{"id":10143,"date":"2017-09-20T11:10:37","date_gmt":"2017-09-20T09:10:37","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=10143"},"modified":"2017-11-24T17:27:13","modified_gmt":"2017-11-24T16:27:13","slug":"ah-si-seulement-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2017\/09\/ah-si-seulement-2\/","title":{"rendered":"Jean Claude Izzo\u00a0\u00bb Moi  b\u00e2tard de Marseille \u00ab\u00a0"},"content":{"rendered":"<article>\n<section>\n<div class=\"block block--white article--body\">\n<div class=\"block--container\">\n<div class=\"article--text\">\n<div class=\"article--intro\">Il y eut Alexandrie et Tanger. Mais pour l&rsquo;auteur des \u00ab\u00a0Marins perdus\u00a0\u00bb, Jean Claude Izzo le monde, d\u00e9sormais, tourne autour de Marseille et de ses \u00ab\u00a0classes dangereuses\u00a0\u00bb. Article paru dans T\u00e9l\u00e9rama en 1998.<\/div>\n<div class=\"article--wysiwyg wysiwyg\"><\/div>\n<div class=\"article--wysiwyg wysiwyg\">\u00a0\u00bb J&rsquo;appartiens \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e. Cette mer, je la vis, je la respire, je la r\u00eave, je la pense d&rsquo;un seul point de vue. Celui de Marseille. Cette ville o\u00f9 je suis n\u00e9 par le hasard des exils de mon p\u00e8re napolitain et de ma m\u00e8re andalouse.<br \/>\n<span style=\"font-size: medium;\"> En revendiquant cette appartenance, j&rsquo;entre &#8211; j&rsquo;en ai conscience, et vous, vous avez le droit de le savoir &#8211; dans la cat\u00e9gorie des nouvelles \u00ab\u00a0classes dangereuses\u00a0\u00bb, ainsi que nous d\u00e9finit un rapport important (important pour l&rsquo;avenir de l&rsquo;Europe) de la Banque mondiale (1). Nous sommes, dit ce rapport, nous les M\u00e9diterran\u00e9ens, innombrables, indisciplin\u00e9s, migrants bien s\u00fbr. Et puis aussi arbitraires, fanatiques, violents. Et aussi, \u00e9videmment, mis\u00e9rables.<br \/>\nToujours dans ce rapport, la Banque mondiale sugg\u00e8re \u00e0 l&rsquo;Europe d&rsquo;\u00e9riger entre le Nord et le Sud un limes moderne, comme un rappel de la fronti\u00e8re entre l&rsquo;Empire romain et les Barbares. Demain, quand le si\u00e8cle aura bascul\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de Maastricht et que s&rsquo;appliqueront les directives de la Banque mondiale, paraphrasant Erri De Luca, je pourrais alors commencer un roman par ces mots : Je suis d&rsquo;un pays et d&rsquo;une mer barbares. Oui, peut-\u00eatre, malheureusement. Pourtant, debout sur la digue Sainte-Marie, face au large, et perdant mes yeux sur l&rsquo;horizon des cargos en partance, je persiste dans mon point de vue. De Marseille, en M\u00e9diterran\u00e9e. Il y eut Alexandrie, et Tanger. Marseille demeure. Seule aujourd&rsquo;hui, unique donc. Et, tant bien que mal, debout encore. <span style=\"color: #ff0000;\">Derni\u00e8re survivance des croisements des hommes et des cultures.<\/span><br \/>\nEt, quoi qu&rsquo;il en soit, face aux fractures, aux \u00e9clatements, aux morcellements qui ont ponctu\u00e9 et ponctuent encore l&rsquo;histoire de cette mer et de ses deux rives, je crois que le point de vue de Marseille est la seule r\u00e9ponse moderne \u00e0 nos aspirations.<br \/>\nIci, il faudrait relire L&rsquo;Exil d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne, d&rsquo;Albert Camus. Comme un br\u00e9viaire : \u00ab\u00a0On peut comprendre en ces lieux que, si les Grecs ont touch\u00e9 au d\u00e9sespoir, c&rsquo;est toujours \u00e0 travers la beaut\u00e9, et ce qu&rsquo;elle a d&rsquo;oppressant. Dans ce malheur dor\u00e9, la trag\u00e9die culmine. Notre temps, au contraire, a nourri son d\u00e9sespoir dans la laideur et dans les convulsions. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;Europe serait ignoble, si la douleur pouvait jamais l&rsquo;\u00eatre.\u00a0\u00bb C&rsquo;\u00e9tait en 1948.<br \/>\nCinquante ans apr\u00e8s, je l&rsquo;affirme, s&rsquo;il y a un avenir \u00e0 l&rsquo;Europe, une beaut\u00e9 \u00e0 l&rsquo;avenir, il est dans ce qu&rsquo;Edouard Glissant nomme la \u00ab\u00a0cr\u00e9olit\u00e9 m\u00e9diterran\u00e9enne\u00a0\u00bb. Cet autre regard sur le monde. C&rsquo;est l\u00e0 que tout se joue. Entre la vieille pens\u00e9e, \u00e9conomique, s\u00e9paratiste, s\u00e9gr\u00e9gationniste (de la Banque mondiale et des capitaux priv\u00e9s internationaux) et une nouvelle culture, diverse, m\u00e9tisse, o\u00f9 l&rsquo;homme reste ma\u00eetre et de son temps et de son espace g\u00e9ographique et social.<br \/>\nJ&rsquo;appartiens \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e, disais-je. Je tiens par la main mes deux rives. Et Orient et Occident. On me d\u00e9chirera peut-\u00eatre, mais l&rsquo;Europe ne me fera jamais l\u00e2cher l&rsquo;une pour l&rsquo;autre. Parce que je revendique l&rsquo;enseignement unique de cette mer : plus on s&rsquo;enrichit de cultures, plus la pens\u00e9e s&rsquo;\u00e9largit, plus le monde s&rsquo;ouvre \u00e0 nous, et plus l&rsquo;autre &#8211; l&rsquo;autre m\u00e9diterran\u00e9en, africain, asiatique et latino-am\u00e9ricain &#8211; nous est proche. Fr\u00e8re humain.<br \/>\n<strong>C&rsquo;est ainsi que je pense, comme le b\u00e2tard d&rsquo;une histoire commenc\u00e9e ici, \u00e0 Marseille, il y a deux mille six cents ans. \u00ab\u00a0<\/strong><\/span><\/div>\n<div id=\"article--sidebar-bottom-right\" class=\"article--sidebar-right article--sidebar-bottom-right\">\n<div class=\"article--footnotes\">\n<p>(1) Cr\u00e9dits sans fronti\u00e8res, la religion s\u00e9culi\u00e8re de la Banque mondiale, de Susan George et Fabrizio Sabelli. Ed. La D\u00e9couverte<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/section>\n<\/article>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y eut Alexandrie et Tanger. Mais pour l&rsquo;auteur des \u00ab\u00a0Marins perdus\u00a0\u00bb, Jean Claude Izzo le monde, d\u00e9sormais, tourne autour de Marseille et de ses \u00ab\u00a0classes dangereuses\u00a0\u00bb. Article paru dans T\u00e9l\u00e9rama en 1998. \u00a0\u00bb J&rsquo;appartiens \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e. Cette mer, je la vis, je la respire, je la r\u00eave, je la pense d&rsquo;un seul point [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":10103,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[705,718,698,702,1],"tags":[1382,1380,811],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10143"}],"collection":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10143"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10143\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10178,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10143\/revisions\/10178"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10103"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10143"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10143"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10143"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}