{"id":10051,"date":"2017-07-10T19:18:21","date_gmt":"2017-07-10T17:18:21","guid":{"rendered":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/?p=10051"},"modified":"2018-07-07T23:16:42","modified_gmt":"2018-07-07T21:16:42","slug":"marseille-soleils","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2017\/07\/marseille-soleils\/","title":{"rendered":"Marseille Soleils"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Marseille je ne peux t\u2019oublier tellement je t\u2019aime\u00a0\u00bbAhmad Jamal (1)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ceux qui racontent les histoires dirigent le monde. Notre t\u00e2che fondamentale est d\u2019inventer une nouvelle histoire pour dire ce que signifie \u00eatre humain au XXI si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Georges Monbiot<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un journal qui n\u2019a pas de morale n\u2019est pas un journal. Oui, et une soci\u00e9t\u00e9 sans morale n\u2019est plus une soci\u00e9t\u00e9. Un pays sans morale non plus. Il \u00e9tait plus simple d\u2019envoyer les flics d\u00e9loger un comit\u00e9 de ch\u00f4meurs dans les ANPE que de s\u2019attaquer aux racines du mal. Cette saloperie qui rongeait l\u2019humanit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Jean Claude Izzo, <em>Solea<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>S\u2019il y a des jeunes que la drogue tue \u00e0 20 ans, c\u2019est peut \u00eatre parce qu\u2019il y a des adultes que d\u2019autres drogues maintiennent comme morts\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Roger Etchegaray archev\u00eaque de Marseille<\/p>\n<p>in <em>H\u00e9ro (s) Au c\u0153ur de l\u2019h\u00e9ro\u00efne<\/em>, de Claire Duport (\u00e9ditions Wildproject)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-10050\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/18118589_10212932474052278_3334515746483536567_n-300x188.jpg\" alt=\"18118589_10212932474052278_3334515746483536567_n\" width=\"300\" height=\"188\" srcset=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/18118589_10212932474052278_3334515746483536567_n-300x188.jpg 300w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/18118589_10212932474052278_3334515746483536567_n-768x481.jpg 768w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/18118589_10212932474052278_3334515746483536567_n.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><span style=\"color: #993300;\"><strong>Salir ce qui est beau, n\u2019est pas tr\u00e8s propre\u00a0!<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Depuis pr\u00e8s de deux si\u00e8cles le consortium du blanchiment mental par le d\u00e9nigrement syst\u00e9matique a fait de Marseille la championne incontest\u00e9e des villes de mauvaise vie. Ainsi la cit\u00e9, c\u00e9l\u00e8bre par ses turpitudes, ses crimes, son irresponsabilit\u00e9, sert de faire-valoir \u00e0 toutes les villes soucieuses d\u2019oublier leur part d\u2019ombre.<\/p>\n<p>Loin de d\u00e9ranger les \u00e9lus locaux et leurs oblig\u00e9s, cette mauvaise r\u00e9putation les a autoris\u00e9s \u00e0 commettre et couvrir les pratiques des plus douteuses comme les actes les plus r\u00e9pr\u00e9hensibles. Ce qui \u00e9tait port\u00e9 au d\u00e9bit de la ville leur ouvrait \u00e0 titre personnel un \u00ab\u00a0cr\u00e9dit magouille\u00a0\u00bb quasi illimit\u00e9.<\/p>\n<p>En novembre 2015, j\u2019ai effectu\u00e9 ici un premier reportage\u00a0: \u00ab Marseille, la ville \u00e0 abattre\u00a0\u00bb ( 2) l ( voir sur ce m\u00eame blog et sur <em>Mediapart<\/em>). L\u2019id\u00e9e \u00e9tait de d\u00e9monter les diff\u00e9rentes strat\u00e9gies de domination et de mettre en avant les initiatives citoyennes et artistiques pouvant potentiellement les contrer. Aujourd\u2019hui, avec un peu de recul, je suis conscient que la critique \u00ab\u00a0des autres\u00a0\u00bb, si elle est n\u00e9cessaire, n\u2019est pas suffisante. Elle ne donne aucune l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 celui qui croit que de d\u00e9noncer les salauds \u00e9vite d\u2019en devenir un. Plus que jamais il faut aller sur le terrain et mettre en avant le travail formidable qui y est fait par les artistes, les associations. Plus que jamais il faut s\u2019interroger sur le sens de cette r\u00e9sistance multiforme. Bref, je suis revenu \u00e0 Marseille parce qu\u2019il me semblait impossible de faire autrement.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s loin du tableau noir et sanglant qui sert de vitrine \u00e0 la ville, j\u2019ai rencontr\u00e9 ici des \u00eatres de lumi\u00e8re et de partage (3). Leur humanit\u00e9 g\u00e9n\u00e9reuse m\u2019a saisi. J\u2019ai eu envie de les prendre \u00e0 nouveau dans mes bras, de m\u2019asseoir avec eux, de partager quelques instants d\u2019humanit\u00e9 bienveillante.<\/p>\n<p>Les r\u00e8gles de mise \u00e0 distance du journalisme professionnel ne vont pas dans mon sens, tant pis, tant mieux. Il s\u2019agit moins aujourd\u2019hui de prendre la parole que de la redonner \u00e0 ceux qu\u2019un pseudo ordre des choses b\u00e2illonne et humilie.<\/p>\n<p>Marseille, ville fran\u00e7aise train\u00e9e dans la boue, est une ville monde. Les bonnes relations entre gens de toutes couleurs sont \u00e0 rebrousse-poil des conflits et antagonismes savamment d\u00e9crits et exacerb\u00e9s par les m\u00e9dias. Comme aucune autre ville, elle est au c\u0153ur de l\u2019ambivalence humaine, de ce m\u00e9lange dont peut sortir le meilleur comme le pire.<\/p>\n<p>La cit\u00e9 phoc\u00e9enne dit \u00e0 la fois la multiplicit\u00e9, la fragilit\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain et sa grandeur au quotidien. Ici il est encore possible de rencontrer l\u2019autre, de lui parler, de savoir qui il est, de l\u2019invectiver, comme de lui rendre service. Ici il est encore possible d\u2019\u00eatre solidaire, juste pour le plaisir de partager. Ce vivre ensemble est constamment attaqu\u00e9, menac\u00e9 de destruction tant par l\u2019extr\u00eame droite que par une classe politique sans honneur ni vision d\u2019avenir.<\/p>\n<p>En revenant \u00e0 Marseille, il me semble comprendre que mon attachement \u00e0 cette ville tient \u00e0 ce qu\u2019elle est, \u00e0 la beaut\u00e9 prot\u00e9iforme qui est la sienne, mais aussi aux promesses d\u2019avenir qu\u2019elle ne cesse d\u2019interroger, autant pour-elle m\u00eame que pour le monde. Dans un premier temps l\u2019\u00e9merveillement de la d\u00e9couverte tend \u00e0 faire croire que ce qui se joue ici est sp\u00e9cifique, voire unique. Revenir permet de penser qu\u2019il y a certes un particularisme marseillais, mais non une sp\u00e9cificit\u00e9.<\/p>\n<p>Ici des individus, des groupes, des associations luttent pour inventer un quotidien et un avenir o\u00f9 la dignit\u00e9 de chacun ne soit pas constamment mise en p\u00e9ril. Ils vivent ici, mais ce qu\u2019ils proposent a aussi vocation \u00e0 cr\u00e9er des outils d\u2019\u00e9mancipation utilisables par tous, o\u00f9 qu\u2019ils soient.<\/p>\n<p>Je suis revenu \u00e0 Marseille, et j\u2019ai bien l\u2019intention de revenir encore.<\/p>\n<p>.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-10049\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/13112868_10209498788132276_1002783825820537271_o-300x148.jpg\" alt=\"13112868_10209498788132276_1002783825820537271_o\" width=\"300\" height=\"148\" srcset=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/13112868_10209498788132276_1002783825820537271_o-300x148.jpg 300w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/13112868_10209498788132276_1002783825820537271_o-768x379.jpg 768w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/13112868_10209498788132276_1002783825820537271_o.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>A Marseille le soleil brille 366 jours par an<\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A tous ceux qui se croiront oblig\u00e9s de relever la double inexactitude de la proposition, on sera tent\u00e9 de r\u00e9pondre\u00a0: certes il ne fait pas toujours beau \u00e0 Marseille on peut facilement en convenir, mais vous, pourquoi ne cessez-vous de vous r\u00e9pandre en affirmant <em>urbi et orbi<\/em> qu\u2019il y fait toujours mauvais\u00a0?<\/p>\n<p>Certes il n\u2019est certes pas toujours facile de distinguer le vrai du faux. Jugez en par vous-m\u00eame.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Vrai ou faux\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>1\/ <em>A Marseille une employ\u00e9e de l\u2019office du tourisme sort sa kalachnikov pour \u00e9liminer un touriste insolent<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Faux<\/strong><\/p>\n<p><u>Ce qui est vrai<\/u><\/p>\n<p>Le touriste ayant demand\u00e9 un plan de Marseille, l\u2019employ\u00e9e lui a remis un plan du centre ville.<\/p>\n<ul>\n<li>Et les quartiers Nord, ils n\u2019existent pas\u00a0?<\/li>\n<li>Non monsieur, nous vous d\u00e9conseillons d\u2019y aller.<\/li>\n<\/ul>\n<p>C\u2019est ce qui s\u2019appelle rayer de la carte des milliers de personnes. Cette violence est symbolique, ce qui ne l\u2019emp\u00eache pas de faire tr\u00e8s mal.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>2\/ <strong><em>Marseille est la cit\u00e9 du crime<\/em><\/strong>. <strong><em>Les crimes et d\u00e9lits augmentent chaque ann\u00e9e<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Faux<\/strong><\/p>\n<p>Si on ne prend en consid\u00e9ration que les statistiques de r\u00e8glements de compte aff\u00e9rents aux ann\u00e9es les plus r\u00e9centes, on pourra affirmer que le crime ne cesse de progresser \u00e0 Marseille\u00a0: 19 pour l\u2019ann\u00e9e 2015 contre 15 en 2012. Par contre, en \u00e9largissant la p\u00e9riode de r\u00e9f\u00e9rence, on constatera que le crime est ici en nette r\u00e9gression\u00a0: 44 en 1985, 45 en 1986, 28 en 1987, 31 en 1988. Une ville comme Nice jusqu\u2019au dernier attentat) avait la r\u00e9putation d\u2019\u00eatre une ville tranquille. Or, le nombre de crimes qui y \u00e9tait commis \u00e9tait sup\u00e9rieur \u00e0 celui de Marseille.