Vous habitez Strasbourg ou sa région, vous allez visiter Strasbourg, ou vous avez un week-end à passer quelque part. N’hésitez plus. L’exposition Déflagrations, dessins d’enfants, guerre d’adultes est à visiter de toute urgence. Sont concernés toutes les personnes sensibles, conscientes que nous devons de toute urgence combattre la violence inhumaine qui est aussi en nous. Pour ce faire il est vital d’écouter les blessures profondes que la guerre sous toutes ses formes a, dans le monde entier, engendré. Voir, écouter l’autre pour affirmer la vie quoi qu’il en soit.

Olivier Favier de l’excellent magazine Bastamag ( www.bastamag.n et )a visité avec l’exposition conçue par Zérane ; S Girardeau.`

 

Extrait de l’article d’Olivier Favier à lire en totalité sur Basta Mag

 

« Dégâts collatéraux », « victimes civiles »… Le regard et la parole des enfants emportés dans la tourmente d’une guerre sont souvent vite oubliés par les adultes. Une exposition, à Strasbourg, répare cette omission en accordant une place centrale au regard des enfants, par leurs dessins, sur certains des conflits les plus violents depuis un siècle. Représentation sans filtre des horreurs produites par l’humanité, leurs dessins ne s’en montrent pas, pour autant, dénués d’espoir. Et interrogent : « Nous sommes censés accompagner et protéger l’enfance, mais où sont nos révoltes devant tant d’humanités blessées ? »

C’est une exposition unique qui est présentée depuis le 6 octobre 2017 à la Médiathèque André Malraux de Strasbourg. Elle rassemble en effet les reproductions de plus de 220 dessins d’enfants témoins et victimes des conflits et crimes de masse de la première guerre mondiale à nos jours. C’est là un « matériau pauvre », entendons par là déconsidéré, rarement archivé ou conservé. Dans le contexte de leur production, ces dessins ne revêtent au mieux qu’une valeur passagère, thérapeutique par exemple, quand ils servent pour un psychologue à identifier un traumatisme, et pour un enfant à l’exprimer.

Zérane S. Girardeau, fondatrice de l’association « Zérane confluence artistique », a réuni et présenté cette collection à partir d’« œuvres » issues de contextes géographiques et historiques très différents. L’exposition invite le spectateur à s’arrêter sur chaque image agrandie, souvent dans son ensemble, parfois sur un simple détail. Pour donner tout son sens à cette démarche, Zérane a mobilisé une équipe de spécialistes aux approches complémentaires – anthropologues, juristes, historiens – dont on retrouve les textes dans le catalogue d’exposition [1]. Elle a aussi fait appel à des écrivains et à des plasticiens, qui ont répondu par un texte ou une intervention graphique à un dessin de leur choix.

Témoignages essentiels

« Ce projet est né durant la guerre en Syrie, explique Zérane. Lors d’une conférence de presse en 2013, la Haute commissaire aux Droits de l’Homme de l’ONU a expliqué que la commission d’enquête avait produit d’énormes quantités de preuves sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Le conflit n’en a pas moins suivi son cours, à cinq heures de vol de Paris. » Comment garder les yeux ouverts ? Que faire, quand savoir ne suffit plus, pour « ne pas anesthésier l’émotion » ?

Avant ce projet, Zérane S. Girardeau a produit l’exposition Portraits d’insurgés, installée au cloître des Billettes dans le Marais à Paris, où les photographies d’anciens révoltés malgaches de 1947 réalisées par Pierrot Men étaient associées à des textes de l’écrivain malgache Jean-Luc Raharimanana. En choisissant aujourd’hui de « donner toute sa place à la parole graphique des enfants », elle poursuit un parcours qui vise à rendre aux oubliés un statut de témoin essentiel, sans lequel l’Histoire n’est écrite qu’en surface.


Dessin réalisé en 1916 par un petit réfugié belge, portant sur l’invasion de la Belgique en 1914. « Il s’agit donc de faits en partie reconstruits », commente Manon Pignot (source : Société d’histoire et d’archéologie « Le Vieux Montmartre »).


Dessin réalisé en 2007 par une jeune fille décrivant l’attaque de son village au Darfour par l’armée soudanaise et les cavaliers janjawids. On retrouve des dessins semblables dans les camps qui jalonnent les routes migratoires des migrants vers l’Europe (source : Waging Peace).

Dans nombre de cas, la parole des enfants a tout simplement disparu

On ne trouvera pas, on s’en doute, dans cet ensemble patiemment rassemblé sur trois ans, venus d’ouvrages thématiques, de fonds muséaux ou associatifs, un tableau exhaustif ni même un échantillon représentatif de toutes les violences de masse produites par le 20ème siècle. Dans nombre de cas, la parole des enfants a tout simplement disparu. « C’est pendant la guerre d’Espagne, poursuit la commissaire d’exposition, que les Républicains utilisent les dessins d’enfant pour sensibiliser le reste du monde et lever des fonds pour les réfugiés. Les ONG aujourd’hui s’en servent ponctuellement pour les mêmes raisons. Mais personne ne pense que cette source pourrait intéresser des chercheurs dans l’avenir. »

Il ne faudrait pas cependant en déduire que les conflits représentés dans cette exposition sont forcément les plus documentés par ailleurs. On trouve ainsi de nombreux dessins liés à la guerre au Darfour, à l’Ouest du Soudan, largement négligée par les médias. Depuis le début des années 2000, les milices janjawid, des éleveurs nomades armés par le gouvernement, se livrent à des massacres et des pillages dans les villages d’agriculteurs des ethnies Four, Dadjo, Massalit et Zaghawa.

Olivier Bercault, spécialiste des conflits armés et de la question des réfugiés, qui a mené de nombreuses missions pour l’ONG Human Rights Watch, illustre leur importance : « Les décisions de la Cour pénale internationale de 2007, puis de 2009, toutes les deux relatives au conflit du Darfour sont, à ma connaissance, les seules qui aient accepté des dessins d’enfants comme preuve circonstancielle lors d’un procès pour crimes internationaux. Dans ce genre de procès, les dépositions des témoins, des experts, de même que celles des historiens, sont les plus fréquentes. Mais dans ce cadre, les 500 dessins issus du conflit du Darfour acquerront certainement une valeur juridique. » Cela pourrait constituer enfin un précédent notable.

DEFLAGRATIONS
DESSINS D’ENFANTS, GUERRES D’ADULTES

200 DESSINS D’ENFANTS, 30 GUERRES ET CONFLITS DE 1914 À 2017
EXPOSITION
DU 6 OCT. AU 16 DÉC. 2017
Médiathèque André Malraux Strasbourg

voir sur ce même blog l’article  » Alertez les humains » consacré au livre « Déflagrations- dessins d’enfants,guerres d’adultes »  consacré au livre essentiel publié par les éditions Anamosa.

 

 

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