po\u00e8te, tout son \u00eatre immerg\u00e9 dans les vagues d&rsquo;une histoire redevenue \u00e9pique, sa barque volontairement soumise \u00e0 ses ressacs, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019opprim\u00e9 toujours, celui qui se dresse du haut de sa fragilit\u00e9, du chercheur qui ouvre sa recherche, des artistes dignes de ce nom. <i>\u00abQuelle que soit la pi\u00e8ce de Gatti que l\u2019on aborde,<\/i> \u00e9crit Michel S\u00e9onnet (10), <i>on est vite confront\u00e9 \u00e0 ceci : Comment Sacco et Vanzetti, Rosa Luxemburg, Durruti, Roger Rouxel <\/i>(11)<i>, tous les noms inscrits un \u00e0 un sur la pierre des martyrs, et Auguste, le p\u00e8re, premier d\u2019entre les morts, et d\u00e9sormais Jean Cavaill\u00e8s inconnu n\u00b05 du carr\u00e9 des fusill\u00e9s d\u2019Arras, comment peuvent-il \u00eatre pr\u00e9sents ce soir ? Le nom change. Mais l\u2019enjeu est toujours le m\u00eame. Qu\u2019ils soient l\u00e0. Ce soir. Sur cette aire de jeu.\u00bb<\/i><\/p>\n<p>\u00c9voquant l&rsquo;\u0153uvre dramatique, Olivier Neveux exprime ainsi cette rencontre rare entre po\u00e9tique et politique : \u00ab<i> S&rsquo;il \u00e9pouse les luttes d&rsquo;\u00e9mancipation du vingti\u00e8me si\u00e8cle [\u2026] ce th\u00e9\u00e2tre, moins pros\u00e9lyte que r\u00e9flexif, propose, au-del\u00e0 des motivations et des raisons de combattre, un retour sur cet \u00ab\u00a0infracassable noyau de jour\u00a0\u00bb qui irradie les heures sombres de l&rsquo;histoire, lorsque l&rsquo;individu d\u00e9fie ce \u00e0 quoi les pouvoirs voudraient le r\u00e9duire\u00bb.<\/i> (12)<\/p>\n<p>J&rsquo;ai rencontr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois son monde et son th\u00e9\u00e2tre en avril 1968. C&rsquo;\u00e9tait <i>Les Treize Soleils de la rue Saint-Blaise<\/i>, mis en sc\u00e8ne par Guy R\u00e9tor\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Est Parisien. R\u00e9tor\u00e9 avait demand\u00e9 \u00e0 \u00c9mile Copfermann de r\u00e9unir des habitants du 20e arrondissement de Paris pour que Gatti \u00e9crive avec eux une pi\u00e8ce sur les transformations du quartier. C&rsquo;\u00e9tait juste avant l&rsquo;explosion de mai et peu de gens comprirent qu&rsquo;il leur donnait \u00e0 voir et \u00e0 entendre ce qui \u00e9mergeait sous leurs yeux.<\/p>\n<div class=\"media media-align-center media-image format-100-pcent\"><img decoding=\"async\" class=\"preview\" title=\"Le bureau d'Armand Gatti o\u00f9 rien n'a boug\u00e9, aujourd'hui \u00e0 la Maison de l'arbre\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/default\/files\/2018\/04\/14\/bureau-gatti-2-oui.jpg?width=4608&amp;height=3456&amp;width_format=pixel&amp;height_format=pixel\" alt=\"Le bureau d'Armand Gatti o\u00f9 rien n'a boug\u00e9, aujourd'hui \u00e0 la Maison de l'arbre\" \/> <span class=\"legend\">Le bureau d&rsquo;Armand Gatti o\u00f9 rien n&rsquo;a boug\u00e9, aujourd&rsquo;hui \u00e0 la Maison de l&rsquo;arbre<\/span><\/div>\n<p>Le 26 janvier 2017, pour le quatre-vingt treizi\u00e8me anniversaire qui pr\u00e9c\u00e9da de peu son d\u00e9part en avril, il \u00e9tait \u00e0 la Maison de l&rsquo;arbre \u00e0 Montreuil, les anciens studios de M\u00e9li\u00e8s devenus depuis 1998 un lieu d&rsquo;art en action autour de lui et de son \u0153uvre. C\u2019\u00e9tait hier.