<\/p>\n<p>Michel Samson, <em>Marseille en proc\u00e8s<\/em> (Editions La D\u00e9couverte &amp; Wild project)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>3\/ <strong><em>A Marseille, les dealers gagnent au minimum quatre fois le smic<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Faux<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9e que les jeunes impliqu\u00e9s dans ces r\u00e9seaux s\u2019enrichissent fortement et rapidement- l\u2019image des jeunes dealers qui roulent en Mercedes constitue pourtant un clich\u00e9 ou une repr\u00e9sentation largement mythique. Les chercheurs parlent d\u2019\u00e9conomie de survie, ou des smicards du crack\u2026.. Le trafic de rue est particuli\u00e8rement \u00e9tendu dans les quartiers Nord o\u00f9 se concentrent pauvret\u00e9 et ch\u00f4mage, dont le taux avoisine 50\u00a0% dans bien des cas\u2026<\/p>\n<p>Comme le souligne Pascale Jamouille, \u201c<em>les prises de risque sont des conduites de distinction utiles pour accumuler un <strong>capital de r\u00e9putation<\/strong> et s\u2019\u00e9lever dans la hi\u00e9rarchie de la cit\u00e9. La duret\u00e9 des rapports sociaux, les trajectoires p\u00e9nales peuvent alt\u00e9rer leur sant\u00e9 mentale et les <strong>marginaliser\u201d.\u00a0\u00bb<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Khadidja Sahraoui-Chapuis , <em>Comment devient-on dealer dans un quartier pauvre\u00a0<\/em>(4)<\/p>\n<p>4\/ <strong><em>Les in\u00e9galit\u00e9s ne sont pas plus fortes \u00e0 Marseille que dans d\u2019autres m\u00e9tropoles fran\u00e7aises.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Faux<\/strong><\/p>\n<p>Un rapport de L\u2019OCDE de 2013 situe Marseille comme une des plus in\u00e9galitaires de France<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c0 Marseille, les revenus des 20\u00a0% les plus ais\u00e9s sont 5,4 fois sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux des 20\u00a0% les plus pauvres.<\/p>\n<p>Le 3<sup>e<\/sup> arrondissement de la ville est le plus pauvre des communes de France m\u00e9tropolitaine (classement dans lequel l\u2019Insee inclut les arrondissements municipaux de Paris, Lyon et Marseille). Le taux de pauvret\u00e9 s\u2019y \u00e9tablit \u00e0 51,3\u00a0%, autrement dit plus d\u2019un habitant sur deux y vit sous le seuil de pauvret\u00e9.<\/p>\n<p>Parmi les quinze communes les plus pauvres de France m\u00e9tropolitaine quatre autres arrondissements marseillais prennent place aux c\u00f4t\u00e9s de villes de la couronne parisienne : les 2e, 15e, 1er et 14e.<\/p>\n<p>Les foyers monoparentaux et les jeunes sont tr\u00e8s expos\u00e9s \u00e0 la pauvret\u00e9. Dans la r\u00e9gion, 32\u00a0% des familles monoparentales et 24,1% des moins de 30 ans vivent ainsi sous le seuil de pauvret\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Alain Fourest, <em>Un cri<\/em> <em>d\u2019alarme<\/em> <em>2016<\/em> (5)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #993300;\"><strong>Face au r\u00e9el<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>\u00a0&#8211; Rencontre avec Andr\u00e9e Antolini, directrice du Centre social Frais Vallon &#8211; Quartiers Nord<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019ann\u00e9e 2015 avec les attentats a fait exploser les reflexes islamophobes tant au niveau de la rue que de l\u2019\u00c9tat. Les musulmans sont l\u2019ennemi int\u00e9rieur autant qu\u2019ext\u00e9rieur. Le traitement des m\u00e9dias, les discours des politiques, la banalisation du discours d\u2019extr\u00eame-droite sur les pauvres et les musulmans p\u00e8sent lourd. \u2026<\/p>\n<p>\u201c<em>Ces gens-l\u00e0 ne sont pas fran\u00e7ais et en plus, ils sont musulmans<\/em>\u201d, donc initiateurs de terrorisme. \u201cEt en plus, ils b\u00e9n\u00e9ficient de l\u2019aide de nos services sociaux.\u201d Dans l\u2019espace public, certains agressent des femmes voil\u00e9es ou leur font des queues de poisson si elles sont en voiture.<\/p>\n<p>Sur toutes ces questions, on a eu l\u2019opportunit\u00e9 de faire intervenir des chercheurs comme Sa\u00efd Bouamama. Il resitue les probl\u00e9matiques actuelles en phase avec l\u2019histoire de la colonisation. Ces interventions lib\u00e8rent des prises de parole et nous permettent de th\u00e9oriser ce que vivent les gens ici. Ils semblent supporter ce qui leur arrive. Il y a comme une esp\u00e8ce de chape de plomb qui recouvre tous les probl\u00e8mes du quotidien\u00a0: faiblesse des revenus, sant\u00e9, \u00e9ducation des enfants\u2026 dans le cadre d\u2019une cit\u00e9 comme Frais Vallon qui doit \u00eatre r\u00e9nov\u00e9e on ne sait quand ni comment. Il y a l\u00e0 un mille-feuilles de difficult\u00e9s avec un rejet de tout ce qui est de l\u2019ordre du politique. Pour certains partis comme le PS, l\u2019action politique consiste \u00e0 venir distribuer des tracts. Il n\u2019y pas de travail de fond, pas d\u2019\u00e9change, c\u2019est d\u00e9sesp\u00e9rant et inqui\u00e9tant.<\/p>\n<p>Avec d\u2019autres associations on a organis\u00e9 une journ\u00e9e d\u2019animation-d\u00e9bat autour du vivre ensemble. On s\u2019est appuy\u00e9 sur les propos du maire FN du 13<sup>E<\/sup> \/ 14<sup>E<\/sup>\u00a0: lui n\u2019a rien \u00e0 faire du vivre ensemble.<\/p>\n<p>Au Centre social, on a cr\u00e9\u00e9 un accueil de nuit pour les jeunes de 18\/22 ans qui souvent ne rentrent pas \u00e0 la maison avant 2heures du matin. On est en face de demandes de prise en charge, il faut leur trouver des solutions de loisirs. Comment s\u2019organiser pour r\u00e9nover un petit stade de foot d\u00e9labr\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Ces difficult\u00e9s renvoient \u00e0 l\u2019\u00e9tat de la cit\u00e9 o\u00f9 il y a tr\u00e8s peu d\u2019espaces publics d\u00e9di\u00e9s aux enfants, aux jeunes et aux familles.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019il y ait un m\u00e9tro \u00e0 Frais Vallon, les individus sont captifs. Les jeunes vont toujours dans les m\u00eames endroits et fr\u00e9quentent les m\u00eames personnes. A quel moment vont ils pouvoir avoir une rencontre avec un ailleurs\u00a0?<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019universit\u00e9 qui pourrait jouer ce r\u00f4le. Ici, beaucoup de jeunes ont le bac. C\u2019est la suite qui est probl\u00e9matique. La plupart vont en droit en attendant de voir\u2026 et ils ne voient rien et retournent \u00e0 la case d\u00e9part. La mobilit\u00e9 intellectuelle pour briser l\u2019enfermement est un casse-t\u00eate. Il y a dix ou quinze ans, le conseil g\u00e9n\u00e9ral investissait encore dans des animations qui faisaient vivre la cit\u00e9. Beaucoup d\u2019initiatives de ce type n\u2019ont eu qu\u2019un temps.<\/p>\n<p>Des jeunes faisaient de la musique dans un local squatt\u00e9. La police a saisi leurs instruments ou les a endommag\u00e9s, nous les avons accueillis dans notre sous-sol.<\/p>\n<p>Ils sont en train de reconstruire leur studio. Ils sont impressionnants, ils font tout<\/p>\n<p>et obtiennent aussi des soutiens ext\u00e9rieurs. Ils ont des comp\u00e9tences et font une musique sympa. Cela nous fait du bien \u00e0 nous aussi, car on a tendance \u00e0 s\u2019engluer dans le quotidien, on oublie de r\u00eaver un peu les choses, d\u2019\u00eatre plus ambitieux. Ces musiciens d\u00e9montrent que c\u2019est possible. Il y a aussi un club de foot dynamique et aussi une \u00e9quipe f\u00e9minine, des femmes qui r\u00e9alisent des choses impressionnantes.<\/p>\n<p>Dans certaines cit\u00e9s, les luttes de pouvoir autour de la drogue sont mortelles. Beaucoup de jeunes succombent. De nombreuses personnes ne vont pas bien et prennent des anxiolytiques. Ils auraient besoin d\u2019une prise en charge psychologique. Fin 2016 deux jeunes de la cit\u00e9 se sont suicid\u00e9s. Il y a un vrai malheur de vivre. Les structures psy existantes font du bon travail, mais il y aurait sans doute besoin d\u2019un niveau interm\u00e9diaire. On oublie les conditions de vie des gens, \u00e7a finit par sembler normal qu\u2019il y ait des trous partout, des rats\u2026 on s\u2019habitue, on ne peut pas \u00eatre tout le temps en col\u00e8re.<\/p>\n<p>Seulement pour acc\u00e9der au droit commun, les habitants de la cit\u00e9 sont oblig\u00e9s de passer par des circuits tr\u00e8s compliqu\u00e9s. C\u2019est \u00e9puisant. Les politiques m\u00e9prisent toutes ces personnes qui ne sont pas des clients potentiels. La gestion de la ville est calamiteuse. Les gens d\u00e9sesp\u00e8rent.<\/p>\n<p>La chance que nous avons, c\u2019est de travailler en collectif. On se r\u00e9unit entre associations, on met en commun nos moyens, on agit ensemble, cela permet de faire front de partager les difficult\u00e9s, de mener des actions\u2026 Ensemble on s\u2019use moins vite.-<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-10047\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Je-veux-etre-au-sommet-du-vide-300x225.jpg\" alt=\"Je veux etre au sommet du vide\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Je-veux-etre-au-sommet-du-vide-300x225.jpg 300w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Je-veux-etre-au-sommet-du-vide-768x576.jpg 768w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Je-veux-etre-au-sommet-du-vide.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><strong>\u00a0<span style=\"color: #993300;\">Une jeunesse dans l\u2019impasse<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Ou comment, apr\u00e8s avoir trac\u00e9 une voie politique, la jeunesse marseillaise en a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e.<\/p>\n<p>(Extrait d\u2019un article du sociologue Sa\u00efd Bouamama\u00a0: \u00ab\u00a0La construction des petits blancs et les chemins du politique\u00a0\u00bb ( 6)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toute une g\u00e9n\u00e9ration de militants des quartiers populaires a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par la marche pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 (octobre1983). La p\u00e9riode est \u00e9galement marqu\u00e9e par deux changements qualitatifs et de postures. Le premier est celui du passage de l\u2019invisibilit\u00e9 sociale \u00e0 la visibilit\u00e9. Ce changement est certes un r\u00e9sultat sociologique mais la \u201cp\u00e9riode des marches\u201d a \u00e9t\u00e9 le vecteur de cette entr\u00e9e en visibilit\u00e9 d\u00e9complex\u00e9e, souhait\u00e9e et agie. De nombreux jeunes qui aujourd\u2019hui ont int\u00e9rioris\u00e9 cette visibilit\u00e9 l\u00e9gitime ignorent cette fonction politique de la p\u00e9riode du fait d\u2019une m\u00e9moire militante non travaill\u00e9e. Le second est celui de l\u2019acc\u00e8s au politique comme en t\u00e9moigne les multiples tentatives des ann\u00e9es ult\u00e9rieures (pr\u00e9sentation de listes autonomes, entr\u00e9es dans les partis politiques, mouvements d\u2019inscription sur les listes \u00e9lectorales, passage de revendications \u00e0 sous-bassement humanitariste \u00e0 des revendications argument\u00e9es politiquement, etc.).