Vers un jardin planétaire :

Les créateurs et les penseurs ne sont pas seuls : ils ont des amis, des complices, des partenaires. Par les livres qu’ils lisent, les films qu’ils aiment, les paysages qu’ils parcourent, leurs champs d’intérêt, leurs goûts, leurs manies, ils sont en relation avec d’autres travaux, d’autres pensées, d’autres époques. Ce sont ces réseaux et ces affinités que la programmation nommée « Selon » tente de mettre en évidence.
Conformément au principe du « Selon », Gilles Clément, jardinier, paysagiste, écrivain, invite des personnalités de tous horizons à débattre avec lui des questions qui sont au fondement de son travail et de sa réflexion. Artistes, philosophes, anthropologues, économistes ou encore biologistes viendront ainsi tout au long de l’automne 2010 mettre à l’épreuve de leur propre pratique des notions telles que celles de « jardin planétaire » ou de « Tiers paysage ». L’ensemble a valeur de manifeste en cours pour une pensée radicalement nouvelle de notre environnement.

« A force de tenter un jardinage susceptible de satisfaire le jardinier sans défaire la nature, à force de questions sur le paysage dont les réponses appellent d’autres questions, je finis par me faire une idée du monde où seules les positions dynamiques engendrent une pensée stimulante, où les situations d’équilibre instable constituent, en conséquence, de véritables repères. Parmi ces dynamiques j’intègre l’art, non comme une résolution esthétique mais comme un levier universel, une bascule du regard interrogeant la société et son devenir. J’invoque les cosmogonies, non pour les règles culturelles qui en découlent mais pour leur transgression. Je propose de considérer la « diversité » comme une condition heureuse de l’évolution et le « brassage planétaire » comme son mécanisme principal. Constatant l’attentisme politique et les atermoiements du projet écologique à venir, je suggère d’ouvrir un meilleur champ aux actions directes et concertées. Face au naufrage et à l’entêtement de l’économie dirigeante, reflet d’une pensée unique et simplificatrice, je cherche les rares propositions alternatives basées sur une vision systémique et complexe du monde. Enfin je me tourne vers les inventeurs d’avenir, quel que soir le bien fondé de leurs utopies, considérant que l’imaginaire des penseurs et des scientifiques rejoint, par le rêve, la puissance de l’art. Ainsi le jardin m’amène-t-il à regarder l’une ou l’autre de ces dynamiques en cherchant leur plus juste place :
Quelle est la part involontaire (ou volontaire) du paysage artialisé ? Qu’en est-il du partage de la signature en art, le jardin lui-même supposant un partage avec la nature ?
La façon de penser le monde a-t-elle une conséquence directe sur la façon dont on s’en occupe ? Quel jardinage ? Sur quel registre d’injonctions nous donne-t-on la nature à lire ?
Dans un contexte général d’effondrement de la diversité (biologique et culturelle), existe-il un territoire-refuge à une diversité chassée de partout ailleurs, un Tiers Paysage ?
Les politiques de la peur, engendrant une toujours plus grande crainte de l’autre, s’opposent-elles sans le dire au brassage planétaire ?
La multiplicité des actions engagées en marge des règles – l’alternative ambiante – préfigure-t-elle une gouvernance future ?
Quel nouvel outil pour cette gouvernance ? Quelles seraient les bases d’une écologie monétaire ?
Enfin, à partir de ces constats, pouvons-nous imaginer un futur où la société consciente des fragilités du vivant et de sa propre précarité parviendrait à replacer dans l’environnement l’énergie qu’elle lui prend  sans pour autant la disqualifier ? Que serait une société où le développement des biens immatériels prend le pas sur celui des biens matériels, où l’Homme Symbiotique – image possible d’un tel futur – combine les contraintes de la finitude écologique aux capacités inexplorées du cerveau humain ? » Gilles Clément.