<\/p>\n<p>Vieil enfant bourr\u00e9 de joie guerri\u00e8re et \u00e0 jamais amante de la vie, dont le corps int\u00e9rieur secoue toute inertie avec la ma\u00eetrise d\u2019un jeune Nijinski. Et c\u2019est comme une passerelle au-dessus d\u2019un ab\u00eeme, par-del\u00e0 l&rsquo;absence d&rsquo;issue visible, nous ramenant dans le Grand Temps de l&rsquo;Homme. Celui de l&rsquo;oralit\u00e9. Ce fil qui circule entre tous et nous nourrit des combats politiques et po\u00e9tiques de tous les autres, ceux d\u2019avant, ceux de maintenant, ceux d\u2019apr\u00e8s. Antonio Gramsci, Rosa Luxemburg, le grand anarcho-syndicaliste Benvenuto Durutti, ses fr\u00e8res et ses s\u0153urs. \u00c9ternel griot de la r\u00e9sistance comme fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre au monde, brossant et d\u00e9ployant d\u2019immenses fresques politiques, po\u00e9tiques et arboricoles, d\u00e9versant sur la toile de notre imaginaire des flots d\u2019images habit\u00e9es, dont la source jaillit du maquis de la for\u00eat de la Berbeyrolle, haut lieu de R\u00e9sistance dont il a fait le point nodal de son r\u00e9cit, o\u00f9 des hommes s\u2019enterr\u00e8rent pour assumer leur renaissance et o\u00f9 les arbres de la r\u00e9volte se lev\u00e8rent, ralliant \u00e0 eux toutes les for\u00eats du monde.<\/p>\n<div class=\"media media-align-left media-image format-66-pcent\"><img decoding=\"async\" class=\"preview\" title=\"Armand Gatti. Photographie \u00a9 Paolo Gasparini\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/default\/files\/2018\/04\/14\/gatti10001.jpg?width=264&amp;height=183&amp;width_format=pixel&amp;height_format=pixel\" alt=\"Armand Gatti. Photographie \u00a9 Paolo Gasparini\" \/> <span class=\"legend\">Armand Gatti. Photographie \u00a9 Paolo Gasparini<\/span><\/div>\n<p>Guerrier m\u00e9taphysique suivant du doigt chaque ligne du po\u00e8me, chaque trace de ce parcours qui le mena du bidonville du Tonkin dans le quartier Saint-Joseph \u00e0 Monaco, au camp de travail Lindemann puis \u00e0 la for\u00eat de la Berbeyrolle, le maquis de Georges Guingouin, jusqu\u2019\u00e0 son dernier havre de Montreuil-sous-bois.<\/p>\n<p>Cousant l\u2019un \u00e0 l\u2019autre les mouvements de son \u00e2me aux tourments de notre existence commune sans jamais en l\u00e2cher l\u2019\u00e9cheveau ni le fil, ce moine copiste des chants qui le traversent, funambule sur la cr\u00eate de nos r\u00eaves, affiche la candeur du tr\u00e8s jeune maquisard. M\u00fb par le souffle de l\u2019oc\u00e9an et des for\u00eats remplies d\u2019oiseaux, debout sur le radeau, brandissant \u00e0 bout de bras le flambeau qui troue par instants la nuit d\u2019une mer furieuse, il vainc l\u2019obscurit\u00e9 du temps et arr\u00eate les vagues. Tournant comme un derviche dans une temp\u00eate hach\u00e9e de lumi\u00e8res, ce d\u00e9licat t\u00e9nor murmure encore \u00e0 nos oreilles l\u2019impalpable secret de la survie de l\u2019\u00e2me. En traversant la voix, le corps d\u2019un homme debout, en adoptant son pas, ses d\u00e9tours et ses haltes r\u00eaveuses, une interminable lign\u00e9e de combattants et de po\u00e8tes reprend le fil de sa &#8211; de notre &#8211; longue et tr\u00e8s \u00e9mouvante marche. <i>\u00abMarcher comme si marcher \u00e9tait le but \u00e0 atteindre\u00bb<\/i>.(13)<\/p>\n<p>Nicolas Rom\u00e9as (<a class=\"external\" href=\"http:\/\/www.linsatiable.org\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.linsatiable.org<\/a>)<\/p>\n<p>Acteur culturel, auteur, Nicolas Rom\u00e9as fait aujourd&rsquo;hui partie de l&rsquo;\u00e9quipe de b\u00e9n\u00e9voles du site L&rsquo;Insatiable (www.linsatiable.org) en tant que r\u00e9dacteur en chef. Il participe \u00e9galement \u00e0 la revue franco-belge Archipels.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span class=\"petite-police\">* &#8211; Phrase trac\u00e9e sur un mur de la prison de Tulle que Gatti reprend dans sa pi\u00e8ce : <i>Didascalie se promenant seule dans un th\u00e9\u00e2tre vide<\/i>.