<\/p>\n<p>Vingt ans apr\u00e8s cette p\u00e9riode des marches, l\u2019actualit\u00e9 m\u00e9diatique et politique est domin\u00e9e par une mise en sc\u00e8ne de la peur\u00a0: danger int\u00e9griste, affaire du foulard, discours sur l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, etc. Les jeunes issus de la colonisation sont construits comme barbares, d\u00e9linquants, violents, sexistes, antis\u00e9mites, int\u00e9gristes, les quartiers populaires sont construits comme espace de la \u00ab\u00a0racaille\u00a0\u00bb et de la sauvagerie, comme un territoire \u00e0 reconqu\u00e9rir par la R\u00e9publique, comme lieux de la d\u00e9bauche et de la d\u00e9composition absolue, etc. En l\u2019espace de deux d\u00e9cennies les quartiers populaires sont pass\u00e9s du statut de \u201ccontre-soci\u00e9t\u00e9\u201d \u00e0 celui de \u201cghetto\u201d enferm\u00e9 dans des fronti\u00e8res invisibles mais de plus en plus infranchissables.\u00a0\u00bb (6)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Qui conna\u00eet les quartiers Nord\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les clich\u00e9s sont tenaces, parce que les quartiers Nord, ce n\u2019est que 60\u00a0% du parc HLM de la ville, et qu\u2019ils sont compos\u00e9s en fait d\u2019un maillage de noyaux villageois, de grands ensembles, de logements pavillonnaires, des zones industrielles ou d\u2019activit\u00e9s, de coins de garrigue et autres terrains vagues. Clich\u00e9s aussi parce que les principaux \u00eelots de pauvret\u00e9 se trouvent au centre-ville, \u00e0 un jet de pierre du Vieux-Port refait \u00e0 neuf\u00a0; et parce que finalement, contrairement \u00e0 toutes les villes fran\u00e7aises, il n\u2019y a pas vraiment de banlieue \u00e0 Marseille\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Claire Duport<\/strong>, <em>H\u00e9ro (s) au c\u0153ur de l\u2019h\u00e9ro\u00efne<\/em> (\u00e9ditions Wild project).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Insupportable<\/strong><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0<\/em><em>Le malaise est profond. Mais comment doivent faire les jeunes pour supporter leur situation\u00a0? Ils sont discrimin\u00e9s de partout. Ce sont des enfants ill\u00e9gitimes de la France et comme tous les enfants ill\u00e9gitimes, ils font des b\u00eatises. Pour moi, cette question identitaire est fondamentale et il va falloir qu\u2019on s\u2019y penche. On doit pouvoir \u00eatre diff\u00e9rent et \u00eatre reconnu comme fran\u00e7ais. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Karima Berbiche,\u00a0militante associative, <\/em><em>Politis<\/em><em>, 19 septembre 2013<\/em><\/p>\n<p><strong>Islamisme<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le temps est proche o\u00f9 les masses affam\u00e9es du sud monteront \u00e0 l\u2019assaut des pays riches du nord. Cette immigration ne sera ni fraternelle, ni pacifique. Dans 20 ans, c\u2019est s\u00fbr, la France sera une r\u00e9publique islamique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Convention d\u00e9partementale du FN (2015)\u00a0: St\u00e9phane Ravier, s\u00e9nateur-maire des 13\/14es arrondissements de Marseille, citant les propos de Jean-Marie Le Pen, tenus 20 ans plus t\u00f4t, qui lui-m\u00eame aurait cit\u00e9 Houari Boum\u00e9di\u00e8ne et le chef du Hezbollah libanais.<\/p>\n<p><strong>Abandon<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Quand il y a des \u00e9coles dans un quartier et que l\u2019on ne peut m\u00eame pas mettre un jardin avec des man\u00e8ges \u00e0 ressorts, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une forme d\u2019abandon. De m\u00eame quand on ne peut m\u00eame pas construire un petit stade. Ici l\u2019herbe a disparu, on ne voit plus que du b\u00e9ton.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Heddy Salem, collaborateur du Th\u00e9\u00e2tre du Merlan<\/p>\n<p><strong>Feu le port de Marseille <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le port industriel de Marseille, c\u2019est fini. A Liverpool, il est remplac\u00e9 par un mus\u00e9e, A G\u00eanes, le port est \u00e0 60 kms de la ville. Les villes n\u2019ont plus besoin de port. Les opposants \u00e0 la politique municipale veulent se battre contre la gentrification, on fait quoi \u00e0 la place\u00a0?<\/p>\n<p>Michel Samson journaliste, \u00e9crivain<\/p>\n<p><strong>Petits meurtres sans importance\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Gilles de Pappas, auteur de romans policiers, rapporte les propos de Jean-Claude Gaudin, maire de la ville, \u00e0 propos des meurtres dans les quartiers\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>Tant qu\u2019ils se tuent entre eux\u00a0!\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p><strong>La bonne direction<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0A Marseille pour aller dans la bonne direction, vous avez int\u00e9r\u00eat \u00e0 aller dans la direction oppos\u00e9e \u00e0 celle que l\u2019on vient de vous indiquer\u2026 enfin pas toujours.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un passant<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Marseille Soleils<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Dans son d\u00e9sordre, ses acc\u00e8s de folie, ses \u00e9lans de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 inventive, Marseille nous invite \u00e0 partager l\u2019ivresse de la terre quand elle nous ouvre les bras, quand elle nous invite \u00e0 danser plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 pleurer sur notre triste sort.<\/p>\n<p>Marseille a l\u2019audace de mettre en avant les barri\u00e8res qui s\u00e9parent, qui ostracisent les uns au profit des autres, en m\u00eame temps que cette ville inou\u00efe d\u00e9montre que ces fronti\u00e8res n\u2019ont rien \u00e0 voir avec une \u00e9ventuelle nature des choses. Ces forteresses sont ni plus ni moins que des constructions humaines, certes tr\u00e8s solides mais aussi susceptibles de mobiliser l\u2019intelligence de chacun pour que cesse le r\u00e8gne de ceux qui croient s\u2019\u00e9lever en \u00e9crasant les autres.<\/p>\n<p>Marseille est bien une ville dangereuse, parce qu\u2019au-del\u00e0 des clich\u00e9s de violence qui la marquent au fer rouge, elle esquisse de nouveaux chemins o\u00f9 la bienveillance comme la cr\u00e9ativit\u00e9 et la solidarit\u00e9 sont porteuses d\u2019une nouvelle humanit\u00e9.<\/p>\n<p>A Marseille, ils sont sans doute des milliers \u00e0 se battre. Certains sont l\u00e0 pour aider, voire assister, partager\u00a0; d\u2019autres, ou peut-\u00eatre les m\u00eames, sont l\u00e0 non pour casser du flic, mais plut\u00f4t pour combattre une logique polici\u00e8re visant \u00e0 r\u00e9duire tout individu \u00e9tranger \u00e0 l\u2019\u00e9lite en d\u00e9linquant honteux d\u2019exister. Travailleurs sociaux, militants d\u2019associations, artistes, intellectuels, responsables culturels\u2026 j\u2019ai eu le bonheur d\u2019en rencontrer quelques-uns, certains pour la deuxi\u00e8me fois.<\/p>\n<p>La logique dominante est complexe, tr\u00e8s affut\u00e9e. Ici on ne retiendra que sa capacit\u00e9 \u00e0 s\u00e9parer. S\u00e9parer chaque individu de lui-m\u00eame et des autres.<\/p>\n<p><strong>Comment faire face \u00e0 une entreprise de d\u00e9molition d\u2019une telle ampleur\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>Avec les bras, la t\u00eate et le c\u0153ur, ils s\u2019emploient \u00e0 r\u00e9-unir, \u00e0 recoller ce qui est en morceaux, \u00e0 inventer un avenir commun, \u00e0 redonner \u00e0 chacun l\u2019envie de r\u00eaver, d\u2019imaginer\u2026 quelque chose qui ressemble \u00e0 l\u2019envie d\u2019exister par soi-m\u00eame et ensemble.<\/p>\n<p>Ces porteurs de sens ne sont pas au-dessus du lot, bien au contraire c\u2019est en plongeant corps et \u00e2me dans le maelstrom humain qu\u2019ils trouvent leur inspiration.<\/p>\n<p><strong>Que veulent-ils\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>Nous relier les uns aux autres quand nous sommes s\u00e9par\u00e9s, nous aider \u00e0 nous redresser quand nous courbons le dos, nous caresser l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a nous fait si mal, nous donner envie de nous battre chaque fois que n\u00e9cessaire, de rire, de nous r\u00e9jouir \u00e0 chaque seconde d\u2019une existence qui pourrait, si nous le voulons bien, devenir totalement la n\u00f4tre.<\/p>\n<p>Chacun d\u2019eux actionne des outils qui lui vont bien<em>. A posteriori<\/em> ils sont simples \u00e0 manier, mais c\u2019est le fait m\u00eame du talent de cr\u00e9er des \u00e9vidences susceptibles de nous toucher. Ces outils modestes et forts sont la premi\u00e8re pierre d\u2019une exigence politique. Ils sont \u00e0 l\u2019\u00e9coute de nos vies et contribuent \u00e0 les faire grandir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #993300;\"><strong>Vivre ensemble, tarte \u00e0 la cr\u00e8me\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><u>\u00a0Le March\u00e9 de la Plaine<\/u><\/p>\n<p>Depuis plusieurs ann\u00e9es, la mairie de Marseille, soucieuse de restituer le centre-ville aux Marseillais (sous-entendu \u00e0 la population blanche disposant d\u2019assez de moyens pour payer des loyers en fortes hausses), a concoct\u00e9 un projet de r\u00e9novation de ce march\u00e9. Sous le pr\u00e9texte de r\u00e9novation et d\u2019assainissement, il s\u2019agit d\u2019\u00e9loigner une population de forains qui vendrait des articles de mauvaise qualit\u00e9 venant de Chine. Le march\u00e9 de la Plaine, le journal du quartier \u00ab\u00a0Sous le soleil de la plaine\u00a0\u00bb (7) le d\u00e9finit tr\u00e8s bien\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0A Marseille tout le monde conna\u00eet la Plaine. C\u2019est un quartier particulier, un carrefour aussi important pour ceux qui y habitent que pour ceux qui y passent. D\u2019abord, il y a le march\u00e9 avec ses 300 forains. On y vient de loin pour trouver des bons plans. Le march\u00e9, c\u2019est le c\u0153ur du quartier. Le soir on y vient parfois d\u2019autres quartiers, d\u2019autres villes pour sortir, boire un coup, manger au resto ou se poser tranquille sur la place, ou faire la f\u00eate \u00e0 notre mani\u00e8re. Nous sommes des milliers \u00e0 fr\u00e9quenter, \u00e0 partager le quartier et tellement incrust\u00e9s dans la Plaine que maintenant on ne nous voit plus. Mais depuis cet \u00e9t\u00e9 (2015), la mairie parle de \u201cr\u00e9novation du quartier\u201d, on s\u2019est dit\u00a0: mais qu\u2019est-ce qu\u2019ils viennent nous emmerder\u00a0? Entre inqui\u00e9tude et m\u00e9fiance\u2026 on sait tr\u00e8s bien ce que la mairie a fait dans d\u2019autres quartiers\u00a0: R\u00e9publique, Joliette, Arenc, rue de Rome, etc.