LE PARTAGE DE LA SIGNATURE
MERCREDI 6 OCTOBRE, 19H, PETITE SALLE
L’art engage-t-il le devenir d’une société ? À propos de jardin – où la nature et le temps
participent du résultat – quelle est la part de l’artiste dans l’oeuvre ? Peut-on parler d’un
partage de la signature ? Quel lien entre les artistes de la préhistoire, 32 000 ans avant notre
ère, et les artistes contemporains dans la représentation des paysages ?
Avec Gilles Clément ; Gilles A. Tiberghien, philosophe, spécialiste du land art ;
Dominique Baffier, conservatrice de la grotte Chauvet ; Géraldine Leroux,
anthropologue, spécialiste des aborigènes australiens ; Thierry Fontaine, artiste.
NATURE À LIRE
MERCREDI 13 OCTOBRE, 19H, PETITE SALLE
La façon dont on conçoit le monde a une répercussion immédiate sur la façon dont on s’en
occupe. Un jardin reflète l’expression de son temps et se charge, de surcroît, des croyances
liées aux perceptions de l’univers. Si une conception du monde – une cosmogonie – engendre
un paysage déterminé, est-il possible d’inventorier les paysages à travers les croyances et si
tel est la cas, faut-il en déduire que les sociétés humaines évoluent dans un univers
entièrement fantasmé ? Quelle nature nous donne-t-on à lire et comment ?
Avec Gilles Clément ; Philippe Descola, anthropologue, professeur au Collège de
France ; Éric Julien, géographe.
LE TIERS PAYSAGE
MERCREDI 20 OCTOBRE, 19H, PETITE SALLE
Fragments « indécidés » du territoire où s’assemblent, hors les règles, les espèces absentes ou
chassées de partout ailleurs. Lieu de diversité, d’hybridations possibles, d’inventions du
vivant, le Tiers Paysage s’apparente au délaissé mais contient le futur.
Avec Gilles Clément ; Roger Desprès, La Ferme du Bonheur, délaissé de Nanterre ;
Alexis Pernet et Cyrille Marlin, La Maison du Tiers Paysage (Auvergne) ; Marie
Tavernier, cinéaste.
Rencontre précédée, à 18h, du film documentaire de Marie Tavernier, Délaissé, 2009,

LE BRASSAGE PLANÉTAIRE
MERCREDI 27 OCTOBRE, 19H, PETITE SALLE
La dynamique du « brassage planétaire » – mécanique ordinaire de l’évolution – s’accélère
avec l’accroissement des activités humaines. Vitesse des transports, augmentation des
rencontres, naturalisations, hybridations. Que penser des nouveaux « écosystèmes
émergents », tandis qu’une part de la diversité biologique en souffre, une autre part en
bénéficie, enfin qu’une part inconnue établit sur ces bases les règles du futur biologique ?
Avec Gilles Clément ; Francis Hallé, botaniste, père du Radeau des cimes ; François
Letourneux, président de l’Uicn (Union internationale pour la conservation de la
nature).
Rencontre précédée, à 18h, du film documentaire de Sophie Bruneau et Marc-Antoine
Roudil, Arbres, 2002, 50’.
L’ALTERNATIVE AMBIANTE

MERCREDI 1ER DÉCEMBRE, 19H, PETITE SALLE
L’ensemble des règles sociales, des croyances et des lois organise l’espace de vie et nos
gestes quotidiens. L’inertie du système s’avère d’autant plus grande que la société est plus
assurée d’elle-même. Qu’en est-il face aux « inventions de la vie », parfois brutales, toujours
inattendues ? Comment s’arranger de l’impossible ? Quelles solutions pour agir hors des
pressions conjointes de la pesanteur administrative et de l’injonction des marchés ?
Avec Gilles Clément ; le Collectif Coloco : Miguel et Pablo Georgieff et Nicolas
Bonnenfant, paysagistes de l’action directe ; Olivier Darné, artiste plasticien, apiculteur
à Paris ; Bernard Bertrand, écrivain paysan, défenseur de l’ortie.
POUR UNE ÉCOLOGIE MONÉTAIRE
VENDREDI 3 DÉCEMBRE, 19H, PETITE SALLE
La spéculation et la sphère des finances apparaissent comme les outils permanents de la mise
en désordre du monde. L’économie « réelle », de son côté, se présente comme une commodité
indispensable aux échanges au sein des sociétés. Les outils de l’économie, par exemple la
monnaie, sauraient-ils se mettre au service du « projet politique » aujourd’hui défaillant ?
Quels sont les moyens alternatifs à notre disposition face à une machine planétaire
incontrôlée ?
Avec Gilles Clément ; Bernard Lietaer, spécialiste des questions monétaires
internationales, membre du club de Rome ; Susan George, écrivain, présidente
d’honneur d’Attac.
L’HOMME SYMBIOTIQUE
MERCREDI 15 DÉCEMBRE, 19H, PETITE SALLE
Les nouvelles technologies, nouvelles économies, nouveaux modes de consommation, l’usage
de nouvelles énergies et la production de nouveaux déchets transforment les rapports entre les
peuples sur la planète.
Avec Gilles Clément ; Joël de Rosnay, biologiste ; Patrick Viveret, philosophe, ancien
conseiller à la Cour des comptes.
Rencontre précédée, à 17h, du film documentaire de Coline Serreau, Solutions locales
pour un désordre global, 2010, 111’

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