Nous mettons en ligne ce jour, le point de vue d’un observateur de la vie politique espagnole qui a préféré garder l’anonymat. Au delà de son opinion, le rappel des faits récents qui ont secoué l’Espagne peut permettre de comprendre la réalité des enjeux et des polémiques en cours.

« Alors qu’Aznar était au pouvoir, eut lieu l’attentat terroriste de Madrid en 2004. Aznar accusa l’ETA d’en être l’auteur. Pris en flagrant délit de mensonge, il perdit les élections de 2008 et Zapatero, contre toute attente, les remporta. Dans sa campagne, ce dernier avait promis à la Catalogne de changer “l’Estatut catalan”. il  y renonça. Aux élections suivantes le PP gagne et initie une politique qui ne convient pas aux catalans. Le président de la “Generalitat”, alors Jordi Pujol (convergencia i unió parti de droite catalan), fait un tas de concessions au PP afin d’obtenir une autonomie non indépendantiste et cède sur des points cruciaux dont la fiscalité, l’aménagement de la constitution espagnole, etc …

C’est ce que les catalans veulent aujourd’hui changer après avoir constaté la corruption de “Convergencia i Unió” (les fameux 3% du budjet détournés, dénoncés par Maragall ancien président de la generalitat) et les mensonges de Pujol.

Pujol est destitué en 2012 et Arthur Mas prend sa place. Mais c’est en fait un dauphin de Pujol, bien qu’il ait retourné sa veste en faveur du référendum, alors considéré comme illégal.

Au référendum de 2014, 48% des voix se prononcent en faveur de la légalité d’un référendum pour l’indépendance de la Catalogne. La date fixée est celle du 1er oct 2017.

Au parlement les députés catalanistes indépendantistes et fédéralistes d’accord pour un changement de la Constitution permettant le référendum( ERC, PSOE, Podemos…) n’avaient pas la majorité. La seule solution pour eux était de s’allier à la CUP (parti indépendantiste d’extrême gauche). La CUP exige le départ de Mas. . Entre temps, Sanchez (PSOE) et Ribera (Ciudadanos (centre droite), s’allient contre la CUP. Podemos ne souhaite pas l’indépendance non plus. Bref, toutes ces péripéties prennent un temps fou et provoquent des scissions dans tous les partis.

Finalement, Puigdemont (indépendantiste ) est nommé président de la Generalitat. Il désobéit au gouvernement central, n’applique pas la constitution et s’expose à toutes sortes de représailles du gouvernement central. Le PSOE, Podemos, PP, Ciudadano demandent à ce que le référendum soit reculé pour pouvoir négocier. ERC (gauche républicaine de Catalogne) et CUP ne sont pas d’accord. Puigdemont incite tous les catalans à voter. Il y a effectivement abus du pouvoir central qui depuis un an refuse tout dialogue. Il y a abus dans le domaine fiscal ( ce qui est reversé à la Catalogne n’est rien à côté de ce qu’ils payent pour des travaux ne concernant que l’Andalousie ou Madrid.Par exemple, le “corredor del mediterraneo tgv devant passer par Madrid sans desservir les gares de méditerranée alors qu’il est en grande partie payé par la Catalogne.

Tout ce brouhaha arrange bien Rajoy qui ainsi fait passer au 2eme plan toutes les corruptions du PP et de la monarchie compromise par les malversations d’Urdangarin , beau frère du roi.

Cela arrange aussi Puigdemont qui fait oublier les détournements de Pujol.

Le dernier acte d’autorité de Rajoy (saisie des documents de la generalitat par la guardia civil, arrestations et blocage des finances, soi disant pour éviter que l’argent ne soit utilisé pour le référendum, la semaine dernière ont fait déborder le vase. Maintenant, même ceux qui n’étaient pas indépendantistes le sont devenus. C’est devenu une affaire de tripes. Sentimentale.

Ce n’est pas le problème de la langue (elle est obligatoire dans toutes les institutions) , ni de l’identité ( un tas de résidents étrangers appuient le droit au référendum, pas forcément à l’indépendance. On peut voter oui ou non. Rajoy aurait accepté ce compromis l’année dernière, il n’y aurait eu aucun problème et l’autonomie aurait été sauvegardée avec des négociations pour les Estatuts. Le vrai problème se situe au niveau du gouvernement central actuel du PP de Rajoy. et de la monarchie. C’est à mon avis là qu’il faut trancher.

Pour ma part et pour celle de beaucoup de catalans, si l’indépendance était bénéfique à la Catalogne, je voterais pour. Le problème est que la dette extérieure de la Catalogne est immense et que personne en Europe n’acceptera de la couvrir. Aucun catalan mis à part ceux du CUP ne veulent sortir de l’euro et si c’est le prix à payer, c’est une catastrophe. La Catalogne ne deviendrait pas la Suisse mais le Benglah desh…La Catalogne n’interesse pas l’Europe  qui craint que  l’indépendance crée un précédent entrainant la dissidence d’autres régions ( dont la Bavière etc…) en plus elle n’a pas de pétrole…

L’Espagne ne veut pas lâcher la Catalogne parce que c’est sa vache à lait, ce serait une catastrophe pour elle.

En bref tous les politiques mentent . Rajoy menace du pire avec intervention de la garde civile. Puigdemont incite à la lutte pacifique mais jusqu’à quand? Les milieux ruraux sont extrêmement remontés, plus que Barcelone qui est plus européenne. La majorité des maires a finalement décidé de désobeir au gouvernement central. Chaque citoyen reçoit des messages codés sur son portable pour le ier octobre.

Je ne sais vraiment pas comment ça va finir: Affrontements violents ou eau de boudin?

Beaucoup prient pour ouvrir une 3eme voie avant le 1er oct.

Mais un bras de fer entre 2 obstinés ne mène pas à grand chose de bon »

…..

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