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des marchandises, le commerce humain entre gitans, italiens, maghr\u00e9bins, juifs, musulmans et autres est harmonieux. Chacun conna\u00eet l\u2019autre depuis des ann\u00e9es. Pour Sukhot (8), la f\u00eate des cabanes, les rabbins b\u00e9nissent tous les stands qu\u2019ils soient tenus par des juifs, des musulmans ou des gitans. D\u2019ailleurs, \u00e0 Marseille comme dans d\u2019autres villes, voisins juifs et arabes sont heureux d\u2019offrir \u00e0 l\u2019autre les mets que l\u2019on cuisine \u00e0 chaque f\u00eate.<\/p>\n<p>Le projet de r\u00e9novation de la mairie est tr\u00e8s controvers\u00e9. Paola Vigano, l\u2019architecte italienne de renom qui devait le prendre en charge, a finalement renonc\u00e9, d\u00e9non\u00e7ant le manque de concertation avec la population. L\u2019 association \u00ab\u00a0L\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de la Plaine\u00a0\u00bb organise la r\u00e9sistance. La mobilisation est importante. Il y a deux ans, souligne Bruno Le Dantec, journaliste \u00e0 CQFD, le cours Julien avait \u00e9t\u00e9 refait. De fait il n\u2019y a aucune trace visible de la r\u00e9novation. Les travaux ont bien s\u00fbr une utilit\u00e9, ils servent d\u2019abord \u00e0 enrichir les groupes amis. Deux logiques s\u2019affrontent. Si Marseille, faute d\u2019industrie et en panne d\u2019activit\u00e9 portuaire, doit devenir en priorit\u00e9 une ville pour touristes, alors le m\u00e9lange de populations qui est le signe m\u00eame de sa vitalit\u00e9 pour une majorit\u00e9 d\u2019habitants peut constituer un frein pour ceux qui voudraient que la ville soit une belle vitrine \u00e0 l\u2019unisson du Mucem et de l\u2019am\u00e9nagement du Vieux-port.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas indiff\u00e9rent de savoir que l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00ab Marseille capitale culturelle 2013\u00a0\u00bb s\u2019inscrit dans une strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement urbain qui doit beaucoup \u00e0 l\u2019urbaniste am\u00e9ricain Richard Florida Ce dernier a \u00e9t\u00e9 consult\u00e9 par de nombreuses m\u00e9tropoles qui, apr\u00e8s avoir connu la prosp\u00e9rit\u00e9, sont en \u00e9tat de d\u00e9sh\u00e9rence. Marseille, comme Bristol, appliquerait ses recettes.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est tr\u00e8s simple, il faut rassembler quatre facteurs de progr\u00e8s\u00a0:<\/p>\n<p>1\/ une communaut\u00e9 gay\u00a0;<\/p>\n<p>2\/ une population de bourgeois boh\u00e8mes\u00a0;<\/p>\n<p>3\/ un grand nombre de cr\u00e9atifs et d\u2019artistes\u00a0;<\/p>\n<p>4\/ de nombreuses minorit\u00e9s ethniques.<\/p>\n<p>Il faut enfin que le p\u00f4le des industries et activit\u00e9s multim\u00e9dias, haute technologie et industries de la connaissance soit important\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Aude de Kerros, <em>L\u2019imposture de l\u2019art contemporain<\/em> (\u00e9ditions Eyrolles).<\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le, qui a si bien r\u00e9ussi \u00e0 Lille (avec un retour de 6\u00a0\u20ac pour 1\u00a0\u20ac investi), a \u00e9t\u00e9 ici fortement contest\u00e9 par les artistes et par les associations. Il est vrai qu\u2019\u00e0 Lille la population et les artistes ont \u00e9t\u00e9 associ\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement et \u00e0 ses prolongements.<\/p>\n<p>Encore une fois, comme le sugg\u00e9rait avec ironie Bertold Brecht, \u00ab\u00a0<em>si le gouvernement n\u2019est pas content du peuple, il faut changer de peuple\u00a0<\/em>\u00bb. Ce que des r\u00e9gimes totalitaires ont fait avec une brutalit\u00e9 affich\u00e9e, devrait se faire ici par petites \u00e9tapes. Fr\u00e9d\u00e9rique Gu\u00e9tat Liviani, \u00e9ditrice, l\u2019affirme avec passion \u00ab\u00a0<em>On remarquera cependant qu\u2019\u00e0 Marseille, d\u2019o\u00f9 que l\u2019on vienne, on vit ensemble depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, contrairement aux villes et villages qui n\u2019ont jamais vu la t\u00eate d\u2019un musulman ou d\u2019un migrant et qui sont infiniment plus perm\u00e9ables \u00e0 tous les discours de haine comme aux fantasmes de perte d\u2019identit\u00e9 et d\u2019ins\u00e9curit\u00e9<\/em>\u00a0 \u00a0: \u00a0<em>Ici, il n\u2019y pas de tensions entre les uns et les autres. Il y a l\u00e0 une \u00e9vidence qui les emmerde. Le vivre ensemble dans un si petit espace devrait \u00eatre mis en avant, on n\u2019en parle pas<\/em><\/p>\n<p><strong>Le march\u00e9 de la plaine, il a le poids de la gr\u00e2ce. <\/strong>Au moment des attentats de 2015, il n\u2019y a pas eu de tensions. Le c\u00f4t\u00e9 positif de la r\u00e9alit\u00e9 est occult\u00e9. Dans d\u2019autre villes comme Avignon la d\u00e9chirure a un c\u00f4t\u00e9 irr\u00e9versible, on ne peut plus aller de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, il n\u2019y a pas ce genre de passerelle. La Plaine est une passerelle, le quartier de Noailles \u00e9galement. Avant le projet de r\u00e9novation de la Plaine, deux autres quartiers ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits\u00a0: les quartiers ouvriers du Rouet et La Capelette.<\/p>\n<p>Quand vous fr\u00e9quentez les gens au quotidien, avec leurs difficult\u00e9s, quand vous partagez ces choses-l\u00e0, vous ne pouvez plus d\u00e9tester le type \u00e0 c\u00f4t\u00e9 qui vous a donn\u00e9 un coup de main, ce n\u2019est pas possible, vous ne pouvez pas le ha\u00efr. Mais quand vous ne l\u2019avez plus vu depuis des lustres et que l\u2019on vous raconte tous les jours \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 que ce mec veut votre peau, il devient normal que vous le d\u00e9testiez\u2026 Dans ce combat il y a tout ce qui est opprim\u00e9\u00a0: le monde v\u00e9g\u00e9tal, animal, il y a les vivants, les vivants opprim\u00e9s\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-10045\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Jaimerais-ne-plus-rougir-300x162.jpg\" alt=\"J'aimerais ne plus rougir\" width=\"300\" height=\"162\" srcset=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Jaimerais-ne-plus-rougir-300x162.jpg 300w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Jaimerais-ne-plus-rougir-768x416.jpg 768w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Jaimerais-ne-plus-rougir.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><strong>Le th\u00e9\u00e2tre du Merlan<\/strong><\/p>\n<p>Dans ce lieu, on sait seulement que la meilleure fa\u00e7on de r\u00e9sister aux rumeurs comme au tambourinage m\u00e9diatique c\u2019est\u2026 d\u2019avoir des relations directes avec l\u2019autre. Francesca Poloniato, qui dirige depuis 18 mois le th\u00e9\u00e2tre situ\u00e9 dans les quartiers Nord, veut que celui-ci soit avant tout un lieu de vie. Elle parle \u00e0 tout le monde, jeunes et moins jeunes de la cit\u00e9 Busserine, conna\u00eet les probl\u00e8mes de chacun et se garde bien de juger. Plut\u00f4t que de vouloir les initier \u00e0 la culture, elle \u00e9tablit avec les jeunes une sorte de contrat de confiance\u00a0: je fais ce que je peux pour toi, pour favoriser tes activit\u00e9s\u00a0; en \u00e9change, tu viens voir les spectacles et ensuite tu am\u00e8nes tes copains. Ainsi la relation \u00e0 la culture, <em>a priori<\/em> pas faite pour eux, passe dans un premier temps par un rapport personnel de respect et d\u2019\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p>Ici, les artistes, metteurs en sc\u00e8ne, acteurs, cr\u00e9ateurs d\u2019\u00e9v\u00e9nement d\u00e9sacralisent totalement leur fonction. L\u2019art n\u2019est pas moins art quand il ose affirmer au grand jour qu\u2019il se nourrit de la vie des gens, de leurs angoisses, de leurs r\u00eaves, de leur quotidien. Au Th\u00e9\u00e2tre du Merlan personne ne campe sur l\u2019Aventin, les artistes pas plus que les autres. Ils, elles ont la facult\u00e9 de capter \u00ab l\u2019autre\u00a0\u00bb, de l\u2019\u00e9couter assez fort pour avoir le droit de le transformer, de lui donner un visage ouvert \u00e0 tous. Ces allers et retours entre la r\u00e9alit\u00e9 souvent subie et des fen\u00eatres ouvertes sur un ailleurs esquissent un chemin o\u00f9 la libert\u00e9 pourrait avoir une chair, un parfum de fraternit\u00e9 \u00e0 la limite du risque assum\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-10046\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Jexige-des-mots-300x225.jpg\" alt=\"J'exige des mots\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Jexige-des-mots-300x225.jpg 300w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Jexige-des-mots-768x576.jpg 768w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Jexige-des-mots.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><strong>Lib\u00e9rer les paroles enfouies<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Personne n\u2019interdit aux habitants des quartiers de sortir de chez eux, personne ne les emp\u00eache de s\u2019exprimer, pourtant s\u2019ils ne bougent pas, s\u2019ils ne s\u2019expriment pas, c\u2019est qu\u2019un b\u00e2illon invisible les en emp\u00eache.<\/p>\n<p><strong>Broder la ville, d\u2019Edith Amsellem<\/strong><\/p>\n<p>Edith Amsellem est artiste, metteuse en sc\u00e8ne. A l\u2019entr\u00e9e du th\u00e9\u00e2tre du Merlan o\u00f9 elle est en r\u00e9sidence, on peut lire brod\u00e9 sur un grand ruban \u00ab <em>J\u2019ai peur de rougir\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Pour que les peurs puissent \u00eatre \u00e9vacu\u00e9es, il faut qu\u2019elles soient dites, partag\u00e9es, mat\u00e9rialis\u00e9es. Edith organise des ateliers d\u2019\u00e9criture. Les phrases sorties dans l\u2019atelier pr\u00e9c\u00e9dent sont distribu\u00e9es aux participants, d\u00e9coup\u00e9es mot par mot.