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span class=\"petite-police\">1 &#8211; In <i>La Parole errante<\/i> \u00e9d. verdier, pr\u00e9ambule de Michel S\u00e9onnet. Trois volumes (1999)<\/span><\/p>\n<p><span class=\"petite-police\">2 &#8211; Premi\u00e8re le 16 f\u00e9vrier 1962 par la cie du Th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 \u00e0 Villeurbanne. Mise en sc\u00e8ne Jacques Rosner. D\u00e9cors et costumes Ren\u00e9 Allio. Direction musicale Philippe Chabro. Musique Claude Lochy. Avec Jean Bouise, Andr\u00e9 B\u00e9nichou, Isabelle Sadoyan, Pierre Meyrand, Jean-Louis Martin Barbaz.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"petite-police\">3 &#8211; In <i>La Parole errante<\/i> \u00e9d. verdier, pr\u00e9ambule de Michel S\u00e9onnet. Trois volumes (1999)<\/span><\/p>\n<p><span class=\"petite-police\">4 &#8211; Marc Kravetz, <i>L&rsquo;Aventure de la Parole errante, multilogue avec Armand Gatti<\/i>, ed. Verdier (1987).<\/span><\/p>\n<p><span class=\"petite-police\">5 &#8211; Entretien avec Alexandre Wong pour <i>Cassandre<\/i> N\u00b066.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"petite-police\">6 &#8211; Entretien avec Alexandre Wong pour <i>Cassandre<\/i> N\u00b066.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"petite-police\">7 &#8211; \u00abJe suis, j&rsquo;\u00e9tais, je serai.\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span class=\"petite-police\">8 &#8211; <i>Nous \u00e9tions tous des noms d&rsquo;arbres<\/i>. 1982. Sc\u00e9nario et r\u00e9alisation : Armand Gatti ; Traduction Joseph B.Long; Interpr\u00e8tes : Communaut\u00e9 du Workshop et habitants de Derry. Producteurs d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s : Jacques Gouverneur, Jean-Jacques Hocquard, Fran\u00e7ois Leclerc, G\u00e9rard Martin.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"petite-police\">9 &#8211; <i>Les Combats du jour et de la nuit \u00e0 la maison d\u2019arr\u00eat de Fleury-M\u00e9rogi<\/i>s : Cr\u00e9ation r\u00e9alis\u00e9e pour un stage de r\u00e9insertion du minist\u00e8re de la Justice \u00e0 la maison d\u2019arr\u00eat de Fleury-M\u00e9rogis. Repr\u00e9sentations en avril 1989 au b\u00e2timent D2. Texte et mise en sc\u00e8ne : Armand Gatti. Sc\u00e9nographie et costumes : St\u00e9phane Gatti.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"petite-police\">10 &#8211; Num\u00e9ro de mai 2002 de la revue Europe.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"petite-police\">11 &#8211; Roger Rouxel : r\u00e9sistant fran\u00e7ais, soldat volontaire de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise de lib\u00e9ration (FTP\/MOI), membre du groupe Manouchian, fusill\u00e9 en 1944 avec ses 22 camarades au Fort du Mont Val\u00e9rien.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"petite-police\">12 &#8211; <i>Armand Gatti, l&rsquo;arche des langages<\/i>. Textes rassembl\u00e9s par Lucile Garbagnati, Fr\u00e9d\u00e9rique Toudoire-Surlapierre. \u00c9tudes universitaires de Dijon. 2004.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"petite-police\">13 &#8211; <i>Le Cheval qui se suicide par le feu<\/i>, repr\u00e9sent\u00e9 en 1977 au festival d&rsquo;Avignon.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"petite-police\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span class=\"petite-police\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span class=\"petite-police\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span class=\"petite-police\">\u00a0<\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le po\u00e8te Armand Gatti nous a quitt\u00e9s le 6 avril 2017. Cet anniversaire, trop peu c\u00e9l\u00e9br\u00e9 dans les m\u00e9dias, donne lieu \u00e0 plusieurs manifestations \u00e0 la Friche de la Belle de mai \u00e0 Marseille. 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