<\/p>\n<p>Plusieurs contraintes communes sont \u00e9dict\u00e9es et chacun, en groupe ou seul, peut cr\u00e9er les phrases de son choix. En fonction de leur affinit\u00e9 avec un lieu elles seront brod\u00e9es \u00e0 divers emplacements de la ville. Ainsi, au sommet d\u2019une colline\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>J\u2019ai peur d\u2019\u00eatre au sommet du vide<\/em>\u00a0\u00bb. Ainsi, juste avant l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de Marseille\u00a0: \u00ab <em>J\u2019ai le choix crisp\u00e9\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Ou encore\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0J\u2019ai<\/em> <em>peur de rater le monde\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Je crie tr\u00e8s fort, mon ange\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>J\u2019ai perdu ma peur bleue\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Je me fais du vide\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>J\u2019ai peur quand la nuit sombre\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>J\u2019ai pas envie de vivre sans frein\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>J\u2019ai peur de rester seul \u00e0 la caisse\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>J\u2019ai peur de mon insensibilit\u00e9\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>J\u2019ai peur d\u2019\u00eatre au garde-\u00e0-vous\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>J\u2019ai peur d\u2019aimer vieillir\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>La ville qui est v\u00e9cue comme un labyrinthe pourrait bien devenir un livre ouvert \u00e0 l\u2019\u00e9coute des peurs, r\u00eaves, d\u00e9sirs de chacun. Comme le fait remarquer Francesca Poloniato, il y a l\u00e0 un travail de co-construction. Ce travail requiert beaucoup d\u2019\u00e9nergie, d\u2019\u00e9coute, une confiance partag\u00e9e et le brin de folie n\u00e9cessaire permettant de lib\u00e9rer les imaginaires sans jamais les couper de leur histoire.<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Bouche B\u00e9e\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9rique Gu\u00e9tat Liviani est auteure, cr\u00e9atrice des \u00e9ditions Fidel Anthelme X. Elle aussi ne cesse, avec des ateliers d\u2018\u00e9criture r\u00e9guliers, d\u2019interroger le non-dit de chacun. En pr\u00e9face de <em>Bouche b\u00e9e<\/em> elle \u00e9crit\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>La travers\u00e9e a men\u00e9 chaque participant vers des retrouvailles avec sa langue renonc\u00e9e, langue myst\u00e9rieuse, rel\u00e9gu\u00e9e dans un coin de la m\u00e9moire\u2026\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Une partie de moi m\u2019est \u00e9trang\u00e8re. Je cohabite avec un \u00e9tranger. Je suis Fran\u00e7ais et \u00e9tranger \u00e0 la fois. J\u2019abrite, je cache, je planque un clandestin. Un comble pour le flic que je suis. Vais-je arr\u00eater l\u2019autre qui est en moi\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em>(\u2026) Et pourquoi \u00e7a ne serait pas l\u2019arabe qui interpellerait le fran\u00e7ais\u00a0<\/em>? \u00bb<\/p>\n<p>Michel Maury, participant \u00e0 un atelier d\u2019\u00e9criture\u00a0 <em>in Bouche b\u00e9e<\/em> (\u00e9ditions Fidel Anthelme X)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Diwan des mots voyag\u00e9s, de Muriel Modr<\/strong><\/p>\n<p>Dans le premier article consacr\u00e9 \u00e0 Marseille, j\u2019avais mis en avant la d\u00e9marche de la plasticienne Muriel Modr. Son travail artistique entrepris avec les femmes des quartiers populaires de Marseille contribue avec talent et bienveillance \u00e0 faire sortir les \u00e9motions, les mots, du non-lieu o\u00f9 ils \u00e9taient enfouis et \u00e0 leur permettre d\u2019atterrir ici tant pour le plaisir de la conversation que pour retrouver des pans d\u2019existence cach\u00e9s dans un ailleurs. Muriel donne ensuite un espace \u00e0 ces mots, esquissant une cartographie et tissant les fils tenus qui nous rattachent \u00e0 nos origines.\u00a0\u00ab Chaque rencontre d\u00e9couvre ou red\u00e9couvre des mots fran\u00e7ais venus du Maghreb, d\u2019Andalousie, du Moyen-Orient, de M\u00e9sopotamie et de Perse, d\u2019Arabie, d\u2019Inde et fait surgir connaissances et souvenirs enfouis\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Alain Castan conjoint de l&rsquo;artiste et \u00e9diteur la Courte Echelle\/ Transit)<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame esprit, j\u2019avais \u00e9voqu\u00e9 dans un premier article (2) le travail de Jacques Vialle, directeur de l\u2019\u00e9cole de l\u2019Estaque, qui avait incit\u00e9 ses \u00e9l\u00e8ves \u00e0 devenir chercheurs, arch\u00e9ologues. Les tuiles trouv\u00e9es en proc\u00e9dant \u00e0 des fouilles leur avaient permis de reconstituer l\u2019histoire du lieu. Crois\u00e9es avec des t\u00e9moignages des habitants, ils avaient pu v\u00e9rifier le bien-fond\u00e9 de leurs recherches. Ainsi ils devenaient acteurs de leur savoir.<\/p>\n<p><strong>ATD Quart Monde les croisements des savoirs et des pratiques<\/strong><\/p>\n<p>En 1957, le p\u00e8re Joseph Wresinski (1917\/ 1988) fonde ATD Quart Monde dans le camp de Noisy le Grand. Il a lui m\u00eame v\u00e9cu dans son enfance l\u2019humiliation de la mis\u00e8re. Son but n\u2019est pas de porter assistance aux plus d\u00e9munis mais plut\u00f4t d\u2019en faire des partenaires de leur \u00e9mancipation.\u00a0\u00abQuand on vous donne des v\u00eatements, de la nourriture, on ne vous donne pas la parole\u00a0\u00bb\u00a0 Son mouvement sera un mouvement de pens\u00e9e et de vie. ATD Quart Monde sera fond\u00e9 sur un triple refus\u00a0: que les tr\u00e8s pauvres eux m\u00eame portent dans leur r\u00e9volte souvent silencieuse le refus de la fatalit\u00e9 de la mis\u00e8re, le refus de la culpabilit\u00e9 qui p\u00e8se sur ceux qui la subissent, le refus du g\u00e2chis spirituel et humain que constitue le fait qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 puisse se priver de leur exp\u00e9rience.\u00a0\u00bb Joseph Wresinski a v\u00e9cu avec des personnes en proie \u00e0 la tr\u00e8s grande pauvret\u00e9, il a vu qu\u2019elles n\u2019\u00e9taient pas sans rien faire, elles cherchaient de mille mani\u00e8res \u00e0 essayer de vivre ensemble, \u00e0 lutter contre la pauvret\u00e9. Il y avait des adolescents qui aidaient des enfants \u00e0 participer \u00e0 des ateliers. Il s\u2019est appuy\u00e9 sur ces personnes, l\u2019id\u00e9e \u00e9tait que les individus avaient des choses \u00e0 dire, qu\u2019il fallait qu\u2019elles puissent le dire \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, qu\u2019elles puissent transmettre ce qu\u2019elles savaient de leur vie et ce qu\u2019elles voulaient changer. Tr\u00e8s vite Joseph Wresinski a cherch\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er les conditions d\u2019\u00e9mancipation de ces personnes. Au sein du camp il a fait en sorte que leur travail soit r\u00e9mun\u00e9r\u00e9, c\u2019est \u00e0 dire qu\u2019elles soient reconnues par leur environnement, afin de leur redonner de la dignit\u00e9.<\/p>\n<p>La force du mouvement ATD Quart Monde tient \u00e0 son enracinement dans le v\u00e9cu partag\u00e9 de la mis\u00e8re et dans une totale ouverture \u00e0 la connaissance ext\u00e9rieure d\u00e9velopp\u00e9e par des professionnels de l\u2019action sociale et par des universitaires. Ainsi l\u2019aspect partiel de chaque savoir est parfaitement assum\u00e9 et c\u2019est de leur confrontation que va naitre une autre forme de pens\u00e9e et d\u2019action. \u00ab\u00a0 C\u2019est donc une alliance entre exclus et non exclus, une alliance qui doit transformer les relations entre les hommes, la vie politique, la pens\u00e9e de notre temps\u00a0\u00bb Pr\u00e9sent dans de nombreuses villes, ATD Quart Monde a cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Marseille un d\u00e9partement anim\u00e9 par Fr\u00e9d\u00e9ric Subbiotto consacr\u00e9 aux exp\u00e9riences et \u00e0 la recherche sur le croisement des savoirs en totale coh\u00e9rence avec sa d\u00e9marche initiale\u00a0: Il fallait aller \u00e0 contre courant d\u2019un pr\u00e9jug\u00e9 voulant que ceux qui vivaient la tr\u00e8s grande pauvret\u00e9 l\u2019avaient bien cherch\u00e9. Il \u00e9tait en cons\u00e9quence sans int\u00e9r\u00eat de vouloir r\u00e9fl\u00e9chir avec eux. Lors des conf\u00e9rences du mardi en 1971, ATD invite les plus pauvres \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir avec des chercheurs, des ethnologues.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s vite on constate que les personnes les plus pauvres ne participent pas. Le savoir des autres est \u00e9crasant.<\/p>\n<p>Mais quand on les raccompagne on s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019elles ont entendu des choses, quelles r\u00e9fl\u00e9chissent et qu\u2019elles ont des choses \u00e0 dire sur ce qui a \u00e9t\u00e9 dit. Petit \u00e0 petit ATD a mis en place un dispositif permettant de pr\u00e9parer dans les quartiers<\/p>\n<p>ce qui allait \u00eatre d\u00e9battu en conf\u00e9rence, en intensifiant le dialogue avec les personnes du Quart Monde. En 1982 les universit\u00e9s populaires du quart monde ont \u00e9t\u00e9 mises en place, soit 14 en France. Une personne de l\u2019ext\u00e9rieur est invit\u00e9e en coh\u00e9rence avec le th\u00e8me s\u00e9lectionn\u00e9 et ce sont les personnes du quart monde qui vont faire part de leurs r\u00e9flexions \u00e0 l\u2019invit\u00e9 qui r\u00e9agira dans un deuxi\u00e8me temps. On apprend ainsi \u00e0 s\u2019\u00e9couter, s\u2019exprimer.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui le croisement entre trois types de savoirs (celui des personnes dans la tr\u00e8s grande pauvret\u00e9, celui des travailleurs sociaux et celui des universitaires) peut s\u2019av\u00e9rer tr\u00e8s mobilisateur. A terme les freins qui existent aussi chez ceux dont le savoir est reconnu professionnels de l\u2019action sociale et universitaires devraient \u00eatre lev\u00e9s. Une meilleure connaissance les uns des autres a tr\u00e8s vite des incidences pratiques. Une meilleure \u00e9coute, moins de crispations, une plus grande aptitude \u00e0 noter aussi dans les dossier ce qui est positif, ce qui se passe bien. Trop souvent les habitudes acquises font que les travailleurs sociaux, sans penser \u00e0 mal, notent les probl\u00e8mes et seulement les probl\u00e8mes. Ce qui finit par donner une vision d\u00e9form\u00e9e de la personne et de sa situation.<\/p>\n<p>Ce savoir nouveau est ax\u00e9 sur le v\u00e9cu. A terme il devrait donc \u00eatre possible d\u2019op\u00e9rer un basculement et de passer d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019assistanat \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 chacun \u00e0 sa place serait reconnu comme un partenaire ayant quelque chose \u00e0 apporter.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #993300;\"><strong>Se r\u00e9approprier son histoire, ici<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Deux notions de base structurent la notion de patrimoine\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; celle de la valeur attribu\u00e9e \u00e0 un bien (meuble ou immeuble)\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; celle de propri\u00e9t\u00e9 qui permet \u00e0 celui ou celle qui dispose du titre ad\u00e9quat d\u2019en<\/p>\n<p>disposer \u00e0 sa guise.<\/p>\n<p>Un patrimoine public est cens\u00e9 appartenir \u00e0 la nation, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 tous les citoyens.<\/p>\n<p>De fait, jusque dans un pass\u00e9 r\u00e9cent, entraient dans le patrimoine public deux sortes de biens\u00a0: ceux que l\u2019histoire avaient estampill\u00e9s comme tels et, d\u2019une fa\u00e7on plus accessoire, des bien achet\u00e9s par l\u2019Etat pour les besoins pratiques du service public.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s longtemps, l\u2019histoire n\u2019ayant valoris\u00e9 que la mise en avant des puissants de ce monde, ce qui \u00e9tait cens\u00e9 appartenir \u00e0 tous les citoyens n\u2019appartenait \u00e0 aucun sauf \u00e0 une minorit\u00e9 capable de se reconna\u00eetre dans les faits et exploits des grands de ce monde. En \u00e9taient pratiquement exclus les gens du peuple et <em>a fortiori<\/em> les immigr\u00e9s ou main d\u2019\u0153uvre d\u2019appoint. Lutter contre l\u2019exclusion aujourd\u2019hui, c\u2019est avancer sur un chemin o\u00f9 les individus que l\u2019on a priv\u00e9s de leur histoire, donc de leur m\u00e9moire, puissent se r\u00e9approprier des lieux, des parcours, des objets, des paroles susceptibles de faire sens, pour eux comme pour ceux qui les regardent.<\/p>\n<p>Gilles Suzanne enseigne l\u2019esth\u00e9tique et la sociologie de l\u2019art \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Marseille. Pour le compte du minist\u00e8re de la Culture, il effectue des recherches sur les nouvelles formes de patrimonialisation qui ne sont pas du ressort des agents de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Plusieurs associations travaillent dans la m\u00eame direction, comme le collectif Patrimoine et cr\u00e9ation ACT(10) (Approches culture et territoire). L\u2019objectif, \u00e9nonce Ramsi Tadros, pr\u00e9sident de l\u2019association, est \u00ab <em>de mettre en \u00e9vidence l\u2019histoire et la culture des immigrations et des territoires comme parties int\u00e9grantes du patrimoine dans un contexte de difficult\u00e9s et de tensions sociales, \u00e9conomiques et politiques qui favorise la repr\u00e9sentation discriminante de l\u2019autre et un repli identitaire de plus en plus grand<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ces \u00ab\u00a0traces de patrimoine\u00a0\u00bb ne peuvent voir le jour que dans une optique de co-construction avec les habitants. Les sp\u00e9cialistes des diff\u00e9rentes disciplines concern\u00e9es n\u2019ont pas pour objectif de leur apprendre quelque chose qu\u2019ils ignoreraient, mais plut\u00f4t de les solliciter de telle sorte qu\u2019ils puissent retrouver par eux-m\u00eames les rep\u00e8res des diff\u00e9rents moments de leur vie, que ce soit au travail, \u00e0 la maison ou dans un espace relationnel ext\u00e9rieur. Ce type de partenariat \u00e0 la fois scientifique et citoyen est particuli\u00e8rement innovant. Il est susceptible d\u2019enrichir la collectivit\u00e9 et d\u2019apporter aux plus d\u00e9munis cette part essentielle de reconnaissance qui leur manque.<\/p>\n<p><span style=\"color: #993300;\"><strong>Pourquoi ne pas renverser l\u2019ordre \u00e9tabli\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>(La Transgression symbolique)<\/strong><\/p>\n<p>Le Carnaval, f\u00eate pa\u00efenne transgressive, h\u00e9r\u00e9tique, sauvage existe-t-il encore\u00a0?<\/p>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 il y a d\u00e9fil\u00e9 spectacle, s\u00e9paration entre la foule et les chars, c\u2019est-\u00e0-dire dans la majorit\u00e9 des villes, existe une forme de divertissement aussi fortement encadr\u00e9e qu\u2019aseptis\u00e9e. Ainsi l\u2019espace public et ses occupants sont g\u00e9r\u00e9s afin que l\u2019ordre public ne soit jamais remis en cause.<\/p>\n<p>Comme dans le Nord (Dunkerque) ou en Occitanie, l\u2019esprit authentique du carnaval a laiss\u00e9 des traces. Bruno le Dantec, journaliste \u00e0 CQFD et Alessi dell Umbria, l\u2019explique tr\u00e8s bien. En 2000, les habitants de la Plaine, \u00e0 travers leur association\u00a0\u00ab\u00a0La plaine sans fronti\u00e8res\u00a0\u00bb, organisent un repas de 14 juillet. Tr\u00e8s vite l\u2019id\u00e9e de faire rena\u00eetre de ses cendres le carnaval resurgit et essaimera au cours des ann\u00e9es jusqu\u2019au quartier Noailles.<\/p>\n<p>Les ingr\u00e9dients de l\u2019authentique f\u00eate populaire sont les suivants. Le carnaval du Caramantran (car\u00eame entrant) n\u2019a que faire de spectateurs. Chacun comme tous ont vocation \u00e0 participer\u00a0: l\u2019enfarinage est la sanction m\u00e9rit\u00e9e par tous ceux qui ne se d\u00e9guisent pas.<\/p>\n<p>Cette f\u00eate de courte dur\u00e9e est pr\u00e9par\u00e9e tout au long de l\u2019ann\u00e9e avec le concours de tous, commer\u00e7ants compris. Cette mont\u00e9e en puissance progressive cr\u00e9e du lien, chacun ayant vocation \u00e0 contribuer l\u00e0 o\u00f9 il le souhaite. Il y a donc l\u00e0 un peuple soud\u00e9, joyeux, fier, pr\u00eat \u00e0 accueillir tous ceux qui se d\u00e9placent pour participer.<\/p>\n<p>A travers le carnaval, c\u2019est la sortie de l\u2019hiver et de tous ses maux qui sont d\u00e9nonc\u00e9s, avant de pouvoir f\u00eater la renaissance du printemps. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 la tradition occitane devient carr\u00e9ment politique. Ainsi dans le village de Murs, les questions suivantes \u00e9taient pos\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Caramantran, je t\u2019accuse d\u2019avoir sign\u00e9 le trait\u00e9 de Maastricht<\/em><em>\u00a0<\/em>\u00bb, \u00ab\u00a0<em>Caramantran, je t\u2019accuse de faire crever les agriculteurs de la r\u00e9gion avec la PAC<\/em><em>\u00a0<\/em>\u00bb, \u00ab <em>Caramantran je t\u2019accuse de nous emp\u00eacher d\u2019apprendre le proven\u00e7al<\/em><em>\u00a0<\/em>\u00bb (c\u2019\u00e9tait un minot de dix ans qui formulait cette derni\u00e8re accusation)<\/p>\n<p>A Marseille, une ann\u00e9e, c\u2019est un porc de plus de 2 m\u00e8tres de haut repr\u00e9sentant le maire de l\u2019arrondissement qui a \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9, une autre fois un coq repr\u00e9sentant l\u2019identit\u00e9 nationale, une autre fois un paquebot de tourisme, Sarkozy est \u00e9galement parti en cendres.<\/p>\n<p>La municipalit\u00e9 qui a cr\u00e9\u00e9 un pseudo carnaval ne voit pas cette manifestation d\u2019un bon \u0153il. La police est toujours \u00e0 l\u2019affut. En 2014, la municipalit\u00e9 a fortement r\u00e9prim\u00e9 la manifestation. C\u2019est l\u2019inverse de ce qui \u00e9tait souhait\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 obtenu\u00a0: la r\u00e9pression a servi de moteur \u00e0 un succ\u00e8s grandissant. L\u2019aura du Caramantran se confirme d\u2019ann\u00e9e en en ann\u00e9e. Est-elle en phase avec la volont\u00e9 de la municipalit\u00e9 de faire de Marseille une vitrine touristique moderne et propre\u00a0? On peut en douter.<\/p>\n<p>Gilles Suzanne, sociologue, est frapp\u00e9 par l\u2019\u00e9nergie qui se d\u00e9gage de Marseille. L\u2019\u00e9nergie comme la vie ne peuvent \u00eatre aseptis\u00e9es. Cette force collective qui a \u00e0 peine le droit de se manifester une fois par an devrait pouvoir trouver d\u2019autres d\u00e9bouch\u00e9s.<\/p>\n<p>A Marseille le peuple existe, sa cr\u00e9ativit\u00e9, sa joie de vivre malgr\u00e9 d\u2019\u00e9normes difficult\u00e9s, aussi. Manque sans doute le d\u00e9bouch\u00e9 politique qui ferait que l\u2019on ne renverse pas seulement l\u2019ordre \u00e9tabli un jour par an. Dans une soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle, la transgression ponctuelle servait de soupape de s\u00e9curit\u00e9. Aujourd\u2019hui, \u00e0 un moment o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 est assimil\u00e9e \u00e0 un agr\u00e9gat d\u2019individus, l\u2019entit\u00e9 populaire \u00e0 chaque fois qu\u2019elle se manifeste est jug\u00e9e subversive. On ne dit pas encore terroriste, mais\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #993300;\"><strong>Circulez il y a tout \u00e0 voir et \u00e0 sentir\u2026.<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>Les bo\u00eetes \u00e0 for\u00eats de C\u00e9line Schnepf<\/strong><\/p>\n<p>Il y aurait des lieux d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la culture, d\u2019autres au travail, au social, \u00e0 l\u2019alimentaire, au sexe, \u00e0 la pri\u00e8re\u2026<\/p>\n<p>Il y aurait des femmes et des hommes cultiv\u00e9s, sensibles, d\u2019autres en friche, grossiers, cruels\u2026<\/p>\n<p>Pour \u00e9viter tout d\u00e9sordre, toute remise en cause, il y aurait une gigantesque machine nourrie au sang humain, apte \u00e0 distribuer les bons points, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 estampiller ce qui m\u00e9riterait de l\u2019\u00eatre et \u00e0 rejeter \u00e0 la marge de nos territoires comme ill\u00e9gitime toute \u0153uvre, toute personne non reconnue.<\/p>\n<p>Heureusement face \u00e0 ce qui ressemble \u00e0 s\u2019y m\u00e9prendre \u00e0 une guerre faite au peuple, il y a les artistes. Certains vouent un culte bien m\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la beaut\u00e9, d\u2019autres, sans la n\u00e9gliger le moins du monde, la relie \u00e0 une vision politico-sociale de la soci\u00e9t\u00e9. Ainsi le th\u00e9\u00e2tre du Merlan d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 et les artistes qu\u2019il abrite. Comme Edith Amsellem, C\u00e9cile Schnepf fait partie de ceux l\u00e0. Elle est auteure, metteuse en sc\u00e8ne, et d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 ce que son action artistique s\u2019inscrive dans un territoire lui permettant de tracer des liens multiples avec les habitants. Elle a ainsi con\u00e7u un grand jeu \u00ab\u00a0de soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb dont l\u2019argument de base est de se servir de caisses \u00e0 vin pour, selon la fantaisie de chacun, imaginer et construire des for\u00eats. La proposition concerne d\u2019abord la petite enfance, mais s\u2019adresse aussi \u00e0 la part d\u2019enfance qui sommeille plus ou moins dans chaque adulte. Quelles for\u00eats sommeillent en nous\u00a0? Qui n\u2019a pas des sapins partout\u00a0? Les bo\u00eetes \u00e0 for\u00eats se prom\u00e8nent, elles vont et viennent entre \u00e9cole maternelle, centre social, coll\u00e8ge, maisons de retraite\u2026 Elles interrogent nos r\u00eaves, nos peurs, font le lien entre les g\u00e9n\u00e9rations. Elles apparaissent dans des lieux non consacr\u00e9s \u00e0 la culture\u00a0: ainsi les usagers d\u2019un centre social ont pu voir une pelouse pousser dans un ascenseur o\u00f9 gazouillaient des oiseaux. Ainsi un chemin pouvait \u00eatre trac\u00e9 pour amener qui voulait jusqu\u2019au lieu d\u2019exposition. A chaque stade, des questions sont pos\u00e9es, on tente d\u2019y r\u00e9pondre \u00e0 plusieurs. Il y a \u00e9galement \u00e9change des bo\u00eetes \u00e0 for\u00eats, chacun ayant vocation \u00e0 parler de la bo\u00eete de l\u2019autre.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9marche qui fait circuler la culture entre les \u00e2ges et les lieux \u00ab autorise\u00a0\u00bb chacun \u00e0 \u00eatre cr\u00e9atif, entour\u00e9 de la bienveillance des autres. A son \u00e9chelle elle surmonte avec \u00e9l\u00e9gance un des obstacles majeurs \u00e0 la participation des classes populaires \u00e0 l\u2019aventure artistique. La messe artistique et culturelle dispens\u00e9e dans les lieux consacr\u00e9s donne le sentiment \u00e0 tous ceux qui ne sont pas adoub\u00e9s qu\u2019ils sont exclus de l\u2019aventure. Ici non seulement ils sont inclus, bienvenus, mais ils sont \u00e9galement co-auteurs du projet.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #993300;\"><strong>Des passerelles pour sortir du ghetto<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que l\u2019enfermement\u00a0? La question peut para\u00eetre lancinante. Elle ne l\u2019est pas plus que la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019elle recouvre. Y-a-il une diff\u00e9rence entre une porte mur\u00e9e, une porte que l\u2019on croit mur\u00e9e, parce que tout ou presque tout vous incite \u00e0 le croire\u00a0? Oui, il peut y en avoir une si des individus bienveillants et motiv\u00e9s se donnent la peine de regarder en face la r\u00e9alit\u00e9\u00a0: un monde dont on ne poss\u00e8de pas les cl\u00e9s est un monde qui vous exclut. Tel est le monde de la culture pour ceux qui n\u2019ont pas eu la chance de vivre dans un environnement familial o\u00f9 les codes vous sont donn\u00e9s d\u00e8s le premier biberon. Or, il se trouve que le domaine du sport (qui n\u2019est pas seulement celui de la gagne et de l\u2019effort physique mais aussi celui de la solidarit\u00e9, de l\u2019endurance et bien d\u2019autres valeurs) est celui o\u00f9 la jeunesse exclue se sent sur son terrain de jeu.<\/p>\n<p>Heddy Salem a 20 ans, il habite la cit\u00e9 de la Busserine, proche du Th\u00e9\u00e2tre du Merlan, il a eu la chance de rencontrer Francesca Poloniato directrice du Th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>Il avoue sans fa\u00e7on avoir eu des pr\u00e9jug\u00e9s en b\u00e9ton vis-\u00e0-vis du monde de la culture.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Pour les jeunes, il y a une fronti\u00e8re, ils n\u2019ont pas l\u2019habitude de sortir de leur quartier, de passer d\u2019un coup dans un monde de la culture, \u00e7a leur para\u00eet compliqu\u00e9, ils ne sentent pas \u00e0 l\u2019aise. Ils se disent<\/em> \u201cc\u2019est pas fait pour moi\u201d\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Un jour il s\u2019est trouv\u00e9 qu\u2019une pi\u00e8ce qui se montait au Merlan avait besoin d\u2019un boxeur. Heddy pratique la boxe. Cette opportunit\u00e9 est devenue pour lui une v\u00e9ritable passerelle\u00a0: il a pu c\u00f4toyer des personnes qui l\u2019ont bien accueilli et jouer un r\u00f4le de dealer dans une autre pi\u00e8ce, ou bien faire un stage dans un service de relations avec le public.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9marche, elle est aussi celle d\u2019Edith Amsellem quand elle adapte <em>Les liaisons dangereuses<\/em> de Choderlos de Laclos, qui deviennent ainsi \u00ab\u00a0Les liaisons dangereuses sur un terrain multi-sport\u00a0\u00bb. Les spectateurs assistent au dernier match entre Madame de Merteuil et Valmont. Au-del\u00e0 de la mise avant de leur intimit\u00e9 et du libertinage se dessine la critique sociale d\u2019une \u00e9poque. Du connu qui rassure \u00e0 l\u2019inconnu qui inqui\u00e8te, un chemin est trac\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Reconnaissance<\/strong><\/p>\n<p>S\u2019il est prouv\u00e9 que, sans moyens mat\u00e9riels, on ne peut rien faire, en revanche il est moins que s\u00fbr qu\u2019avec des moyens illimit\u00e9s, on puisse tout faire. Ainsi l\u2019\u00e9picier qui prodigue ses conseils \u00e0 tous les habitants de la cit\u00e9 ne recherche pas seulement un profit mat\u00e9riel, mais \u00e9galement un profit symbolique. Il est \u00ab\u00a0reconnu\u00a0\u00bb par tous au titre de sage. Il peut se targuer d\u2019\u00eatre l\u00e9gitime, parce qu\u2019appr\u00e9ci\u00e9 par tous. Comme l\u2019a analys\u00e9 Pierre Bourdieu, il est \u00e0 la t\u00eate d\u2019un capital symbolique qu\u2019il fait fructifier en fonction de ses connaissances, de son exp\u00e9rience et de la satisfaction de son entourage. Ignorer cette dimension c\u2019est se condamner \u00e0 ne rien comprendre aux jeux de pouvoir, aux rapports de force et de comp\u00e9tition qui jalonnent la vie en soci\u00e9t\u00e9. On ne vote pas seulement pour le Front National parce que l\u2019on est d\u2019extr\u00eame-droite, mais parce que l\u2019on se sent m\u00e9pris\u00e9 par tous ou presque. Au del\u00e0 de l\u2019appartenance politique c\u2019est pr\u00e8s de 80\u00a0% de la population qui a le sentiment de ne pas exister aux yeux des autres. Les prisons \u00e0 ciel ouvert que sont la plupart des banlieues ne peuvent que donner corps \u00e0 ce constat. Comment pourrait-on exister sans \u00eatre reconnu\u00a0?<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Lunettes, abandon, enfermement et guerre sociale<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Dis-moi avec quelles lunettes tu regardes Marseille, je te dirai ce que tu vois\u00a0!<\/p>\n<p>Faut-il regretter que le psychologue, l\u2019anthropologue, le sociologue, l\u2019homme d\u2019affaires, le sp\u00e9culateur ne prennent pas en compte les m\u00eames aspects de la r\u00e9alit\u00e9\u00a0? Non, bien s\u00fbr, mais cela devrait <em>a minima<\/em> amener \u00e0 d\u00e9velopper une vision pluridisciplinaire de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019important est de choisir son terrain et les outils d\u2019analyse qui vont avec. L\u2019enfermement, la d\u00e9linquance, la m\u00e9dicalisation, la psychologisation des probl\u00e8mes sont la voie royale choisie pour \u00e9viter toute r\u00e9sistance sociale et politique. L\u2019entreprise de r\u00e9pression pr\u00e9f\u00e8re avoir en face d\u2019elle des d\u00e9viants plut\u00f4t que des opposants politiques. On touche ici \u00e0 un choix fondamental que les soleils marseillais mettent bien lumi\u00e8re et qu\u2019h\u00e9las les responsables de gauche mettent sous le coude. Dire que le peuple de ce pays a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 par ses dirigeants est un premier pas. On peut s\u2019en remettre \u00e0 Dieu pour le d\u00e9plorer, on peut faire un ch\u00e8que pour aider, mais fondamentalement cela ne changera pas la situation. Constater l\u2019enfermement, mettre en lumi\u00e8re les fronti\u00e8res invisibles n\u2019est pas inutile, mais encore une fois le statu quo sera respect\u00e9. Se battre, r\u00e9sister en redonnant \u00e0 chacun du pouvoir sur lui-m\u00eame est la seule voie possible de transformation et d\u2019\u00e9quilibre de l\u2019individu et du collectif. Ce travail peut \u00eatre aussi long que difficile. Tout sera fait pour que l\u2019on \u00e9vite de parler de lutte des classes, Les dominants parlent de r\u00e9former, de simplifier, moderniser, jamais au grand jamais de guerre sociale. Cette guerre tourne au profit du pouvoir quand il r\u00e9ussit \u00e0 imposer ses mots, donc son id\u00e9ologie. La r\u00e9pression n\u2019est pas seulement le fait d\u2019un ennemi ext\u00e9rieur, le poison du m\u00e9pris s\u2019installe en nous, il fa\u00e7onne des \u00eatres \u00ab emp\u00each\u00e9s\u00a0\u00bb qui pr\u00e9f\u00e8rent l\u2019inconfort confortable d\u2019une situation connue \u00e0 un saut dans le vide plein de risques mais susceptible de nous mettre en mouvement, de nous faire avancer sur la route de l\u2019\u00e9mancipation et de l\u2019\u00e9panouissement.<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Vive le capital, vive le profit<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Les affinit\u00e9s dans les d\u00e9marches esquiss\u00e9es laissent \u00e0 penser que les artistes en question, les responsables d\u2019associations et ceux qui les entourent, sont autant des esth\u00e8tes que des femmes et hommes politiques, est-il besoin d\u2019ajouter, au sens noble du terme.<\/p>\n<p>Il existe plusieurs d\u00e9finitions du mot culture. Celle que nous retenons est \u00e9litiste, au sens de l\u2019\u00e9litisme populaire de Jean Vilar : la culture dans la plus grande diversit\u00e9 de son expression est ce qui redonne \u00e0 chacun le pouvoir sur lui-m\u00eame autant que la capacit\u00e9 \u00e0 partager avec les autres, afin de pouvoir grandir ensemble.<\/p>\n<p>ATD Quart Monde a eu l\u2019immense m\u00e9rite de conceptualiser les exp\u00e9riences men\u00e9es avec les personnes en tr\u00e8s grande difficult\u00e9. A la vue de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, c\u2019est le m\u00eame objectif qui est vis\u00e9 par les artistes et militants que nous avons rencontr\u00e9s. Chaque personne humaine dispose d\u2019un capital d\u2019exp\u00e9riences et de pens\u00e9es qui peuvent \u00eatre utiles \u00e0 tous. Pris en compte ce capital devient un capital collectif. Plus le profit d\u00e9gag\u00e9 est partag\u00e9, plus il grandit. Autrement dit, la foi dans l\u2019intelligence populaire est susceptible de profiter \u00e0 tous. Aujourd\u2019hui la version rabougrie de l\u2019\u00e9litisme qui nous gouverne engendre une perte individuelle et collective immense. Au moins 80\u00a0% de la population est en situation de perte. Imaginons nous (\u00e0 terme) avec 80\u00a0% de richesse en plus\u00a0!<\/p>\n<p>Les concepts de capital et de profit humain peuvent avoir une port\u00e9e consid\u00e9rable\u00a0:<\/p>\n<p>ils s\u2019emparent de la logique dominante pour la retourner. D\u00e9velopper le capital et le profit humain, loin de toute d\u00e9marche caritative ou mercantile, devrait nous amener \u00e0 cr\u00e9er de nouveaux indices susceptibles de valoriser l\u2019\u00e9thique et la culture, outil d\u2019\u00e9mancipation.<\/p>\n<p>Cette nouvelle forme d\u2019enrichissement n\u2019est pas privative. Si elle s\u2019inscrit bien dans un contexte de lutte des classes, elle tend \u00e0 terme \u00e0 vouloir le d\u00e9passer, non au profit d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale, mais plut\u00f4t au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un monde o\u00f9 le respect et l\u2019\u00e9coute de l\u2019autre deviendraient un objectif partag\u00e9. Ce monde plus \u00ab\u00a0commun\u00a0\u00bb que le monde d\u2019aujourd\u2019hui est en devenir. A chaque seconde, il nous invite \u00e0 devenir acteur de notre vie, de nos vies.<\/p>\n<p>Ami, tu peux rire en lisant ces lignes, te moquer, cracher par terre et pourquoi pas mettre un pied devant l\u2019autre. C\u2019est une bonne fa\u00e7on de commencer \u00e0 avancer.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-10052\" src=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/13061969_10209395660074139_138897062005709658_n-300x225.jpg\" alt=\"13061969_10209395660074139_138897062005709658_n\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/13061969_10209395660074139_138897062005709658_n-300x225.jpg 300w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/13061969_10209395660074139_138897062005709658_n-768x576.jpg 768w, http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/13061969_10209395660074139_138897062005709658_n.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Marseille, point G du monde<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Les sages d\u2019Asie pr\u00e9tendent que tous les points d\u2019acuponcture qui jalonnent le corps humain peuvent se retrouver en un seul disposant de toutes les propri\u00e9t\u00e9s des pr\u00e9c\u00e9dents. On ne s\u2019attardera pas sur le fait que ces diff\u00e9rents ma\u00eetres sont loin d\u2019\u00eatre d\u2019accord sur son emplacement. Hors de toute d\u00e9monstration scientifique, on affirmera sans vergogne que Marseille pourrait bien \u00eatre le point G de la plan\u00e8te. De la blague marseillaise la moins relev\u00e9e \u00e0 la Gr\u00e8ce antique, de l\u2019Afrique \u00e0 la Chine, de la mafia, magouille immobili\u00e8re et politicarde, \u00e0 la cr\u00e9ation issue de tous les imaginaires populaires, de tous les soleils, mers, fleurs, plantes, aux prisons \u00e0 ciel ouvert, de toutes les drogues les plus v\u00e9n\u00e9neuses \u00e0 l\u2019ivresse du partage exigeant, Marseille est bien l\u00e0, \u00e0 \u00e9gale distance de toutes ses composantes, reine de la bouillabaisse, du foot et de la po\u00e9sie, populaire\u00a0; \u00e9litiste, jamais neutre, pr\u00eate \u00e0 raconter des histoires ouvertes \u00e0 notre humanit\u00e9 future, sans oublier cette folie, cette \u00e9motion gratifiante qui nous bouleverse \u00e0 chaque fois que nous parlons d\u2019elle. Ici des hommes et des femmes de toutes couleurs et croyances ont encore l\u2019audace de d\u00e9velopper un c\u00e9r\u00e9monial aussi fragile que la beaut\u00e9, aussi sacr\u00e9 que le blasph\u00e8me. Ils ont une origine, une histoire, Marseille Soleils merci.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Bernheim<\/p>\n<p>francoisbernheim32@gmail.com<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>1 \u2013 \u00ab\u00a0Marseille\u00a0\u00bb, dernier album du pianiste et compositeur Ahmad Jamal.<\/p>\n<p>2 \u2013 Marseille la ville \u00e0 abattre, novembre 2015 <a href=\"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2017\/01\/marseille-la-ville-a-abattre-reportage-francois-bernheim\/\">http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/2017\/01\/marseille-la-ville-a-abattre-reportage-francois-bernheim\/<\/a><\/p>\n<p>3 \u2013 Merci, merci \u00e0 tous les soleils de cette ville rencontr\u00e9s en mars 2017\u00a0:<\/p>\n<p>Edith Amsellem &#8211; Andr\u00e9e Antolini &#8211; Alima Badjouni &#8211; Karima Berriche &#8211; Alain Castan -Dominique Cerf- Bruno Le Dantec- Fr\u00e9d\u00e9rique Gu\u00e9tat-Liviani &#8211; Muriel Mohr &#8211; Gilles del Pappas &#8211; Francesca Poloniato \u2013 Heddy Salem &#8211; Michel Samson- C\u00e9line Schnepf-Fr\u00e9d\u00e9rique Subiotto &#8211; Gilles Suzanne.<\/p>\n<p>Merci pour l\u2019accueil et l\u2019ouverture \u00e0 Claire Seban Haguenauer et \u00e0 Serge Haguenauer &#8211; Merci \u00e0 Arielle Bernheim pour son apport critique et \u00e0 Philippe Merlant pour sa relecture bienveillante et pointue.<\/p>\n<p>4 &#8211; Revue Faire Savoirs n\u00b011, d\u00e9cembre 2014.<\/p>\n<p>5 &#8211; Alain Fourest, ancien responsable de la politique de la ville. \u00ab\u00a0<em>Cri d\u2019alarme d\u2019un marseillais en col\u00e8re<\/em>\u00a0\u00bb, janvier 2016.<\/p>\n<p>6 \u2013 L\u2019article de Sa\u00efd Bouamama est paru en mai 2005 dans la revue <em>Contretemps<\/em>. Sur le net\u00a0: Les mots sont importants (LMSI.net) .<\/p>\n<p>7 \u2013 Sous le soleil de la Plaine, journal insolent de quartier, prix libre. assemblee<strong>delaplaine<\/strong>.free.fr\/assemblee\/journal<strong>plaine<\/strong>.pdf<\/p>\n<p>8 \u2013 Cette f\u00eate c\u00e9l\u00e8bre la travers\u00e9e du d\u00e9sert pendant laquelle les juifs habitaient dans des cabanes.<\/p>\n<p><strong><u> Autres ouvrages consult\u00e9s<\/u><\/strong><\/p>\n<p><em>Le croisement des savoirs et des pratiques<\/em>, Groupe de recherche le Quart Monde universit\u00e9 (\u00e9ditions ATD Quart Monde).<\/p>\n<p><em>Client\u00e9lismes urbains<\/em>, de C\u00e9sare Matina (\u00e9ditions Presses de Sciences Po, 2016) o\u00f9 il est notamment d\u00e9montr\u00e9 que les classes populaires ne sont en rien b\u00e9n\u00e9ficiaires du syst\u00e8me client\u00e9liste en vigueur.<\/p>\n<p><span style=\"color: #333300;\"><em>Les visuels qui illustrent l&rsquo;article\u00a0 sont ceux du projet \u00a0\u00bb Broder la ville \u00a0\u00bb d&rsquo;Edith Amsellem, cie en rangs d&rsquo;oignons<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"border-radius: 2px; text-indent: 20px; width: auto; padding: 0px 4px 0px 0px; text-align: center; font: bold 11px\/20px 'Helvetica Neue',Helvetica,sans-serif; color: #ffffff; background: #bd081c no-repeat scroll 3px 50% \/ 14px 14px; position: absolute; opacity: 1; z-index: 8675309; display: none; cursor: pointer; top: 19740px; left: 20px;\">Enregistrer<\/span><\/p>\n<p><span style=\"border-radius: 2px; text-indent: 20px; width: auto; padding: 0px 4px 0px 0px; text-align: center; font: bold 11px\/20px 'Helvetica Neue',Helvetica,sans-serif; color: #ffffff; background: #bd081c no-repeat scroll 3px 50% \/ 14px 14px; position: absolute; opacity: 1; z-index: 8675309; display: none; cursor: pointer;\">Enregistrer<\/span><\/p>\n<p><span style=\"border-radius: 2px; text-indent: 20px; width: auto; padding: 0px 4px 0px 0px; text-align: center; font: bold 11px\/20px 'Helvetica Neue',Helvetica,sans-serif; color: #ffffff; background: #bd081c no-repeat scroll 3px 50% \/ 14px 14px; position: absolute; opacity: 1; z-index: 8675309; display: none; cursor: pointer;\">Enregistrer<\/span><\/p>\n<p><span style=\"border-radius: 2px; text-indent: 20px; width: auto; padding: 0px 4px 0px 0px; text-align: center; font: bold 11px\/20px 'Helvetica Neue',Helvetica,sans-serif; color: #ffffff; background: #bd081c no-repeat scroll 3px 50% \/ 14px 14px; position: absolute; opacity: 1; z-index: 8675309; display: none; cursor: pointer; top: 5724px; left: 20px;\">Enregistrer<\/span><\/p>\n<p><span style=\"border-radius: 2px; text-indent: 20px; width: auto; padding: 0px 4px 0px 0px; text-align: center; font: bold 11px\/20px 'Helvetica Neue',Helvetica,sans-serif; color: #ffffff; background: #bd081c no-repeat scroll 3px 50% \/ 14px 14px; position: absolute; opacity: 1; z-index: 8675309; display: none; cursor: pointer;\">Enregistrer<\/span><\/p>\n<p><span style=\"border-radius: 2px; text-indent: 20px; width: auto; padding: 0px 4px 0px 0px; text-align: center; font: bold 11px\/20px 'Helvetica Neue',Helvetica,sans-serif; color: #ffffff; background: #bd081c no-repeat scroll 3px 50% \/ 14px 14px; position: absolute; opacity: 1; z-index: 8675309; display: none; cursor: pointer;\">Enregistrer<\/span><\/p>\n<p><span style=\"border-radius: 2px; text-indent: 20px; width: auto; padding: 0px 4px 0px 0px; text-align: center; font: bold 11px\/20px 'Helvetica Neue',Helvetica,sans-serif; color: #ffffff; background: #bd081c no-repeat scroll 3px 50% \/ 14px 14px; position: absolute; opacity: 1; z-index: 8675309; display: none; cursor: pointer;\">Enregistrer<\/span><\/p>\n<p><span style=\"border-radius: 2px; text-indent: 20px; width: auto; padding: 0px 4px 0px 0px; text-align: center; font: bold 11px\/20px 'Helvetica Neue',Helvetica,sans-serif; color: #ffffff; background: #bd081c no-repeat scroll 3px 50% \/ 14px 14px; position: absolute; opacity: 1; z-index: 8675309; display: none; cursor: pointer;\">Enregistrer<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00a0 \u00ab\u00a0Marseille je ne peux t\u2019oublier tellement je t\u2019aime\u00a0\u00bbAhmad Jamal (1) &nbsp; \u00ab\u00a0Ceux qui racontent les histoires dirigent le monde. Notre t\u00e2che fondamentale est d\u2019inventer une nouvelle histoire pour dire ce que signifie \u00eatre humain au XXI si\u00e8cle. Georges Monbiot &nbsp; \u00ab\u00a0Un journal qui n\u2019a pas de morale n\u2019est pas un journal. Oui, et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":10097,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[705,718,698,702,700,1],"tags":[811],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10051"}],"collection":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10051"}],"version-history":[{"count":9,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10051\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10511,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10051\/revisions\/10511"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10097"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10051"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10051"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/cafaitdesordre.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10051"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}